Joseph-Emile Lequime (Bruxelles, -Bruxelles, ), est un médecin belge, chef de service des Hôpitaux et Hospices de Bruxelles (hôpital Saint-Jean, hospices de Pachéco, des Ursulines et de Sainte-Gertrude), professeur à la Faculté de médecine de l'Université libre de Bruxelles 1843 à 1860; L'Université libre (1834-1860) Statuts, discours, rapports...; Bruxelles, Van Meenen et Cie (1860), p. 475. et membre fondateur de l'Académie royale de médecine dont il fut vice-président (1872-1874), président de la Commission médicale du BrabantEn 1840, il sera trésorier du comité en vue d'ériger un monument à la mémoire de Vésale, savant anatomiste né à Bruxelles en 1514..
Biographie
Fils de François-Joseph LequimeQui s'identifie peut-être avec le Lequime cité comme fondateur de la Société de peinture, sculpture et architecture de Bruxelles en 1803; Michèle Van Kalck, Le musée et la vie culturelle à Bruxelles, dans: Les Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique. Deux siècles d'histoire, Bruxelles, 2003, tome I, pp. 156 et 165, officier puis fonctionnaire, et d’Adrienne Deglimes (son oncle, Antoine Lequime (1783-1827), docteur en pharmacie, diplômé de l'École supérieure de médecine et de pharmacie de Nantes (1805), fut pharmacien du roi des Pays-Bas à Bruxelles)A.-J. Lequime, apothicaire de S.M., Maison du Roi et de la Reine, dans: Almanach royal de la Cour, des Provinces méridionales et de la Ville de Bruxelles, Bruxelles, chez la Veuve Stapleaux, 1827, vol. 11, pp. 56, 60, 269 et 277., il est placé de bonne heure dans un pensionnat de Saint-Josse-ten-Noode dirigé par son oncle Jacques-Joseph Deglimes, littérateur et poète latin.
Il entre en 1811 au Lycée Impérial de Bruxelles avant de suivre les cours de l’École de Médecine que le roi Guillaume des Pays-Bas, après le chute du Premier Empire, venait de créer à Bruxelles (1818-1820)Docteur E. Vanden Corput, « Éloge du Docteur J. E. Lequime », dans: Bulletin de l'Académie royale de médecine de Belgique, Bruxelles, t.XX, 1901, p. 283-302..
Plus tard, en 1820, il s’inscrit à l’Université d'État de Louvainoù enseignaient à cette époque (1820-1826) les professeurs Charles Jacmart, G.-J. van Gobbelschroy, J.-M. Baud, Zingraaf et A. van Solinger; Almanach de la Cour de Bruxelles sous la domination autrichienne et française, Bruxelles Tarlier, (1864), p. 1864. et est attaché à l’Hôpital Militaire de cette ville.
Proclamé le Docteur en médecine avec distinction, il se rend à Paris où il fréquente les grands maîtres de l’époqueEn 1834, il devint membre correspondant de la Société Polytechnique de Paris..
Lorsque survint la révolution belge en 1830, il prend une part active à la conquête de l’indépendance de la Belgique et se fait distinguer par son ardent patriotisme. Pendant les mémorables journées de , il se dévoue avec ardeur en s’élançant, comme volontaire, dans les premiers combats qui ont lieu dans la ville. C’est ainsi qu’il assiste, le , à l’attaque des Hollandais qui cherchaient à pénétrer dans Bruxelles par la porte de Flandre et qu’il prend une part active aux combats des environs du Parc Royal. Le roi Léopold lui décerne alors la croix de fer (Belgique) en reconnaissance des services qu’il a rendus. Arrêté n°194 du 2 février 1835. Toutefois il ne devait jamais en réclamer la pension de 250 fr annuelle (Recueil des pièces imprimées par ordre de la Chambre des Représentants, Volume 2, Chambre des Représentants, Recueil des pièces imprimées (session de 1862-1863), Bruxelles (1863), p. 82. En 1838, est cité Lequime, médecin du de la Garde civique de Bruxelles, mention qui, sans indication de prénom, ne permet pas de conclure s'il s'agit de lui ou de son frère Adolphe..
Peu de temps après l’indépendance de la Belgique, le choléra envahit l’Europe (1832). À cette occasion, il écrit, avec son frère Adolphe Lequime, lui aussi médecin, une « Notice sur l’épidémie de choléra observée dans l’arrondissement de Valenciennes », Jean-Romuald Marinus, Compte rendu des travaux de la société des sciences médicales et naturelles de Bruxelles, Bruxelles, Voglet, décembre 1832, pp. 54 à 56..
Durant cette terrible épidémie qui arrive à Bruxelles en , il fait preuve d’un courage extraordinaire et ne cesse de prodiguer jour et nuit des soins aux innombrables victimes. Il reçoit de ce dévouement la médaille du grand module d’or et de vermeil.
L'Université de Bruxelles est créée le ; quelques mois plus tard, le conseil d'administration de l'Université le nomme professeur. Il y dispense un cours de clinique des vieillards (gérontologie). Dès 1837, il est appelé à faire partie de la Commission médicale de Bruxelles. Il en devint Secrétaire et ultérieurement, président. En 1835, tandis qu’il est domicilié rue du Grand Hospice, n°17, il est nommé « médecin à domicile des indigents, pour les paroisses Saint-Catherine, Saint-Nicolas, Riches-Claires et Béguinage »Almanach administratif et industriel pour l’année 1835, p. 70.. En 1839, il est, avec MM. Meismer, Seutin, Marinus, membre actif de la Société des Sciences médicales et naturelles de BruxellesNouvel Almanach de poche de Bruxelles, 1838, p. 160..
En 1845, il est nommé chef de service de médecine à l'hôpital Saint-Jean pour un terme de cinq ans. En 1850, il est réélu pour un nouveau terme quinquennal puis, en 1855, à la fin de son mandat, le Conseil des Hospices de Bruxelles le nomme médecin honoraire des hôpitaux et hospice de Bruxelles. Après cela, il est chef de service à l'hôpital des Sœurs hospitalières, service qu'il dirige pendant de nombreuses années avant de la transmettre ensuite à l'un de ses fils, le Docteur Jules Lequime.
Le , il reçut du pape Pie IX les insignes de commandeur de l'ordre de Saint-Grégoire-le-GrandEugène De Seyn, Dictionnaire des Écrivains belges, pp. 1204 -1205. en reconnaissance des soins et de l'assistance prêtés avec désintéressement aux membres de la nonciature apostolique en Belgique.
Œuvres
Joseph-Emile Lequime a publié de nombreux travaux mais les plus importants sont sans conteste ceux qu'il a consacré aux maladies infectieuses et notamment au choléra. Il s'occupe activement d'une épidémie de choléra survenue dans la région de Valenciennes dont il publie, avec son frère Adolphe, les investigations. Il devait encore s'occuper d'une épidémie de choléra survenue à Bruxelles en 1849. Il fait un rapport à l'Académie, jugé extrêmement important, à propos de l'ouvrage du Professeur Bruck intitulé: Le Choléra ou la peste noire, son origine et ses conditions de développement. Il fait aussi cinq communications sur la transmissibilité du choléra (1871-1872 et années suivantes). Bien entendu, ses travaux sur le choléra se situaient avant l'ère Pasteurienne et la connaissance du vibrion cholérique; dès lors, ses idées hippocratiques sur l'étiologie de cette maladie devaient cesser d'avoir cours mais ces descriptions cliniques et ses considérations sur la transmissibilité de la maladie et sa thérapeutique sont restées longtemps pertinentes. Il devait, au cours de sa vie académique, présenter vingt rapports pour la plupart consacrés aux maladies infectieuses.
En 1835, il fonde, avec son frère Adolphe Lequime en collaboration avec P.-J. van Esschen et Ed. De Losen, Bruxelles, A. Mertens, le « Bulletin et Annales de médecine belge et étrangère », qui succédait à « L’Abeille>>, revue médicale et scientifique, choix d’articles puisés dans les journaux de médecine, français et étrangers » fondée par son frère Adolphe l'année précédente« Archives de la médecine belge », journal des sciences médicales, physiques et naturelles, et de médecine vétérinaire par le docteur J.-E. Lequime. Composé à son début des articles communiqués à la rédaction et des travaux de la Société de médecine d’Anvers, de la Société médico-chirurgicale de Bruges et de la Société des sciences médicales et naturelles de Bruxelles. Son but était de centraliser les travaux des médecins belges, et pendant les premières années il y réussit, en ce sens du moins qu’il publia les mémoires les plus importants émanés de nos travaux nationaux. […] » (L. Marcq, Essai sur l’histoire de la médecine belge contemporaine, Bruxelles, Manceaux (1866) p. 170).
En 1837, il devient avec le docteur Marinus co-directeur des publications sous le rapport scientifique de la toute nouvelle Société encyclographique des sciences médicales, société en commandite et par actions créée ce premier janvier sous la protection du roi Léopold premier. Le capital étant fixé à 500 000 francs et est représenté par 2000 actions de 250 francs chacune. Les membres du Conseil de direction sont Froimont, docteur en médecine à l'hospice des enfants trouvés de Bruxelles, Pierre-Joseph Meeûs-Vandermalen, déjà fondateur et directeur de la Société encyclographique qui avait participé à l'Exposition des produits de l'Industrie nationale de Bruxelles en 1830 dans les dernières heures du royaume du roi Guillaume des Pays-Bas, et du docteur Bourson.
Professeur à l’Université de Bruxelles, chef de service des Hôpitaux et Hospices de Bruxelles dont il est pendant cinquante-cinq ans en sa qualité de médecin des pauvres, le médecin attitré, (c'est là qu'en , il soigne Charles Baudelaire Armand Collard : « Charles Baudelaire et ses médecins bruxellois », dans: Revue médicale de Bruxelles, 1971, . E. Vander Elst, Baudelaire, malade à Bruxelles, 1972, Communication présentée à la Société Française d'Histoire de la Médecine le 22 janvier 1972. . (Alfred Vallette, Mercure de France (1938), voL. 285) pour paralysie et aphasie). Il est en outre nommé le , membre de l’Académie royale de médecine dont il est l’un des membres fondateurs l’année précédente et l'un des principaux instigateurs dès 1836 en sa qualité de membre de la commission chargée, avec MM. Bigot, Guiette, Delosen et Parigot Almanach royal et du commerce de Belgique, an 1838, p. 227..
Il soigne aussi avec désintéressement les membres de la nonciature apostolique en BelgiqueJ.-R. Leconte, "Répertoire des officiers membres des Académies royales de Belgique au ", dans: Revue belge d'Histoire militaire, XVII-5, Bruxelles, mars 1968, p. 389.
Il meurt le à Bruxelles, en son domicile, 29 rue de la Science (quartier Léopold).
Il est inhumé au cimetière de Laeken.
Famille thumb|Juliette Jonet (au premier plan), épouse du docteur Joseph-Émile Lequime, en compagnie de son père le professeur Théodore Jonet et de sa jeune sœur, portrait par François-Joseph Navez, 1832.
Joseph-Émile Lequime épousa à Bruxelles le Juliette Jonet, fille aînée de Théodore JonetThéodore-Joseph Jonet, décédé à Bruxelles le 25 mars 1862 à l’âge de (inhumé à Laeken), Président à la Cour d’appel de Bruxelles, ancien membre de la Chambre des représentants, Professeur honoraire à l’Université libre de Bruxelles. Son portrait ainsi que celui de ses filles et de ses beaux-parents Seny a été maintes fois réalisé par son ami François-Joseph Navez (M. Seny à Charleroi (1808), M. Seny (1810), famille de M. et Seny et leurs deux filles (1822), Edmond Bouvier née Hortense Seny (1842), Bouvier (probablement Edmond Bouvier) (1850), Leclercq (1850). Cf. article Dolez, "Titre de l'article", dans: Le Parchemin, Bruxelles, 1969), n°144, p.. dont il eut cinq enfants : Jules (1833), médecin, collectionneur, Léon (1835), industriel, collectionneur d’art et mécène, Ernest (1837) avocat, époux d'Isabelle Tirou, (nièce du peintre Félix Terlinden (1836-1912) et cousine germaine de l'écrivain Théodore de Wyzewa), Marie-Emilie (1843) Alfred (1852), docteur en Droit.
Hommages
Son portrait a été réalisé par Joseph Schubert (1844) et François-Joseph Navez dont Lequime était le médecinLouis-Joseph Alvin, Fr. J. Navez, sa vie, ses œuvres et sa correspondance, Bruxelles, Bruylant-Christophe et Cie, 1870, p. 260. (1857).
Une avenue de Rhode-Saint-Genèse porte son nom.
Bibliographie Eugène De Seyn, Dictionnaire des arts, sciences et lettres, s. v. et Dictionnaire des écrivains belges.