La rafle du Vélodrome d'Hiver, souvent appelée « rafle du Vél'd'Hiv ».. (aussi orthographiée « rafle du Vel' d'Hiv' ». ou encore « rafle du Vél d'Hiv ».Site officiel du Centre d'étude et de recherche sur les camps d'internement du Loiret, cercil.fr, consulté le .) est la plus grande arrestation massive de Juifs réalisée en France pendant la Seconde Guerre mondiale. Les et , plus de treize mille personnes juives dont majoritairement des femmes et des enfants sont arrêtées (5 919 femmes, 4 115 enfants et ) dont un tiers sont détenues au Vélodrome d'Hiver dans des conditions d'hygiène déplorables, presque sans eau ni nourriture pendant cinq jours - mais aussi dans d'autres camps. Ils sont ensuite envoyés par trains de la mort vers le centre d'extermination d'Auschwitz. Moins d'une centaine d'adultes en sont revenus..

À la demande du Troisième Reich, dans le cadre de sa politique d'extermination des populations juives d'Europe ., l'État français organise, en , une rafle à grande échelle de Juifs (l'« opération Vent printanier », parallèlement menée par les nazis dans plusieurs pays européens). Ces arrestations sont réalisées avec le concours de neuf mille policiers et gendarmes français, sur ordre du gouvernement de Vichy, après des négociations avec l'occupant sous la responsabilité de René Bousquet, secrétaire général de la Police nationale. À la suite de ces négociations, entamées par Pierre Laval, les Juifs de nationalité française sont temporairement exclus de cette rafle qui concerne essentiellement. les Juifs étrangers, ou apatrides, ou déchus de la nationalité française par la loi du 22 juillet 1940, ou encore ceux ayant le statut de réfugié, dont plus de quatre mille enfants, le plus souvent français nés de parents étrangersPréface de Serge Klarsfeld dans . (et dont aucun n'est revenu des camps de la mort), à l'initiative du gouvernement de Vichy alors que les Allemands n’avaient demandé que les Juifs de plus de .

Il faut attendre 1995 pour que la France, par la voix du président de la République, Jacques Chirac, reconnaisse, lors d'un discours prononcé devant le monument commémoratif, la responsabilité du gouvernement français dans cette rafle, et plus généralement dans la persécution et la déportation des Juifs pendant l'Occupation.

Contexte Les premières rafles de Juifs en France commencent en 1940 en zone libre et en en zone occupée (rafle du billet vert., rafle du , rafle des notables, les Juifs étant placés dans des camps d'internement français.). Début , une planification est décidée : l'opération « Vent printanier », ou « Vent de printemps », doit organiser une rafle pour les trois pays d'Europe occidentale occupés par l'Allemagne (France, Pays-Bas et Belgique), le RSHA devant déporter de France vers l'Est en 1942 (Juifs valides pour le travail et devant avoir entre ), au lieu des initialement prévus. L'opération « Vent printanier » prévoyait, à l'origine, l'arrestation de tous les Juifs d'Amsterdam, Bruxelles et Paris, le même jour.

Organisation 350px|vignette|droite|Copie du document transmis par Edgar Faure au tribunal de Nuremberg le Minutes du Procès de Nuremberg, , audience de l'après-midi (lire en ligne).. Ce document reprend une traduction des directives établies par le bureau IV aux affaires juives de Paris, le , intitulé « Instructions de base pour la grande action parisienne contre les Juifs ».

La note interne initiale a été rédigée par Theodor Dannecker et transmise au Befehlshaber der Sicherheitspolizei und des SD (commandant de la police de sécurité et du SD, Knochen) et au SS-Obersturmbannführer Lischka avec prière d'en prendre connaissanceSerge Klarsfeld, La Shoah en France, , Le calendrier de la persécution des Juifs de France, Fayard, 2001..

Pour en faciliter la lecture, voici un facsimilé du texte : 350px|sans_cadre|centré

L'État français et les nazis négocient sur une base de de la zone occupée, dont de la région parisienne, avec un ratio de 40 % de Juifs français et 60 % de Juifs étrangers. Le , René Bousquet, chef de la police de Vichy, propose au général Oberg de livrer apatrides (Juifs autrichiens, polonais, tchèques, qui n'ont plus de gouvernement) de la zone libre grâce à la police française.. Le , René Bousquet assiste à une réunion de planification dans laquelle il ne formule aucune objection à l'arrestation des Juifs apatrides, mais exprime son inquiétude devant le fait « gênant » que la police française soit chargée de l'exécution des plans dans la zone occupée. Bousquet obtient un compromis selon lequel la police raflerait uniquement les Juifs étrangers en échange d'un réarmement de la police française . Les historiens considèrent que cette opposition ne naît pas d’une volonté de Pétain et du régime de protéger les Juifs. Pour Robert Paxton, . Il précise que la volonté était de faire partir les étrangers en premier. Laurent Joly ajoute à l’analyse de Paxton qu’il faut prendre en compte le poids de l’opinion des Français et de leur hostilité aux rafles, Bénédicte Vergez-Chaignon expliquant pour sa part que le régime voulait montrer des gages de bonne volonté collaboratrice, et qu’en visant les Juifs étrangers, Vichy pensait que la mesure passerait mieux auprès des Français...... Le gouvernement de Vichy ratifie cet accord le lendemain Julian Jackson, France – The Dark Years – 1940-1944, Oxford University Press, 2001 ..

René Bousquet, accompagné de Louis Darquier de Pellepoix, commissaire général aux questions juives, rencontre le , au siège de la Gestapo à Paris, les colonel et capitaine SS Helmut Knochen et Theodor Dannecker, le premier dirigeant la police allemande en France. Un nouvel entretien, dans les bureaux de Dannecker avenue Foch, afin d'organiser la rafle prévue pour le , se tient le en compagnie de Jean Leguay, l'adjoint de Bousquet, accompagné de Jean François, directeur de la police générale, Émile Hennequin, directeur de la police municipale, André Tulard, chargé des « questions juives » à la préfecture, Garnier, sous-directeur du ravitaillement à la préfecture de la Seine, Guidot, commissaire de police à l'état-major de la police municipale, et enfin Schweblin, directeur de la police aux questions juives. Le capitaine SS Dannecker déclare : CDJC-CCCLXIV 2. Document produit au procès Carl Oberg-Helmut Knochen en , cité par Maurice Rajsfus, dans La Police de Vichy — Les forces de l'ordre au service de la Gestapo, 1940-1944, Le Cherche midi, 1995, ..

La circulaire du de la préfecture de police, signée par Émile Hennequin, indique que la rafle vise les Juifs allemands, autrichiens, polonais, tchécoslovaques, russes (réfugiés et soviétiques, c'est-à-dire Blancs et Rouges) et apatrides, âgés de 16 à pour les hommes et de 16 à 55 pour les femmes, ainsi que leurs enfants (qui étaient français pour une très grande majorité). La circulaire Hennequin précise que 50 autobus de la TCRP et 10 autocars, avec leur personnel, sont mis à la disposition des forces de Police

Dix dérogations sont néanmoins prévues : les femmes enceintes dont l'accouchement serait proche ; les femmes nourrissant au sein leur bébé ; les femmes ayant un enfant de moins de , c'est-à-dire né après le ; les femmes de prisonniers de guerre ; les veuves ou veufs ayant été mariés à un non-juif ; les juifs ou juives mariés à des non-juifs, et faisant la preuve, d'une part de leurs liens légitimes, et d'autre part, de la qualité de non-juif de leur conjoint ; les juifs et juives porteurs de la carte de légitimation de l'Union générale des israélites de France (carte de couleur bulle ou jaune clair). les juifs ou juives dont l'époux légitime est d'une nationalité non visée par la circulaire ; les parents dont l'un au moins des enfants n'est pas juif ; les enfants de moins de , dont un membre de la famille bénéficie de la dérogation.

vignette|redresse|Le fichier juif était un registre qui servit à l'arrestation des Juifs lors de la rafle. Il est aujourd'hui conservé par le mémorial de la Shoah à Paris.|gauche

Mais . Les Nazis prévoient de faire arrêter par la police française étrangers dans le Grand Paris, pour les conduire à Drancy, Compiègne, Pithiviers et Beaune-la-Rolande. À cette fin,

En effet, depuis une ordonnance allemande du , tous les Juifs français et étrangers en zone occupée devaient se faire enregistrer dans les commissariats de police à Paris et les sous-préfectures en province, entre le 3 et le . Sur cette base, André Tulard constitua un volumineux fichier juifCe fichier de comportait quatre entrées : alphabétique, par adresse, par nationalité, par profession. Trois couleurs servaient à l'identification : fiche bleue pour les Juifs français, fiche orange pour les Juifs étrangers et fiche beige pour les apatrides. Près de furent ainsi recensés.. Le SS Dannecker s'entretient le avec Adolf Eichmann, tandis qu'une nouvelle réunion se tient le même jour au siège du Commissariat général aux questions juives (CGQJ) en compagnie des SS Dannecker, Röthke, Ernst Heinrichsohn, et de Jean Leguay, Pierre Gallien, chef de cabinet.Sur l'antisémitisme de Gallien, ses relations avec Darquier de Pellepoix, voir . de Louis Darquier de Pellepoix (chef du CGQJ), quelques cadres de la préfecture de police, ainsi que des représentants de la SNCF et de l'Assistance publique.

vignette|redresse|Émile Hennequin, directeur de la police municipale à la préfecture de police, qui signa la circulaire de police du organisant la rafle.

Les instructions du directeur de la police municipale de Paris Émile Hennequin, le Document du CDJC, référence : CCXIV-77. Voir ., disposent : 1. Les gardiens et inspecteurs, après avoir vérifié l'identité des Juifs qu'ils ont mission d'arrêter, n'ont pas à discuter les différentes observations qui peuvent être formulées par eux […] 2. Ils n'ont pas à discuter non plus sur l'état de santé. Tout Juif à arrêter doit être conduit au Centre primaire. […] 7. […] Les opérations doivent être effectuées avec le maximum de rapidité, sans paroles inutiles et sans aucun commentaire. La responsabilité de la rafle d'enfants de moins de (les Juifs doivent être valides pour le travail et donc avoir entre 16 et , car on est encore dans la période où les Allemands prétendent ne déporter vers Auschwitz-Birkenau que des travailleurs), en revient d'abord aux représentants d'Adolf Eichmann à Paris pour qui il devient indispensable de déporter des enfants afin d'atteindre l'objectif de apatrides arrêtés à la suite des négociations avec les autorités de Vichy. Bien que l'on ait tenu la police pour responsable de la rafle d'enfants (police sous les ordres de l'autorité occupante selon la Convention de Genève sur le droit de la guerre), l'ordre émane en fait du chef du gouvernement de Vichy, Pierre Laval, qui invoque une mesure « humanitaire » visant à ne pas séparer les familles.. Laval ne souhaite pas que les enfants juifs séparés de leurs parents déportés (dont le sort ne l'intéresse pas) restent en France et refuse la proposition que lui fait le pasteur Marc Boegner qu'ils soient adoptés par des familles françaises. Dans un rapport de Dannecker à Eichmann de , on lit par ailleurs que Laval ne formule cette demande que pour les enfants juifs de la zone libre, mais pour ce qui concerne ceux de la zone occupée . Au sujet des enfants juifs, Laval engage des tractations avec les États-Unis à partir du , par le biais des quakers. Il s'agit des milliers d'enfants (entre et ) dont les parents sont déjà partis dans des camps et qu'il s'agit d'exfiltrer. Après des tergiversations de la part de Vichy, le plan de sauvetage échoue définitivement le avec l'arrivée des Allemands à Marseille. L'historien Michael R. Marrus a fait remarquer que, si ce plan avait l'accord de Laval, Vichy en avait également informé Berlin. La capitale allemande avait demandé à Laval l'assurance qu'un geste humanitaire ne fût pas exploité par la presse américaine contre la France et l'Allemagne.