Les Hitlerjugend (en allemand : Prononciation en allemand standard retranscrite selon la norme API. ) ; abrégé HJ (en allemand : ), en français, littéralement : les Jeunesses hitlériennes, est le mouvement de jeunesse du Parti national-socialiste des travailleurs allemands dirigé par Adolf Hitler.

Créée en 1926, cette organisation, seul mouvement de jeunesse autorisé durant le Troisième Reich à partir de , devient obligatoire en 1939 pour tous les jeunes Allemands de quatorze à dix-huit ans et reste active jusqu'à la capitulation de l'Allemagne nazie en 1945.

Origines La première organisation des jeunes du Parti nazi est fondée le à Munich sous le nom de Jungsturm Adolf Hitler, plus ou moins traduisible en français par « Jeune brigade d'assaut Adolf Hitler ». Elle est alors rattachée au Sturmabteilung et dirigée par Gustav Adolf Lenk. L'organisation est interdite en 1923, en même temps que le parti nazi.

vignette|Un groupe de membres des Jeunesses hitlériennes.

Elle est refondée le lors du deuxième congrès du Parti nazi, sous le nom de Hitlerjugend.

Doctrine La raison d'être des Jeunesses hitlériennes est la formation de futurs surhommes « aryens » et de soldats prêts à servir loyalement le Troisième Reich. Il s'agit de contourner les clauses très contraignantes du Traité de Versailles qui interdisent à l'Allemagne de posséder une armée puissante et de préparer une génération physiquement et mentalement apte à être, au plus tôt, lancée dans une guerre contre toutes les puissances ennemies du Reich. Dans les Jeunesses hitlériennes, l'entraînement physique et militaire passait bien avant l'instruction scolaire et scientifique. L'apprentissage comprenait le maniement des armes, le développement de la force physique, la stratégie militaire et un endoctrinement antisémite. Après la dissolution des organisations de scouts dans tous les Länder d'Allemagne, les Jeunesses hitlériennes s'approprièrent beaucoup de leurs activités, bien que les objectifs et le contenu ne soient pas les mêmes. La cruauté des plus grands envers les plus jeunes était tolérée, et même encouragée. La philosophie du Parti nazi encourageait à éliminer les plus faibles et à s'endurcir.

vignette|upright=0.7|Uniforme des Jeunesses hitlériennes dans les années 1930.

Les membres des Jeunesses hitlériennes portaient des uniformes comparables à ceux du Parti nazi et utilisaient un système de grades militaires similaires aux grades et insignes des Sturmabteilung. Beaucoup des activités proposées aux garçons ressemblaient à un entraînement militaire : ramper sous des fils barbelés, apprendre à plonger en mer depuis des sautoirs et apprendre comment lancer des grenades factices. Ils avaient un poignard fabriqué par la firme Zwilling J. A. Henckels, sur le plat de la lame duquel figurait l'inscription , (sang et honneur). Le manche était orné de l'insigne nazi.

Fixés par les directives de Von Schirach, les programmes à inculquer à la jeunesse étaient précis, se voulant l'armature idéologique de la nouvelle génération, et comportaient un certain nombre de thèmes centrés autour du parti nazi, de Hitler, de l'Allemagne et du peuple allemand, et des directives pour les chants à entonner en chaque circonstanceR.J. Evans, Le Troisième Reich, II, ..

Structure vignette|Garçons de la jeunesse hitlérienne s'exerçant au tir.

Encadrement L'encadrement des Jeunesses hitlériennes était assuré par des adultes, souvent militants du parti nazi au sein d'un corps d'armée. De plus ces chefs d'escouades, à la pédagogie de sergent-instructeurSelon un membre de la HJ, cité par R.J. Evans, Le Troisième Reich, II, ., exigent une obéissance totale au FührerprinzipR.J. Evans, Le Troisième Reich, II, .. Le gros des membres comprenait des garçons âgés de huit à dix-huit ans. Dès 1936, les Jeunesses hitlériennes devinrent officiellement une filière obligatoire pour tous les jeunes Allemands. Le groupe servait aussi de base de recrutement pour des groupes paramilitaires du parti nazi : la Schutzstaffel (SS) s'y intéressait particulièrement. Les membres des HJ étaient particulièrement fiers de se voir accorder la sieg rune (rune de la victoire), par les SS. Les SS utilisaient deux sieg runes accolées comme emblème, et cette récompense liait symboliquement les deux groupes.

Elles étaient organisées dans les villes et villages en cellules locales. Ces groupes se réunissaient chaque semaine : un dirigeant adulte y enseignait la doctrine nazie. Au niveau régional, les responsables organisaient des rassemblements et des manœuvres auxquels plusieurs cellules participaient. Le groupe national se réunissait en général une fois par an à Nuremberg, pour le rassemblement traditionnel du parti nazi.

Les Jeunesses hitlériennes avaient également créé des « académies » d'entraînement comparables aux lycées. De telles académies étaient considérées comme les bases de la relève du parti : seuls les élèves les plus dévoués et les plus radicaux pouvaient prétendre devenir de futurs dirigeants nazis.

Quelques sections visaient à entraîner leurs membres à devenir officiers de la Wehrmacht. De tels groupes s'appliquaient à former le jeune disciple dans la spécialité qu'il espérait exercer en tant qu'officier. Ainsi, les Jeunesses hitlériennes de la Marine étaient la section la plus nombreuse et servaient d'auxiliaires à la Kriegsmarine pour le secours en mer.

Organisation et branches régionales Dès , Schirach organisa les Jeunesses hitlériennes au moyen d'un système de classes d'âges : Küken uniquement des fillettes de huit à dix ans, adhésion facultative ; Les Deutsche Jungvolk appelés aussi Pimpfe (nom familier) , ou DJ (Jeunes allemands), regroupaient les garçons de dix à quatorze ans ; Le Jungmädelbund, ou JM (Association des jeunes filles), était chargé de l'encadrement des filles de dix à quatorze ans ; Le « véritable » Hitlerjugend s'occupait des jeunes gens de quatorze à dix-huit ans ; Le Bund Deutscher Mädel (BDM) encadrait les jeunes filles de quatorze à dix-huit ans ; plus tard l'âge maximal des membres du BDM fut ramené à dix-sept ans. Dès 1938, le BDM subit une modification de sa structure, et le BDM-Werk « Glaube und Schönheit » rassembla les jeunes filles de dix-sept à vingt et un ans"les jeunes filles allemandes « enrôlées » sous la bannière nazie de 1923 à 1945. Par Olsen.".

Les quatre principales branches des HJ (Deutsches Jungvolk, Hitlerjugend, Jungmädel, Bund Deutscher Mädel), quoique comportant quelques variations minimes, étaient structurées de manière similaire. La direction de la Jeunesse du Reich () avait organisé sur le territoire du Reich des directions régionales, représentant entre (pour les DJ ou les HJ), et autant d'Obergaue pour les JM et le BDM. Ces structures étaient elles-mêmes redécoupées de manière plus fine, jusqu'à des groupes d'une dizaine de membres, par lieu de résidence, désignés sous les termes de Jungenschaft (DJ), Kameradschaft (HJ véritable), Jungmädelschaft (JM) ou Mädelschaft+ (BDM).

Deutsches JungvolkHitlerjugendJungmädelBund Deutscher MädelGebietObergauBannUntergauJungstammStammJungmädelringMädelringFähnleinGefolgschaftJungmädelgruppeMädelgruppeJungzugScharJungmädelscharMädelscharJungenschaftKameradschaftJungmädelschaftMädelschaft

Pour les niveaux Jungstamm/Stamm/… et inférieurs, chaque unité coordonnait les membres de quatre unités du niveau hiérarchique inférieur. Au niveau Bann/Untergau, l'organisation se faisait de manière géographique, chacune de ces unités présidant à quatre ou six unités du niveau inférieur, tandis que chaque Gebiet ou Obergau regroupait environ ou Untergauen. Une unité du niveau Jungstamm/Stamm/… regroupait en moyenne environ , un Bann ou un Untergau entre Arno Klönne, Jugend im Dritten Reich, Cologne, Diederichs, 1982, .

En 1934, le Reich était ainsi organisé en cinq Obergebiete et ou Obergaue. L'Anschluss de 1938 provoqua la création d'un sixième ObergebietChristoph Schubert-Weller. Hitlerjugend. Vom „Jungsturm Adolf Hitler“ zur Staatsjugend des Dritten Reiches, Weinheim, 1993, .. En 1942, le nombre de Gebiete et d'Obergaue culmina à quarante-deux, dont quatre Befehlsstellen pour les pays occupés (Protectorat de Bohême-Moravie, Gouvernement général, Pays-Bas, ainsi qu'Osten pour l'Europe de l'Est et du Sud). Pour le territoire du Reich, les limites entre Gebiete suivaient grosso modo celles des Gauleitungen du parti naziWerner Klose, Generation im Gleichschritt. Ein Dokumentarbericht, Stalling, Oldenburg, 1964, ..

Chefs des Hitlerjugend Baldur von Schirach (du à 1940) Artur Axmann (de 1940 à )

Drapeaux et fanions vignette|250px|Une Bann du Jungvolk avec son drapeau. L'unité de base des Jeunesses hitlériennes était la Bann, l'équivalent d'un régiment militaire. On comptait plus de 300 de ces Banne, dispersées dans toute l'Allemagne, chacune d'entre elles comptant environ . Chaque unité avait un drapeau avec un dessin pratiquement identique, mais chaque Bann était identifiée par son nom, inscrit en noir sur un ruban jaune, au-dessus de la tête de l'aigle. Ces drapeaux mesuraient de long et de haut. L'aigle au centre faisait référence à l'Empire allemand (aigle prussien). Il maintenait dans ses serres une épée blanche et un marteau noir. Ces symboles furent utilisés sur le premier drapeau officiel présenté aux Jeunesses hitlériennes, au Congrès national du NSDAP, en , à Nuremberg. L'épée était censée représenter le nationalisme alors que le marteau était le symbole du socialisme. Les mâts utilisés avec ces drapeaux étaient en bambou, surmontés d'une boule en fer blanc et d'une pointe.

Les drapeaux portés par les Gefolgschaft des HJ, l'équivalent d'une compagnie de , montrait l'emblème utilisé par les groupes armés des HJ : trois bandes horizontales (rouge-blanc-rouge) au centre desquelles un carré blanc tenant sur un sommet et contenant une croix gammée noire en son sein. Le drapeau des Gefolgschaften mesurait de long par de hauteur avec chaque bande de . Pour distinguer chaque Gefolgschaft et la branche des Jeunesses hitlériennes à laquelle elle appartenait, chaque drapeau comportait un petit bandeau coloré, en haut à gauche. Le bandeau était d'une couleur précise, propre à chaque unité. Par exemple, un bandeau bleu clair avec un numéro d'unité en blanc et une couture blanche était réservé pour les Unités volantes de la HJ (Flieger-HJ).

Embrigadement obligatoire vignette|Examen sanitaire dans un camp d'été, juillet 1940. L'embrigadement vise à endoctriner et préparer physiquement plusieurs générations de futurs soldats. vignette|Corvée d'eau en 1933.

En 1923, l'organisation comptait un millier de membres. En 1925, le nombre de membres s'élevait à . Cinq ans plus tard, les Jeunesses hitlériennes dépassait les , et à l'arrivée des nazis au pouvoir en 1933, elles comptaient un effectif de . Cette augmentation étant due en grande partie aux membres des autres organisations de jeunesse avec lesquelles les Jeunesses hitlériennes avaient fusionné (avec plus ou moins de consentement), incluant l'importante evangelische Jugend ( à l'époque), l'organisation de jeunesse de l'Église protestante.

En décembre 1936, l'effectif dépassa les cinq millions de membres. Le même mois, l'organisation devint la seule organisation de jeunesse autorisée dans laquelle toutes les autres devaient se fondre (Gesetz über die Hitlerjugend). Elle devint officiellement obligatoire en 1939 avec le Jugenddienstpflicht. L'appartenance pouvait même être proclamée contre l'avis des parents. À partir de là, la plupart des adolescents allemands furent incorporés dans les Jeunesses hitlériennes : dès 1940, l'organisation avait atteint un effectif de huit millions de membres. Plus tard, les statistiques de guerre sont difficiles à lire, dès le moment où l'on considère que la conscription obligatoire et l'appel à la lutte (chez des enfants à partir de ) signifie que pratiquement tous les jeunes allemands étaient, dans une certaine mesure, reliés aux Jeunesses hitlériennes.