Les vêpres grecques, ou événements de novembreOn trouve aussi les noms de , de et d'. (en / Noemvrianá), sont les combats qui opposent, le (18 novembre julien) 1916, des troupes loyalistes du royaume de Grèce à des forces franco-britanniques débarquées à Athènes afin d’y réquisitionner des armes. Le surnom de « vêpres grecques » donné, en Europe occidentale, au massacre qui s'ensuit fait référence aux de 1282, durant lesquelles les troupes du roi angevin Charles furent systématiquement massacrées par la population sicilienne. En Grèce, les combats sont, par contre, appelés , du fait du maintien du calendrier julien dans le pays.

Dès le début de la Première Guerre mondiale, des tensions très vives se manifestent entre les gouvernements de la Triple-Entente et la Grèce, qui souhaite maintenir sa neutralité durant le conflit. Cependant, c’est la reddition sans condition, en , du fort Rupel, une importante place forte grecque située en Macédoine, face aux troupes bulgares, qui conduit au refroidissement des relations entre le royaume hellène et les Alliés. À partir de ce moment, l’Entente, et surtout la France, soupçonne le roi Constantin et son gouvernement d’avoir conclu en secret une alliance avec les puissances centrales et de menacer ainsi l’armée française d'Orient, établie à Thessalonique depuis .

Durant tout l’été 1916, des négociations diplomatiques sont entreprises entre Athènes et l’Entente, qui demande au roi de lui remettre l’équivalent des armes capturées par les Bulgares au fort Rupel. Cependant, l’échec des négociations et l’occupation d’une partie de la Macédoine par l’armée bulgare favorisent la proclamation d’un gouvernement de défense nationale par l’ancien Premier ministre grec pro-Alliés Elefthérios Venizélos, à Thessalonique. Le soutien des Alliés à l'homme politique crétois provoque le « Schisme national », une guerre civile larvée entre monarchistes pacifistes neutralistes, et vénizélistes bellicistes pro-Alliés.

Malgré tout, fin octobre, un accord secret est signé entre le gouvernement de et la diplomatie alliée. Des pressions de l’état-major royaliste et la maladresse des vénizélistes conduisent toutefois le souverain à renoncer à l’accord. Toujours désireux de récupérer les armes exigées, le vice-amiral Louis Dartige du Fournet débarque à Athènes à la tête d'un petit contingent franco-britannique, le ( julien) 1916. Les troupes de l’Entente sont alors accueillies par un feu nourri des troupes royales grecques. Après une journée de combats, un compromis est trouvé entre les belligérants et les survivants, qui rembarquent pacifiquement. Le départ des Alliés déclenche, durant trois jours, une féroce répression contre les vénizélistes dans la capitale hellénique.

Sur le front macédonien comme à Paris et à Londres, les conséquences de ces ne se font pas attendre. Louis Dartige du Fournet est ainsi démis de ses fonctions tandis qu’un blocus naval très strict est imposé à la Grèce. Surtout, le gouvernement de défense nationale de Venizélos est en partie reconnu par les Alliés. Enfin, à Londres, le Premier ministre Herbert Henry Asquith et une partie de son cabinet démissionnent le tandis qu’à Paris, un important remaniement ministériel est opéré le 12.

Contexte : une neutralité difficile De l'Expédition de Salonique à la reddition du Fort Rupel

thumb|upright|alt=portrait en noir et blanc d'un officier allemand|Le général allemand Erich von Falkenhayn en 1913. Après le débarquement et l'installation des troupes de l'Entente à Thessalonique en Bien que neutre, la Grèce a autorisé, par la voix du Premier ministre Elefthérios Venizélos, le débarquement des troupes de l'armée d'Orient à Thessalonique le . Mais, en agissant ainsi, l'homme politique a passé outre à la volonté du roi Constantin de ne pas intervenir dans le conflit. Venizélos a donc été démis de ses fonctions et remplacé par Aléxandros Zaïmis le ., l’avancée des forces du général Maurice Sarrail vers la frontière gréco-bulgare cause un certain trouble au commandement suprême allemand qui craint qu’elles ne viennent renforcer l'armée serbe en déroute. Le chef d’État-major des puissances centrales Erich von Falkenhayn décide alors d’occuper une série de positions stratégiques situées en territoire grec, parmi lesquelles le Fort Rupel, sur le Strymon.

Le , Falkenhayn avertit Athènes de l’imminence d’une avancée germano-bulgare en Macédoine mais le gouvernement hellénique tente de lui faire abandonner son projet en minimisant l’importance des forces de Sarrail. Le , Falkenhayn garantit à Athènes le respect de l’intégrité de son territoire et le respect des droits de ses citoyens. Trois jours plus tard, en dépit des protestations officielles du gouvernement grec, franchissent la frontière et pénètrent en territoire grec. Les forces hellènes du Fort Rupel se rendent sans combattre et leur matériel de guerre est confisqué par les forces germano-bulgares. Cependant, malgré les assurances allemandes, les Bulgares cherchent à s’emparer des villes de la région et, le , Kavála tombe entre leurs mains.

Les réactions de l'Entente et de Venizélos La reddition du Fort Rupel cause une impression déplorable, tant chez les vénizélistes que dans les opinions publiques de l’Entente. De fait, les Alliés sont convaincus que l’avancée des forces germano-bulgares en Thrace ne peut être que le fruit d’un accord secret passé entre Constantin et les gouvernements de la TripliceDepuis le mariage de Constantin avec la princesse Sophie de Prusse, sœur du Kaiser Guillaume II d'Allemagne, le roi des Hellènes est regardé comme un fervent partisan de l'Allemagne par le gouvernement français .. Dans les journaux de l’Entente, et tout spécialement en France, des voix exigent une réaction sévère afin de punir Athènes de sa trahison et de protéger l’armée d’Orient.

thumb|left|upright|alt=portrait du roi de Grèce en 1913|Le roi Constantin de Grèce vers 1913. Pour Venizélos et ses partisans, la reddition sans condition du Fort Rupel constitue les prémisses d’un grignotage de la Macédoine grecque par les forces bulgares. Le , l’ancien Premier ministre propose aux ambassadeurs anglais et français à Athènes, Sir Francis Elliot et Jean Guillemin, de se rendre à Thessalonique avec le général Panagiótis Danglís afin d’y établir un gouvernement provisoire et de mobiliser l’armée contre Sofia. Conscient du soutien dont bénéficie Constantin auprès des cours de Londres et de Saint-Pétersbourg, Venizélos assure les Alliés qu’il ne désire mener aucune action contre le souverain et sa dynastie. Selon Elliot, il est même persuadé que le . Mais la proposition de Venizélos est rejetée par Aristide Briand, qui craint d'indisposer Londres en affaiblissant la famille royale de GrèceÀ l'époque, l'attitude équivoque de Briand, qui entretient une relation amoureuse avec une belle-sœur de Constantin , le fait passer pour le jouet du roi des Hellènes (David Dutton, « The Deposition of King Constantine of Greece, June 1917 : An Episode in Anglo-French Diplomacy » dans Canadian Journal of History, vol. 12, , 1977, )...

Les , une conférence inter-alliés est réunie à Londres pour décider des sanctions à prendre contre la Grèce. Demande est alors faite à Constantin d'organiser de nouvelles élections et de démobiliser l’armée et la marine helléniques afin de se prémunir contre un retournement d’Athènes en faveur des puissances centrales. Mais, anticipant les vœux de l’Entente, Constantin ordonne une démobilisation partielle de son armée dès le . Malgré tout, les tensions entre Athènes et les Alliés se poursuivent et des activités pro-allemandes sont menées en Grèce sans que le gouvernement réagisse. Les , des émeutiers saccagent ainsi les bureaux des journaux vénizélistes Nea Ellas, Patris, Ethnos, et Estia avant de se diriger vers la légation britannique. Or, la police ne fait aucun effort pour disperser la foule et nulle mesure n’est prise contre les responsables des destructions.

Tous ces désordres servent de prétexte à la France pour pousser Londres à réagir plus vigoureusement contre la Grèce. Déçu par l'attitude d'Athènes, le Royaume-Uni décide, le , .

La mise en place du gouvernement de défense nationale

thumb|upright|Elefthérios Venizélos en 1919. Le , Elefthérios Venizélos profite d’une manifestation de ses partisans à Athènes pour proclamer sa complète opposition à la politique mise en place par Constantin . L’ancien Premier ministre déclare alors que le roi est victime de mauvais conseillers qui cherchent à remettre en cause les fruits de la révolte de Goudi. Il implore le souverain de rester au-dessus de la vie politique et d’assurer une neutralité bienveillante envers l’Entente. Venizélos termine ensuite son discours par des mots lourds de menace : . Mais le roi refuse de recevoir la délégation des manifestants et il n’accepte absolument aucun compromis avec l'opposition.

Deux jours plus tard, des officiers vénizélistes organisent un coup d'État militaire à Thessalonique et mettent en place un gouvernement de défense nationale avec le concours du général Maurice Sarrail : c'est le début du Schisme national. Soutenu officieusement par les puissances de l’Entente, ce contre-gouvernement n’obtient cependant pas leur reconnaissance officielle du fait de l'opposition des Cours de Londres, de Saint-Pétersbourg et de Rome. Quant à Venizélos, il considère d'abord que le soulèvement est prématuré dans la mesure où il ne bénéficie pas d’un soutien populaire assez fort. L'homme politique finit malgré tout par accepter de former un gouvernement provisoire à Thessalonique en compagnie de l’amiral Pávlos Koundouriótis et du général Panagiótis Danglís. Le triumvirat débarque alors dans la ville le ..

La Grèce et son opinion publique sont désormais coupées en deux avec, au Nord, en Crète et en Égée, le gouvernement provisoire de Venizélos et, au Sud, le gouvernement monarchiste de Constantin . Entre les deux, les Alliés occupent une zone neutre dans le but d'éviter la guerre civile qui menace.

À la recherche d'une solution diplomatique L'accord entre Constantin et Paul Bénazet Les mois suivant la proclamation du gouvernement provisoire à Thessalonique, les négociations entre les Alliés et le roi Constantin s’intensifient. Par la voix du député français Paul Bénazet, l’Entente demande au souverain une démobilisation totale de son armée et l’évacuation de la Thessalie afin de garantir la sécurité de l’armée d’Orient. De son côté, Constantin exige des Alliés qu’ils ne reconnaissent pas le gouvernement de défense nationale, qu’ils respectent l’intégrité territoriale et la neutralité de la Grèce et qu’ils rendent au pays tout le matériel qu’il leur aura confié après la fin des hostilités.. Après plusieurs semaines de négociations infructueuses, Bénazet a la surprise, le , de voir le souverain accepter les conditions de l’Entente. Non seulement Constantin accepte d’évacuer la Thessalie mais il propose en outre de remettre aux Alliés la majeure partie de son matériel militaire ainsi que l’intégralité de sa flotte avec toutes ses munitions. Le souverain demande seulement en échange que l’accord soit gardé secret afin de ne pas exposer la Grèce au risque d’une attaque des puissances centrales.

thumb|left|upright|Le député français Paul Bénazet en 1913.