Lucy Stone, née le à West Brookfield dans le Massachusetts et morte le à Boston , est une féministe et abolitionniste américaine. En 1839, elle est la première femme du Massachusetts à obtenir un grade universitaire. Elle est en outre la première femme américaine à conserver son nom de naissance après son mariage.
Biographie Enfance, études et influences politiques Enfance Lucy Stone est née le dans la ferme familiale, située à West Brookfield dans le Massachusetts. Huitième d’une famille de neuf enfants, elle grandit dans une exploitation modeste, sur laquelle régnait d’une main de fer son père, Francis Stone, un homme au tempérament colérique, qui abusait fréquemment du cidreAndrea Moore Kerr, Lucy Stone: Speaking Out for Equality. New Jersey : Rutgers University Press, 1992, 12–16.. Les enfants de la famille participèrent très tôt à l’économie familiale.
La famille tirait un revenu modeste mais régulier de la vente de fromages et de chaussures. Le père de Lucy tenait cependant fermement liés les cordons de la bourse familiale, ce qui obligeait régulièrement sa femme Hannah à le supplier pour qu'il daigne donner l'argent nécessaire aux dépenses quotidiennes de la famille. La mainmise du maître de maison sur les ressources familiales l’amenait parfois à voler quelques pièces ou à vendre un fromage hors de sa vue. Lucy n’était pas sans souffrir de voir le subterfuge nécessaire à sa mère pour entretenir son foyer.
Étudiante et enseignante
À l’âge de seize ans, Stone commença à enseigner dans le village voisin de New Braintree afin d'augmenter les revenus de sa famille. En 1837, elle remplaça un professeur à Paxton mais fut payée moins de la moitié du salaire de l’ancien titulaire. Elle protesta et obtint finalement la somme de 16 $ par mois, soit plus que le revenu moyen d’une femme mais toujours moins qu’un homme remplissant la même tâcheKerr (1992), 23..
Au début de l’année 1838, Stone choisit de suivre les cours du Mount Holyoke Female Seminary, tenu par Mary Lyon à South Hadley. Elle paya non seulement les frais de scolarité et de pension, mais elle fut également contrainte par son père de signer un billet à ordre la contraignant à le dédommager du revenu qu’elle aurait rapporté à sa famille si elle avait continué à enseigner. À Mount Holyoke, Stone étudia l’algèbre, la logique, la géographie, la littérature, les bonnes manières ; en revanche, l’école n’offrait pas de cours de latin ou de grec. C’est à cette période que ses frères aînés lui firent découvrir le Liberator, le journal abolitionniste de William Lloyd Garrison. La publication, qui défendait une abolition immédiate et sans condition de l'esclavage, était loin de faire l’unanimité parmi la population et Mary Lyon la tança pour en avoir déposé un exemplaire sur la table du salon du séminaire : « l’esclavage est une question d’une grande importance », lui dit-elle, « et une question sur laquelle les meilleurs esprits sont divisés »Kerr (1992), 25–26..
La parole publique des femmes
Stone ne fréquenta pas très longtemps les salles de cours de Mary Lyon. En , elle fut rappelée à la maison pour assister aux funérailles de sa sœur Eliza, morte dans sa vingt-neuvième année. Dédaignant reprendre le chemin de l’école, elle s’installa dans la maison de sa sœur défunte pour prendre soin de ses deux petites nièces. À l’été 1838, elle prit un poste de professeur, remboursa son père et suivit des cours de latin, de grammaire et de mathématiques dispensés par Alfred Bartlett, un étudiant en théologie, admirateurs des sœurs Angelina et Sarah Grimké, deux abolitionnistes venues du Sud qui avaient fait scandale en s’exprimant en public malgré l’interdit tacite qui tenait les femmes éloignées des estrades au nom du respect des convenances. Stone lut les discours prononcés par les deux sœurs dans lesquels elles comparaient la situation des femmes avec le sort réservé aux esclaves et prit la résolution de ne jamais appeler un homme du nom de « maître »Kerr (1992), 26..
Elle aussi inspirée par les sœurs Grimké, Abby Kelley s’essaya aux harangues publiques contre l’esclavage, notamment auprès des communautés religieuses protestantes. En réponse, des responsables de l’Église congrégationaliste publièrent une lettre pastorale qui interdisait l’usage de la chaire pour les discours abolitionnistes, en particulier les discours délivrés par les femmes. Le document concernait au premier chef Stone qui était alors membre de l'Église congrégationaliste de West Brookfield. Il produisit cependant l’effet inverse sur la jeune femme, qui se montra au contraire déterminée à exprimer ce qu’elle avait à dire en public, « et d'autant plus en raison de cette lettre pastorale »Kerr (1992), 24.. Elle eut peu de temps à attendre avant de pouvoir mettre sa résolution en pratique.
En violation de la lettre pastorale, un jeune diacre de l'Église invita Abby Kelley à s’adresser à la congrégation au sujet de l’esclavage. Parmi l’assistance nombreuse qu’avait attirée la venue de l’oratrice controversée figurait la famille Stone au complet. Une réunion des membres de l’église fut appelée peu après pour juger du comportement du diacre rebelle ; à cette occasion, Stone leva la main pour voter contre toute punition. Le pasteur décompta cependant son vote, en déclarant que, si Stone était bien membre de l’église, elle n’en était un membre « votant ». Cet épisode rendit Stone furieuse et aiguisa encore son intérêt pour la cause du droit de vote des femmesKerr (1992), 25..
Préparation pour l'Oberlin College
De à , Stone continua à enseigner et, quand son travail lui en laissait le loisir, à étudier dans les écoles privées comme le séminaire Quaboag et l’académie Wilbraham. Un nouveau décès, celui de sa sœur Rhoda en , la tint près de sa mère en deuil. Pendant cette période, la lecture régulière du Liberator de Garrison lui permit de constater la division croissance de l’American anti-slavery society entre les partisans d’une participation accrue des femmes dans l'organisation et ceux qui entendaient y mettre un frein. En 1840, au plus fort de la polémique qui allait entraîner la scission du mouvement abolitionniste, elle écrivit à son frère qu’une nouvelle faction espérait « écraser William Lloyd Garrison et les femmes. Alors qu’ils « prétendent » s’efforcer de supprimer le joug de la servitude basée sur la couleur, ils rassemblent en réalité toutes les énergies pour river de plus en plus fermement les chaînes qui ont toujours été attachées au cou de la femme »Kerr (1992), 27..
Stone étudia la grammaire grecque et latine et lut Virgile et Sophocle à Quaboag en 1842. Elle économisa de l’argent et se prépara pour les examens d’entrée de l'Oberlin College, le premier établissement d’enseignement supérieur américain à avoir admis des Afro-Américains (1835) et des femmes (1837) ; le voyage vers l’Ouest était déjà une épreuve pour la jeune fille qui n’était jamais éloignée à plus de 32 kilomètres de chez elleKerr (1992) 28..
Études universitaires Au début du mois d', alors qu'elle était sur le point d'avoir vingt-cinq ans, Stone intégra l'Oberlin College. Elle y entrait convaincue que les femmes devaient pouvoir voter, s'exprimer librement en public, occuper toutes les professions au même titre que les hommes et assumer des fonctions politiques. Bien que d'orientation progressiste, l'Oberlin College ne partageait pas ses opinionsSuzanne O'Dea Schenken, From Suffrage to the Senate. Santa Barbar a: ABC-CLIO, 1999, 644.. Pendant sa première année à Oberlin, Stone souffrit de maux de tête sévères, bien qu'elle fût par ailleurs en excellente santé. Lorsqu'elle se mit à enlever son chapeau pour soulager sa douleur lors des sermons dominicaux, elle fut priée de s'asseoir au dernier rang afin que personne ne puisse voir sa tête nue, ce qui était considéré comme indécent dans une égliseElinor Rice Hays, Morning Star : A Biography of Lucy Stone 1818–1893. Harcourt, Brace & World, 1961, 46..
Dans sa troisième année à Oberlin, Stone se lia d'amitié avec Antoinette Brown, une abolitionniste et suffragiste qui avait intégré Oberlin en 1845 pour devenir pasteur, une fonction dont les femmes était jusqu'alors écartéesOberlin College. Electronic Oberlin Group. Oberlin: Yesterday, Today, Tomorrow... Chapter 10. Oberlin Women.. Stone et Brown épousèrent deux frères abolitionnistes et devinrent ainsi belles-sœurs.
Stone et Brown assistaient toutes deux aux cours de rhétorique dispensés par le college, mais les femmes n'étant pas autorisées à parler en public, sous prétexte de passages de la Bible qui l'interdisaient, étudier la rhétorique se limitait pour elles à écouter les hommes débattre entre eux. Stone connaissait suffisamment l'hébreu et le grec pour lire la Bible dans une forme plus ancienne que celle qui était enseignée en langue anglaise et en avait conclu que la Bible était «favorable aux femmes » (friendly to women)Alice Stone Blackwell. Lucy Stone: Pioneer of Woman's Rights. Charlottesville et Londres : University Press of Virginia, 2001, 59.. Stone et Brown avaient l'intention de parler en public après l'obtention de leur diplôme, et parvinrent à convaincre le professeur James A. Thome, le chef du département des études, un libéral qui avait libéré ses esclaves, de les laisser débattre l'une avec l'autreBlackwell (2001), 60.. La session connut un grand succès public et le débat fut jugé « exceptionnellement brillant »Dale Spender .Women of Ideas and what Men Have Done to Them. Ark Paperbacks, Routledge & Kegan Paul, London, 1982, 350. mais provoqua la réaction du Ladies' Board of Managers, l'autorité chargée du contrôle des activités des étudiantes qui était composée des femmes des professeurs. À sa demande, le college mit fin à toute expérimentation de ce genre. Stone et Brown persévèrent toutefois en créant une société de débats pour les femmes qui se réunissait clandestinement dans les bois des environs, en postant des sentinelles pour monter la garde. , une étudiante qui prenait part à ses joutes verbales clandestines, se lia durablement avec Stone.
Le premier discours public de Stone fut donné à l'invitation d'une société abolitionniste locale en célébration de l'anniversaire de l'abolition de l'esclavage dans les colonies britanniquesSpender (1982), 350–351.. Pendant trois semaines, Stone prépara son intervention, tout en souffrant de sévères migraines. Le , elle prit place parmi les hommes sur l'estrade et s'exprima avec vigueurKerr, 1992, 37–38.. Sa prestation ne passa pas inaperçue et lui valut d'être convoquée devant le Ladies' Board pour avoir violé le principe selon lequel une femme ne devait pas d'exprimer devant un auditoire mixte. Elle se défendit en affirmant que les femmes ne devait pas agir de manière timorée ou se comporter comme des ladies (ladylike) au risque d'accréditer l'idée que les femmes ne voulaient pas parler en public alors qu'en vérité elles en étaient empêchées par les hommesSpender (1982), 351..
Au cours de l'automne et l'hiver de 1846-1847, Stone révéla par courrier à sa famille son intention de mener une vie de conférencière. Tous tentèrent de l'en dissuader, et l'incitèrent à poursuivre sa voie dans l'enseignement ; si elle devait persévérer, tous souhaitaient qu'elles s'éloignent loin du MassachusettsKerr (1992), 42.. Stone défendit ses choix en ces termes dans une lettre adressée à sa mère en : « Je ne deviendrais sûrement pas oratrice si je cherchais une vie facile... Je ne veux pas plaider seulement pour les esclaves, mais pour l'humanité qui souffre où qu'elle soit. Avant toute chose, je veux travailler pour l'élévation de mon sexe »Kerr (1992), 43..
En , après avoir passé quatre ans au collège Oberlin, tout en enseignant, reprisant des vêtements et nettoyant des maisons pour payer les frais de scolarité et de logement, Lucy Stone fut diplômée avec les honneurs.
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