Louis de Beaufront, né le à Paris et mort le à Marestmontiers, de son vrai nom Louis Eugène Albert Chevreux, est un espérantiste français et l'un des créateurs de l'ido.
Biographie La vie de Louis de Beaufront est mal voire non documentée. Il semble avoir menti sur plusieurs points : il a affirmé avoir des origines nobles anglaises, il a caché son véritable nom et s’est doté seul d’un titre de noblesse, il a affirmé avoir vécu en Inde.
Jeunesse Louis de Beaufront nait le dans le 3 arrondissement de Paris, de Louise Armande Rose Chevreux, lavandière, et d’un père inconnu. Il a deux petites sœurs. Le , à la mort de sa mère, il devient orphelin. À partir de 1869, il commence ses études à l’université catholique de Louvain, où il étudie la philosophie et le latin. En 1874, à l’âge de Lettre à Bourlet du 18 décembre 1901., il commence à travailler comme enseignant privé. Le , il est inscrit pour rejoindre l’armée. Toutefois, la visite médicale du le juge inapte à cause de sa myopie, sa fréquence cardiaque et sa bronchite chronique. En 1876, il contracte la fièvre typhoïde.
Origine du nom En 1882, il devient enseignant privé de la famille Bertrand à Rumont. Le , il est le parrain de Robert Louis Marie Lucien Hézard, lors du baptême de l’enfant. Louis de Beaufront signe l’acte de baptême avec . Il s’agit de la première trace écrite de l’utilisation du titre de marquis et du nom . Un des membres de la famille Bertrand explique l’origine du nom : au début de l’année 1887, lors d’un voyage en train, Louis de Beaufront aurait passé la tête par la fenêtre pour admirer le paysage. La perruque qu’il portait pour cacher sa calvitie se serait alors envolée, révélant un crâne dégarni. Les personnes voyageant avec lui se seraient alors moqués de ce beau front dégarni.
Découverte de l’espéranto et prosélytisme vignette|Première série de l’Adresaro. Alors qu’il est à Antibes, au printemps 1888, Louis de Beaufront découvre et apprend l’espéranto, . L’année suivante, en 1889, son nom apparait dans l’, annuaire contenant les adresses des espérantophones déclarés. Il y est indiqué qu’il loge toujours à Rumont. Il est difficile de savoir si Louis de Beaufront est le premier locuteur de l’espéranto. En effet, il dispute ce titre avec diverses personnes, comme Auguste Demonget ou Raphaël Blanchard. Par contre, il est vraisemblablement le premier espérantiste français de l’histoire, c’est-à-dire le premier français à promouvoir l’usage de l’espéranto. Selon ses propres mots, il aurait abandonné son projet personnel de langue, nommée Adjuvanto. Toutefois, aucun document ne permet de confirmer qu’il a travaillé sur un tel projet.
Il travaille comme enseignant privé chez le comte de Lavallière à Saint-Sulpice-la-Pointe et le comte de Maigret à Épernay.
Son implication pour l’espéranto est importante. Il collabore à la revue La Esperantisto. Il recrute des abonnés pour la revue et des promesses pour l’Adresaro.
En 1893, il propose l’étoile verte comme symbole de l’espéranto. En 1892, il réécrit la Unua Libro en français, et en 1893, il traduit un livre de prêche et l’édite sous l’imprimatur de l’archevêque de Reims.
Période française de l’espéranto gauche|vignette|Louis de Beaufront vers 1900.Lorsque les mouvements espérantistes russes et allemands perdent en vitesse, il crée en , sur les conseils de Zamenhof, la Société Parisienne de Propagation de l’Espéranto (SPPE), qui deviendra plus tard la Société Française pour la Propagation de l’Espéranto (SFPE), ancêtre de l’actuelle Espéranto-France. Il crée également L’Espérantiste, journal associé à la SPPE. Il recrute alors plusieurs français célèbres et influents. Grâce à sa propagande ciblée, le SPPE et l’Espérantiste grandissent et s’internationalisent rapidement. Pour ces raisons, Louis de Beaufront est nommé « le deuxième père de l’Espéranto ».
Selon un contrat spécial conclu en 1901, il représente Zamenhof auprès d’Hachette. Il écrit plusieurs livres d’apprentissage, ainsi que des livres sur les langues, dont la première vraie grammaire de l’espéranto : Commentaire sur la Grammaire de la Langue Internationale Esperanto, en 1900, qui seront plusieurs fois réédités et traduits dans plusieurs langues.
vignette|Lingva Komitato en 1907 (Louis de Beaufront est sur la troisième ligne, 5 en partant de la droite). Entre 1905 et 1908, il est membre du .
Peu à peu, des divergences l'opposèrent à Zamenhof, et à la majorité des espérantistes français : pour Zamenhof, l'utilisation d'une langue commune n'était que l'expression d'un humanisme presque religieux ; pour Louis de Beaufront, l'espéranto n'était qu'un outil : () ; cette divergence doit se replacer dans le contexte historique de l'époque où se discutait en France la loi de séparation des Églises et de l'État. De même, d'opinion conservatrice, il appréciait peu ceux qui liaient l'espéranto aux luttes politiques. Des querelles de personnes intervinrent également, notamment lorsque des espérantistes firent annuler un contrat qu'il avait négocié avec l'éditeur Hachette. Sous un fallacieux prétexte, il n'assista pas au premier congrès espérantiste de Boulogne-sur-Mer où fut adopté le Fundamento de Esperanto, c'est-à-dire les règles intangibles qui garantissent la stabilité de la langue.
Délégation pour l’adoption d’une langue auxiliaire internationale Il fut néanmoins désigné par Zamenhof pour représenter l'espéranto à la « délégation pour l'adoption d'une langue auxiliaire internationale ». Selon le témoignage du linguiste danois Jespersen, il défendit l'espéranto avec éloquence. Lorsqu'il se rendit compte que la Délégation n'adopterait pas l'espéranto sans modifications, il proposa un projet dérivé, baptisé ido, quoique certains en aient attribué la paternité à Louis Couturat. Il devint membre du Comité permanent de la Délégation qui fut chargé d'élaborer les modifications à l'espéranto selon les idées du projet ido. La langue qui résulta de ces travaux, bien que très différente du projet initial ido de Louis de Beaufront, fut néanmoins, après bien des hésitations, également baptisée ido. Il quitta alors les espérantistes, et resta idiste jusqu'à la fin de sa vie : son action n'eut pas le même succès que pour l'espéranto, et l'ido n'atteignit pas le même nombre de locuteurs que l'espéranto.
Sa volte-face fut considéré comme une trahison de la part des espérantistes, donnant lieu en espéranto au mot bofrontido (« partisan de Beaufront »), portant le sens de traitre. .
Fin de vie Il passe les 27 dernières années de sa vie à Grivesnes. Il meurt d’une congestion pulmonaire le à Thézy-Glimont, dans sa maison rue du Marais. Son acte de décès le nomme . Il est enterré le à Marestmontiers, également dans la Somme. Sa tombe ne porte pas de nom, mais seulement la mention « Ci-gît » et un crucifix. .
Œuvres En français
En espéranto
En ido
Notes et références
Voir aussi
Bibliographie
Thomas Creusot, Espéranto et espérantismes en France. L'utopie en pratique, Paris, Perrin, 2025.
Articles connexes Espéranto-France
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