Telema tenella est une espèce d'araignées aranéomorphes de la famille des Telemidae.

Distribution Cette espèce est endémique des Pyrénées. Elle se rencontre dans des grottes du massif du Canigou dans les Pyrénées-Orientales en France et de la province de Gérone en Catalogne en EspagneEntoflorachne, description de l'espèce Telema tenella par André Lopez-Moncet. En France on la rencontre notamment vers Montferrer et La Preste dans diverses grottes et une mine.

Description Telema tenella mesure de à . Cette espèce troglobie ne possède ni yeux ni poumons.

Son prosoma ou céphalothorax, fauve-rougeâtre clair, est dépourvu d'yeux et de strie thoracique médiane contrairement à celui des Leptonètes ; l’anophtalmie y rend imprécises les limites du bandeau ou clypeus. Il porte des chélicères divergentes et de longues pattes grêles, garnies de poils sensoriels et de glandes prétendues "d’Emerit » qui ne sont pas caractéristiques car présentes aussi chez d’autres Araignées. Le mâle possède un bulbe copulateur simple, arrondi, avec un style très court, en apophyse unguiforme (fig.1) et les femelles, un réceptacle séminal impair, médian, remarquablement volumineux qu'ont aussi décrit Chunxia Wang, Ribera Carles et Shuqiang Li (2012). vignette|Fig.1 - Bulbe de Telema mâle, microscope électronique à balayage

L’abdomen est court, globuleux, avec une région épigastrique convexe, deux paires de stigmates trachéens ventraux, un colulus, six filières terminales et présente surtout une étrange coloration d’un bleu-vert "bouteille" soulignée par divers auteurs (Simon, 1882 ; Fage, 1913 ; Lopez,1976,1977,1980.),  retrouvée d’ailleurs chez Usofila pecki (Nouvelle Calédonie : Brignoli, 1980), mais avec une nuance « émeraude" . Dans ses premières coupes histologiques de Telema tenella, A.Lopez (1976). a constaté que cette coloration particulière dépend de l’intestin moyen, plus précisément de ses diverticules chylentériques à large lumière polycyclique contenant des "inclusions" (sphérites) de même teinte.

Par ailleurs, l'abdomen renferme de grandes glandes coxales (Lopez & al.,1983), un appareil séricigène original (Lopez,1983), chez le mâle des canaux déférents très développés qui élaborent les spermatophores (Lopez & al.,1981)et, chez la femelle, un réceptacle séminal impair, médian remarquablement volumineux, vu aussi par Chunxia Wang, Ribera Carles et Shuqiang Li (2012) et qui présente une structure microscopique très particulière (Lopez,1983).                  

Intérêt Telema tenella présente non seulement un intérêt patrimonial en tant que troglobie, endémique et "fossile vivant" mais aussi un intérêt anatomo-physiologique majeur par la production et l'usage de spermatophores ( A. Lopez,1976,1977), une étude histologique et ultrastructurale complémentaire (Lopez & Juberthie, 1980) ayant également confirmé la présence de sphérocristaux ou sphérites intestinaux responsables de la coloration abdominale. L'existence de spermatophores (Fig.2), dont l'ultrastructure est aujourd'hui bien connue chez Telema (Lopez & al., 1981), a été retrouvée dans le cas d'autres Telemidae (Lopez & Legendre, 1978).Chunxia Wang, Ribera Carles et Shuqiang Li, 2012, n'en font aucune mention. Ils ne signalent pas de spermatophores ni dans le bulbe du mâle où ils sont pourtant présents après induction (Fig.2), ni dans la spermathèque de la femelle où ils sont également visibles après copulation.

Cet article souligne toute l'importance de l'anatomie microscopique dans la recherche de nouveaux organes, une meilleure compréhension de certains traits du comportement animal et l'apport de critères plus rigoureux dans la systématique. vignette|Fig.2 -Spermatophore (S) dans le tube séminifère du bulbe. E, épithélium glandulaire; P, paroi ; T, tarse

Comportement vignette|Fig.3 - Telema femelle sur sa toile Telema tenella installe sa toile dans des « niches » très variées du milieu hypogée : anfractuosités des piliers, bornes et coulées stalagmitiques, interstices de murets et même dans les trous de barre à mine ! Cette toile est une nappe ténue (Fig.3), très légère, d’aspect non visqueux, à petites mailles irrégulières, haubanée par quelques fils tenseurs, subhorizontale, d’étendue variable, pouvant dépasser de long, et à concavité inférieure plus ou moins marquée, où l’Araignée se tient ventre en l’air.

La femelle édifie des cocons ovigères qui, d'après les observations sur le terrain de Lopez et celles de Juberthie (1985) dans ses élevages, ont une forme discoïdale en lentille plan convexe (Fig.4). Ils sont très petits, mesurent de 1,5 à de diamètre, sont fixés sur les concrétions adjacentes ou dans un lacis de fils périphériques tendant la toile et y adoptent une disposition aléatoire, de verticale à horizontale. La coexistence habituelle de plusieurs d'entre eux serait en rapport avec  l'espacement des pontes dans le temps et la lenteur du développement embryonnaire. Chaque cocon ne contient que très rarement un seul œuf, particularité admise comme constante à la suite de Fage (1913 : pl.69, fig.21), en fait beaucoup plus souvent  deux, et surtout trois ou quatre (Juberthie,1985). Ces œufs ont un diamètre très réduit, d'environ . Une même femelle  construit chaque année un nombre moyen de quatre cocons, un seul à chaque ponte.

En ce qui concerne le cycle vital, Juberthie (1985) a  pu constater, toujours dans ses élevages au Laboratoire souterrain de Moulis, que la durée du développement embryonnaire, depuis la ponte jusqu'à la mue suivant l'éclosion, est de l'ordre de 9 à , donc exceptionnellement lente et, sans aucun doute, la plus longue connue à ce jour chez les Invertébrés souterrains troglobies. Le développement post-embryonnaire, depuis la sortie du cocon jusqu'à la mue imaginale, est de l'ordre de . Quant à la durée de vie adulte, du moins chez la femelle, elle peut être estimée à une douzaine d'années. Il s'ensuit que Telema tenella a une espérance totale de vie d'environ , longévité extraordinaire pour un si petit animal ! vignette|Fig.4 - Cocons de Telema tenella suspendus dans la toile 

Anatomie interne

Les premières coupes histologiques de Telema tenella effectuées par André Lopez ont confirmé l’absence complète d’yeux, avec une régression cérébrale corrélative des centres visuels. Elles ont montré aussi deux glandes à venin banales, des glandes glandes gnathocoxales ou " salivaires " sans dimorphisme sexuel, de gros néphrocytes, du tissu réticulé, un réseau trachéolaire dense, de grosses glandes coxales et surtout, un appareil génital très particulier ainsi que des sphérites intestinaux lui donnant sa couleur abdominale particulière. Enfin, les glandes séricigènes présentent aussi des caractères originaux.

Glandes coxales Au nombre d'une paire, elles s’ouvrent aux hanches des P I. Leur grand labyrinthe s’étend le long du cerveau jusqu’à la partie postérieure du prosoma (Fig.).

Ce labyrinthe a une "striation" typique dont l'étude a été effectuée ultérieurement au microscope électronique à transmission (M.E.T). ([null Lopez,1983d]). Elle est liée à des replis membranaires  qui découpent profondément le hyaloplasme basal, très riche en mitochondries, et sont solidarisés par de  belles jonctions septées ("desmosomes cloisonnés") (Fig.)

Appareil génital

C'est le tractus génital, femelle et surtout mâle, qui représente la particularité la plus singulière de cette Araignée pyrénéenne, à un degré moindre du genre Apneumonella (Afrique) et, probablement aussi, des autres Telemidae.      

Appareil génital mâle Il comporte une paire de testicules subsphériques et deux canaux déférents  longs, très sinueux, convolutés, s’unissant sur la ligne médiane en un conduit terminal commun ouvert au gonopore, dans le sillon épigastrique.

Canaux déférents L’ensemble des canaux est comparativement plus gros et surtout plus épais que dans les autres familles d’Araignées. Avec son contenu, il forme un massif volumineux,  long d’environ 250 µm chez un mâle de et occupe ainsi toute la partie antéro-ventrale de l’abdomen .  Chaque déférent contient une substance amorphe, des spermatozoïdes et, dans sa partie distale ou terminale différenciée, une formation tubuleuse brun-jaunâtre, large d’environ 18 µm, triangulaire en coupe transversale, évoquant un «étui» et pourvue de grêles expansions latérales. Les gamètes se logent dans ce spermatophore,  superposés en « pile d’assiettes » ou groupés comme les érythrocytes dans un capillaire de Vertébré. Revêtant avec ses expansions un  aspect caricatural de «Myriapode », le spermatophore se retrouve, apparemment tel quel, dans les coupes histologiques du palpe mâle, , plus précisément de son bulbe  et, chez la femelle, dans la spermathèque. Il diffère de celui d’Apneumonella sp., autre araignée Telemidae, qui est jaune-rougeâtre, lové sur lui-même, contient aussi des gamètes empilés « comme les comprimés dans leur étui »mais a un aspect cylindrique, une cavité axiale régulière et ne présente aucune expansion (Lopez,1978). vignette|Portion proximale du canal déférent de Telema tenella coupée en long, avec les spermatozoïdes empilés. Histologie La structure du déférent n’est pas uniforme. Ce conduit montre en effet une portion proximale sinueuse dont l’épithélium, très bas, rappelle un revêtement endothélial, une portion  intermédiaire à cellules plus hautes et  une partie  distale longue et complexe. Renfermant le spermatophore, cette dernière  est formée par des cellules prismatiques beaucoup plus grandes, surtout ventralement (hauteur : 30 µm) et à noyaux ovoïdes très apparents.

Ultrastructure Outre son épithélium interne, la paroi du déférent montre au microscope électronique à transmission (M.E.T.) une lame basale et une couche de fibres musculaires dont le hyaloplasme contient des faisceaux de myofibrilles caractéristiques isolés.L'épithélium est simple, prismatique et sécrétoire. Ses cellules sont solidarisées par des zonulae adherens sub-apicales et de longues jonctions septées. Sa lumière est large, arrondie et régulière dans la portion proximale, puis ovale au début de la partie différenciée ou portion intermédiaire (Fig.), pourvue enfin d’une gouttière ventrale lui vignette|Cellules épithéliales glandulaires du canal déférent de Telema tenella avec leurs organites vues au microscope électronique à transmission; conférant un curieux aspect en « as de pique » dans le reste de la partie différenciée ou portion distale. Il s’ensuit qu’au niveau de cette dernière la paroi déférentielle présente une zone dorsale mince et une zone ventrale ou accessoire plus épaisse (Schéma-diagramme).

Dans la portion proximale, en continuité avec le testicule, les cellules épithéliales aplaties ont un plasmalemme basal présentant de nombreux replis. Leurs sommets  sont réunis par des jonctions sub-apicales. Le cytoplasme renferme des lysosomes (Fig.). Le  réticulum endoplasmique est granulaire, très abondant et produit de petites vésicules s'ouvrant dans la lumière pour y déverser leur contenu sécrétoire. Ce même matériel englobe les spermatozoïdes encore dépourvus  de coque ou capsule d'enkystement, et, lorsque ces derniers s’empilent,  s’insinue entre leurs faces juxtaposées pour y former des disques plus opaques apparaissant comme des  bandes régulières (600 A) dans les coupes longitudinales (Fig.).

Dans la partie différenciée, les cellules épithéliales  sont plus hautes, uniformément (portion intermédiaire), et  surtout dans vignette|Cellules épthéliales glandulaires du canal déférent de Telema tenella. Détails de leurs organites vus au microscope électronique à transmission;