Le débarquement de la Pointe de Pen Lan (nuit du 28 au ) est une livraison d’armes, de munitions et d’or organisée pendant la Troisième chouannerie par Georges Cadoudal et le ministre anglais Windham, ayant eu lieu à l’embouchure de la Vilaine, sur la pointe de Pen Lan à Billiers (actuel département du Morbihan en Bretagne).

Contexte historique

La Troisième chouannerie est provoquée par le coup d'État du 18 fructidor an V () lors duquel les lois contre les émigrés et les prêtres réfractaires sont remises en vigueur. Alors que Napoléon Bonaparte prend le pouvoir en FranceCoup d’état du 18 brumaire an VIII. Napoléon Bonaparte met le Consulat en place et se proclame premier consul., les chouans reprennent le combat. Georges Cadoudal fait appel aux Anglais et à leur ministre, Windham, pour se procurer des armes et de l’argent, nécessaires à la contre-révolution. Le but avoué du général chouan est désormais de préparer l’arrivée en Bretagne du comte d’Artois, frère de Louis XVIII, qui lui a conféré le titre de Lieutenant général des armées du Roi. C’est dans ce contexte qu’il est amené à faire un passage à la Pointe de Pen Lan.

Le , Windham écrit au « Général Georges » que rien ne sera épargné de la part du gouvernement britannique pour seconder vos efforts de la manière la plus efficace (…) toute l’attention et tous les moïens du gouvernement ne manqueront pas d’être dirigés vers ce même but (…). Dans le cas où vos propres moïens dans le premier instant ne pourront pas être suffisants, le gouvernement ne se refusera pas à venir à votre secours d’une manière prompte et soutenue. Vous ne douterez pas des sentiments d’intérêts dont je suis pénétré pour votre cause ni de l’empressement que je mettrai pour seconder par tous les moïens en mon pouvoir vos nobles et généreux efforts pour le salut de votre païs et de l’Europe entièreLettres de Widham au général Georges, Londres, novembre 1799 dans CADOUDAL Georges (de), Georges Cadoudal et la chouannerie, Paris, 1887, p. 438.. Au nombre de fois où le terme moïens est employé, on sent bien que ces derniers constituent l’enjeu majeur de cette correspondance. Bien entendu, Georges Cadoudal ne refuse pas une telle proposition et une livraison d’armes, de munitions et de fonds monétaires est projetée. En contrepartie, les navires anglais repartiront avec de grandes quantités de grains, pour eux-mêmes et pour leur pays où le blé est rare et cherDans une lettre adressée au général Harty commandant la subdivision du Morbihan, 14 Frimaire an VIII (5 décembre 1799), nous apprenons que des livraisons de grains doivent se faire en compensation de la valeur de ces débarquements (L147, Archives Départementales du Morbihan, Vannes)..

Préparatifs

Le 4 frimaire an VIII (), une lettre de Vannes apprend au chef d’état-major de l’armée d’Angleterre à Rennes que « cinq voiles anglaises sont mouillées dans la baye de Quiberon et l’on a annoncé de plus quoi qu'avec moins de certitude que 40 vaisseaux de ligne et 40 transports de la même nation avoient été reconnus par le travers de PemarcIl s’agit de la pointe de Penmarc’h, située à l’extrémité sud de la baie d’Audierne. on a même ajouté qu’ils étoient en ce moment sous Belle Isle, mais le temps brumeux n’a pas permis de le vérifier. (…) Nous pensons qu’il est également nécessaire que vous en soyez instruit afin de prendre des mesures que pareilles circonstances prescrivent : elles ne peuvent être que le plus prompt rassemblement possible du nombre de troupes suffisant pour repousser une descente. (…) Depuis le 4 brumaire, les insurgés sont maîtres de la campagne et y dominent avec d’autant plus d’assurance et de sécurité qu’il n’y a pas une colonne en marche qui puisse les inquiéter. Quelques villes renfermant des garnisons sont le seul domaine que conserve encore la République mais elles risquent elles-mêmes d’être envahies si elles ne sont pas puissamment secourues. (…) D’après des rapports certains on sait qu’il a paru 14 vaisseaux de guerre sous Belle Isle »L147, Archives départementales du Morbihan, Vannes..

Ces nouvelles ne sont encore que des rumeurs. Le seul élément avéré est la présence massive des Chouans dans le Morbihan, avertis d’un débarquement imminent. Ainsi, la première version annonçant quarante vaisseaux de ligne accompagnés de quarante autres bateaux de transport est erronée. Les vigies ont été trompées par le temps brumeux. Cependant, plusieurs navires anglais croisent bel et bien au large des côtes bretonnes, apparaissant et disparaissant aussitôt, probablement pour avertir Cadoudal et ses hommes de leur venue prochaine avec la cargaison attendue.

Ainsi, dans un courrier du 6 frimaire an VIII () adressé au général républicain Hédouville, nous apprenons que « les Anglais ont paru sur nos côtes au nombre de cinq frégates, deux cutters et deux bricks ensuite au nombre de 14 vaisseaux de ligne, ils ont louvoyé dans la baye de Quiberon et l’ont ensuite quittée, mais on ne doute pas qu’ils n’ayent opéré quelque versement d’armes et peut-être d’hommes sur des côtes désertées qu’ils peuvent aborder à leur gré ». Ces navires sont chargés d’effectuer des signaux destinés à avertir les Chouans pour qu’ils se préparent et réunissent les hommes et le matériel nécessaires. Et il semblerait, toujours d’après le même courrier, que ces derniers soient fin prêts : « une de ces colonnes forte de 200 hommes » (il s’agit de l’artillerie de la marine) « dirigée vers Grand Champ a rencontré les Chouans à peu de distance de ce bourg, et s’étant aperçue qu’ils étoient en grand nombre elle s’est repliée. Dans sa retraite ayant donné dans une embuscade elle a essuyé plusieurs coups de fusils qui lui ont tué deux hommes et blessé quelques autres ; les chouans ont fait 9 prisonniers qu’ils ont ensuite renvoyés avec de l’argent ce qui produit dans la troupe un bien mauvais effet. Un détachement de 200 hommes envoyés le 30 à Pontivy afin de porter des dépêches au général Taponier a été également attaqué dans sa route qu’il a néanmoins poursuivie, mais vous voyez que de quelque côté que la troupe se porte elle est aussitôt attaquée, que ce n’est plus avec de faibles détachements que l’on peut tenir la campagne et qu’il faut des forces réelles pour finir cette guerre qui intéresse essentiellement le salut de la Nation ». Malgré les appels à l’aide de Vannes, les troupes républicaines réclamées ne viendront jamais, et ce, malgré le risque suscité par l’omniprésence de la flotte anglaise et le regroupement des Chouans, qui est bien compris : c’est d’un « débarquement dont nous sommes menacés » rappelle Vannes au commandant de la station du Morbihan le 7 frimaire an VIII ().

Les mouvements des troupes contre-révolutionnaires ne sont un secret pour personne, notamment de par leur ampleur. Elles se dirigent vers la côte, mais les personnages chargés de la sûreté publique n’ont pas encore déterminé quel pouvait être le lieu de débarquement qu’ils situent dans la presqu’île de Rhuys. Le général Harty, commandant de la subdivision du Morbihan reçoit alors un courrier dont voici un extrait : « un bon citoyen nous assure que les brigands attendent cette nuit ou demain matin au plus tard un débarquement d’armes, d’argent et de munitions, qui doit s’effectuer dans l’île de Rhuis, que dans les cantons de Sarzeau, Surzur et autres avoisinants on a vu la plus grande violence forcer de marcher les jeunes gens qu’on avait jusqu’à ce moment laissés tranquilles et qu’il paroit qu’ils se portent à la côte, on nous prévient de plus qu’il serait possible que pour couvrir ce mouvement ils envoyassent cette nuit un détachement inquiéter les environs de la place de Vannes pour y retenir et concentrer toutes les troupes afin d’effectuer avec plus de sécurité le débarquement et le transport de secours qu’ils attendent »L147, Archives Départementales du Morbihan, Vannes. Lettre du 7 frimaire an VIII (28 novembre 1799).. Les rumeurs exposées dans cette lettre semblent s’appuyer sur des sources fiables, traitres à la cause chouanne, dénonçant la stratégie développée par Georges Cadoudal et ses compagnons. Le 4 brumaire (), une partie de leurs forces a attaqué Vannes, dans le but de détourner l’attention des Républicains pendant que le gros des troupes chouannes, menées par Cadoudal, Guillemot, Sol de Grisolles et Mercier la VendéeGeorges Cadoudal a divisé ses troupes en huit légions menées par des chefs : première légion, dite de Bignan menée par Pierre Guillemot, surnommé le « roi de Bignan » ; seconde légion, dite d’Auray, menée par Georges Cadoudal ; troisième légion, dite de Vannes, menée par Pierre-Mathurin Mercier la Vendée : quatrième légion dite de Muzillac et de Redon, menée par Louis-Charles de Sol de Grisolles ; cinquième légion dite de la Trinité et de Mohon, menée par de Saint-Régeant ; sixième légion, dite de Ploermel et de Guer, menée par César du Bouays ; septième légion, dite de Melrand, menée par Achille Biger [en réalité Jean Biget, dit Achille Biget] ; huitième légion, dite de Gourin, menée par Le Peige, dit Debar., s’emparent de pièces d’artillerie à Sarzeau et Redon. Ainsi, les Chouans dominent tout le secteur de Port-Navalo à la Vilaine, d’Elven à Redon où ils préparent le débarquement des moïens anglais.

Le 7 frimaire an VIII (), la menace se précise et Vannes signale au contre-amiral Nielly, commandant des armées à Lorient, que « la division anglaise composée d’un vaisseau rasé, deux frégates et deux cutters qui avoient quitté la baye de Quiberon le frimaire est de retour depuis le six à onze heures du matin, et qu’elle y est entrée par les Cardinaux. Les mouvements des ennemis extérieurs semblent coïncider avec ceux de l’intérieur puisque différents avis s’accordent à nous annoncer que tous les jeunes gens sont levés dans les campagnes et paroisses marchent vers les côtes ». A la même date, un autre courrier annonce qu’« un fonctionnaire public nous informe à l’instant que les brigands qui sont à Questembert se portaient au nombre de 1200 sur Muzillac où ils devaient être ce soir ».

La nuit du 28 au 29 novembre 1799