Cet article présente les faits saillants de l'histoire de la région autonome du Tibet ou Xizang.

Après le départ en exil du dalaï-lama, le gouvernement tibétain est remplacé, en , par le Comité préparatoire pour l'établissement de la région autonome du Tibet, désormais présidé par le panchen-lama. Ce comité adopte la résolution sur les réformes démocratiques, lesquelles sont achevées dans les zones agricoles le . La région autonome du Tibet est créée le .

En 1966 éclate la révolution culturelle, au cours de laquelle le système monastique est détruit. Elle prend fin en 1976, lorsque l'armée rétablit l'ordre.

Cadre géographique La région autonome du Tibet est un ensemble administratif créé en 1965 et couvrant quelque 1,2 million de kilomètres carrés VAJRAYANA FORMS IN UPSTATE NEW YORK, A Thesis Presented to the Faculty of the Graduate School of Cornell University in Partial Fulfillment of the Requirements for the Degree of Master of Arts by Annika Antoinetta Lundkvist, May 2008, p. 19 : .. Cette zone administrative est désignée sous le nom de « Tibet » par le gouvernement de la Chine et la plupart des médias occidentaux Andrew Martin Fischer, , in Population and Development Review, 34(4), pp. 631-662 (December 2008), note 1 p. 656 : .. Elle contient approximativement l'Ü-Tsang et la moitié ouest du Kham, deux des trois anciennes provinces (avec l'Amdo) du « Tibet historique ». Ses limites coïncident à peu près avec celles du territoire gouverné indépendamment de la Chine de 1912 à 1951 et administré par le gouvernement tibétain jusqu'en 1959 Tibet, Tibet, A Personal History of a Lost Land By Patrick French : .. Les subdivisions administratives autonomes tibétaines de la république populaire de Chine existant à la périphérie orientale et méridionale de la région autonome du Tibet, font partie administrativement des provinces limitrophes du Qinghai, du Sichuan, du Gansu et du Yunnan.

De la fin du gouvernement du Ganden Phodrang (1959) à la création de la région autonome du Tibet (1965) Après l'intervention de l'armée populaire de libération au Tibet en 1951, la structure théocratique du gouvernement, l'organisation monastique et les formes traditionnelles de propriété foncière étaient restés inchangées pendant un certain temps Gerard Postiglone, Ben Jiao, Melvyn C. Goldstein, , in Janet Ryan, ed. Changing Education in China (Tentative Title) Routledge (in press) : .

Remplacement du gouvernement tibétain par le comité préparatoire Après le départ en exil du dalaï-lama, qui, depuis , était président du comité préparatoire pour l'établissement de la région autonome du Tibet, le premier ministre Zhou Enlai prend le un arrêté proclamant la dissolution du gouvernement tibétain de l'époque – qui était resté en place même après l'arrivée de l'Armée populaire de libération Ernst Steinkelner, A Tale of Leaves. On Sanskrit Manuscripts in Tibet, their Past and their Future, Royal Netherlands Academy of Arts and Sciences, Amsterdam, 2004 : . (APL) – et son remplacement par le comité préparatoire. Il demande à l'APL de mettre fin à la « rébellion » et établit une liste de traîtres comprenant le dalaï-lama et le seizième Karmapa en la personne de Rangjung Rigpe Dorje. Le panchen-lama, jusque-là vice-président du Comité préparatoire, assume dès lors les fonctions de président National Uprising, sur le site officiel du Gouvernement tibétain en exil. Arrêté du premier ministre Zhou Enlai dissolvant le gouvernement local du Tibet tel que publié dans le New York Times du 29 mars 1959 : . Source : Robert V. Daniels (ed.), A documentary history of communism, vol. 2, Communism and the World, I. B. Tauris & Co. Ltd, London, 1985, 448 p. , p. 78. et Ngabo Ngawang Jigme sera vice-président et secrétaire général du comité.

Les réformes démocratiques Lors de sa deuxième session plénière du au , le Comité préparatoire adopte la résolution sur les réformes démocratiques. Du 20 au , le CPPCC établit son Comité du Tibet. Tan Guansan en devient le président et huit Tibétains, dont Gardain Triba Tubdain Gonggar, en deviennent vice-présidents. La Fédération des femmes du Tibet est établie le , avec pour présidente Ngabo Tseten Dolkar (la femme de Ngapo Ngawang Jigmé), et pour vice-présidents Yang Gang, Huang Jingho et Nazin.

En , le gouvernement central approuve les réformes démocratiques. Elles se dérouleront en deux étapes selon une résolution adoptée par le Comité préparatoire de la région autonome du Tibet le à Lhassa après avoir été votée à l'Assemblée nationale populaire à Pékin le Tibet fights for freedom: the story of the March 1959 uprising as recorded in documents, despatches [sic], eye-witness accounts and world-wide reactions, Times of India, July 21 : Robert Barnett, Shirin Akiner, Resistance and reform in Tibet, C. Hurst & Co. Publishers, 1994, : . :

la première se focalisera sur la suppression de la corvée obligatoire (ulag) et de l'esclavage, ainsi que la réduction des loyers et des intérêts des prêts ;

la deuxième se concentrera sur la distribution des terres,

le but visé étant la disparition du système féodal.

Les propriétaires de grands domaines n'ayant pas participé à la révolte voient leurs propriétés rachetées par l'État (soit 50 000 hectares), ceux ayant soutenu la rébellion sont expropriés Jiawei Wang, Nyima Gyaincain, The Historical Status of China's Tibet, Chapter IX - Tibetan People Acquired Ultimate Human Rights Through Quelling of Rebellion and Conducting the Democratic Reform, (2) Democratic Reform : . Il en va de même des domaines du gouvernement localHugues-Jean de Dianous, Dianous Le Tibet et ses relations avec la Chine, in Politique étrangère, N°1, 1962, 27e année, pp. 38-72, pp. 54-55..

Au , les réformes démocratiques sont achevées dans les zones agricoles, affectant en tout habitants. Dans le cadre de la redistribution des domaines des classes supérieures aux paysans sans terre, titres de propriétés auraient été remis à d’anciens serfsGerard Postiglone, Ben Jiao, Melvyn C. Goldstein, , in Janet Ryan, ed. Changing Education in China (Tentative Title) Routledge (in press) : . La réforme a porté sur hectares, soit apparemment toute la terre cultivable du pays.

Dans les régions pastorales, la réforme n’a pas été aussi poussée. Fin , elle n’avait concerné que individus sur une population pastorale estimée à personnes. Si les troupeaux des grands propriétaires rebelles furent confisqués, ceux des non rebelles furent conservés sans qu’il y ait partage entre les pâtres dépendant de ces propriétaires.

Pour Gilles van Grasdorff, en fait de « réformes démocratiques », les Chinois confisquaient les terres et le matériel agricole qu'ils redistribuaient aux classes défavorisés, arrêtant simultanément nombre d'« ennemis du peuple », des propriétaires et des riches, qui disparurent ou furent exécutés sans procèsGilles van Grasdorff, dans Panchen Lama, otage de Pékin, p. 228.

Fin de la révolte armée En , la zone militaire du Tibet annonce l'arrêt définitif de la révolte arméeNgapoi recalls the founding of the TAR], ..

Le panchem-lama adresse à Mao Zedong en 1962 sa pétition en 70 000 caractères puis apporte son soutien au dalaï-lama en 1964. Le panchen-lama est à son tour démis de la présidence du comité, placé en résidence surveillée et remplacé par Ngabo Ngawang Jigme en Laurent Deshayes, Histoire du Tibet, Fayard, 1997, ..

Création de la région autonome du Tibet La Région autonome du Tibet est créée et officiellement inaugurée le Région autonome du Tibet, site du Trésor de la langue française au Québec (TLFQ), Université Laval, Québec. The Worst of the Worst 2008 - China (Tibet) : .. Le , Zhang Guohua, secrétaire du PCC de la région autonome du Tibet fit un rapport ayant pour intitulé « Lutter de tous nos forces pour remporter la grande victoire socialiste et construire un nouveau Tibet sous la direction du drapeau rouge de la pensée Mao Zedong ». Zhang Guohua indiqua que la création de la région autonome du Tibet marquait l'entrée du Tibet dans une époque novatrice « celle de la révolution, de la construction et des réformes socialistes ».. Quelques mois plus tard débute la révolution culturelle.

La révolution culturelle (1966-1976)

En 1966 Mao Zedong engage dans l'ensemble de la Chine la révolution culturelle. L'objectif est de « créer le neuf en abattant le vieux ». Toute pratique religieuse est interdite non seulement au Tibet mais dans le reste de la Chine Kalovski Itim, The True Story of Maoist Revolution in Tibet, When the Dalai Lamas Ruled: Hell on Earth, in Revolutionary Worker #944, 15 février 1998..

Scission des gardes rouges : l'« Alliance » contre les « Rebelles » Selon Melvyn C. Goldstein, à Lhassa, en 1968, les partisans de Mao et de ses mots d’ordre se divisent en deux factions antagonistes. Une faction, « l’Alliance » (Nyamdre), regroupe les partisans des autorités locales de l’époque, sous prétexte que la situation au Tibet nécessite un traitement particulier. La faction, « les Rebelles » (Gyenlo ), créée à l’instigation de gardes rouges itinérants venus de l’intérieur du pays, ressent la nécessité de lutter contre certains responsables, conformément à la déclaration de Mao selon laquelle « la bourgeoisie s’était infiltrée dans les rouages du parti, du gouvernement, de l’armée et des cercles culturels ». Une force, l’armée populaire de libération, reste en dehors de cette lutte de factions Daniel Berounsky , compte rendu de « GOLDSTEIN Melvyn C., JIAO BEN, Lhundrup TANZEN. On the Cultural Revolution in Tibet: The Nyemo Incident in 1969 », in Études mongoles et sibériennes, centrasiatiques et tibétaines [En ligne], 40 | 2009, mis en ligne le décembre 2009, consulté le 22 juillet 2011 : .

Le temple de Jokhang est l'une des deux bases des gardes-rouges de la faction Gyenlo. En , l'armée populaire de libération sort de sa réserve et attaque cette forteresse, ce qui se traduit par la mort de 12 militants Gyenlo et de deux soldatsDaniel Berounsky, op. cit. : .

L'« Incident de Nyemo » (1969)

Les « gardes rouges bouddhistes » (Goldstein et al.) Selon Melvyn Goldstein, Ben Jiao, et Tanzen Lhundrup, après leur éviction de Lhassa, les militants Gyenlo se rabattent sur la région de Nyemo, entre Lhassa et Shigatse, où ils trouvent un appui en exploitant le mécontentement des paysans contre les impôts sur les récoltes de céréales et en préconisant le démantèlement des communes populaires, tout cela sous le manteau de la terminologie communiste de la lutte contre la ligne capitaliste réactionnaireDaniel Berounsky, op. cit. : .