L’histoire de l'Arménie se déploie sur plusieurs millénaires, depuis la Préhistoire. Les Arméniens, après s'y être fixés, développèrent une civilisation originale, mais située au carrefour de grands empires – perse, séleucide, parthe, romain, sassanide, byzantin, arabe, turc seldjoukide, mongol, turc ottoman, séfévide, russe – qui se sont disputé son territoire. Face aux invasions, les Arméniens n'ont pas toujours pu sauvegarder leur indépendance politique, mais ont toujours conservé leur identité nationale et ils ont formulé leur propre version du christianisme, enracinée dans leur langue. Les pires épreuves sont survenues au avec le génocide arménien et la période soviétique. La culture arménienne se perpétue en République d'Arménie ainsi que dans la diaspora arménienne.

Des origines aux Achéménides L'arménien constitue un rameau isolé du groupe indo-européen. Si, dans la plupart des langues, le mot « Arméniens » est utilisé pour désigner ce peuple, les Arméniens eux-mêmes se nomment « Hay » (en alphabet arménien : « Հայ », au pluriel : « Hayer », « Հայեր »), nom que la légende relie au héros éponyme Haïk, et que les étymologistes relient à l'indo-européen haÿ « maître »Armen Petrosian, « Forefather Hayk in the Light of Comparative Mythology », in : Journal of Indo-European Studies vol. 37, p. 155-163, 2009, . D'ailleurs, « Arménie » s'écrit Հայաստան « Hayastan » en arménien, et se prononce Haïastan. Selon la tradition, Haïk serait le fils de Torgom fils de Gomer, petit-fils de Japhet, lui-même fils de Noé, et les Arméniens auraient peuplé la région au pied du mont Ararat après le DélugeUne autre légende existe sur Haïk selon laquelle il aurait combattu le géant Bêl, gagné son combat et fondé ensuite la nation arménienne..

Le mot « Arménie » proviendrait de l'araméen. Selon Élisée Reclus, Élisée Reclus, Les Arméniens (Géographie universelle), Magellan & Cie..

Préhistoire vignette|Alignement de Metsamor. thumb|La culture kouro-araxe (gris) comparée à celle de l'Urartu (noir).

La Préhistoire de l'Arménie s'inscrit dans le cadre plus large de celle de la Transcaucasie. Des traces d'occupation humaine au Paléolithique ont été retrouvées. Découvert en 2014, le site préhistorique de Nor Geghi (province de Kotayk) a révélé des artefacts remontant à environ .

Néolithique Les débuts de la néolithisation de 9500 à 6000 av. J.-C. sont obscurs. Des fouilles récentes ont révélé l'existence de la culture de Kmlo (le long de la rivière Kasakh) caractérisée par des outils d'obsidienne dont la taille est originale. La céramique est cependant absente.

Le (- avant le présent), près de Taronik (Arménie, Karabagh), possède une citadelle fortifiée]et une ville basse. Il a joué un rôle important dans les débuts de la métallurgie dans la région.

La culture de Shulaveri-Shomu (-6000 ans avant le présent) a pu coexister avec d'autres cultures au sud du Caucase.

On distingue ensuite : les cultures d'Aratachen (plaine de l'Araxe près d'Etchmiadzin) et de Shulaveri-Shomutepe (plaine de la Koura de à ) dont la céramique est comparable à celle du nord de la Mésopotamie de l'époque. Des objets en cuivre font leur apparition (perles d'Aratashen) ; la culture kouro-araxienne (de 4000 à 2200 av. J.-C.) qui tire son nom des rivières Koura et Araxe, parfois aussi appelée « culture transcaucasienne ancienne ». Cette culture de l'âge du bronze ancien est caractérisée par une poterie typique noire lustrée avec un intérieur rouge, la domestication des bovidés et des ovidés, la culture des céréales et la métallurgie du bronze. Les tumulus funéraires de cette culture affichent des scènes de rituels où se manifestent des influences allant de la civilisation akkadienne au sud à celle de Maïkop au nord, témoignant d'une augmentation du commerce à longue distance à la fin du ; la culture de Trialeti, (de 2200 à 1500 av. J.-C.) prolonge, la culture kouro-araxienne. Elle tire son nom du site de Trialeti en Géorgie. Elle est caractérisée par des tumulus funéraires appelés kourganes et une métallurgie avancée. Deux coupes, l'une en argent et l'autre en or, découvertes dans le tumulus de Karachamb en Arménie (début du av. J.-C.) et conservées au Musée historique d'Arménie en représentent d'incontestables chefs-d'œuvre ; , Nor Geghi, rivière Hrazdan, Aknashen, Aceramic d'Aratashen, Site de Qarahunj à Zorats Karer ; Hypothèse arménienne du foyer originel des langues indo-européennes, ; Culture de Sioni (5000-3500 avant l'ère chrétienne).

L'Urartu (860-590~) vignette|droite|Expansion de l'Ourartou (Urartu). vignette|droite|Bas-relief représentant des scènes ourartéennes. vignette|droite|Art ourartéen.

Au début du , les Arméniens, en provenance d'Anatolie occidentale, ont atteint les vallées du Haut Euphrate. À cette époque, le territoire de l'Arménie historique est occupé par des tribus hourrites. Dans la région du lac de Van, le roi d'Assyrie (de 1114 av. J.-C. à 1076 av. J.-C.) fait ériger une stèle qui commémore sa victoire sur des « rois de Nairi ». Ce sont sans doute ces gens de Nairi qui s'unissent et fondent le royaume d'Urartu (Uruatri, Uratru ou Ourartou sont d'autres orthographes retrouvées) pour faire face à la pression assyrienne. Ce royaume prédécesseur de l’Arménie s’est épanoui sur le plateau arménien entre 883 et 590 av. J.-C. C'est en 855 av. J.-C. qu'apparaît pour la première fois l'Urartu dans les tablettes assyriennes avec la mention d'un certain « Aramu d'Urartu ». Aramu, le fondateur de ce royaume, unifie les principautés de la région et se dénomme « roi des rois ». C’est ainsi que les Urartéens imposent leur souveraineté à travers tout le Taron et le Vaspourakan. L'Urartu développe la métallurgie et l'élevage des chevaux et se dote d'une écriture cunéiforme. Sa capitale est Tushpa. Les Urartéens bâtissent un réseau de forteresses dont les ruines impressionnantes témoignent encore actuellement de leur puissance. Erebouni (actuelle Erevan) est fondée en 782 av. J.-C. par le roi urartéen (la plaque de la fondation est d'ailleurs conservée).

L'Urartu a développé un art caractérisé par le travail du bronze et par la construction de citadelles. Des fouilles archéologiques ont laissé des objets d'art et des chaudrons (dont le chaudron d'Altintepe) richement décorés. Le travail de l'ivoire est aussi très développé par les Urartéens.

Le rival principal de l'Urartu est l’Assyrie, un royaume mésopotamien. Le relief montagneux de l’Anatolie orientale se différencie des plaines arides de la Mésopotamie assyrienne. C’est pourquoi les chariots, principaux véhicules de guerre assyriens, sont devenus inutiles. Ainsi, les Urartéens peuvent facilement protéger l’intégrité territoriale du pays face aux ennemis du sud Kurdoghlian Mihran, Badmoutioun Hayots Volume I, Hradaragoutioun Azkayin Oussoumnagan Khorhourti, 1994, p. 46-48. Après avoir été attaqué par les Scythes, l'Urartu est détruit par les Mèdes (590 ).

Descendance des Urartéens thumb|Une représentation des Arméniens (violet-rose) parmi les autres peuples antiques du Caucase. L'arrivée des Arméniens est une question fort discutée. À défaut de sources locales, certains spécialistes, principalement arméniens, ont fait un rapprochement entre Haÿ (le nom des Arméniens dans leur propre langue) et le pays de Haÿasa (mentionné dans les documents hittites et qu'on localise généralement au nord de la ville d'Erzurum), ce qui tendrait à étayer la thèse du caractère autochtone des Arméniens. Beaucoup d'auteurs se défient de cette opinion, estimant qu'il s'agit d'une « analogie fortuite » ou pensant qu'il est « dangereux d'insister trop fortement sur les similitudes entre les noms propres et les noms géographiques ». La théorie la plus couramment avancéeLes Dossiers d'archéologie, n° 321, 15. est que les Arméniens auraient fait partie des groupes thraco-phrygiens présents en Anatolie vers 1200 av. J.-C. lors des invasions des Peuples de la mer. Un rameau proto-arménien se serait séparé des Phrygiens et déplacé vers l'est jusqu'à l'Euphrate dans la région de la ville actuelle de Malatya.

Les opinions divergent à nouveau : certains pensent que les Arméniens ont été un des éléments constitutifs du royaume d'Urartu, d'autres que les proto-Arméniens auraient pénétré dans le pays à la charnière des , au cours de la période qui voit l'affaiblissement puis l'effondrement de l'Urartu. Ils franchissent alors l'Euphrate et se fondent avec les Urartéens qui adoptent leur langue. C'est alors qu'apparaît le mot « Arménie » dans l'inscription trilingue de Behistoun qui relate les victoires du roi perse Darius. La version akkadienne parle d’Ourachtou mais les textes en vieux perse et élamite mentionnent Arminia et khar-min-ou-ia. Traduction du texte de l'inscription sur livius.org. Le géographe grec Hécatée de Milet parle également d’Arminioi. Les noms d’Armens et de Hayasa-Azzi sont également cités dans des textes hittites déchiffrés par l'épigraphiste suisse .

Période achéménide (559/550-331) Après une courte domination mède du territoire (de 590 à 549 ?), l'Arménie fait partie de la Perse achéménide, comme l'atteste l'inscription de Béhistoun (fin du ), premier document mentionnant l'Arménie. Comme on peut le voir sur un bas-relief de l'Apadana de Persépolis, les Arméniens, réputés pour l'élevage des chevaux, s'acquittaient de leur tribut au grand roi sous forme de poulains. Les Arméniens assimilent des éléments de la civilisation iranienne. Le pays reste sous domination perse pendant deux cents ans. Selon l'historien grec Hérodote qui donne une liste des satrapies perses à l'époque de Darius, la et la correspondaient grosso modo au territoire de l'Arménie historique. C'est par Xénophon, qui en 400 av. J.-C. traverse l'Arménie avec d'autres soldats grecs pour regagner son pays, que nous connaissons le nom d'un satrape d'Arménie, Oronte.

D'Alexandre le Grand à la conversion au christianisme

Orontides et Artaxiades thumb|Empire de . thumb|Carte situant l'Osroène, l'Adiabène, la Gordyène (ou Corduène), la Sophène, la Commagène et l'Atropatène à l'époque de l'apogée de l'Arménie sous .

Après la conquête de l'Empire perse par Alexandre le Grand, les successeurs d' (la dynastie Orontide ou Ervandouni) prennent le titre de Roi. Ils restent la plupart du temps indépendants face aux successeurs d'Alexandre dans la région, les Séleucides. Ils adoptent cependant la culture hellénistique.

Deux généraux du séleucide , Artaxias et Zariadris, fondent des royaumes en territoire arménien. Les nouveaux rois débutent un programme d’expansion qui atteindra son apogée cent ans plus tard. Un sommaire de leurs acquisitions est fourni par l’historien Strabon. Zariadris, roi de Sophène, a conquis l’Acilisène et le pays autour de l’Anti-Taurus, qui s'arrêtera en -169. Artaxias, quant à lui, inaugure la dynastie des Artaxiades et fonde un royaume arménien hellénistique en 190 av. J.-C. Sa capitale porte le nom d'Artaxate (« la joie d'Artaxias »). Artaxias est un monarque ambitieux de stature internationale .. Il obtient des territoires des Mèdes pour son aide apportée face aux Séleucides, il prend possession des terres des AlbansHistoire d'Arménie, Takvor Takvorian, éditions Ophrys ; p.42 et gagne du territoire en Ibérie et en Syrie. Ensuite, il se heurte au royaume du Pont, à la Syrie séleucide et à la Cappadoce. Il participe au traité consécutif à la victoire d’un groupe de rois anatoliens sur Pharnace du Pont en 181 av. J.-C., par lequel Pharnace cède l'ensemble de ses conquêtes à l'ouest.