Le cimetière Saint-Roch est le plus ancien cimetière municipal de Grenoble ; il a été inauguré le Selon le livre Mémoire de l'île, page 177 ()..

Situé rue du Souvenir, en bordure de l'Isère, dans le quartier de l'Île Verte, il est le seul cimetière intra-muros de la ville, et compte actuellement tombes sur une superficie de treize hectaresSelon le plan guide du cimetière élaboré par la ville de Grenoble et le Conseil général de l'Isère.. La ville possède un autre cimetière, celui du Grand Sablon, sur la commune limitrophe de La Tronche.

Historique des cimetières à Grenoble À l'époque gallo-romaine, les premières nécropoles de la ville se font le long des voies de communication sur la rive droite de l'Isère, et s'étendent sur . Elles se nomment Saint-Sixte sur les hauteurs de l'actuel quai des Allobroges, Saint-Laurent, Saint-Antoine à proximité du Musée dauphinois, Saint-Ferréol en deux sites à La TroncheRenée Colardelle, Saint-Laurent de Grenoble, de la crypte au musée archéologique, page 11..

Du Moyen Âge au , la coutume veut que l'on enterre les morts en terre « consacrée », donc à proximité des édifices religieux. Ainsi, à la fin du , Grenoble compte environ habitants et quatre cimetières dépendant de paroisses.

vignette|upright=1.1|left|Sépulture médiévale à Saint-Laurent Le plus grand, celui de Saint-Hugues, d'une superficieSuperficie exprimée en toise carrée dans l'article de Madeleine Lassère : Après 1668, une toise carrée = 3,7987 m². de m², est béni le hors les murs d'enceinte, dans une demi-lune des fortifications de Lesdiguières, rue des Mûriers (actuelle rue de l'Alma), et remplace le cimetière de la cathédrale Notre-Dame fermé en 1691. Vient ensuite le cimetière Saint-Louis, d'une superficie de m², cimetière des bourgeois desservant aussi la paroisse Saint-André, puis le cimetière Saint-Joseph d'une superficie de m², installé dans les faubourgs hors des murs d'enceinte, qui est celui des artisans. Enfin, le cimetière Saint-Laurent, sur la rive droite, qui est historiquement le plus ancien.

Tous ces cimetières ne sont pas encore clos, ni clairement délimitésCette affirmation dans l'article de Madeleine Lassère semble venir en contradiction avec la précision des superficies fournies également par son article., et sont formés sans ordonnancement. Les monuments funéraires sont modestes et pratiquement toujours en bois. Au quotidien, les riverains les traversent et les enfants y jouent. Mais la Révolution va demander que tous les cimetières soient fermés pour des raisons d'hygiène.

Un cimetière près du Drac vignette|200px|Avis d'information du 14 février 1800 Le nouvel emplacement d'un cimetière est donc décidé par la municipalité de Jean-Baptiste Berthier le 12 nivôse de l'an VIII (2 janvier 1800) non loin du Drac, à l'ouest de la ville, dans une zone encore non urbanisée, au lieu-dit des PorettesLe cimetière était approximativement vers l'intersection des actuelles rues Diderot et Félix-Esclangon. Selon Auguste Bouchayer, dans son article « Le Drac et ses affluents », pages 359-360.. Pour Grenoble, ville de garnison où de nombreux militaires épuisés reviennent des différentes guerres d'Italie, c'est une période d'épidémies où typhus et grippe vont faire des ravages dans la populationArthur Bordier, La médecine à Grenoble, page 169..

À cette époque, cette zone appartient encore à Seyssins et Pariset, Grenoble ne l'ayant pas encore annexée. Une surface de toises carrées ( m²) est déterminée selon l'addition des surfaces des quatre anciens cimetières et la mise en service a lieu le 28 pluviôse de l'an VIII (). Mais les habitants expriment des plaintes contre la localisation de ce nouveau cimetière situé, selon leur mesure, à 840 toises () de la porte Créqui. De plus, le site n'est qu'un champ de cailloux marécageux qui un peu plus d'un siècle auparavant était encore traversé par les bras du Drac, rivière très vive et impétueuseSelon , le canal Jourdan, nom donné à la partie du Drac canalisée entre Comboire et le confluent au , a été construit entre 1675 et 1686.. Mais la population n'apprécie guère ce lieu et enterre ses morts, de nuit, dans les anciens cimetières de paroisse. Durant l'année 1808, on dénombre 813 décès à Grenoble, dont 167 enfants de moins de six ansCourrier aux archives municipales de Grenoble, cote 2M91.. Entre et personnesMaurice Wantellet, Bulletin de l'Académie delphinale N°8, novembre 2007, page 254. ont été inhumées à cet endroit, dont il ne reste rien, puisque la ville vendra le terrain et les quelques pierres de stèles funéraires seront réutilisées dans la construction de maisons.

En effet, le , un décret national redéfinit les règles et impose la création d'un unique site d'inhumation loin des habitations et au nord des villesMadeleine Lassère L'espace urbain et la mort: la création d'un cimetière communal à Grenoble, Cahiers d'histoires N°2, 1994, page 122.. Les anciens cimetières sont alors vendus à des particuliers ou à la ville. Mais la création d'un cimetière exige l'autorisation des autorités civiles, religieuses mais aussi militaires car Grenoble est une ville de garnison et fortifiée, et il faut pouvoir en abattre rapidement les murs en cas d'attaque.

Le site de l'Île Verte La municipalité de Charles Renauldon cherche alors un nouveau terrain et se tourne vers l'est de la ville, en dehors des remparts, dans la boucle de l’Isère appelée l’Îsle Saint-RochÎsle Saint-Roch est le terme utilisé sur les feuilles de délibération du conseil municipal, même si l'appellation d'Île Verte existe déjà., dont les terrains appartiennent à un marchand gantier de la ville, Joseph-Henri Dumoulin.

vignette|200px|Ancienne chapelle Saint-Roch Le site envisagé n'est pas urbanisé mais avait accueilli un hôpital avec une petite chapelle dédiée à saint Roch, réputé pour protéger des épidémies de peste. En effet, cet hôpital construit en 1493, était destiné à accueillir les pestiférés envoyés ainsi hors des remparts de la ville pendant les épidémies, et portait le nom d’Hôpital des Infez (terme pour infectés), ou hôpital Saint-Roch. Il avait pu se construire par l'opportunité d'un testament du d'un écuyer de la grande écurie du roi Louis XI, Grace d'Archelles, touché de voir autant de misèreCatalogue des actes du dauphin Louis devenu le roi Louis XI, pages 298 et 299.. Le , un cimetière est béni par l'évêque Laurent Alleman à proximité de cet hôpital, et devra même être agrandi en en raison des nombreuses victimes de la peste. Le , un arrêt du Parlement du Dauphiné réuni l'hôpital Saint-Roch à l'hôpital général de Grenoble et à partir de 1717, cet hôpital sans affectation est abandonné mais pas la chapelle Saint-Roch attenanteSelon le livre Mémoire de l'île, page 175 ()..

Le Madeleine Lassère L'espace urbain et la mort: la création d'un cimetière communal à Grenoble, Cahiers d'histoires N°2, 1994, page 125., une délibération du conseil municipal décide de la création d’un nouveau cimetière dans cette boucle de l'Isère qui va devenir le quartier de l'Île Verte. Cette délibération suscite bien des objections et même une pétition en 1809 au sein de la population grenobloise. Mais les protestations d'une douzaine de citoyens hostiles à ce projet n’empêchent pas l’implantation du cimetière sur une superficie de m²Superficie calculée d'après une photo satellite actuelle car les sources d'information diffèrent au sujet de cette superficie d'origine. avec huit compartiments dont six carrés égaux, et qui prend le nom de la vieille chapelle Saint-Roch encore debout.

vignette|gauche|200px|Extrait plan de la ville en 1815. En 1809, la municipalité règle les derniers détails dont les exigences des militaires car le terrain doit pouvoir être utilisé en cas de conflit. L'ordonnancement du cimetière est précis et son organisation est rectiligne, il va être entouré d'un mur de 50 de hauteur et épais de à la base, avec un petit bâtiment pour le fossoyeur, et une plantation de peupliers d'Italie agrémente l'allée principale. La vieille chapelle Saint-Roch est encore à cette époque située en dehors de ses limites, au sud-est de l'entrée.

L'adjudication des travaux se déroule le , et le cimetière Saint-Roch est solennellement béni par l’évêque de Grenoble Claude Simon, le , après les vêpres, au milieu d’une affluence considérable. Dès le lendemain, il est officiellement ouvert et les premières inhumations ont lieu le jour même. Les notables de la ville vont pouvoir trouver là un terrain de choix pour l'élévation de monuments témoins de leur grandeur et rappelant leur réussite. À cette époque, Grenoble est une ville de habitants enserrée dans des remparts construits deux siècles auparavant par le duc de Lesdiguières et l'accès au cimetière depuis la ville se fait encore par la porte Très-Cloîtres édifiée en 1593Il y a eu trois générations de portes appelées Très-Cloitres dans l'histoire de la ville. La première édifiée lors du premier agrandissement au début du , la seconde édifiée par Lesdiguières en 1593, et la troisième édifiée par le général Haxo en 1836.. La réception des travaux de clôture a lieu le et le coût définitif du cimetière est de francs.

vignette|gauche|Cimetière Saint-Roch en 1848 sur le plan-relief de Grenoble. Au cours du mois de , le cimetière est inondé par une crue de l'Isère empêchant l'enterrement de nombreux soldats autrichiens victimes des combats lors du siège de la ville. Les corps sont inhumés plus loin dans la ville, et entraîneront de nombreuses questions aux historiens locaux lorsque, soixante-dix ans plus tard, des corps sont retrouvés au cours du terrassement de l'actuel square Léon-MartinClaude Muller, Grenoble autrefois..

vignette|180px|Carré protestant et juif en 1875 En 1826 on construit une nouvelle chapelle, baptisée également Saint-Roch. Le cimetière suit l'évolution démographique de la ville et s'agrandit à cinq reprises au cours du et trois fois durant le . Le premier agrandissement du cimetière a lieu en 1843, quelques années après la construction d'une nouvelle extension de l'enceinte de la ville par le général Haxo et la mise en service d'une nouvelle porte des fortifications desservant le cimetière qui prend le nom évocateur de porte des Adieux, démoile en 1924Fascicule "Les mille et une rues de Grenoble", publié dans les Affiches de Grenoble et du Dauphiné entre le 11 octobre 1975 et le 29 mai 1976.Une partie du corps du bâtiment de la porte des Adieux est encore visible sur l'actuelle rue Malakoff.. En 1854, le cimetière s’agrandit une seconde fois avec une nouvelle enceinte en forme d’hémicycle au nord du terrain historique, puis, au gré des nécessités, des agrandissements sont programmés en 1866, 1884, 1899, 1907, 1921 et 1926 totalisant ainsi 15 kilomètres d'allées piétonnes d'une planéité parfaiteCependant, en 1896, un immense cimetière de 15,23 hectares, dont il existe des plans très élaborés aurait pu se construire parallèlement au Drac, au lieu-dit le mas des Champs-Élysées, entre l'actuelle avenue Rhin et Danube et l'autoroute A480, vers le pont de Catane. On préféra agrandir Saint-Roch (archives municipales, cote 2M87), cette option étant finalement plus économique : .. Son altitude annoncée dans un plan établi par le géomètre J. Boiton daté de 1815 est de 212,0 mètresArchives municipales de Grenoble, cote 3FI 103.. left|thumb|Hauteur de la crue de 1859 sur la porte du cimetière Saint Roch Le , une crue historique de l'Isère amène de 65 à 80 d’eau, et, lorsqu’elle se retire, on trouve les croix arrachées, dispersées et pêle-mêle. Durant quinze jours, du 2 au , le service des inhumations au cimetière est suspendu. Pendant ce temps, les enterrements se font provisoirement sur un bastion de la porte des Alpes, et l’hôpital garde ses morts..