270px|vignette|droite|Élévation du calice après la consécration durant une messe célébrée par la Fraternité sacerdotale Saint-Pierre.
Le rite tridentin est, dans la liturgie catholique, la liturgie telle que codifiée à la suite du concile de Trente et employée de manière canonique par la plus grande partie de l'Église latine jusqu'à la réforme liturgique opérée par Paul VI à la fin des années 1960 dans le contexte du concile Vatican II, initié par Jean XXIII. En 2021, le pape François limite drastiquement l'usage du rite tridentin qu'avait permis son prédécesseur Benoît XVI.
L'adjectif « tridentin » (de Trente en Italie) est appliqué à cette forme du rite romain, parce que le concile de Trente dans sa dernière session du a notamment confié au pape Pie IV d'achever et publier, conformément à son jugement et son autorité, les travaux des commissions du concile sur le missel et le bréviaire.. Son successeur Pie V a publié le Catéchisme du concile de Trente en 1566, le Bréviaire romain le (bulle Quod a nobis), et le Missel romain le (bulle Quo primum). D'autres éléments du rite tridentin (c'est-à-dire l'époque du rite romain successive au Concile de Trente) sont le Pontifical romain., le Cérémonial des évêques, le Martyrologe romain et le Rituel romain.
Ces textes du missel et du bréviaire étaient en grande partie des révisions basées sur des œuvres existantes, œuvres produites non par l'Église mais par initiative privée et dont la vaste diffusion a été rendue possible par la toute récente invention de l'imprimerie moderne. La première édition d'un livre portant le titre Missale Romanum a été produite à Milan en 1474. à une vingtaine d'années des premières productions de Johannes Gutenberg.
Usages En 1568, le pape Pie V (1566-1572) a rendu obligatoire l’utilisation de ses textes du bréviaire et du missel dans toute l’Église latine, en faisant exception uniquement pour les lieux et les communautés où un autre rite a été célébré pendant plus de deux cents ans. C’est ainsi que, entre autres, le rite ambrosien, le rite mozarabe et les rites de plusieurs instituts religieux ont pu continuer légalement leur existence. Sauf ces exceptions, dans toute l'Église latine on célébrait la messe en utilisant les éditions successives du Missel romain qui s'intitulait Missale Romanum ex decreto sacrosancti Concilii Tridentini restitutum (Missel romain, restauré. par décret du très saint Concile de Trente), jusqu'à ce que le texte du Bréviaire romain soit radicalement modifié en 1911 par Pie X, qui a fixé la date du comme délai dans lequel l'ancien texte devait être abandonné et le nouveau mis en usage..
En 1970, parait la première édition du missel qui fait référence au Concile Vatican II et non plus au Concile de Trente : Missale Romanum ex decreto sacrosancti œcumenici Concilii Vaticani II instauratum« Missel romain établi par décret du très saint Concile œcuménique du Vatican II ».. De ce Missel on a publié entre 1970 et 2002 trois éditions, dont la troisième a comme titre complet Missale Romanum ex decreto sacrosancti œcumenici Concilii Vaticani II instauratum auctoritate Pauli PP. VI promulgatum, Ioannis Pauli PP. II cura recognitum« Missel romain établi par décret du très saint Concile œcuménique du Vatican II, promulgué sous l'autorité du pape Paul VI, révisé aux soins du pape Jean-Paul II »..
Paul VI, avec l'indult Agatha Christie, permet en 1971 aux évêques d'Angleterre et du Pays de Galles d'autoriser la célébration occasionnelle de la messe tridentine, mais en y incluant les modifications introduites en 1965 ainsi que 1967 (instruction Tres abhinc annos).
Jean-Paul II a permis à certains instituts d'utiliser encore l'édition 1962, la dernière qui faisait référence au Concile de Trente et non pas au Concile Vatican II ; en 1984 il a aussi (par Quattuor abhinc annos.) autorisé les évêques diocésains de permettre dans leurs diocèses, sous certaines conditions, la célébration de la messe selon le missel de 1962, mais normalement au dehors des églises paroissiales. En 1988, avec , il demande notamment aux évêques d'accorder de façon « large et généreuse » la pratique des livres liturgiques de 1962..
En 2007, Benoît XVI, en voulant étendre à tous ceux qui la souhaitaient la célébration du missel de 1962, élargit avec Summorum Pontificum les conditions imposées par Jean-Paul II et décrète que chaque curé ou recteur d'une église ni paroissiale ni conventuelle devait accepter les demandes de groupes stables de fidèles attachés à la tradition liturgique antérieure de célébrer la messe selon le rite du Missel romain édité en 1962.. Benoît XVI affirme que le missel de 1962 n'a jamais été juridiquement abrogé. et que la de 1962 cohabite aux côtés de ou de 2002 ; néanmoins plusieurs canonistes expriment alors des doutes quant à l'exactitude de cette déclaration....
Le , avec Traditionis custodes, le pape François décrète qu'au contraire il n'y a désormais qu'une seule forme du rite romain : .. Rétablissant la discipline en vigueur sous Jean-Paul II« Il est de la compétence exclusive de l'évêque diocésain d'autoriser l'utilisation du Missel romain de 1962 dans le diocèse, suivant les directives du Siège Apostolique », . (mais n'encourageant pas les évêques d'accorder de façon « large et généreuse » la pratique des livres liturgiques de 1962 contrairement à Jean-Paul II), François retire l'autorité de décision accordée aux curés par son prédécesseur en la confiant aux évêques diocésains. Par ailleurs, il exclut l'usage des églises paroissiales pour la pratique du rite extraordinaire. ainsi que l'usage du latin pour les lectures qui doivent se faire en langue vernaculaire.
Historique de la liturgie tridentine Œuvre du concile vignette|L'édition 1962 du Missel romain, qui porte comme titre Missale Romanum ex decreto SS. Concilii Tridentini restitutum Summorum Pontificum cura recognitum. Le concile de Trente, réuni entre 1542 et 1563, en établissant son Texte du concile de Trente., lors de sa session du , veut défendre la doctrine catholique sur la messe contre ce qu'il considère comme des errements issus de la Réforme protestante. Pour cela, le concile énonce les fondements doctrinaux du sacrifice de la messe et rappelle dans le décret conclusif quelques principes pratiques à respecter et s’opposant à certaines mauvaises habitudes.
En effet, la liturgie n’est pas figée : dans la liturgie catholique romaine, la forme de la messe, qui se traduit par le missel, celle de la liturgie des heures (le bréviaire), et les autres sacrements, sont en constante et lente évolution, sans rupture : c’est ce qu’on appelle l'« évolution organique de la liturgie ».
La liturgie tridentine est ainsi un témoin de la tradition ecclésiastique, dont le pape Benoît XVI a souhaité que l'usage soit maintenu et préservé comme un trésor de la tradition commune.
Missel de Pie V La révision du missel ayant été ordonnée par le concile de Trente, le pape Pie V a codifié ce qui était le missel de l'Église de Rome.
En regard des éditions non officielles précédentes, Pie V a fixé dans l’ordinaire de la messe (ordo missæ) les prières au bas de l’autel, qui antérieurement étaient récitées, au choix du prêtre, comme préparation personnelle, soit dans la sacristie, soit pendant la procession à l’autel, soit au pied de l’autel.
Cette affirmation est contredite par le texte appelé par Joseph Ratzinger « la première édition du missale romanum publiée de 1474», soit à peine vingt-quatre années après l'invention de l'imprimerie moderne et quatre années après le premier livre imprimé en France. Ratzinger ajoute que ..
La production de ce livre n'était pas une édition officielle comme celle de Pie V en 1570 ; elle a inspiré plusieurs autres éditeurs à publier leurs propres éditions. De 1474 à la publication de la première édition officielle du Missel romain, à l'initiative du Saint-Siège, près d'un siècle s'est écoulé. Durant cette période au moins quatorze autres éditions du livre liturgique paraissent : dix à Venise, trois à Paris et une à Lyon.. Faute d'un organe de contrôle de leur qualité, ils ont subi plusieurs modifications de la part des éditeurs, dont certaines substantielles.
L'édition officielle de 1474 est considérée comme l'ancêtre de toutes les publications qui ont ensuite fusionné dans l'édition officielle approuvée par le pape Pie V. Les annotations autographiées du cardinal Guglielmo Sirleto, dans un exemplaire de l'édition portant le titre Missale secundum morem Sanctae Romanae Ecclesiae imprimée en Venise en 1497 (essentiellement identique à celle de 1474), montrent que cette édition vénitienne a servi de modèle à l'édition de 1570..
Le texte de l'édition milanaise de 1474, reproduit dans l'étude de Robert Lippe de 1899, qui est facilement accessible en ligne, montre que les prières au pied de l’autel, ajoutées dans l'édition de Pie V, faisaient déjà partie de l'Ordinaire de la messe depuis un siècle.
Pie V a aussi ajouté tout ce qui se trouve après l’Ite, missa est : bénédiction, dernier évangile.
Ce missel de 1570 se différenciait très peu de la première édition du missale romanum publiée de 1474. Le , la bulle Quo primum en étend l’usage à toute l’Église latine.
Puis le pape Clément VIII a publié le premier cérémonial des évêques, dit cérémonial de Clément VIII, le . Il s'agissait d'un grand guide de la liturgie tridentine afin d'établir les célébrations universelles de l'Église y compris la messe pontificale tridentine.
Changements ultérieurs de la liturgie tridentine Les changements qui ont suivi, jusqu’au , la promulgation du missel romain de Pie V furent moins profonds. Les éditions « tridentines » du Missel reportaient le texte des bulles de promulgation des révisions des papes Clément VIII (1604) et Urbain VIII (1634), et aussi celle du pape saint Pie X, qui en réformant la récitation du psautier, annonçait son intention de réviser aussi le missel. Sa mort en 1914 l’empêche de mener à bien ce projet. Le pape Pie XII, à la suite de la publication de l’encyclique Mediator Dei en 1947, sur les principes de la liturgie, entama une révision plus profonde du missel, par la rénovation radicale des formules et des cérémonies de la Semaine sainte en 1955Publication 1955, mise en œuvre pour Pâques 1956..
Des nouvelles éditions du missel ont été publiées régulièrement. Elles apportent généralement des évolutions mineures (ajout d’un formulaire pour une fête de saint ou changement dans les rubriques, par exemple). Elles furent parfois plus importantes : des modifications nombreuses furent apportées dès 1604, à trente-quatre ans de la promulgation du missel de Pie V. : abolition de la prière à dire en entrant dans l’église, du mot dans les deux prières qui suivaient la récitation du Confiteor, de la mention de l’empereur dans le canon de la messe, de la triple bénédiction à la fin de la messe solennelle ; réforme de la semaine sainte en 1956 ; suppression du Confiteor avant la communion des fidèles en 1960 ; ajout de saint Joseph dans le canon lui-même, fin 1962.
Ainsi, le missel romain édité en 1962, date de sa sixième édition « typique », la dernière qui portait comme titre Missale romanum ex decreto sacrosancti Concilii Tridentini restitutum, avait continué sa lente évolution depuis sa promulgation initiale. Le titre de l'édition suivante, publiée en 1970, est Missale Romanum ex decreto sacrosancti oecumenici Concilii Vaticani II instauratum.
Le « missel de 1962 »
Au début de cette édition de 1962, la lettre apostolique Rubricarum instructum de Jean XXIII indiquait que . La prochaine édition, celle de 1970, contient la messe de Vatican II.