Maria Ivanovna Vassilieva (en ), dite Marie Vassilieff, née le à Smolensk en Russie et morte le à Nogent-sur-Marne en France, est une artiste peintre et sculptrice russe et française.
Biographie Elle naît à Smolensk, en Russie, dans une famille aisée qui l'encourage à étudier la médecine. Son penchant naturel, cependant, va aux arts et, en 1903, elle entre à l'Académie impériale des Beaux-Arts de Saint-Pétersbourg.
Formation à Paris (1884-1909) Elle arrive à Paris en 1905 grâce à une bourse de la tsarine. Paris est alors la capitale artistique du monde. Elle suit des cours à l’Académie de la Palette avec Sonia Delaunay et à l’Académie Henri Matisse avec Olga Meerson. Elle suit également les cours de l'Ecole des beaux-arts de Paris, tout en travaillant pour plusieurs journaux russes. Elle devient partie intégrante de la communauté artistique de la « Rive Gauche » à MontparnasseMarie Vassilieff:A Splash of Montparnasse Color, New York Times consulté le 17 janvier 2010. Elle traduit et envoie en Russie des extraits de Notes d’un peintre d’Henri Matisse à la revue moscovite La toison d’or qui les publie dans son numéro 6, en .
L'Académie Vassilieff et Montparnasse (1908-1914) En 1911, elle fonde l'Académie russe de peinture et de sculpture au 54, avenue du Maine mais dès 1912, elle ouvre l'« Académie VassilieffChronologie, site de la Villa Vassilieff » qui devint un lieu de rencontre pour l'avant-garde de l'art de cette époque avec la fréquentation d'artistes comme María Blanchard, Nina Hamnett, Amedeo Modigliani, Ossip Zadkine, Jacques Lipchitz ou Chaïm Soutine.
En peu de temps les murs de l'atelier de Marie Vassilieff se tapissent d'une collection de peintures de Marc Chagall et Modigliani, des dessins de Pablo Picasso et Fernand Léger. gauche|vignette|Ancien atelier de Marie Vassilieff Le , Fernand Léger y donne une conférence sur l'art moderne : « Les origines de la peinture actuelle et sa valeur représentative »Jean-Claude Marcadé : L'avant-garde russe 1907-1927, Flammarion, Paris, 1995, 2007 puis le , la seconde partie de cette conférence : « Les réalisations picturales actuelles », hommage à l’esprit indépendant des peintres de l’École de Paris.
En , Marie Vassilieff montre précisément au Salon des Indépendants trois tableaux de facture cubiste : Composition, Recherche I et Recherche II. Cependant, le , le journal Excelsior reproduit, en première page, Recherche I qu’il baptise « une toile futuriste ».
En , Marie Vassilieff ferme son académie de peinture et annexant un second atelier.
La Première Guerre mondiale et la cantine de Montparnasse (1914-1919) Volontaire comme infirmière auprès de la Croix-Rouge française pendant la Première Guerre mondiale, elle constate la misère dans laquelle se trouvent de nombreux artistes à Paris Le gouvernement français en guerre décida, afin de soutenir l'économie en guerre, de verser une pension de compensation à toute activité économique lésée par la situation. Les artistes, ne pouvant en principe plus vendre leurs œuvres aussi facilement, bénéficièrent ainsi d'une minime pension les rendant souvent plus riches qu'avant le déclenchement du conflit. Comme ils n'avaient souvent que peu ou rien à manger, la cantine leur était un précieux refuge en fournissant pour quelques centimes un repas complet et un verre de vin et, en outre, un lieu de rencontre convivial.
Ouverte en 1915, la cantine fournit pour quelques centimes un repas complet accompagné d'un verre de vin aux artistes et aux modèles. Le gouvernement avait mis en place un couvre-feu et les restaurants et les cafés de Paris étaient tous obligés de fermer tôt, mais la cantine de Marie Vassilieff, inscrite comme club privé, n'était pas soumise à cette obligation. La cantine devient ainsi un lieu de rassemblement de la communauté artistique, où musique et danse se prolongent chaque nuit. Le Norvégien Kist Thaulow y jouait du violon, le Suédois E.M. Melchers du piano, Ossip Zadkine et Marie Vassilieff donnaient des danses russes et Pablo Picasso imitait les toreros pour amuser ses amis Foujita et Diego Rivera.
En , Marie Vassilieff retourne en Russie où elle revoit une dernière fois ses parents. Elle a l’occasion de participer à deux expositions mi-futuristes, mi-suprématistes. À Pétrograd, l'exposition Dernière exposition futuriste de tableaux 0,10 de fin 1915(6) dans laquelle Kasimir Malevitch expose son fameux Carré noir sur fond blanc. À Moscou, l’exposition Magasin, de où elle montre pour la première fois les poupées qui la rendront célèbre.
Rentrée en France, en , elle rouvre sa cantine. Le critique d’art André Salmon qui prépare l’exposition rétrospective : L’Art moderne en France lui accorde neuf numéros, signe de son aura artistique d’alors. Cette exposition est passée à la postérité sous le nom de « Salon d’Antin » car elle prit place 26, avenue d’Antin (Paris ), dans l’hôtel particulier du couturier Paul Poiret. Pablo Picasso y exposait pour la première fois ses fameuses et nouvellement baptisées Demoiselles d’Avignon.
En , Georges Braque, qui avait été blessé au combat fut libéré du service militaire. Marie Vassilieff et Max Jacob décidèrent d'organiser un banquet pour lui et son épouse, Marcelle. Parmi les invités se trouvait Alfred Pina avec sa nouvelle compagne, Beatrice Hastings, qui venait de mettre fin à sa liaison de deux ans avec Modigliani. Connaissant trop le penchant de Modigliani à provoquer du désordre quand il avait bu, Marie Vassilieff ne l'invita pas à la fête. Le monde de l'art était cependant petit et la nouvelle de ce banquet parvint bientôt aux oreilles de Modigliani qui, passablement ivre, s'y présenta en cherchant la bagarre. Une rixe s'ensuivit, un pistolet sortit, et Marie Vassilieff, malgré sa petite taille, poussa Modigliani au bas de l'escalier pendant que Pablo Picasso et Manuel Ortiz de Zarate fermaient à clé la porte. Marie Vassilieff en fit un dessin maintes fois reproduit.
A la suite du traité de Brest-Litovsk, elle est placée en résidence surveillée à Fontainebleau en 1917 et ne rejoint son atelier parisien qu'en 1919.
Devenue mère en 1917, Marie Vassileff peint de nombreux portraits de son fils Pierre dans un style proche de celui de Fernand Léger.
Les poupées, le théâtre et les arts décoratifs (1920-1937) En , Marie Dormoy, l’amie de l’écrivain Paul Léautaud, écrit dans la revue Art et décoration l’article « Poupées nouvelles » dont voici un extrait : « Quant à Marie Vassilieff, ses poupées sont de véritables œuvres d’art. Nul ne peut s’y tromper, elles ont un tel caractère qu’on les reconnaîtrait entre mille. Pour chacune, elle fait de nombreux croquis et, par la puissance du modelé, la solidité de la construction qui s’appuie sur le meilleur cubisme, la technique sans cesse renouvelée, elle accuse un caractère, souligne une hérédité, crée des personnages doués de sentiments et de passions, donne enfin la vie à des matières inertes ; et les portraits de Paul Poiret, Pablo Picasso, André Derain, André Salmon et de sa femme, sont criants de vérité. »
Entre 1920 et 1925, Vassilieff collabore avec les Ballets suédois, fondés par le collectionneur et mécène Rolf de Maré, passionné de danse, ainsi qu'avec le couturier Paul Poiret pour la diffusion de ses poupées-portraits. Elle travaille aussi pour l'homme de théâtre Gaston Baty et pour le théâtre de marionnettes du peintre hongrois Géza Blattner. Marie Vassilieff dessine pour Paul Poiret en 1923 le flacon du parfum Arlequinade – Nouveau parfum de Rosine. Elle dirige les ateliers de confection des costumes de la saison théâtrale 1923-1924 des Ballets suédois de Rolf de Maré, notamment ceux de La Création du monde dont la première a lieu le au Théâtre des Champs-Élysées.
En 1925, elle crée un « mobilier baroque et anthropomorphe « composé de six « meubles marionnettes » pour l’Exposition internationale des arts décoratifs et industriels modernes.
Elle décore, en 1927, deux piliers de la brasserie La Coupole, boulevard du Montparnasse. Elle fait partie de l'équipe de peintres chargés de décorer le restaurant, notamment les panneaux fixés sur les colonnes de la salle. Sur le premier, elle peint une Vierge noire et dit-on l’homme de lettres Georges Duhamel mais il s’agit en fait de son ami, le compositeur Claude Duboscq, jouant de la flûte. Effectivement, ce portrait aux yeux écarquillés derrière des lunettes rondes, le renard juché sur son épaule et la Vierge noire, sont similaires à ceux figurés sur les panneaux décoratifs du guignol Le Pauvre Clair conçu par Marie Vassilieff pour Claude Duboscq en 1928.
Inscrite au catalogue officiel comme « Artiste peintre décorateur », sa participation à l’Exposition Internationale des Arts et Techniques dans la Vie moderne de 1937, est triple. Elle expose les maquettes dont des masques et des petits animaux d’une « Boutique fantasque » ; la maquette de son immense panneau décoratif L’Été-L’État – Réseau d’État vers la mer conçu avec René Péro pour la gare Montparnasse, et les cinq costumes en Rhodoïd des Voyelles pour la transposition à la scène du sonnet d’Arthur Rimbaud par le Théâtre Art et Action de Louise et Édouard Autant-Lara.
Ses poupées en chiffons ou en cuir sont célébrées à Berlin, New York et Londres où Peggy Guggenheim l’invite à exposer en .
Côte d'Azur et dernières années (1938-1957) En 1938, elle part rejoindre la Côte d'Azur. De 1939 à 1946, Marie Vassilieff vit et travaille à Cagnes-sur-Mer (Alpes-Maritimes). Elle expose 32 tableaux, 20 poupées et des dessins chez Monsieur Gasser, 8 rue des Belges à Cannes du au .
A son retour à Paris en 1945, elle prend sa retraite et se retire progressivement de la vie artistique. En 1949, l’entrepreneur en bâtiment Edmond Didier, devenu son mécène lui passe commande d’un service de table en céramique. Elle en supervise les moulages et enthousiasmée par cette collaboration avec l’Atelier Lafourcade, elle réalise en sus des sculptures mystiques ou érotiques. Dès le mois de mai, elle montre ces céramiques dans l’exposition Hommage à Marie Vassileff – Peintre de la grande époque de Montparnasse organisée par Marc Vaux au Foyer d’Entr’aide aux artistes et aux intellectuels du boulevard du Montparnasse puis au Salon des Indépendants (Paris) de 1952.
De 1953 à sa mort, elle réside à la Maison nationale de retraite des artistes de Nogent-sur-Marne. En dépit du fait que cette institution fut fondée en 1945 par deux femmes, Marie Vassilieff est la première à y être admise. Elle est inhumée au cimetière de Nogent-sur-Marne.
Redécouverte et postérité Après les expositions rétrospectives : Marie Vassilieff (1884-1957) - Eine Russische Künstlerin in Paris au Verborgene Museum de Berlin, en 1995, Marie Vassilieff dans ses murs au Musée du Montparnasse en 1998, l’exposition Marie Vassilieff – l’âme de Montparnasse prend place au château de Vert-Mont à Rueil-Malmaison du au . Ces trois rétrospectives sont possibles grâce à la collection réunie par Claude Bernès, expert de l'artiste.
En 2007, un ensemble de sculptures anthropomorphes réalisées par l'artiste à partir de racines rehaussées de peinture est retrouvé dans un grenier d'une maison de Tours, puis dispersé lors d'une vente publique à Cheverny.
En , la mairie de Paris inaugure dans ce qui était son atelier de Montparnasse un nouvel espace consacré aux arts visuels : la Villa Vassilieff.