thumb|Coupe royale dorée
La coupe de sainte Agnès (en anglais : ) est une coupe ou hanap en or massif richement décorée d’émail et de perles. Réalisée pour la famille royale française à la fin du , elle est ensuite devenue la propriété de plusieurs monarques d’Angleterre avant de passer près de en Espagne. Depuis 1892, la coupe appartient à la collection du British Museum. Thomas Hoving, ancien directeur du Metropolitan Museum of Art de New York, a dit d’elle que .
La coupe mesure de haut et de diamètreBritish Museum collection database ; elle pèse ; . Elle est munie d'un couvercle, mais son support triangulaire s'est perdu. La jambe de la coupe a été prolongée à deux reprises par l'ajout de bandes cylindriques, et elle était à l'origine beaucoup moins hauteIllustrations de la forme originale de la coupe dans Dalton, Figure 1 (dessin) et Cherry, 24 (photo retouchée, également présente dans Henderson, 138). Neil Stratford (263) émet néanmoins l'hypothèse que la jambe originelle de la coupe ait été plus longue., lui donnant une allure générale . Le fleuron décoré que portait le couvercle à l'origine s'est perdu, et une moulure décorée avec 36 perles a été retirée du bord extérieur du couvercle, laissant visible une bande d'or aux bords irréguliers. Elle correspondait vraisemblablement à celle qui est toujours en place autour du pied de la coupe ; Lightbown, 81-82. Neil Stratford (263) ajoute que le sommet hexagonal du couvercle est moderne..
Les surfaces d'or sont décorées de scènes en émail basse-taille avec des couleurs translucides qui reflètent la couleur de l'or en dessous ; plusieurs surfaces dorées, sous l'émail et au fond, portent des décorations gravées et pointillées. Les décorations présentent notamment de grandes surfaces rouges, toujours en excellente condition ; ce rouge clair était la couleur la plus difficile à obtenir à l'époque, et elle était tenue en très haute valeurBritish Museum Investigation.. Des scènes de la vie de sainte Agnès décorent le sommet du couvercle et le bas du corps de la coupe. Les quatre symboles des Évangélistes entourent le pied de la coupe, et des médaillons d'émail occupent le centre de l'intérieur du corps et du couvercle. La plus basse des deux bandes cylindriques ajoutées portent des roses Tudor sur un fond pointillé diapré découpé en losanges, datant apparemment du règne d'Henri VIII. La bande supérieure porte une inscription gravée emplie d'émail noir, avec des branches de laurier vertes pour séparer le début de la fin de l'inscription ; British Museum collection database..
La coupe est arrivée au British Museum dans une boîte hexagonale sur mesure, en cuir et en bois avec une serrure, des poignées et des montants en fer. Cette boîte a été réalisée en même temps ou peu après la coupe, et elle porte des décorations foliées incisées et tamponnées avec une inscription gothique disant : La boîte dans la base de données du British Museum (numéro 1892,0501.2).
Provenance thumb|Le premier propriétaire anglais de la coupe est Jean de Lancastre (à genoux sur cette miniature du Maître de Bedford)
La date et les circonstances exactes de la création de la coupe sont incertaines. Elle est mentionnée pour la première fois de façon certaine dans un inventaire des biens de Charles VI de France datant de 1391 et dont les deux copies survivantes sont conservées à la Bibliothèque nationale de France. Les inventaires sont les documents BnF Mss Fr 21445 (f.1b) et 21446 (f.45b). :
À l'époque, Jean de Berry (1340-1416), oncle du roi, possède un grand pouvoir, et il est également réputé comme collectionneur d'art et commanditaire. Il est resté célèbre pour avoir commandité le manuscrit enluminé des Très Riches Heures du duc de Berry ou le Reliquaire de la Sainte Épine (aujourd'hui au British Museum)Cherry, 39-43. En 1391, le jeune roi Charles et son oncle se réconcilient après une période de mauvaises relations ; les cadeaux somptueux sont alors monnaie courante au sein de la Maison de ValoisCf. l'article de Buettner et les statistiques données par Cherry, 47. et Jean de Berry a de bonnes raisons de se montrer généreux.
La coupe est mentionnée dans un autre inventaire de en 1400. Elle refait surface dans la collection d'un autre oncle royal : Jean de Lancastre (1389-1435), fils d'Henri IV d'Angleterre, frère d' et oncle d', au nom duquel il est brièvement régent de France et d'Angleterre. On ignore comment il acquiert la coupe, mais durant la période difficile qui avait suivi la paix entre et les Anglais et la reconnaissance par Charles d'Henri V comme héritier, il avait prêté de l'argent au roi de France et lui avait racheté divers objets, notamment la bibliothèque du Louvre ; , pour la période entre 1400 et son acquisition par Lancastre. ; il est possible que Charles lui ait fait des cadeaux. Après la mort de son frère, Lancastre lutte contre la résistance française galvanisée par Jeanne d'Arc et meurt en Normandie en 1435Le livre de Jenny Stratford est dédié aux inventaires de Lancastre, et inclut une brève biographie du personnage ainsi qu'un regard sur son activité de mécène et collectionneur. Voir aussi .. La coupe est brièvement décrite comme premier élément d'une liste de biens provenant de l'héritage de Lancastre, liste préparée pour le cardinal Henri Beaufort ; toutefois, le trépied n'y est pas mentionné, plusieurs joyaux manquent à l'appel, et le sujet des illustrations est identifié à tort comme la vie de sainte Suzanne. Elle n'apparaît pas dans un inventaire royal de 1441 ; . C'est le seul objet métallique qui subsiste de la liste ; selon Jenny Stratford, c'est parce qu'elle était toujours en possession de Beaufort à cette date. Il est également possible qu'elle ait été mise en gage, comme c'est le cas en 1449 et 1451, afin de financer l'effort de guerre anglais.
La coupe apparaît dans les documents de la nouvelle dynastie Tudor en 1521, sous le règne d'. Le couvercle a alors perdu le fleuron décrit dans l'inventaire de au profit d'un autre, en or, de la forme d'une couronne fermée ou « impériale », correspondant aux prétentions contemporaines de faire reconnaître l'Angleterre comme un « empire » (c'est-à-dire un État ne se reconnaissant aucun supérieur), bien que le Grand sceau d'Angleterre emploie une couronne fermée dès 1471Neil Stratford, 261. Les joyaux de l'ancien fleuron ont probablement été réutilisés ailleurs. La bande inférieure portant les roses Tudor est généralement considérée comme un ajout du règne d'Henri, dans le cadre d'un programme d'ajout d'emblèmes des Tudor à divers objets (tapisseries, manuscrits et jusqu'aux bâtiments, comme la King's College Chapel de Cambridge) hérités des dynasties antérieuresAnglo, 198-199. La coupe est décrite dans des inventaires de 1532 et, après la mort d'Henri, en 1574 et 1596 sous le règne d' ; . La coupe apparaît dans tous les inventaires connus de la vaisselle royale de l'ère Tudor..
thumb|left|La conférence de Somerset House, en ; les Espagnols sont à gauche et les Anglais à droite. Le connétable de Castille est le plus près de la fenêtre, à gauche.
Lorsque Jacques I monte sur le trône d'Angleterre, en 1603, l'une de ses priorités est de mettre un terme à la guerre anglo-espagnole qui dure depuis 1585. Une délégation espagnole conduite par le connétable de Castille Juan Fernández de Velasco, comte de Frías vient signer le traité de paix à Somerset House en 1604. La bande supérieure de la jambe de la coupe porte une inscription latine :
Jacques I fait don d' à Velasco, parmi lesquelles la coupe est la plus notableUngerer, cité ici, donne détails et références.. Ce cadeau est documenté du côté anglais comme espagnol. À son retour, Velasco rédige un compte-rendu de sa mission et y mentionne les cadeaux du roi ; il avait auparavant présenté au roi et à la reine, entre autres cadeaux, des coupes élaborées. Ungerer décrit plusieurs lettres de change ; la plupart des cadeaux espagnols ont été achetés aux Pays-Bas.. Selon Pauline Croft, . En 1610, Velasco fait don de la coupe à un couvent de Medina de Pomar, près de Burgos, comme le mentionne l'inscription donne un extrait de la liste des cadeaux. L'acte de donation subsiste, mentionnant une condition : le couvent ne doit jamais s'aliéner la coupe. En marge, une note de la main de Velasco précise qu'il a obtenu la permission de l'archevêque de Tolède, Bernardo de Sandoval y Rojas, pour que la coupe serve de ciboire, c'est-à-dire de récipient pour l'hostie — l'Église interdit à l'époque d'utiliser comme ciboires des coupes dont l'intérieur est décoré.
La coupe reste dans le couvent jusqu'en 1882, date à laquelle les nonnes, en manque d'argent, cherchent à la vendre. C'est durant cette période que la coupe perd sa bordure de perles du couvercle et son fleuron Tudor. Estimant qu'elles en obtiendront davantage en France qu'en Espagne, les nonnes confient la coupe au prêtre Simon Campo, qui l'emporte à Paris et entre en contact avec plusieurs marchands et collectionneurs. Les Parisiens sont soupçonneux du fait d'une série de contrefaçons d'objets médiévaux. Le baron Jérôme Pichon étudie le second cylindre ajouté ; il est suffisamment convaincu de authenticité de la pièce pour faire une offre assez basse, qui est acceptée. Durant ses recherches pour retracer l'historique de la pièce, Pichon entre en contact avec le duc de Frías, lequel lui fournit des informations précieuses et le félicite de son achat. Le duc finit cependant par découvrir que cette vente est contraire à l'acte de donation de 1610 qu'il a retrouvé dans les archives familiales, et il entreprend une campagne judiciaire en France pour obtenir que la coupe lui soit rendue ; .
Le duc est finalement débouté en 1891Selon . Jenny Stratford et Neil Stratford (263) mentionnent une décision de justice de 1885, mais il y a peut-être eu appel., ce qui permet au baron Pichon de revendre la coupe à la société Wertheimer de Bond Street, à LondresVoir aussi The Wertheimer Family sur le site du Musée juif de New York., où Augustus Wollaston Franks, conservateur des Antiquités et de l'Ethnographie médiévales britanniques au British Museum depuis 1866 et président de la Society of Antiquaries of London, la découvre. , Samson Wertheimer accepte de vendre la coupe au British Museum au prix à laquelle il l'a achetée, soit . Franks s'inquiète de l'arrivée de nouveaux collectionneurs américains comme J. P. Morgan ; en 1891, il écrit à Sir Henry Tate : Il tente d'inciter des riches donateurs à fournir chacun, mais même avec les accordées par le HM Treasury, il ne peut réunir la somme nécessaire. Franks doit avancer sur son argent personnel, tout en essayant toujours d'obtenir de petits dons ; sa quête s'achève en 1892, lorsque le Treasury accepte de fournir les dernières : Wilson, 175–176. Outre le Treasury, les donateurs à sont Franks et Wertheimer, la Worshipful Company of Golsmiths, Charles Drury Edward Fortnum, le duc de Northumberland, Lord Savile, Lord Iveagh et le comte de Crawford ; il liste également quelques donateurs ayant contribué des sommes moindres. Voir aussi Wilson, 175–176, pour la chronologie. Samson Wertheimer meurt en 1892 et la vente est conclue par son fils Asher et ses autres héritiers ; ils font une donation en sa mémoire..
Création, contexte et conservation thumb|Le duc de Berry à une fête du Nouvel An. À gauche, un buffet est couvert de vaisselle. Janvier dans le calendrier des Très Riches Heures du duc de Berry, par les Frères de Limbourg, musée Condé, ms.65, f.1v.