La révolution de Zanzibar met fin en 1964 à de domination d'une élite arabophone. Le sultan Jamshid ben Abdallah est renversé par une couche plus modeste de la population, linguistiquement davantage proche de Bantous et l'événement aboutit à la fondation de la Tanzanie par fusion du Zanzibar et du Tanganyika voisin.
Zanzibar est un archipel multi-ethnique situé au large de la côte orientale du Tanganyika. Bien que le Royaume-Uni lui accorde son indépendance en 1963, une série d'élections parlementaires aboutissent à la conservation de la mainmise de la minorité arabophone sur le pouvoir qu'elle détient depuis l'époque où le pays dépendait du sultanat de Mascate et Oman.. Frustré par sa sous-représentation au parlement en dépit des 54 % de voix remportées aux élections de , le Parti Afro-Shirazi (ASP), essentiellement africain, s'allie au parti de gauche, l'.
Tôt le matin du , John Okello, membre de l', mobilise environ 600 à de la révolution sur l'île principale d'Unguja. Après avoir débordé les forces de police et s'être approprié leurs armes, les insurgés se rendent à Zanzibar où ils renversent le sultan et son gouvernement constitué en majorité de citoyens d'origine arabe. Des représailles sont exercées contre des civils arabes et asiatiques, ces derniers étant essentiellement d'origine persane (comme le jeune Farrokh Bulsara, alias Freddie Mercury et sa famille, contraints de fuir) et sud-asiatique. Le nombre de victimes qui en résulte est contesté, avec des estimations allant de quelques centaines à . Le chef du Parti Afro-Shirazi, le cheikh Abeid Karume, devient le président du gouvernement révolutionnaire de Zanzibar, junte d'inspiration marxiste-léniniste.
La proximité apparente du nouveau gouvernement avec les communistes inquiète les pays occidentaux. Les puissances communistes (république populaire de Chine, Allemagne de l'Est et Union soviétique) établissent rapidement des relations amicales avec le nouveau gouvernement, reconnaissant celui-ci et lui envoyant des conseillers. Zanzibar se situant dans la sphère d'influence britannique, le gouvernement de Londres élabore un certain nombre de plans d'intervention. Karume négocie toutefois rapidement une fusion de Zanzibar avec le Tanganyika, formant le une nouvelle nation, la Tanzanie, avec à sa tête Julius Nyerere comme président et Abeid Amani Karume comme vice-président. Mais l'accord stipule néanmoins qu'Abeid Amani Karume reste à la tête du gouvernement révolutionnaire de Zanzibar qui est chargé de gérer l'autonomie politique de Zanzibar.
L'anniversaire de la révolution est célébré sur l'île par un jour férié le de chaque année.
Contexte Situation géographique et politique vignette|Vue du palais du sultan à Stone Town, la vieille ville, depuis la mer en 2009. vignette|Scène de rue entre deux Zanzibarites, l'un d'origine plus arabe, l'autre plus continentale, à Stone Town en 1996.
Zanzibar, aujourd'hui partie intégrante de la république unie de Tanzanie en Afrique de l'Est, est un groupe d'îles situées dans l'océan Indien au large des côtes du Tanganyika. Il comprend Pemba au nord, Mafia au sud et l'île principale d'Unguja, improprement appelée Zanzibar, au centre, ces trois grandes îles étant entourées de nombreuses petites îles. Les entités politiques s'étant successivement appelées « Zanzibar » depuis la séparation d'avec le sultanat de Mascate et Oman en 1861 se sont cependant limitées géographiquement aux îles de Pemba et Unguja et leurs îlots proches, Mafia restant politiquement liée à la Tanzanie continentale.
Avec une longue histoire sous domination arabe à partir de 1698, Zanzibar est une possession de Mascate et Oman jusqu'à l'obtention de son indépendance en 1858 sous son propre sultanat.. En 1890, lors de la prise de pouvoir d'Ali bin Saïd, Zanzibar passe sous protectorat britannique.. Bien que jamais officiellement sous sa domination directe, le pays est considéré comme faisant partie de l'Empire britannique..
En 1963, le pays devient une monarchie constitutionnelle dirigée par le sultan Jamshid ben Abdallah. Zanzibar a alors une population d'environ , dont certains revendiquent une ascendance perse et connus localement sous le nom de « Shirazi ».. Dans le pays se trouvent également plusieurs minorités importantes telles que les Arabes, au nombre de , et les Sud-Asiatiques, au nombre de , qui occupent une place importante dans les affaires et le commerce, notamment dans l'import-export grâce à leurs relations avec l'Asie du Sud et les populations asiatiques d'Europe et d'Afrique de l'Est.. Les différents groupes ethniques sont devenus de plus en plus mixtes et les distinctions entre eux se sont brouillées.. Selon l'historien Shillington, une raison importante expliquant le soutien général au sultan Jamshid a été la diversité ethnique de sa famille. Cependant, les habitants arabes de l'île, tels que les grands propriétaires terriens, étaient généralement plus riches que les Africains. grâce au commerce des épices, notamment du clou de girofle. De plus, les partis politiques majeurs ont été organisés en grande partie en fonction de l'appartenance ethnique, les Arabes dominant le Parti nationaliste de Zanzibar (, abrégé ZNP) et les Africains le Parti Afro-Shirazi (, abrégé ASP).
En , dans le cadre du processus de décolonisation, les autorités britanniques de l'île définissent les circonscriptions électorales et tiennent des élections démocratiques. L' et le ZNP gagnent chacun 11 sièges sur les 22 du parlement de Zanzibar. De nouvelles élections ont donc lieu en juin, avec cette fois 23 sièges disponibles. Le entre en coalition avec le (ZPPP) et obtient cette fois 13 sièges, tandis que l', bien qu'il ait obtenu plus de votes, récupère seulement 10 sièges. Une fraude électorale est suspectée par l' et des émeutes éclatent, causant la mort de . Pour garder le contrôle, la coalition gouvernementale interdit les partis d'opposition les plus radicaux, nomme elle-même ses hommes dans l'administration et politise la police.
En 1963, avec un nombre de 31 sièges au parlement, une voit une répétition des votes de 1961. Grâce à la disposition des circonscriptions, l', dirigé par Abeid Amani Karume, remporte 54 % des voix mais seulement 13 sièges., tandis que le / gagne le reste et renforce son emprise sur le pouvoir. L, formé la même année par des radicaux socialistes arabes de la mécontents., est interdit et tous les policiers d'origine africaine sont licenciés.. Une grande partie de la seule force de sécurité de l'île est alors supprimée. En colère, les anciens policiers s'organisent en groupe paramilitaire bien formé et connaissant les bâtiments, l'équipement et les procédures des forces de sécurité..
L'indépendance totale de la domination britannique est accordée le , avec la coalition / au Conseil d'administration. Le gouvernement souhaite alors un accord de défense avec le Royaume-Uni et demande un bataillon de troupes britanniques sur l'île pour effectuer des tâches de sécurité intérieure. mais cela est refusé car il est jugé inapproprié pour les troupes britanniques d'être impliquées dans le maintien de l'ordre si peu de temps après l'indépendance. Des rapports du service de renseignement britannique prédisent des troubles civils imminents, accompagnés d'une activité communiste croissante, et jugent que l'arrivée de troupes britanniques détériorerait encore la situation. De nombreux ressortissants étrangers restent cependant sur l'île, dont 130 Britanniques employés directement par le gouvernement de Zanzibar..
Forces politiques en présence Le mouvement indépendantiste zanzibarite est structuré autour de deux principaux partis : l' (ASP) et le .
L' s'appuie sur la population africaine et shirazie de Zanzibar. Les idées raciales attribuant aux seuls Noirs la légitimité de diriger l'archipel sont à la base de son idéologie.. Les populations non noires (Arabes et Asiatiques) sont ainsi considérées comme des étrangers par le parti.. Il est fondé en 1957 par la réunion de deux groupes politiques représentant les intérêts de la communauté africaine de Zanzibar : l' et l'.
Le se présente comme un parti multi-racial et islamique. Sa direction reste néanmoins principalement sous le contrôle de membres de la communauté arabe. La communauté africaine est parfois considérée comme majoritairement par le parti. Des Shirazi y adhèrent néanmoins.. Il est fondé en 1953 par des membres de l' touchés par les idées pan-arabistes..
En 1959, le (ZPPP) se sépare de l' sous l'impulsion de Muhammad Shamte Hamadi. Il est principalement soutenu par la population africaine de Pemba..
En , l' se sépare du . Sous la direction d', il prend une orientation socialiste et se rapproche de l'..
Déroulement Révolution Vers 3 heures du matin le , faiblement armés, principalement des insurgés africains aidés par des policiers récemment limogés, attaquent les stations de police d'Unguja, les deux armureries de la police et la station de radio.. Les policiers arabes n'ont reçu presque aucun entraînement et sont bientôt submergés. Les insurgés s'emparent de centaines de fusils automatiques, de pistolets-mitrailleurs et de fusils-mitrailleurs BREN, ce qui leur permet de prendre possession des immeubles stratégiques situés principalement à Stone Town., au centre de la capitale Zanzibar. Dans les six heures suivant le déclenchement des hostilités, le centre télégraphique de la ville et les immeubles les plus importants du gouvernement sont sous le contrôle des insurgés tandis que la seule piste d'atterrissage de l'île est prise à .. Le sultan, le premier ministre Muhammad Shamte Hamadi et les membres du cabinet s'enfuient à bord du yacht royal .. Le palais du sultan et ses autres propriétés tombent eux entre les mains du gouvernement révolutionnaire.. Dans les douze premières heures de la révolution, au moins 80 personnes sont tuées et 200 blessées lors de combats de rue. La plupart des victimes sont arabes. Soixante-et-un citoyens américains, dont seize hommes travaillant dans une station de la NASA ayant pour mission de suivre un satellite, trouvent refuge dans le Club Anglais de la vieille ville. Quatre journalistes américains sont eux détenus prisonniers par le nouveau gouvernement..
Selon l'histoire officielle de Zanzibar, la révolution est planifiée et dirigée par Abeid Amani Karume, le dirigeant de l'. Toutefois, à l'heure de la révolution, Karume ne se trouve pas à Zanzibar tout comme le leader de l, un parti interdit dirigé par Abdulrahman Muhammad Babu. John Okello, le secrétaire de la branche de l' pour Pemba, et un ancien policier d'origine ougandaise a envoyé Karume en Afrique pour assurer sa sécurité. Okello est arrivé à Zanzibar en 1959 en proclamant avoir été l'un des généraux des rebelles kényans durant la révolte des Mau Mau. En réalité, John Okello n'a aucune expérience militaire. Il assure aussi avoir entendu des voix lui demandant, en tant que chrétien, de libérer le peuple zanzibarite des Arabes. Ainsi, le , c'est Okello qui dirige les révolutionnaires membres de la . Un commentateur a émis l'hypothèse que la révolution a probablement été planifiée par Okello et la .
Répercussions vignette|Drapeau de la république populaire de Zanzibar en usage du au .