La base aérienne 278 Ambérieu-en-Bugey « Colonel Albert Chambonnet » est une base aérienne de l'Armée de l'air et de l'espace, située à au nord-nord-ouest d'Ambérieu-en-Bugey, dans le département de l'Ain, dans l'est de la France. Depuis 1982, elle porte le nom du colonel Albert Chambonnet.

La base aérienne d'Ambérieu-en-Bugey est principalement un centre d'approvisionnement. Celle-ci assure diverses prestations pour l'Armée de l'air et de l'espace, comme la réparation et l’entretien d'équipements électroniques de bord d'avions, matériels de détection, de télécommunications au sol, d'aide à la navigation ainsi que la fabrication d'équipements simples. Elle assure aussi l'étalonnage et la réparation de tous les dispositifs de mesure de la force aérienne ainsi que la fabrication et la réparation d'équipements de sécurité, de sauvetage et de survie des pilotes.

Histoire

1909-1914 : le rôle prépondérant de Louis Mouthier dans l'implantation de l'aéronautique à Ambérieu-en-Bugey

1910 : les débuts de Louis Mouthier, pionnier de l'aéronautique bressan

Le communal de Bellièvre est le site où se trouve aujourd'hui la base aérienne 278, il s'agit à l'origine d'une grande plaine d'environ ouverte aux paysans locaux pour y faire paitre les bêtes. Le terrain est souvent loué pour des entraînements du régiment d'infanterie ainsi que du régiment d'infanterie, à cette époque respectivement stationnés à Bourg-en-Bresse et à Belley.. La topographie de cette zone est idéale pour mener des expériences d'aviation, comme l'explique Louis Mouthier, personnalité sportive locale, lorsqu'il demande à la municipalité d'Ambérieu-en-Bugey l'autorisation d'utiliser le terrain de Bellièvre pour pratiquer ses activités aériennes.

vignette|gauche|Louis Mouthier aux commandes d'un monoplan Blériot, sûrement le modèle XI. Cette photo a sans doute été prise entre 1910 et 1914.

Louis Mouthier, cycliste bressan de renommée, après être monté à bord d'un Blériot XI, décide de faire l’acquisition de l'un de ces appareils quelques mois après que Louis Blériot ait traversé la Manche. Habitant alors Ambérieu, il effectue son premier essai le au terrain de Bellièvre. Maîtriser le pilotage d'un tel appareil étant difficile, Mouthier se cantonne à des manœuvres au sol. Il décolle le , après d'apprentissage en autodidacte, préfigurant une fructueuse carrière en tant que pilote..

Quelques mois plus tard, estimant avoir acquis suffisamment d'expérience avec son appareil, Mouthier affronte l'examen en vue de l'obtention du brevet de pilotage. Après une première tentative infructueuse le (son moteur a lâché avant la fin de l'épreuve), le Bressan obtient le précieux diplôme quelques jours plus tard, le . Mouthier, bien que manquant d'expérience et ayant beaucoup à apprendre dans la maîtrise de son appareil,s'expose à la foule de curieux avide de figures aériennes lors de meetings aériens organisés à Ambérieu-en-Bugey.

1911 : les premiers meetings, l'aéronautique déplace les foules à Ambérieu-en-Bugey

L’engouement pour l’aéronautique qui touche la population au début de ce siècle est particulièrement fort, qu'il s'agisse des sportifs accomplis ou d'amateurs de spectacles sortant de l'ordinaire : l'aéronautique est une activité nouvelle suscitant de vives passions. Ainsi est organisé le le premier meeting aérien de l'histoire d'Ambérieu-en-Bugey, peu après qu’ait été fondée la Société sportive d'Ambérieu-Aviation, dont fait alors partie Louis Mouthier.

thumb|Meeting aérien sur le communal de Bellièvre à Ambérieu-en-Bugey, entre 1910 et 1912.

Cette fête d'inauguration est décrite par la presse locale comme un important succès pour les organisateurs, qui évoque la présence d'environ . Bien que ce chiffre soit incertain, il peut être affirmé avec certitude que la partie de l'aérodrome réservée aux spectateurs est noire de monde.

Si la foule est au rendez-vous, les performances des pilotes sont jugées par celle-ci plutôt décevantes. Les appareils de cette époque sont vulnérables au vent, même faible. Cet inconvénient additionné au manque d'expérience des aviateurs restreint leurs actions durant le meeting. Ainsi lors de cette journée, appareils comme aviateurs restent immobilisés au sol de longues heures, lassant une partie de la foule, malgré les intermèdes donnés pour la faire patienter.

Cinq pilotes sont présents ce : messieurs Mignot, Harding, Eparvier, Sclave, accompagnés de Louis Mouthier. Si les deux premiers parviennent à s'envoler et à effectuer quelques figures appréciées par la foule, Mouthier, manquant alors d'expérience (il obtiendra son brevet de pilote plus tard) se contente de rouler au sol, tandis que l'appareil d'Eparvier, en panne, ne peut décoller.

Bien implantée à Ambérieu, l'aéronautique se développe à l'initiative de Louis Mouthier. Son essor se fait par l'ouverture d'une école de pilotage.

L'École bressane d'aviation

Fort de l’expérience acquise depuis l’obtention de son brevet, Louis Mouthier fonde l’École bressane d’aviation le . L’établissement est alors seulement doté du Blériot XI personnel de son directeur. La jeune école s'équipe d’un deuxième appareil, et bien que les élèves soient peu nombreux du fait du coût élevé de l’enseignement, nombre d’entre eux entreront dans l’histoire de l’aéronautique aux côtés d'autres pionniers français, ou suisses. En effet la proximité de la région avec la Suisse ( à vol d'oiseau séparent Ambérieu de la frontière) rendent cette région attractive pour les aviateurs suisses.

Citons ainsi Joseph Thoret, Clément Bonnard, Marius Lacrouze, François Durafour ou encore René Vidart, tous sont passés par l'École bressane d'aviation et ont suivi les enseignements de Mouthier (bien que certains, à l'instar de Vidart, possédaient déjà un élogieux palmarès sportif dans l'aéronautique).

L'École bressane d'aviation vit au-dessus de ses moyens et rencontre des difficultés financières. Il devient vital de trouver un partenaire afin de les pallier. Le , diverses associations sportives de la région fusionnent : la Société sportive d'Ambérieu-Aviation s’associe avec l'École bressane d’aviation ainsi que la Société aérienne de Lyon-Bron, pour devenir la Société de navigation aérienne de Lyon-Ambérieu, permettant à ces écoles de mettre en commun leurs ressources, qu’il s’agisse des pilotes, appareils ou moyens financiers. Parmi les actionnaires de cette nouvelle structure se trouve Armand Déperdussin, importante figure de l'industrie aéronautique française au début de ce siècle, fondateur de la société SPAD, réputée auprès des connaisseurs pour avoir conçu les appareils SPAD S.VII et SPAD S.XIII.

Le terrain d'aviation d'Ambérieu-en-Bugey, lieu d'expérimentation et d'innovation technique dans l'aéronautique : l'histoire des frères Salvez

La région d'Ambérieu se démarque par la qualité de son enseignement en matière de pilotage, ainsi que pour son savoir-faire dans la fabrication d’avions : la Société de production des aéroplanes Déperdussin, déjà citée, en plus de posséder l'école d'aviation locale, dispose d'un atelier de fabrication duquel sont sortis six appareils en deux années.

À Ambérieu, M. Berthaud, fortement intéressé par l'aéronautique, confie la mise au point d'appareils à deux frères d’origine polonaise, Pierre et Gabriel Wroblewski, respectivement ingénieur et pilote, qui se font appeler Salvez. Les deux frères se lancent ensemble dans la conception d'aéroplanes sur le terrain d'aviation d'Ambérieu-en-Bugey. Leur première réalisation est un monoplan nommé Berthau W, équipé d'un moteur de 70 chevaux. Leur second prototype, équipé d'un moteur Gnôme manquant de puissance, est abandonné au profit d'un autre appareil. Il s'agit d'un monoplan biplace équipé d'un moteur Dansette-Giclet de 150 chevaux de conception belge, mais la particularité de l'appareil réside dans sa structure : il s'agit du premier appareil au monde constitué de tubes métalliques, innovation majeure dans la mesure où l'ossature des avions de cette époque est en bois (caractéristique à ne pas confondre avec le Junker J 1, mis en point en 1915, qui possède aussi bien une structure qu'un revêtement métallique, alors que le prototype des frères Salvez est entoilé).

thumb|Gabriel (aux commandes) et Pierre (en tant que passager) Salvez à bord d'un appareil conçu par leurs soins.

Le travail de conception des frères Salvez atteint son apogée peu avant le début du premier conflit mondial. Pierre et Gabriel travaillent à un nouveau modèle baptisé Berthaud W-4 qu'ils comptent présenter au ministère de la Guerre. Outre les innovations reprises de leurs précédents appareils, celui-ci présente plusieurs particularités suscitant l'intérêt de l'armée : en plus d'être partiellement blindé, le passager est doté d'une mitrailleuse, faisant de cet appareil l'un des premiers avions au monde à être armé.

Les frères Salvez s'illustrent ainsi dans l'ingénierie aéronautique ; l'Histoire retient d'eux un épisode particulier, survenu au cours de l’été 1912. À cette époque, une fois leurs corvées terminées, les enfants des villages alentour passent leurs après-midi à admirer les élèves pilotes s’exercer au terrain d’Ambérieu. L’un d’entre eux a l’habitude de passer ses vacances d’été non loin de là, dans le château de Saint-Maurice-de-Rémens et prend sa bicyclette dès que l’occasion le lui permet, pour se rendre à Ambérieu, se joindre aux enfants regardant les figures aériennes. L’envie de s’élever vers les cieux dans l'une de ces intrigantes machines grandit chaque fois qu’il se rend sur le champ d’aviation, bien que sa mère s'y oppose formellement. Un jour, l’enfant obtient l’autorisation maternelle et embarque avec Gabriel Salvez, qui effectue deux tours de terrain avant de se poser. Antoine de Saint-Exupéry, auteur du Petit Prince et célèbre aviateur vient de vivre son baptême de l'air.

L’époque faste de l’école d’aviation d’Ambérieu se termine de façon tragique : le , les frères Salvez meurent dans un accident du prototype du W-4, qu'ils pilotaient en démonstration pour une commission militaire. Bien que les causes de l’accident ne fassent aucun doute à l'époque (une aile s'est rompue en plein vol, mettant l'aéroplane en perdition), une théorie voudrait que l’appareil ait été l’objet d’un sabotage. Un jeune étudiant allemand logeait en effet à l’époque chez la mère des frères Salvez et a mystérieusement disparu quelques jours avant la déclaration de guerre avec l’Allemagne. Les autorités allemandes avaient connaissance des travaux des frères Salvez, ceux-ci étant présents au salon de l'aviation de 1911. En plus de la disparition des frères Salvez, tous les actifs Déperdussin sont saisis après que M. Déperdussin ait été condamné pour escroquerie, tandis que la présence de Louis Mouthier à Ambérieu se fait de plus en plus rare. Ainsi Ambérieu-Aviation cesse presque toute activité en ce début d’année 1914.

La Première Guerre mondiale

1912 : fondation de l'École d'aviation militaire d'Ambérieu

vignette|Portail de l'école d'aviation militaire d'Ambérieu-en-Bugey. L'hélice dominant le portail est aujourd'hui conservée au musée de la base aérienne 278.

Le (une vingtaine de jours avant la fusion des établissements de Mouthier et de Déperdussin) un arrêté ministériel désigne l'école d'aviation d'Ambérieu comme école militaire du fait de la qualité reconnue des enseignements de Louis Mouthier. La prudente pédagogie du Bressan se traduit par le faible nombre d’accidents graves, nombreux étant les pilotes qui se tuent aux commandes de leurs appareils à cette époque (trente-deux aviateurs morts en 1910 dans le monde).