Le corbeau freux (Corvus frugilegus), parfois simplement appelé « freux », est l’une des quatre espèces européennes du genre Corvus, de la famille des Corvidae. Les corbeaux freux sont des passereaux omnivores qui nichent en colonies.

Le corbeau de grande taille dénommé C. frugilegus frugilegus au bec prononcé et au plumage noir d'un éclat métallique est commun dans une large bande de territoires depuis l'Europe de l'Ouest jusqu'au plateau de l'Altaï. L'habitat de la deuxième sous-espèce, C. frugilegus pastinator, recouvre l'aire orientale de l’espèce et s'étend jusqu'au Pacifique. Elle est un peu plus petite que le freux occidental, et son plumage tire sur le brun-violet.vignette|Le corbeau freux a des plumes ventrales pendant en une longue culotte sur les cuisses, ce qui permet de le différencier de la corneille dont la culotte est peu marquée.|gauche|301x301px

Description Ce passereau mesure de et pèse de pour une envergure de et une longévité de . Le freux possède une robe tout à fait caractéristique, mais on peut cependant confondre les oisillons avec les corneilles (C. corone corone) dont la taille est proche. Le plumage des plus grands freux est d'un noir uniforme, avec un éclat légèrement violet-bleuâtreD'après .. Selon l'éclairage, la crête et la nuque offrent des reflets verts ou violet métallique.

La base du bec du freux adulte est dénudée, légèrement creusée et blanchâtre, alors que chez l'oisillon elle est encore duveteuse. Le bec est pointu, légèrement recourbé vers le bas et plus fin que celui de la corneille. En vol, le freux se distingue nettement de la corneille par ses ailes plus larges et plus fortement articulées. Son vol est gracieux, et les coups d'aile sont plus furtifs que chez C. c. corone. Mâle et femelle sont rigoureusement identiques (pas de dimorphisme sexuel) et vivent en colonies (très) bruyantes ; les oisillons atteignent en l'espace de huit mois leur taille adulte.

Comportement

Le croassement On dit que le freux croaille, croasse ou graille. Au plan du comportement social, le corbeau freux est plutôt loquace et use de nombre de « croassements » différents, qu'il est parfois réellement difficile de distinguer de ceux d'une corneille. Le croassement le plus fréquent est « Kah » ou bien « Krah », avec des intonations assez variables ; il est souvent employé comme rituel de reconnaissance entre partenaires. Dans une situation d’agression, le croassement sera plus long et plus aigu : « krèèèèh ». Au printemps en outre, les croassements les plus longs se mêlent d'un roucoulement adouci (kiou, kiou). Les poussins et les oisillons poussent eux-mêmes des cris forts, leurs grincements sont bien audibles. En grandissant, ils en viennent à articuler une ébauche de ce qui deviendra un croassement : « Rrrah ».

Alimentation et chasse vignette|Corbeau en recherche de nourriture. vignette|Freux saisissant une noix. Comme toutes les espèces de corbeaux (Corvus), le freux est omnivore. Bien qu'il préfère la nourriture carnée aux végétaux, ces derniers représentent les deux tiers de son alimentation. Les lombrics, diverses espèces de cousins, les scarabées à leur différents stades de développement (surtout les chenilles et les larves de taupins) ainsi que les gastéropodes sont ses proies favorites. Mais il ne dédaigne pas les mammifères comme le campagnol des champs (les musaraignes) et le campagnol terrestre, voire occasionnellement, mais à vrai dire rarement, de petits oiseaux et leur couvée. L’hiver il peut se rabattre sur les charognes, mais ne peut s'en contenter, concurrencé qu'il est par la corneille noire. En ce qui concerne les végétaux, il consomme des graines de toutes sortes, où cependant les céréales dominent. Il se nourrit aussi de noix et de glands, à moindre échelle de fruits comme les cerises, les prunes et les baies sauvages. Son rôle dans la dispersion des glands est avérée, à la manière de son cousin éloigné le geai des chênes, connu pour ses facultés de reboisement. L'alimentation des oisillons des corbeaux freux est pour l'essentiel d'origine carnée mais pas exclusivement.

L'oiseau recherche sa nourriture au sol, en marchant ou en sautillant ; son bec pointu est un outil universel, qui lui permet aussi bien de creuser (pour les graines), de briser (les coquilles), de fouiller (le sol), de piquer (limaces et chenilles) que de sonder le sol. Les insectes sont attrapés au vol par de petits sauts. L'oiseau recherche d'abord la nourriture avec ses yeux. Les graines sont cueillies ou déterrées du sol. Parfois le freux consomme des graines de maïs ou de tournesol car elles s'offrent directement sur la plante. Il ne poursuit pas ses proies, ou seulement quelques instants.

Éthologie vignette|Le corbeau freux en vol.

L'activité diurne du corbeau freux commence environ une heure avant le lever du soleil, et finit très tard, si bien que les individus disposent encore de huit heures pour quêter de la nourriture, même au plus profond de l'hiver. Les freux vivent en bandes, forment même parfois d’importantes colonies. Ils dorment en groupe sur un même arbre. Ils ont développé toute une panoplie de comportements sociaux. Au sol, le freux marche lentement ou sautille sans s'arrêter ; dans les airs il pratique un vol élégant, où se mêlent quelques battements d'aile puissants. Au printemps, on peut souvent observer des virevoltes aériennes et des jeux entre individus d'une même colonie, comme des lâchers d'objet et le rattrapage consécutif par un autre individu, ou la poursuite d'une branche à l'autre. Les structures comportementales sont très variées et très différentes entre deux partenaires d'une part, et les comportements d'une même colonie d'autre part. Les partenaires se saluent par une sorte de parade, où ils maintiennent leurs ailes légèrement relevées. Au cours de la parade nuptiale se succèdent la toilette du plumage, les offrandes de nourriture et des duos de chant, où les deux oiseaux se tiennent assis à une certaine distance l'un de l'autre, la queue déployée. Les rôles des jeunes mâles et des femelles semblent ne se différencier qu'au cours de cette parade rituelle, car le comportement de chaque sexe est encore sujet à variation au début de la première parade. Très souvent les choucas (C. monedula), plus rarement la Corneille noire (C. corone) se joignent l’hiver aux colonies de migration des freux.vignette|Histogramme des colonies par taille en Normandie (source : Debout, 2003)

Comme chez la plupart des corvidés, le comportement pionnier est très développé chez Corvus frugilegus. Les comportements associés, souvent observés pour les oiseaux de compagnie (sous forme de récits anecdotiques) passent pour une forme d’intelligence instrumentale : ainsi le zoologue suisse Glutz von Blotzheim signale par exemple le comportement d'un jeune freux qui parvint à reboucher l'un des six trous d'évacuation de sa cage si bien qu'il créa une retenue d'eau pour s'y baigner. Ces tentatives d'exploration ont plutôt lieu pendant les journées chaudes et sèches que l'hiver ou par temps de pluieD’après Handbuch der Vögel Mitteleuropas, vol.13/III, . Certains individus savent jeter des cailloux dans un tube étroit pour faire monter le niveau de l'eau, pour manger de la nourriture qui leur était inaccessibleVidéos montrant des corvidés réussissant divers tests sur le site de Science et Vie Junior. Une étude menée par des chercheurs britanniques en 2009 a mis en évidence, chez des freux qu'on avait amenés au laboratoire, la faculté indiscutable d'utiliser un outillage rudimentaire : pour attraper une friandise à travers un tube en verre, les oiseaux se servaient de petits bâtons, et usaient de bâtons d'autant moins gros que le tube était fin. Ils recourbaient les extrémités de ces bâtonnets de façon à s'en faire des crochets. Mais on n'a jamais encore observé chez les sujets en liberté un comportement qu'on pourrait interpréter comme une instrumentalisation d'objetD'après .

À la différence des corneilles, qu'on a vu briser les coquilles de noix en les faisant tomber d'une grande hauteur, le lâcher d'objets pour les briser n'a pas été observé chez les freux.

Reproduction et couvée vignette|Espèce grégaire, le corbeau freux niche au printemps en colonies appelées corbeautières (ou roquerie), comptant plusieurs dizaines à plusieurs centaines de nids. Le corbeau freux est mûr sexuellement dès la fin de sa deuxième année ; les couples sont monogames persistants. La construction du nid commence au début du mois de mars, à la cime des feuillus en allées ou dans les champs. Les nids sont rapprochés les uns des autres, mais une interdistance d’au moins un mètre est généralement respectée. On trouve aussi parfois, mais exceptionnellement, des nids sous les toits, les ponts ou d’autres édifices et même au sol. Le nid, qui est construit par les deux parents, est un entrelacs compact de frêles brindilles recourbées, dont l’intérieur est couvert de mousse et différents autres matériaux. Le vol de tels matériaux entre couples d’une même colonie ou à l'extérieur de la colonie n'est pas rare. vignette|gauche|Corvus frugilegus , Collection Musée de Toulouse vignette|Le freux adulte est équipé à la base du bec d'une poche jugulaire qu'il emplit de graines ou d'insectes régurgités dans le gosier de sa progéniture ou de sa femelle. La couvée consiste en trois à six œufs (et même parfois jusqu'à neuf), de couleur bleu-vert, insensiblement tachetés de sépia ou de gris. Elle sera couvée par la mère pendant 16 à , tandis que le mâle se charge de la nourriture. Le parasitisme de couvée à l’intérieur de l’espèce intervient occasionnellement, mais on ignore si les parents parasites ont dans ce cas encore une couvée à charge. Le nid est occupé environ un mois. Dans les dix premiers jours, le mâle s’occupe exclusivement de la nourriture, puis les deux parents s’y mettent. Devenus autonomes, les oisillons restent encore quelque temps sous la surveillance de leurs parents, avant de rejoindre une colonie de jeunes et d'occuper un territoire le plus souvent attenant à leur lieu de naissance. C'est au sein des groupes de jeunes oiseaux que les couples se forment un an plus tard. Il n'y a qu’une couvée par an, et ce n'est qu’en cas de perte d'une couvée qu’aura lieu une deuxième, voire exceptionnellement une troisième couvée dans l’année.

Répartition et habitat vignette|gauche|upright=1.2|

Répartition Le corbeau freux prospère des îles Britanniques aux steppes du plateau de l’Altaï en passant par la France et le nord de l’Espagne. Il est absent de Suisse méridionale, d'une grande partie de l’Autriche et de l’Italie. Au nord, on les trouve au Danemark et en Suède méridionale ; au sud-est les côtes de la mer Noire et de la mer Caspienne. Pendant les mois d'hiver, ils gagnent en outre le long des côtes norvégienne jusqu'au cercle arctique, dans une grande partie des Balkans et de la Turquie. Le freux a été acclimaté avec succès en Nouvelle-Zélande, où il bénéficie même depuis des décennies du statut d'espèce protégée, bien que les populations continuent d'y être énergiquement déciméesD'après .

Habitat C. frugilegus fréquente le plus souvent les champs et prairies ouverts, parsemés d'arbres, de bosquets ou de petites forêts. Il est commun dans les régions aménagées pour l'agriculture. Il apprécie particulièrement les espaces verts, qui présentent des caractéristiques communes avec les terres agricoles. Il préfère les régions de plaine et de collines, et évite la montagne. La végétation ne doit pas être trop haute pour qu'il puisse y chercher sa nourriture en sécurité, bien qu'il adapte son comportement lorsque l'herbe a poussé. Il n'est pas farouche vis-à-vis de l’homme, et de nombreuses colonies de freux vivent et se reposent au voisinage immédiat des lotissements, souvent aussi dans les jardins publics des grandes villes, où leurs cris aigus et leurs excréments parsemant les trottoirs et carrosseries de véhicule sont ressentis comme une nuisance.