Tenzin Gyatso (), né Lhamo Dhondup () le à Taktser (Hongya (红崖村) en chinois), dans la province du Qinghai (Amdo), est le dalaï-lama.
Moine bouddhiste de l'école gelugpa, il est intronisé chef temporel et spirituel du Tibet le , un mois après le début de l'intervention de l'armée chinoise au Tibet. En 1959, il s'exile en Inde où il crée le gouvernement tibétain en exil qu'il dirige jusqu'à sa retraite politique en mars 2011, un Premier ministre lui succédant à la faveur d'une démocratisation en exil. Apatride, vivant à Dharamsala depuis plus de 60 ans, il est considéré comme le plus haut chef spirituel du bouddhisme tibétainLe portrait du dalaï lama., et par la plupart des Tibétains comme une émanation de Tchènrézi, le bodhisattva de la compassionDharamsala, le refuge des Tibétains.. Il plaide pour l'indépendance du Tibet jusqu'en 1973, puis selon son approche de la voie médiane, pour une véritable autonomie de l'ensemble du Tibet (Ü-Tsang, Kham et Amdo) à l'intérieur de la Chine.
Il reçoit en 1989 le prix Nobel de la paix pour avoir constamment œuvré à la résolution du conflit sino-tibétain par la non-violence Press release, dalaï-lama, 1989.Christian Couturier a accueilli le dalaï-lama, Les Sorinières, septembre 2008.Violence et non-violence dans la lutte tibétaine. The 14th Dalai Lama The Nobel Peace Prize 1989..
Il est souvent invité par des centres bouddhistes, des institutions ou des personnalités, et effectue de nombreux voyages à travers le monde pour enseigner le bouddhisme tibétain, et diffuser un message de paix et de non-violence.
Biographie Enfance
vignette|redresse|gauche|Fin 1935, le jeune dalaï-lama avec sa mère, son père et son frère ainé Gyalo Thondup à Taktser. vignette|Maison natale du dalaï-lama en 2005 après sa reconstruction : une cour intérieure. vignette|Le dalaï-lama et en 1939. vignette|Des membres de la famille du dalaï-lama : sa mère Gyalyum Chenmo, son père Choekyong Tsering, et leurs jeunes enfants, photographiés en 1947 par Amaury de Riencourt.
Il naît le sous le nom de Lhamo Dhondup, dans une famille paysanne sinophoneEthnie tibétaine tant du côté maternel que paternel, selon les sources tibétaines, chinoises et occidentales (par exemple Sam van Schaik, Tibet: A History, London and New York, Yale University Press, 2011, , : , Elliot Sperling, A Note on the Chi-kyā Tribe and the Two Qi Clans in Amdo, in Les habitants du Toit du monde : études recueillies en hommage à Alexander W. Macdonald, Samten Karmay et Philippe Sagant, Eds. (Nanterre: Société d'ethnologie), 1997, : et Thomas Laird), à l'exception de Nathan W. Hill qui décrit le dalaï-lama comme monguor, Nathan Hill, compte rendu de Sam Van Schaik's Tibet: A History, xxiii, 324 pp., Yale University Press, London and new York, 2011, in Bulletin of the School of Oriental and African Studies, University of London, 75 (1), . : (Pour finir, la remarque selon laquelle « Yonten Gyatso... reste le seul non-Tibétain à avoir exercé la fonction de dalaï-lama » () présente un Monpa (le sixième dalaï-lama) et un Monguor (le dalaï-lama) comme Tibétains alors que ni l'un ni l'autre ne parlait le tibétain comme langue maternelle »); (Nathan Hill, spécialiste de l'Asie et des langues sino-tibétaines, voir http://www.soas.ac.uk/staff/staff46254.php. dans le village de Taktser (Hongya en chinois), dans la province du Qinghai (l'Amdo) Andrew Martin Fischer, "Population Invasion" versus Urban Exclusion in the Tibetan Areas of Western China, Population and Development Review, Volume 34, Issue 4, pages 631–662, December 2008 : ., à l'époque (les années 1930) sous l'autorité d'un des gouverneurs militaires hui de la famille MaPatrick French Tibet, Tibet: A Personal History of a Lost Land, : .la mère du dalaï-lama déclare connaître Ma Bufang depuis l'enfance : Diki Tsering, Dalai Lama, My Son. A Mother’s Story, : : .Alexandra David-Néel, Le vieux Tibet face à la Chine nouvelle, pp. 961-1110 de Grand Tibet et Vaste Chine. Récits et Aventures, Plon, 1999, p. 979 : ..
Lhamo Dhondrub est le enfant de Sonam Tsomo (Diki Tsering) et Choekyong Tsering qui eurent 16 enfants, dont 7 dépassèrent la petite enfance. Il vient après Tsering Dolma, née en 1919, Thubten Jigme Norbu, né en 1922 Alexander F. Remington, Thubten Jigme Norbu; Brother of Dalai Lama Advocated for Tibet, Washington Post, 13 septembre 2008., lequel deviendra le Taktser Rinpoché Thubten Jigme Norbu. Buddhist leader and brother of the Dalai Lama, he plotted with the CIA to free his Tibetan homeland ., Gyalo Thondup, né en 1928, et Lobsang Samten, né en 1933, et avant Jetsun Pema, née en 1940 et Tendzin Choegyal, né en 1946.
L'oncle maternel de son père, Lobsang Tsultrim Jigme Gyatso (1856-1919), est le Taktser Rinpoché du monastère de Kumbum, l'un des réincarnés les plus importants du Tibet oriental ., auquel succédera Thubten Jigme Norbu.
Selon Elliot Sperling, la famille de dalaï-lama fait partie de la tribu Chi-kyā, l'une des « six tribus de Kumbum » habitant la région autour du monastère de Kumbum et étroitement associées au monastère. Les origines des Chi-kyā remontent à un dignitaire mongol répondant au nom de famille Qi et ayant servi, dans les derniers temps de la dynastie Yuan (1271-1368), de fonctionnaire des frontières – en tibétain, nang-so. Les Chi-kyā se divisent entre les Chi-kya nang-so, descendants des seigneurs mongols ultérieurement considérés comme appartenant à l'ethnie Monguor (ou Tu), et les Chi-kya sde-ba, leurs anciens sujets d'ethnie tibétaine. Le groupe des Chi-kya Stag-mthser sde-ba de Taktser dont fait partie la famille paternelle du dalaï-lama, avait adopté le dialecte chinois de Xining comme langue première, à l'instar de nombreux clans tibétains de la région Elliot Sperling, A Note on the Chi-kyā Tribe and the Two Qi Clans in Amdo, in Les habitants du Toit du monde : études recueillies en hommage à Alexander W. Macdonald, Samten Karmay et Philippe Sagant, Eds. (Nanterre: Société d'ethnologie), 1997, : ..
Les sources ne s'accordent pas sur le degré d'aisance de la famille du jeune Lhamo Dhondrub lorsqu'elle vivait à Taktser : famille cultivant orge, sarrasin et pommes de terre et disposant d'une centaine de têtes de bétailDalaï-lama Tenzin Gyatso (1935- ), Encyclopédie Universalis : . ; simple famille paysanne : . ; fermiers et propriétaires terriens prospères liés politiquement au dirigeant et seigneur de la guerre musulman du Qinghai Jamyang Norbu, Untangling a mess of petrified noodles, in Shadow Tibet, 29 juin 2016 : . ; famille de fermiers relativement pauvre mais indépendante : .. Les témoignages des frères aînés ne concordent pas non plus : famille pauvre et qui ne connut quelque aisance qu'au moment où leur premier fils Thubten Jigme Norbu, reconnu comme Taktser Rinpoché (à l’âge de 8 ans) allait être envoyé au monastère de Kumbum (1931) selon ce dernierThubten Jigme Norbu, Colin Turnbull Le Tibet, traduit de l'américain par Francis Ledoux, Stock, 1969, : ; Tibet, chap. A Peasant Childhood, : . ; une des familles les plus prospères du village à partir de 1928 selon leur deuxième fils Gyalo ThondupDans ses mémoires parus en 2015, ce dernier qualifie sa famille de « relativement aisée » : (The Noodle Maker of Kalimpong: The Untold Story of the Dalai Lama and the Secret Struggle for Tibet, by Gyalo Thondup, Anne F. Thurston, PublicAffairs, 2015, 384 p., )..
Reconnaissance comme réincarnation du dalaï-lama À l'âge de deux ans, à la suite des visions du régent Réting Rinpoché au lac de Lhamo-Latso et de la mission menée par Kwetsang Rinpoché, Sonam Wangdu, Khènrab Tènzin et Tsédroung Lobsang dans l'Amdo, Lhamo Dhondrub est reconnu comme la réincarnation du dalaï-lama, Thubten Gyatso. Devant les membres de la mission qui se présentent comme de simples pèlerins au foyer de Taktser, il reconnaît des objets ayant appartenu au dalaï-lama. Selon le témoignage de sa mère et des membres de la missionThubten Jigmé Norbu, , ., le jeune Lhamo Dondup s'adresse à ces derniers dans le dialecte tibétain de Lhassa, la langue de sa précédente incarnation Thomas Laird, The Story of Tibet: Conversations with the Dalai Lama, Grove Press, New York, 2007, ; ..
Le seigneur de la guerre hui Ma Bufang, qui était un ami de la famille de Diki Tsering, la mère du dalaï-lama, aurait personnellement joué un rôle clé dans le choix de ce dernier Naomi Greene, From Fu Manchu to Kung Fu Panda: Images of China in American film, University of Hawai'i Press, Honolulu, 2014, , note 63 : ..
Le jeune garçon quitte le monastère de Kumbum le , est officiellement proclamé dalaï-lama par l'Assemblée nationale le , et arrive à Lhassa le . Il reçoit le nom bouddhiste de Jetsün Jampal Ngawang Lobsang Yéshé Tenzin Gyatso Sisum Wangyur Tsungpa Mepé DéTrulshik Rinpoché, En hommage à Sa Sainteté le Dalaï-Lama. (« Saint Seigneur, Douce Gloire, Compatissant, Défenseur de la Foi, Océan de Sagesse »). Les Tibétains se réfèrent habituellement au dalaï-lama par Yeshe Norbu (« Joyau qui accomplit les souhaits »), Kundun (« la Présence »), ou bien encore Gyalwa Rinpoché. Sa famille est anoblie, comme le veut la coutume A. Tom Grunfeld, The Making of Modern Tibet, An East Gate book, édition 2, M.E. Sharpe, 1996, 352 p. : ..
Le dalaï-lama déclare avoir pris conscience d'être un lama réincarné vers l'âge de 5 ou 6 ans quand, à ce que lui a rapporté sa mère, il insista pour se rendre avec elle au Chensalingka, un bâtiment du Norbulingka construit par le dalaï-lama. Il aurait couru vers un placard en criant : « Mes dents ! Mes dents sont là ! » Les préposés, étonnés, ouvrirent le placard fermé à clé, y découvrant les dents du précédent habitant des lieux : .. Le dalaï-lama déclare toutefois n'avoir aucun souvenir de cet événement : ..
Intronisation au palais du Potala en tant que dalaï-lama vignette|Tenzin Gyatso le .
L'intronisation du jeune dalaï-lama, âgé de quatre ans et demi, a lieu au palais du Potala le lors d'une cérémonie où sont présents Réting Rinpoché, son premier précepteur, et Taktra Rinpoché, son second précepteur. Y assiste Wu Chung-hsin, le président de la Commission des affaires mongoles et tibétaines de la république de Chine. Selon le gouvernement de la république populaire de Chine, ce dernier préside la cérémonie Tibetan Buddhism, 16 juin 2004, Embassy of the People's Republic of China in Switzerland : .. Basil Gould, officier politique du Sikkim, et représentant l'Inde britannique, également présent à la cérémonie, affirma que la version selon laquelle les autorités chinoises avaient joué un rôle dans la sélection et l'installation du jeune dalaï-lama était une inventionDepartment of Information and International Relations, The Panchen Lama Lineage: How Reincarnation is Being Reinvented as a Political Tool, Central Tibetan Administration, 1996, : .. Selon Tsepon W. D. Shakabpa, alors secrétaire laïc du Kashag et futur ministre des Finances du gouvernement tibétain, la présence de Wu Chung-hsin n’avait pas plus d'importance que celle de représentants d’autres pays Robert McCorquodale, Nicholas Orosz, Tibet: Report of the Conference of International Lawyers on Issues, Serindia Publications, Inc., 1994, , .. L'événement est annoncé sur ondes courtes au monde par la Mission britannique à LhassaFanfare of Trumpets Acclaims Reign of New Ruler, by Associated Press, New Delhi, India, The Spokesman Review, Feb. 23 (Friday) 1940 : .. Un décret publié par le gouvernement de la république de Chine entérine l'intronisationLes relations Tibet-Chine au cours du temps Le point de vue de Pékin et des exilés en 2008..
Éducation monastique vignette|Lobsang Samten (à droite) avec le dalaï-lama et ses assistants au palais du Potala.