thumb|upright=0.93|Les fruits du vernis du Japon sont de petites drupes
Le Vernis du Japon ou Arbre à laque (Toxicodendron vernicifluum) est un arbre du genre Toxicodendron (anciennement Rhus) de la famille des Anacardiaceae qui pousse en Asie: en Chine, en Corée et au Japon, ainsi qu’en Mandchourie, dans l’Himalaya, au Népal, Pakistan et Tibet. Il a été introduit au Japon, Tadjikistan et Ouzbékistan.
Il est cultivé et exploité pour sa sève toxique, qui sert à fabriquer un vernis très résistant et brillant, nommé laque. Les collecteurs de laque incisent l’écorce de l’arbre d’où s’écoule un liquide visqueux d’un blanc laiteux, qui au contact de l’air, s’oxyde en marron rougeâtre pour finalement atteindre la teinte du noir de jais. La laque utilisée par les artisans est formée de laque brute, exposée au soleil, brassée et additionnée d’huile de tung (ou de lin).
Dans toute l’Asie du Sud-Est, des artisans l’appliquent sur les meubles et objets d’art en bois, bambou et cuir en de multiples couches fines. Ils produisent ainsi des œuvres artistiques raffinées, tout en les imperméabilisant. Des objets en bois laqué ont été trouvés en Chine et au Japon, datant de plusieurs millénaires avant notre ère.
La résine du tronc contient une forte concentration d’urushiol, une molécule toxique, qui est responsable d’éruption cutanée intensément prurigineuses (démangeant énormément) et potentiellement boursouflée.
Le vernis, les feuilles, les graines et de les fleurs du Vernis du Japon sont utilisés dans les médecines traditionnelles d’Asie orientale depuis les temps anciens.
Étymologie Le nom de genre Toxicodendron est composé de deux noms grecs: τοξικός toxikos, signifiant « poison » et de δένδρον dendron, signifiant « arbre » soit .
L’épithète spécifique vernicifluum est composé de deux étymons, le premier venant de l’italien vernice « vernis » et le second du latin fluo soit en composition . L'italien vernice vient du latin médiéval () veronice, emprunté au grec tardif βερενικη bereniké « vernis ». Le mot bereniké est soit le nom de la reine Bérénice, soit celui de la ville de Cyrénaïque où l’on aurait produit du vernis.
Noms vulgaires thumb|Feuillage d'automne de T vernicifluum
Deux plantes ont été qualifiées de : 1) Toxicodendron vernicifluum et 2) Ailanthus altissima de la famille des Simaroubaceae. Michel Chauvet et al proposent de traiter Toxicodendron vernicifluum (Stokes) F.A. Barkley comme le vrai vernis du Japon et Ailanthus altissima,comme le faux vernis du Japon ou Vernis de Chine.
De même, plusieurs plantes ont été qualifiées de : Butia capitata, un palmier de la famille des Arecaceae Toxicodendron vernicifluum, le vernis du japon, de la famille des Anacardiaceae. Personne n’a essayé de lever cette homonymie.
Le nom vernaculaire d’ est un calque sémantique du nom chinois qīshù 漆树 (morph. laque-arbre).
Histoire de la nomenclature Après la découverte de la Chine en 1513 par le navigateur portugais Jorge Álvares, les Européens s’aperçurent rapidement qu’ils n’avaient aucune possibilité pour circuler librement sur le territoire de l’empire chinois. La description de la flore chinoise par des botanistes ne put véritablement se faire qu’après le Traité de Tien-Tsin (1858) qui autorisait les étrangers à voyager dans les régions intérieures de la Chine.
Si bien que nombre de plantes chinoises, éventuellement importées au Japon, furent d’abord décrites par le médecin botaniste Engelbert Kaempfer qui put séjourner sur l’île de Dejima à proximité de Nagasaki en 1690-1692. Il publia en 1712, Amoenitates Exoticae, un compte-rendu de ses observations faites au Japon.
D’après une recherche japonaise . Mais l’époque de l’introduction est incertaine; elle pourrait être très ancienne et remonter à l’époque préhistorique.
En 1812, le médecin et botaniste britannique Jonathan Stokes décrit l’espèce sous le nom de Rhus verniciflua dans A Botanical Materia Medica 2: 164. Il fonda sa description sur un spécimen récolté au Japon par Engelbert Kaempfer (1651-1716) et conservé à son époque au British Museum.
En 1940, le botaniste américain Barkley transfère l’espèce dans le genre Toxidendron, sous le nom de Toxicodendron vernicifluum (Stokes) F.A. Barkley, dans American Midland Naturalist 24:3 p. 680.
Synonymes D’après The Plant List, les synonymes sont Rhus succedanea var. himalaica Hook. f. Rhus succedanea var. silvestrii Pamp. Rhus verniciflua Stokes
Description Le Toxicodendron vernicifluum est un arbre à feuille caduque pouvant atteindre de haut.
Les feuilles imparipennées de , portent de 9 à opposées, des pétiolules pubescents, chaque foliole avec un limbe ovale à ovale-elliptique de , membraneux à papyracé, à bord entier, dessous pubescent jaune, et apex aigu ou acuminé.
L’inflorescence est une panicule (grappe de grappe), de , jaune grisâtre finement pubescente et des pédicelle de . Les fleurs sont fonctionnellement unisexuelles ou bisexuelles, 5-mères. Les lobes du calice sont ovales, d’environ . Les pétales vert jaunâtre, oblongs, env. . L’ovaire globuleux porte 3 styles.
L’infrutescence pendante porte des drupes symétriques, de , à épicarpe mince et un mésocarpe épais et cireux.
La floraison a lieu en mai-juin et la fructification en juillet-octobre.
La sève contient des composés allergisants comme l'urushiol, qui tire son nom du nom japonais de cette espèce urushi (漆). Son simple contact peut provoquer d'importantes démangeaisons. Au cours du processus de séchage, l’urushiol forme une structure hautement polymérisée avec de l'oxygène et une enzyme d'oxydation, la laccase. Les films de laque complètement séchés possèdent des propriétés physiques utiles telles que la durabilité, la résistance thermique, la résistance chimique, la résistance à l'humidité, les propriétés isolantes et la capacité de produire des brillants élevés et de repousser les insectes (Yu et al, 2021).
Distribution et habitat thumb|Distribution de Toxicodendron vernicifluum (d'après POWO) L’espèce Toxicodendron vernicifluum est indigène en Chine (provinces de : Anhui, Fujian, Gansu, Guangdong, Guangxi, Guizhou, Hebei, Henan, Hubei, Hunan, Jiangsu, Jiangxi, Liaoning, Shaanxi, Shandong, Shanxi, Sichuan, Xizang, Yunnan, Zhejiang).
Elle pousse dans les forêts de collines et de montagnes entre 800 et . Elle est largement répandue dans les zones montagneuses entre et de latitude nord, des monts Qinba (秦巴山地 monts Qinling et Daba, cours supérieur de la rivière Han) et le plateau Yunnan-Guizhou. La production de laque brute se fait principalement dans le Yunnan, Sichuan, et Guizhou alors que le Fujian est réputé pour la fabrication d’objets laqués. Selon les données météorologiques de plus de 20 xian producteurs de laque du Sichuan, la température moyenne annuelle de la zone est de , les précipitations annuelles sont de et l’humidité relative de .
Elle croît aussi en Corée, Japon et Inde.
Toutefois les botanistes des Jardins de Kew considèrent qu’elle est indigène en Chine, Himalaya, Corée, Mandchourie, Népal, Pakistan, Tibet, et qu’elle a été introduite au Japon, Tadjikistan et Ouzbékistan (voir carte).
Toxicité La résine du tronc contient une forte concentration d’urushiol, une molécule toxique. L’urushiol est un mélange de plusieurs dérivés du catéchol (ou pyrocatéchol).
Le contact avec la peau de la résine peut provoquer chez les individus préalablement sensibilisés des dermatites de contact allergiques aigües pouvant être sévères. L'urushiol est responsable d’éruptions cutanées intensément prurigineuses (démangeant énormément) et potentiellement boursouflées qui peuvent persister pendant des semaines quel que soit le traitement. Et chaque exposition supplémentaire à l'urushiol peut provoquer des réactions cutanées de plus en plus graves. Les traitements actuellement disponibles pour la dermatite de contact à toxicodendron ne sont pas satisfaisants, n'atténuent souvent que légèrement les symptômes tandis que la maladie s'estompe lentement d'elle-même.
Utilisations L’arbre à laque fournit du bois d’œuvre, de la laque brute et des fruits dont on extrait une huile et de la cire. Le fruit de l’arbre à laque est une drupe (comme la cerise et la mangue) formée de trois couches : l’épicarpe (la peau extérieure) est membraneux le mésocarpe (la chair) est une couche cireuse jaune clair ou gris-vert, dont on peut extraire la (qīlà 漆蜡) le noyau contenant la graine (ou amande), dont on peut extraire l' (qīzǐ yóu 漆籽油)
La cire de laque et l'huile de laque sont toutes deux des corps gras, mais leur composition chimique est assez différente. Les principaux acides gras de la cire de laque sont l'acide palmitique et l'acide oléique, tandis que le principal acide gras de l'huile de laque est l'acide linoléique, avec une fraction massique de plus de 60 %.
Un mu (soit 1/15 d’hectare) d’arbres à laque fournit en moyenne par an de laque brute et de fruits. Lesquels peuvent produire de cire de laque, d’huile de laque et de farine de tourteau de graines. Histoire de la culture de la laque
En 1978, les archéologues ont trouvé en Chine un bol en bois laqué vermillon datant du millénaire avant l’ère commune. Il appartient à la culture de Hemudu (vers ) située près de l’embouchure du Yangzi. En tout, une vingtaine d’objets laqués ont été découverts sur ce site. La laque apparait au Japon sensiblement à la même époque, à la première moitié du Jōmon archaïque, entre -4000 et -3000. La périodisation de l'époque Jōmon peut varier selon les auteurs. Ainsi dans cet ouvrage la période "Jōmon archaïque" est située dans la période -4000 — -3000. Ce qui correspond, ailleurs, à la période récente du Jōmon Ancien (Jean-Paul Demoule (dir), 2009, p. 19 et Francine Hérail (dir.), 2010, p. 18-19)..
thumb|upright=0.55|Figurine laquée
En Chine, la culture des arbres à laque a commencé à l’époque des Printemps et Automnes (de -771 à -453) et s’est renforcée sous les Han occidentaux (de -206 à +9) où de grandes surfaces ont été plantées. Depuis les années 1970, de vastes étendues de forêts d’arbres à laque et de forêts mixtes (d’arbres à laque et de pins) ont été ensemencées par avion dans le sud-est du Sichuan.
L’art de la laque s'est développée ensuite dans toute l'Asie du Sud-Est. Appliquée sur des objets en bois, bambou ou cuir, elle les protège en les imperméabilisant et permet de faire des œuvres artistiques raffinées.
L’application de la laque cuite (élaborée avec de l'huile de tung) sur les surfaces en bois se fait en superposant de multiples couches très fines. Les premières couches sont très adhésives, renforcent la résistance aux chocs et protègent le support de l’humidité. Puis entre les couches successives suivantes, il faut laisser sécher, poncer et polir. Il faut environ un mois pour laquer un meuble.
Récolte de la laque Si on se reporte aux écrits des missionnaires en Chine du début du , la récolte de la sève de l’arbre à laque se faisait ainsi:
thumb|Le incise le tronc. À gauche: la laque coule dans une coquille (Chine) De nos jours, la technique de récolte de la laque (appelée gēqī 割漆 « couper [l’arbre à] laque » en chinois) rappelle la technique de gemmage du pin des Landes. La meilleure période de récolte de la laque est de juin à septembre. Elle se fait dans des forêts naturelles ou des plantations. Elle consiste à pratiquer deux incisions obliques en forme de V dans l’écorce jusqu’au niveau du tissu conducteur de la sève (ou phloème) et d’insérer en dessous une coupelle (souvent une coquille d’anodonte chinois de la taille d’une coquille Saint-Jacques, voir photos). Les collecteurs de laque reviennent plus tard récupérer dans un long tube de bambou, les quelques gouttes écoulées dans chaque coquille. Ils verseront ensuite ce récipient dans un tonneau en bois scellé avec du papier huilé pour le stockage.