est une espèce fossile de primates appartenant à la famille des hominidés, qui est considérée par la majeure partie de la communauté scientifique comme un hominine. Le premier spécimen fossile, surnommé « Toumaï » (répertorié sous le code TM 266-01-060-01) et dont l'âge est estimé à environ 7 millions d'années, a été découvert au Tchad par l'équipe de Michel Brunet en .
Il s'agirait de l'une des premières espèces de la lignée humaine, très proche selon Michel Brunet de la divergence chimpanzés-hominines. Cette découverte a contribué à la remise en question de lEast Side Story, une théorie popularisée par Yves Coppens à partir de 1982, selon laquelle l'émergence de la lignée humaine aurait eu lieu à l'est de la vallée du Grand Rift africain, en relation avec l'assèchement du climat et l'extension des savanes.
Étymologie
La dénomination générique Sahelanthropus est formée à partir de Sahel, région de la découverte, et de anthropos qui veut dire Homme en grec ; elle signifie donc littéralement « homme du Sahel ». La dénomination spécifique tchadensis fait référence au Tchad, pays dans lequel fut trouvé cet hominineBrunet M., Guy F., Pilbeam D., Mackaye H. T., Likius A., Djimdoumalbaye A., Beauvilain A., Blondel C., Bocherens H., Boisserie J.-R., de Bonis L., Coppens Y., Dejax J., Denys C., Duringer P., Eisenmann V., Fanone G., Fronty P., Geraads D., Lehmann T., Lihoreau F., Louchart A., Mahamat A., Merceron G., Mouchelin G., Otero O., Pelaez Campomanes P., Ponce De Leon M., Rage J.-C., Sapanet M., Schuster M., Sudre J., Tassy P., Valentin X., Vignaud P., Viriot L., Zazzo A. et Zollikofer C. P. E., 2002. A new hominid from the Upper Miocene of Chad, Central Africa. Nature, 418 (6894), 145-151..
Toumaï est le surnom donné au premier spécimen découvert, un crâne sub-complet, deux fragments de mâchoire inférieure et trois dents isolées.. Il a fréquemment valeur de dénomination vernaculaire pour l’espèce Sahelanthropus tchadensis. Toumaï signifie « espoir de vie » en langue goranBrunet M., Guy F., Boisserie J.-R., Djimdoumalbaye A., Lehmann T., Lihoreau F., Louchart A., Schuster M., Tafforeau P., Likius A., Mackaye H. T., Blondel C., Bocherens H., De Bonis L., Coppens Y., Denis C., Duringer P., Eisenmann V., Flisch A., Geraads D., Lopez-Martinez N., Otero O., Pelaez Campomanes P., Pilbeam D., Ponce de León M., Vignaud P., Viriot L., Zollikofer C. P. E., 2004. Toumaï, Miocène supérieur du Tchad, le nouveau doyen du rameau humain. C.R. Palevol, 3 (2004): 275-283.. Ce nom a été donné par le président de la république du Tchad Idriss Déby, pas uniquement parce qu'il désigne dans cette langue des enfants nés juste avant la saison sèche et qui ont, de ce fait, des chances de survie assez limitées, mais aussi pour célébrer la mémoire d'un de ses camarades de combat, vivant dans le nord du pays où le fossile a été découvertLe crâne découvert au Tchad porte le nom d'un camarade du président tchadien mort au combat Dépêche Associated Press, Denver, 11 juillet 2002.N'Djaména, Conférence du 10 juillet 2002, à 1h 0' 30".
Découverte
vignette|upright|left|Michel Brunet
vignette|Lieu de découverte dans le désert du Djourab, au Tchad.
vignette|upright=1.2|Emplacement du site de Toros-Menalla (TM 266), qui a livré la plupart des vestiges de Sahelantropus tchadensis. La zone en bleu transparent limitée par des tirets correspond à l'extension maximale supposée du paléo-lac Tchad durant l'Holocène.
La découverte de Sahelanthropus tchadensis est le fruit d’une recherche de plusieurs années menée par Michel Brunet, paléoanthropologue, professeur à l’université de Poitiers, puis professeur au Collège de FranceMichel Brunet au Collège de France, site du CNRS.. Dès les années 1980, il explore l’Afrique centrale et notamment le Cameroun à la recherche de couches sédimentaires anciennes, afin de tester scientifiquement la théorie de l'« East Side Story ». Cette théorie, popularisée par Yves Coppens à partir de 1982, mettait en relation l’apparition des premiers hominines en Afrique de l'Est avec un assèchement climatique et des changements environnementaux consécutifs à la formation de la vallée du Grand Rift.
Le Centre national d’appui à la recherche (CNAR) du ministère de l’Enseignement supérieur de la république du Tchad l’invite pour une conférence en 1992 et lui propose de participer à des missions de terrain. Sa première mission au Tchad aura lieu en .
Le Beauvilain A. La mise au jour d’Abel., lors de sa seconde mission, Mamelbaye Tomalta, un chauffeur de la Direction des Mines, découvre dans le secteur de Koro-Toro, en plein désert du Djourab, au nord du Tchad, un reste d'hominine. Il s'agit d'un fragment de mandibule ayant appartenu à un individu qui sera surnommé Abel et qui conduira à la définition de l'espèce Australopithecus bahrelghazaliBrunet, M., Beauvilain, A., Coppens, Y., Heintz, É., Moutaye, A.H.E et Pilbeam, D. (1996) - Australopithecus bahrelghazali, une nouvelle espèce d'Hominidé ancien de la région de Koro Toro (Tchad), Comptes rendus des séances de l'Académie des Sciences, vol. 322, pp. 907-913.. La Mission paléoanthropologique franco-tchadienne (MPFT), une collaboration scientifique entre l'université de Poitiers, le CNAR et l'université de N'Djaména, naît de cette découverte. Des prospections et fouilles systématiques se développent et permettent la découverte en 1997 du secteur fossilifère de Toros-Menalla, plus de à l'ouest de Koro-Toro. Sur le découvert dans ce secteur, une équipe de quatre hommes en service au CNAR – composée d'Alain Beauvilain, géographe docteur d’État, Fanoné Gongdibé, ingénieur détaché du ministère des Mines, Ahounta Djimdoumalbaye, licencié en sciences naturelles, vacataire au CNAR, et Mahamat Adoum, non diplômé, employé au CNAR – met au jour le Beauvilain A. La mise au jour de Toumaï.. le crâne de Sahelanthropus tchadensis qui sera surnommé Toumaï.
Fossiles découverts À ce jour, l'hypodigme de Sahelanthropus tchadensis, c'est-à-dire l'ensemble des fossiles attribués à cette espèce, se limite à neuf restes crâniens et un reste post-crânien correspondant au minimum à six individus. Ces restes proviennent de trois sites, TM 266, TM 247 et TM 292, situés à quelques kilomètres les uns des autres dans le secteur de Toros-Menalla. Le reste post-crânien est un fémur gauche d'hominidé, parfaitement identifiable, trouvé par Beauvilain le à côté du crâne. Des nomades, auteurs d'une vraisemblable inhumation du crâne, avaient disposé ce fémur en position d'humérus. Tous ces fossiles étaient contenus dans la même couche sédimentaire : l’unité à anthracothères (Anthracotheriid Unit : AU).
Ces fossiles, découverts entre et , sontBrunet M., Guy F., Pilbeam D., Lieberman D. E., Likius A., Mackaye H. T., Ponce de Leon M. S., Zollikofer C. P. E. et Vignaud P., 2005. New material of the earliest hominid from the Upper Miocene of Chad. Nature, 434 (7034): 752-755. : un crâne sub-complet, holotype de l’espèce référencé sous le code TM 266-01-060-1, qui présente une déformation (compression supéro-inférieure et écrasement du côté gauche associés à des fissures et déformations plastiques). Il s’agit du premier reste découvert le par Ahounta Djimdoumalbaye. Ce crâne est surnommé Toumaï ; quatre mandibules partielles ou fragmentaires dont deux publiées en 2002 dans la première publication de l’espèce (TM 266-01-060-2 : fragment de symphyse avec alvéoles de canine et d’incisive, TM 266-02-154-1 : fragment droit avec une P3 fragmentaire, et la suite P4-M3 (cette dernière, trouvée isolément, a été préparée puis colléeBeauvilain A. Toumaï montre ses dents) et deux publiées en 2005 (TM 292-02-01 : mandibule partielle dont il manque les parties postérieures aux P2, TM 247-01-02 : fragment de corps mandibulaire droit portant la suite P3-M3) ; quatre dents isolées (TM 266-01-447 : bourgeon de M3 supérieure droite, TM 266-01-448 : I1 supérieure droite, TM 266-02-154-2 : canine inférieure droite, publiées en 2002 et une P3 supérieure droite, TM 266-01-462, publiée en 2005) ; une diaphyse de fémur gauche (TM 266-01-063).
S'il est ainsi possible de reconstituer la tête, il est difficile d'avoir une idée précise du reste du corps.
Polémique autour du fémur de Toumaï Quinze ans après la découverte du fossile, l’anthropologue Roberto Macchiarelli, professeur à l’Université de Poitiers et au Muséum d’Histoire naturelle de Paris, suspecte Michel Brunet et son laboratoire de Poitiers de bloquer des informations relatives à un fémur, potentiellement de primate, retrouvé à proximité du crâne., mais que le laboratoire aurait tardé à identifier comme tel, cet os pouvant remettre en cause la bipédie de Toumaï......
Caractéristiques morphologiques Caractères diagnosiques de Sahelanthropus tchadensis Les caractères diagnosiques du genre et de l’espèce sont les suivantsZollikofer C. P. E., Ponce de Leon M. S., Lieberman D. E., Guy F., Pilbeam D., Likius A., Mackaye H. T., Vignaud P. et Brunet M., 2005. Virtual reconstruction of Sahelanthropus tchadensis. Nature, 434 (7034): 755-759..
Crâne upright=1.75|thumb|Moulage du crâne holotype non-reconstruit de Sahelanthropus tchadensis TM 266-01-060-1, surnommé Toumaï (orientation approximative selon le plan de Francfort horizontal). Taille : 182,5 × 105 × A : vue antérieure B : vue postérieure C : vue latérale droite D : vue latérale gauche E : vue supérieure F : vue inférieure
En vue antérieure face haute. épais bourrelet supra-orbitaire ( avant reconstruction, après), continu (apomorphie supposée). large pilier inter-orbitaire. pas de fosse canine entre I2 et C (apomorphie). partie supérieure de la face large par rapport à la partie inférieure qui est étroite dans le plan frontal et courte antéro-postérieurement (apomorphie). légère dépression de l’écaille frontale sans former de trigône comme chez Paranthropus.
En vue latérale écaille de l’os frontal plate en vue latérale. pas de sulcus (gouttière ou dépression allongée) derrière le bourrelet supra-orbitaire, à la différence des grands singes. trou auditif externe de forme ronde. crête temporo-nucale composée marquée (importante musculature de la nuque, caractère plésiomorphe). prognathisme sub-nasal faible (de l’os maxillaire, en dessous du nez), face relativement droite, orthognathe (apomorphie). petite crête sagittale située postérieurement. plan nucal subhorizontal, relativement plat et relativement long (apomorphie) avec une grande crête occipitale externe.
En vue supérieure boite crânienne allongée. constriction post-orbitaire marquée.
En vue postérieure processus mastoïdes développés, toujours en relation avec l’importante musculature de la nuque.
En vue inférieure trou occipital (foramen magnum) en position relativement avancée, compatible avec une locomotion bipède (apomorphie). forme du trou occipital certainement allongée antéro-postérieurement comme chez les représentants de la lignée humaine (bipèdes) et non-circulaire comme chez les grands singes (l’état de conservation de cette zone ne permet pas d’être absolument affirmatif). petits condyles occipitaux. cavité glénoïde de l'os temporal profonde avec un grand processus post-glénoïde (articulation temporo-mandibulaire puissante).
La capacité crânienne, estimée à partir d’une reconstruction virtuelle, est comprise entre 360 et , donc dans la variabilité de celle des chimpanzés.
Mandibule arcade dentaire upsiloïde (en forme de U, plésiomorphie), étroite et relativement petite (apomorphie). corps mandibulaire robuste et court supéro-inférieurement. large sulcus (sillon, dépression allongée) extra-molaire (à l’extérieur des molaires). symphyse relativement verticale avec un faible torus transverse (apomorphie).
Dents
incisives relativement petites (apomorphie). incisives latérales supérieures situées de part et d’autre du bord latéral de l’ouverture nasale, comme chez les chimpanzés (plésiomorphie).