Uruk, ou Ourouk (prononcé : ) est une ville de l'ancienne Mésopotamie, dans le sud de l'Irak. Le site est aujourd'hui appelé Warka, terme dérivé de son nom antique Uruk, qui vient de l'akkadien, lui-même issu du nom sumérien ou pré-sumérien Unug, et qui a aussi donné l'hébreu Erekh dans la Bible. Le site d'Uruk fut occupé à partir de la période d'Obeïd (v. 5000 av. J.-C.), et ce jusqu'au de notre ère. Cette ville joua un rôle très important sur les plans religieux et politique pendant quatre millénaires.

Uruk est l'une des agglomérations majeures de la civilisation mésopotamienne. Elle passe pour être la plus ancienne agglomération à avoir atteint le stade urbain dans la seconde moitié du , pendant la période à laquelle elle a donné son nom (période d'Uruk), et c'est vraisemblablement là que l'écriture a été mise au point au même moment. Elle est ensuite un important centre politique et surtout religieux, grâce au rayonnement de ses deux divinités tutélaires, le dieu du Ciel, Anu, et surtout la déesse Inanna/Ishtar, dont le grand temple, l'Eanna, est le pôle majeur de la cité. Dans la tradition mésopotamienne, Uruk doit également une partie de son prestige aux rois semi-légendaires qui sont supposés y avoir régné, dont le plus connu est Gilgamesh. Sans jouer un rôle politique notable durant les deux derniers millénaires avant notre ère, Uruk resta un centre religieux et culturel majeur. Le regain d'activité que la ville connaît durant la seconde moitié du , en particulier à l'époque hellénistique, en fait un des derniers lieux où se conserve l'antique tradition mésopotamienne, avec sa littérature et ses textes religieux et astronomiques, rédigés en écriture cunéiforme.

Uruk est donc un site capital pour la reconstruction de la longue histoire de la Mésopotamie. De nombreuses campagnes de fouilles y furent menées, dégageant notamment les diverses périodes du complexe monumental de l'Eanna et ses nombreux changements, et d'autres édifices de différentes périodes. Les milliers de tablettes inscrites exhumées sur ce site sont également d'une grande importance, attestant l'histoire économique, sociale, religieuse et intellectuelle du site sur plusieurs millénaires.

Fouilles thumb|left|Plan général du site d'Uruk/Warka.

Le site d'Uruk a été localisé au milieu du , grâce à ses ruines restées imposantes malgré le sable les recouvrant, par le géologue anglais William Kennett Loftus, qui entreprend les premières fouilles en 1849 et en 1853. Walter Andrae y effectue quelques prospections en 1902. À partir de 1912, les fouilles du site sont réalisées sous la responsabilité de la Deutsche Orient-Gesellschaft (DOG, « Société orientale allemande »), société scientifique allemande fondée en 1898 à Berlin, à la suite de l'intérêt manifesté à la fin du pour les nouvelles découvertes concernant les « pays de la Bible ». La première campagne, jusqu'en 1913, dirigée par Julius Jordan et Conrad Preusser, se concentre surtout sur le secteur de l'Eanna, tout en explorant les restes des murailles qui ceignaient la cité ; .

Jordan revint à Warka en 1928, toujours pour le compte de la DOG, associée à la Notgemeinschaft der Deutschen Wissenschaft (NG, « Association d'urgence de la science allemande »). Il y reste une dizaine d'années, avant de laisser sa place à Arnold Nöldeke, puis Ernst Heinrich jusqu'en 1941. Les vestiges des époques récentes sont délaissés, pour explorer les niveaux anciens de l'Eanna. Les archéologues effectuent un sondage du sol en 1931, pour bien se rendre compte des différentes époques de la cité, et reconstituent le plan général de celle-ci. Ils dégagent les deux secteurs des temples principaux, l'Eanna et le Bīt Resh, et y trouvent de nombreuses tablettes d'argile datant de différentes époques depuis les débuts de l'écriture jusqu'à la fin de la civilisation mésopotamienne, les premières étant publiées par l'épigraphiste Adam Falkenstein. Interrompues en 1941, les fouilles d'Uruk sont poursuivies par différentes équipes sous l'égide de l'Institut allemand d'archéologie, dirigées successivement par Heinrich Jacob Lenzen, Jürgen Schmidt et depuis 1980 Rainer Michael Boehmer. De 1982 à 1984, un sondage est réalisé sur toute la surface du site. Les recherches sur place cessent en 1989 et reprirent épisodiquement jusqu'en 2001, quand M. van Ess prend la direction de l'équipe de fouilles. Quarante-et-une campagnes avaient alors été menées sur le site d'Uruk. Les fouilles ont repris en 2015, et sont notamment marquées par la découverte en 2022 d'un bateau daté d'environ 2000 av. J.-C., dans un état de conservation remarquablehttps://publications.dainst.org/journals/efb/article/download/3980/7665/11446.

Les résultats des fouilles d'Uruk, dont les tablettes exhumées sur le site sont encore publiés dans deux séries successives : Ausgrabungen der Deutschen Forschungsgemeinschaft in Uruk (ADFU), 17 vol., 1912-1985 ; Ausgrabungen in Uruk-Warka, Endberichte (AUWE), 24 vol., 1987- (série toujours en cours de publication).

La période d'Uruk : la « première ville » (v. 3600-3000/2900 av. J.-C.)

thumb|Les principaux sites archéologiques de la période d'Uruk et le rayonnement du Sud mésopotamien sur les régions voisines.

Le choix d'Uruk comme site éponyme de cette période est peu contestable comparé à d'autres périodes, du fait de l'importance que la cité a manifestement à cette période, et surtout pour l'historiographie de celle-ci, en raison de l'importance des découvertes architecturales et épigraphiques qui ont révélé son caractère « révolutionnaire ». La ville couvrait dans les au début du , elle atteint les au début de l'Uruk final, puis à l'extrême fin de la période vers 3000. C'est pour cette période, et de loin, la plus grande agglomération connue de Basse Mésopotamie, et il n'y a aucun site de taille notable dans ses environs, révélant un cas de « macrocéphalie urbaine ». On a identifié sur ce site les caractéristiques majeures de la période d'Uruk. D'abord le début de l'urbanisation, qui se marque par la taille croissante de l'agglomération, les traits d'une société de plus en plus hiérarchisée, la présence d'une architecture monumentale montrant l'existence d'un pouvoir fort, qui atteint le stade de l'État. Cependant aucun quartier d'habitation n'a été mis au jour : on ne sait rien du cadre quotidien des habitants de celle qui passe parfois pour être la « première ville ». L'art de cette période apparaît dans les objets exhumés à Uruk, notamment les sceaux-cylindres, qui sont une innovation de cette période, et représentent alors beaucoup de thèmes religieux, ainsi que la vie quotidienne. C'est enfin sur ce site (avec celui de Suse) que sont représentés le plus clairement les progrès dans la comptabilité accomplis à cette période, et surtout les débuts de l'écriture, une autre des inventions majeures de la période d'Uruk. Le rayonnement de la cité au-delà des limites de la Basse Mésopotamie indique que la culture « urukéenne » exerce un rayonnement fort dans plusieurs régions du Moyen-Orient dans les derniers siècles du , mais il est impossible de le faire correspondre à un éventuel « proto-empire » centré sur cette villeSur la période d'Uruk : G. Algaze, The Uruk World System: The Dynamics of Early Mesopotamian Civilization, Chicago, 1993 ; Liverani, Uruk, la prima città, Rome et Bari, 1998 ; S. Rothman (dir.), Uruk Mesopotamia and its Neighbours: Cross-cultural Interactions in the Era of State Formation, Santa Fe, 2001 ; P. Butterlin, Les temps proto-urbains de Mésopotamie : Contacts et acculturation à l'époque d'Uruk au Moyen-Orient, Paris, 2003.

Chronologie Les divers sondages effectués à Warka et l'analyse des céramiques qui en ont été extraites révèlent que le site est occupé à partir de la fin de la période d'Obeïd, vers la fin du , qui correspond aux niveaux archéologiques d'Uruk XVIII à XIII (de 4200 à 3900 approximativement). Deux édifices (des temples ?) de cette époque ont été repérés dans le secteur d'Anu, recouverts par la suite par le Steingebaüde (bâtiment de pierre) J. Schmidt, « Zwei Tempel der Obed-Zeit in Uruk », dans Baghdader Mitteilungen 7, 1974, . La période suivante, à laquelle la ville a donné son nom, la Période d'Uruk, couvre les niveaux XII à IV, plus le III pour la période dite de Djemdet Nasr qui est proche de celle d'Uruk. La chronologie de ces niveaux, qui couvrent en gros le , est très approximative et débattue. Il est très complexe de dater les niveaux archéologiques (chronologie absolue), et de les faire correspondre à ceux des autres sites de la Mésopotamie et des régions voisines (chronologie relative). D. Surenhagen a distingué plusieurs phases D. Surenhagen, « Archaische Keramik aus Uruk-Warka. I : Die Keramik der Schichten XVI-VI aus den Sondagen "Tiefschnitt" und "Sägegraben" in Eanna », dans Baghdader Mitteilungen 17, 1986, . Ainsi se dégageraient plusieurs périodes marquées par des changements, dont l'interprétation sociale, politique et encore plus ethnique est très complexe si ce n'est impossible à faire en l'état actuel de la documentation. Ce sont les traces architecturales qui permettent finalement de mieux connaître Uruk durant la période à laquelle elle a donné son nom : les premières périodes, celles de l'Obeid final, correspondant à une phase formatrice de la période d'Uruk, voient l'introduction de nouveaux types de céramiques (grise et rouge), ce qui reflète peut-être l'arrivée de nouvelles populations, mais d'autres explications sont possibles ; la phase suivante, l'Uruk ancien (niveaux XII à IX, à situer dans la première moitié du ) est celle durant laquelle se constituent les types de céramiques caractéristiques de la période d'Uruk : d'abord les premières poteries réalisées au tour, non peintes, de couleur grise ou à engobe rouge, puis les écuelles à bords biseautés (beveled-rim bowls) réalisées en série à la main ; le début de la phase d'Uruk moyen (niveaux VIII à VI) est marqué par une multiplication des formes de céramiques, des décors, qui traduisent manifestement de nouvelles mutations ; le matériel céramique connaît à nouveau une série de changements au début de la période d'Uruk récent (niveaux V à IV, v. 3500/3400-3200/3100), marquée par l'érection des bâtiments les plus monumentaux qui refléteraient l'apogée de la richesse de la cité au ; le dernier niveau correspond à la période de Djemdet Nasr (niveau III, v. 3200/3100-3000/2900), une dernière phase de changements monumentaux tout aussi complexes à interpréter que les précédents ; en Mésopotamie, cette époque correspond à un retrait de l'influence de la civilisation d'Uruk et à l'émergence de cultures régionalesSur les problèmes de chronologie, voir les discussions dans P. Butterlin, Les temps proto-urbains de Mésopotamie : Contacts et acculturation à l'époque d'Uruk au Moyen-Orient, Paris, 2003, et 295-297.

Les monuments de la période d'Uruk final