Jean Falba ( - ) est un officier français des troupes de la Marine pendant la période de la Révolution française, du Premier Empire et de la Restauration. Engagé en 1791 comme simple volontaire, il a obtenu sa retraite en 1829, après 38 ans de service et avec le grade de maréchal de camp (équivalent de général de brigade).
Éléments biographiques Ses origines familiales Jean Falba est né à Mont-de-Marsan le ; si aujourd'hui c'est dans le département des Landes, à l'époque c'était dans la généralité de Bordeaux (Mont était le chef-lieu de subdélégation du pays de Marsan) et dans le gouvernement de Gascogne.
D'après l'état de services qu'il a fait publier, il est Jean Falba, Extrait de l'état des services et autres pièces authentiques de J. Falba, Versailles, imprimerie de Klefer, 1845.
D'après ses états de services conservés dans les papiers du ministère de la Marine, il est le fils de Dominique Falba, marchand, et de Françoise Ducéré ; il s’est marié en premières noces avec Marie Lesbazeilles, et en secondes avec Marie Josèphe Thomas.
1791-1798, service aux Antilles puis à bord des vaisseaux Jean Falba est entré au service comme volontaire au régiment des dragons (une unité de cavalerie) le . Il rejoint alors Port-de-Paix (aujourd’hui au nord d’Haïti) sur l’île de Saint-Domingue, en pleine révolte des esclaves. D’après ses états de services .
Les combats se poursuivant contre les Espagnols de l’Est de l’île (l'actuelle République dominicaine), Falba est nommé lieutenant au premier bataillon du Port-au-Prince après sa blessure du (un coup de baïonnette à la main droite). La partie française de l'île entre alors en guerre civile, entre d'une part les anciens esclaves révoltés, relativement soutenus par la République, et d'autre part les propriétaires esclavagistes, qui cherchent le soutien des Espagnols puis des Britanniques.
Falba commence sa carrière d’officier en commandant des soldats embarqués à bord de navires de guerre (ces hommes servaient à maintenir la discipline à bord, à tirer au fusil sur les navires ennemis, à se battre au corps-à-corps en cas d’abordage, à servir de troupes de débarquement, ainsi qu’à la manœuvre des canons), ce qui lui permet de quitter l'île : sur la corvette Lascazas jusqu’au , à la tête d'une garnison de ; sur la gabare la Ville-de-Lorient (armée de ) du 24 nivôse an 2 () au 2 vendémiaire an 3 (), avec une garnison de , qui l’amena à Brest ; sur la frégate la Surveillante (armée de ) du 3 vendémiaire an 3 () au 22 ventôse an 3 () ; sur le vaisseau le Wattignies (armé de ) du 13 ventôse an 3 () au 5 vendémiaire an 4 (), avec une garnison de , qui participa à la bataille de Groix le 5 messidor an 3 ().
Total : 39 mois de mer.
Le 5 vendémiaire an 4 (), Jean Falba et ses hommes sont débarqués à Port-Louis pour combattre les Chouans (il commande les troupes républicaines au combat de Josselin). Le général de division Pierre Quantin, commandant les troupes stationnées dans le Morbihan, en fait son chef d’état-major à Vannes. En cette qualité, Falba négocie le 4 prairial an 4 () avec des chefs chouans la reddition de .
Nommé aide-de-camp du général Quantin, il le suit à Dunkerque pour préparer une descente en Écosse. Cette expédition échoue (tout comme l’expédition d'Irlande) à cause d’une tempête qui disperse la petite escadre ; le navire la Colombe, sur laquelle se trouve Quantin et Falba, fait naufrage le frimaire an 5 ().
Officiellement lieutenant à la suite de la demi-brigade d’infanterie depuis le 30 messidor an 4 (), Falba rejoint son corps à partir du 2 frimaire an 5 () à Quimper. Il passe à la demi-brigade de ligne le 17 germinal an 5 ().
1798-1813, vie de garnison au sein de l'artillerie de la Marine Le 29 prairial an 6 (), Jean Falba est nommé, à sa demande auprès du ministre de la Marine, capitaine en second à la demi-brigade de marine à BrestRapport du ministre du 29 prairial an 6, Archives nationales CC3-1.. À ce titre, il embarque sur l’escadre de l’amiral Bruix en rade de Brest, d’abord sur le vaisseau de 74 canons le Cisalpin du 23 frimaire an 7 () au 29 floréal an 7 (), puis sur le vaisseau de 74 le Zélé du prairial an 7 () au 29 fructidor an 8 (), navigant jusqu’en Méditerranée en compagnie d'une escadre espagnole (désormais alliée, pour un temps).
Il débarque le 29 fructidor an 8 () pour aller prendre le commandement d’une des compagnies de grenadiers de la Marine envoyée à l’Armée d’observation du Midi (réunie à Dijon), devenue l’Armée d'Italie sous le commandement du Premier Consul Bonaparte, qui assure des missions de garnisons à Otrante et à Tarente. La paix d’Amiens permet son retour à Brest le 11 brumaire an 10 ().
Portrait de Jean Falba en tenue de capitaine des grenadiers d'artillerie de la Marine, par F. Vozzella, à Tarente en 1801.
Jean Falba est nommé capitaine commandant le 15 floréal an 11 () au régiment d’artillerie de la Marine à Brest. Le 2 thermidor an 11 (), Falba est envoyé dans le département de la Seine, à Paris pour commander le dépôt des recrues des troupes de la Marine (destinées aux quatre régiments d’artillerie et aux compagnies d’ouvriers), avec autorité sur tous les autres officiers en mission de recrutement (itinérant de ville en ville). En cette qualité, Falba propose au ministre de la Marine Denis Decrès (qui en fait rapport au Premier consul) de recruter des hommes détenus dans le dépôt de Saint-Denis pour inconduite ou vagabondage, ainsi que des déserteurs de l'Armée. La proposition fut acceptéeRapport au ministre de la Marine du 15 brumaire an 12, Archives nationales CC3-6..
Jean Falba est fait chevalier de la Légion d'honneur lors de la grande promotion du 25 prairial an 12 (), puis passe chef de bataillon le 9 prairial an 13 (), toujours à Brest au . En 1805 il commande au camp de Boulogne les forts et batteries de la rade servis par l’artillerie de la Marine, jusqu’en . Il est alors choisi comme major du régiment des marins et ouvriers de Brest le , puis major du d’artillerie de la Marine à Toulon le .
En garnison dans cette dernière ville, il devient membre résident de l'Académie du Var à partir de 1811, puis en tant que correspondant après 1813 et ..
Son dernier embarquement est sur l’Austerlitz (118 canons, lancé en 1808), le vaisseau-amiral de l'escadre de la Méditerranée, comme membre de l'état-major de l'amiral, mais sans quitter le mouillage de la rade de Toulon.
1813-1814, campagne de Saxe et défense de la Hollande La désastreuse campagne de Russie de 1812 ayant fait fondre les effectifs disponibles, le ministère de la Marine perd ses troupes au profit du ministère de la Guerre : le (décret de Fontainebleau), les quatre régiments de la Marine (soit ) sont affectés à l’armée se rassemblant en Allemagne, au d’observation du Rhin. Jean Falba est élevé colonel du le , mais sans pouvoir prendre son poste car le régiment est parti sans lui d’Anvers, alors qu’il était encore à Brest.
En mars 1813, le d’observation du Rhin devient le commandé par le duc de Raguse (le maréchal Marmont) de la Grande Armée, cette dernière commandée par Napoléon. Les six bataillons du de marine arrivent à Mayence du au . Le , Falba est mis à la suite du de la marine, dont il devient le le colonel en second ; il assure le commandement réel pendant tout le début de la campagne, à la place du colonel Emond d'Esclevin, qui (selon le lieutenant Rieu du même régimentJean-Louis Rieu, « Mémoires », dans Frédéric Rilliet, Soldats suisses au service de l’étranger, Genève, A. Jullien, 1910.)… Falba assure aussi le commandement d'une brigade du sixième corps, composée intégralement par le de marine.
La campagne de Saxe débute le . Le , l’armée affronte les Russes et les Prussiens lors de la bataille de Lützen ; selon le maréchal Marmont, l’ennemi Auguste Marmont, Mémoires du maréchal Marmont, duc de Raguse de 1792 à 1841, tome 5, Paris, 1857.
Les 20 et , c’est la bataille de Bautzen et de Würchen, pendant lesquelles le eut encore à subir une pluie de boulets et d’obus. Le colonel Falba est blessé le second jour, et a un cheval tué sous lui. La poursuite de l’armée ennemie fut l’occasion d’autres combats du 22 au auxquels participa le régiment dirigé par Falba. Le , il est blessé, alors qu'il inspecte les avant-postes. Un armistice, temporaire, est enfin signé à Pleiswitz le .
Falba est nommé commandant de la place de GnadenbergCette localité silésienne a aujourd'hui pris le nom polonais de Godnów, à l'est de Bolesławiec. en Silésie du au , il est élevé au rang d’officier de la Légion d'honneur le , et reçoit l’ordre le de se rendre à Haarlem en Hollande pour prendre le commandement du étranger (aucun rapport avec l'actuel étranger de la Légion étrangère), ce qui va lui éviter d’être à la bataille de Leipzig du 16 au , au cours de laquelle le de marine fut anéanti et son drapeau pris (visible en lambeaux dans un musée militaire allemand). Ce régiment est composé de soldats prussiens qui ont été faits prisonniers et qui ont été recrutés sous le drapeau français.
La Hollande, annexée depuis 1810 à l’Empire français, est envahie (ou libérée selon le point de vue) à partir de la fin de novembre 1813. Le , le colonel Falba, à la tête de , reprend la ville de Woerden (il y est encore une fois blessé d’une balle à la cuisse droite). Puis il s’enferme dans la place-forte de Naarden à partir du , où il va soutenir un long siège jusqu’au , organisant des sorties et subissant de bombardement (jour et nuit). Il aura les pieds gelés alors qu'il effectuait une ronde sur les remparts. Selon ses états de service, Falba
1814-1848, la Restauration, puis sa retraite De retour en France, il part de Lille le pour Toulon.
Le corps d'artillerie de la Marine est réorganisé le en trois régiments de canonniers de la Marine, dont le , en garnison à Toulon, est placé sous le commandement du colonel Falba le . À cette époque de très nombreux officiers se retrouvent surnuméraires, ou mis en demi-solde. Il prête donc serment de fidélité au Roi, il est fait chevalier de l'ordre de Saint-Louis le , il renvoie à Paris l'ancien drapeau tricolore du régiment (avec son aigle dans une petite caisse) le , et en reçoit un neuf (tout blanc avec quatre ancres de marine aux angles, cravate, glands et bout de cuivre doré en bout de hampe). Il rédige alors au ministre une lettre, au nom du régiment, datée du (signée par la plupart des officiers ainsi que par 43 sous-officiers) :
Lors des Cent-Jours, Jean Falba reste au commandement du , renvoyant le drapeau blanc à Paris (avec cravate, glands et bout en cuivre doré), recevant un nouveau drapeau tricolore avec quatre ancres aux angles, des N en or et un aigle au bout de la hampe. Le régiment est transformé en trois bataillons. L'un d'eux au complet reçoit l'ordre de rejoindre l'armée de Lyon. Le colonel Falba demande à marcher à sa tête, mais sa présence à Toulon est jugée indispensable pour organiser le corps. La Seconde restauration en juillet 1815 et la réorganisation de l'artillerie de la Marine en change la donne à Toulon : Falba est remplacé à la tête du car il a participé aux Cent-Jours. Le , il part de Toulon pour Paris où il ne lui reste plus qu'à attendre les ordres du ministre.
Finalement, il reçoit malgré tout le le commandement des deux bataillons de canonniers de la Marine à Brest, puis il est muté à Rochefort en avril 1821 et enfin à Lorient en janvier 1823. Il est élevé au grade de commandeur de la Légion d'honneur le . Il demande sa mise en retraite (infirmité due à ses blessures à laquelle se rajoutent des problèmes de santé) le , qu’il obtient avec le grade de maréchal-de-camp par l’ordonnance du .
Jean Falba décède à Versailles le , à son domicile (75, avenue de Saint-Cloud). Sa tombe se trouve dans le cimetière de Montreuil à Versailles, dans le canton A. Une rue de Naarden porte son nom () ..
Décorations Ordre national de la Légion d'honneur : chevalier le () ; officier le ; commandeur le . Ordre royal et militaire de Saint-Louis :