Dans le cadre de la bataille des Frontières, la très grande bataille de Lorraine ( en allemand) a mobilisé sous les uniformes français et allemands. Elle a opposé les 1e et 2e armées françaises aux et armées allemandes du début août au . Du côté français, y ont participé et officiers venus des 47 départements des 10 régions militaires ayant pour chef-lieux Nancy, Épinal, Besançon, Bourges, Tours, Clermont-Ferrand, Lyon, Marseille, Montpellier, Bordeaux. Elle s’est déroulée sur près de en quatre phases de part et d’autre des (à vol d’oiseau) entre Pont-à-Mousson sur la Moselle et le Donon () sur le versant alsacien du massif vosgien.

Contexte historique Comment ont évolué les stratégies internes et externes de la France et de l’Allemagne de 1871 à 1914 ?

Concernant l'Allemagne, la montée en puissance de sa démographie (de 41 à d’habitants) comme de sa puissance industrielle ( mondial) et de ses forces militaires terrestres explique ses ambitions impérialistes et son plan à l’ouest. Plan d'une part offensif avec l'invasion de la France par la Belgique et, d'autre part, défensif dans un premier temps en Moselle allemande et en Alsace.

Concernant la France, la mutation de sa stratégie défensive (avec le système Séré de Rivières) en doctrine de l'offensive (développée notamment par Foch) explique en partie le refus en 1911 du gouvernement Caillaux de prendre en compte les propositions du général Michel. Gouvernement Caillaux qui limoge donc le général Michel et nomme à sa place le général Joffre secondé par le général de Castelnau, maître d'œuvre du de mobilisation des armées.

La volonté du général Michel était de défendre prioritairement la frontière nord de la France et d'engager en des unités mixtes d'appelés et de réservistes comme on s'y est préparé en Allemagne. Mais les gouvernements français en ont décidé différemment. Et c'est ainsi que la conduite de la guerre opérée par Joffre et son GQG en se traduit d'abord par l'offensive des et armées en Alsace (à partir du ) et en Moselle allemande (à partir du ). Offensive piégée par les et armées allemandes notamment en Moselle où elles sont positionnées sur leur ligne de défense Metz-Morhange-nasse de Dieuze-Sarrebourg à une vingtaine de kilomètres en retrait de la frontière.

Historiographies La première divise d'abord la bataille du 14 au en deux grandes zones de combats. À l'ouest celle dénommée bataille de Morhange (les 19 et ) et qui concernait alors les des 9e, 20e, 15e et 16e corps appartenant à la armée commandée par le général de Castelnau. Et à l'est, celle dénommée bataille de Sarrebourg (les 18, 19 et ) et qui concernait alors les des 8e, 13e, 21e et 14e corps appartenant à la armée commandée par le général Augustin Dubail. À l'ouest, la focalisation sur le petit bourg militarisé de Morhange - jamais attaqué et jamais conquis de toute la Grande Guerre - s'explique par le seul fait qu'il concernait un des objectifs d'attaque du seul corps commandé par le général Ferdinand Foch. Une historiographie qui, d'une part, valorise les secteurs respectifs des généraux Foch et Dubail et qui, d'autre part, occulte leurs échecs meurtriers dont ils se dédouanent en accusant les soldats du Midi d'être les responsables de la défaite française du en Lorraine. Foch en accusant ceux du corps positionnés sur sa droite ? Et Dubail en accusant ceux du 16ecorps positionnés sur sa gauche. Accusation attestée par les Journaux des marches et opérations (JMO) de Foch et de Dubail en date du et reprise par Joffre dans sa déclaration du au ministre de la Guerre . Accusation médiatisée dans toute la France trois jours après par l’article du quotidien parisien Le Matin. Article normalement interdit par la censure mais signé par le sénateur Gervais très grand ami du ministre de la Guerre Adolphe Messimy, responsable en chef de ladite censure. Et cela alors que le JMO 25/1 de la du général de Castelnau ne reprend en rien cette accusation et cette version fallacieuse des faits. Historiographie ignorant par ailleurs la victoire décisive de Castelnau, à partir du , dans « sa » trouée de Lunéville occultée et remplacée depuis 1914 par la « trouée de Charmes » qui relève du système défensif du dit « Séré de Rivières ». Trouée de Charmes où il n’y eut aucun combat durant toute la Grande Guerre.

thumb|upright=1.4|Le Ri ( corps) dans la bataille de Lorraine du au . La seconde historiographie propose une vision d'ensemble de la bataille de Lorraine englobant la totalité de ses zones de combats sur la durée. Ce faisant, elle explore, d’une part dans le temps l'avant et l'après des « - » et, d’autre part, tout l'espace des combats compris entre les fronts extrêmes du au soir et - après la défaite du suivie du repli - du au soir. Elle analyse donc tout ce qui s'est passé sur les de front entre Pont-à-Mousson (exclu) à l'ouest et le massif du Donon à l'est. Front incluant, les -, la nasse de DieuzeIbid. pages 166 à 168 et la région des étangs (avec Bisping) entre Morhange et Sarrebourg.

Les quatre phases principales de la bataille La carte du parcours du 111e régiment d’infanterie d’Antibes qui fait partie de la de Nice (général Carbillet) du illustre et légitime l'analyse de la bataille de Lorraine en quatre phases. La première, jusqu'au inclus, est celle dite de « couverture » avec le débarquement, la concentration et la progression des unités venues des autres régions militaires. La deuxième, du au , avec l'offensive française apparemment victorieuse. Puis la troisième, du au , avec la défaite et le plan de retraite conçu par le général de Castelnau et avalisé par Joffre. Et enfin, à partir du , la contre-offensive victorieuse de la avec les victoires décisives de Rozelieures, Landécourt et Blainville puis de Xermaménil et Gerbéviller remportées par les soldats du Midi de ses et dans la nasse de la trouée de Lunéville entre les positions défensives en avancée du Grand Couronné à l'ouest et du cours supérieur de la Meurthe en amont de Baccarat à l'est. Historiographie plus récente permettant d’étudier la bataille de Lorraine dans chacune de ses quatre phases du début du mois d’août au .

Jusqu'au inclus : la phase dite de La « couverture de la frontière »Ibid. pages 49-120 entre la Meurthe-et-Moselle française et la Moselle allemande relève alors, du nord-ouest au sud-est, de quatre secteurs d'une vingtaine de kilomètres de profondeur : celui de Woëvre septentrionale (incombant au d'armée d'Amiens commandé par le général Gérard), celui de Woëvre méridionale (incombant au d'armée de Châlons-sur-Marne commandé par le général Sarrail), celui de Basse-Meurthe (incombant au d'armée de Nancy commandé par le général Foch) et celui de Haute-Meurthe (incombant au d'armée d'Épinal commandé par le général Legrand-Girarde). Et, par « couverture », il faut entendre la totale protection de la frontière (y compris sa défense armée) par le chef militaire qui en a la responsabilité dans son secteur.

Jusqu'au inclus, les généraux Foch et Legrand-Girarde en sont responsables Sur ordre du ministre de la Guerre, les dispositions de couverture sont prises dès le . Mais l'interdiction de ne pas dépasser la ligne des dix kilomètres en deçà de la frontière, qui avait été prise pour s'assurer l'indispensable concours du Royaume-Uni, est levée le avec défense cependant de dépasser la frontière. Alors que le général Legrand-Girarde laisse pénétrer les forces ennemies dans son secteur jusqu'à Blâmont, le général Foch, lui, fait franchir la frontière dès le à sa (avec son ) dans toute la zone de Moselle allemande limitée par la ligne de Château-Salins - Gelucourt ; et il va persévérer dans les jours qui suivent.

À partir du , ce sont les généraux de Castelnau et Dubail qui l'assurent thumb|upright=1.4|Du 5 au , incursions armées françaises en Moselle allemande. Le général Dubail va laisser les forces ennemies progresser dans son secteur, tandis que le général Castelnau va couvrir les incursions armées en Moselle allemande du général Lescot qui, sous les ordres de Foch, dispose notamment des du et des de sa : le jusqu'à Moncourt, Lagarde et château Marimont.

Le , le général de Castelnau retire au général Espinasse (chef des du d'armée de Marseille qui sont encore en train de débarquer) son commandement sur la force de frappe constituée par les de sa mixte ( d'attaque, 355 canonniers avec douze canons de 75 et ). Commandement qu'il confie au général Lescot qui, le , envoie partie de ces conquérir en Moselle allemande la zone de sept kilomètres de Bezange-la-Petite à Moncourt, bois du Haut de la Croix et le village de Lagarde facilement réoccupé par des hommes de cette . vignette|upright=1.4|Les 10 et , interventions armées françaises en Moselle allemande.

Le à Lagarde : première défaite française en Lorraine Les trois quarts de ces appartiennent au du de Nîmes et au du d'Avignon qui ont mis de nuit en défense le village. Ayant amené de très importantes forces d'infanterie et d'artillerie, l'ennemi attaque les Français qui se défendent jusqu'au bout avec de pertes pour les . Et c'est la première défaite française car ils ne sont pas soutenus par la du général Lescot qui fait replier toutes ses unités pourtant déjà éloignées de plusieurs kilomètres. De plus, pour se disculper, celui-ci et ses proches officiers vont accuser ceux de la de lâcheté face à l'ennemi. C'est le début de la rumeur contre les soldats du Midi avec une accusation gravissime relevant du conseil de guerre et de la peine de mort. Mais c'est finalement le général Lescot qui sera limogé et remplacé par le général Grellet. Quant au général Castelnau, il fera replier ses troupes en deçà de la frontière et mettra même, temporairement, la sous les ordres du général EspinasseIbid. pages 87 à 106.

Les directions générales d’attaque fixées par Joffre et leur évolution vignette|upright=1.4|En trait marron le front des corps d'armée en soirée du avec celui en discontinu des et de la et, en hachuré noir, la présence allemande.

Le , Joffre précise à la du général Dubail son axe principal d’offensive en Lorraine au départ de Baccarat sur la Meurthe. Un axe de direction du sud-ouest vers le nord-est sur jusqu’à Sarrebourg puis de direction sud-nord sur jusqu’à Sarreguemines avec une pénétration de en Moselle allemandeIbid. page 78. Axe que ceux de la de Dubail auront tendance à transformer en limite ouest aux dépens de la et notamment de ses et .

Le , Joffre adresse son Instruction générale personnelle à chacun des chefs des cinq armées françaises. Instruction qui sous-estime gravement les forces allemandesIbid. pages 81 et 82. Il fixe à la , d’une part, sa limite d’action à l’ouest : de Charmes à Fénétrange, qu’elle ne respectera pas à partir du . Et, d’autre part, son objectif de et donc de les forces allemandes. Quant à la , elle : direction du sud-ouest vers le nord-est perpendiculaire à la frontière. En date du , le plan de Joffre (et de son GQG) est donc, à partir du , une offensive conjointe des quelque engagés de sept corps d'armée des et françaises. Offensive vers le nord-est perpendiculaire aux de frontière (à vol d'oiseau) entre Aulnois-sur-Seille et le Donon (sur la carte supra).

Mais le , Joffre adresse au général Castelnau de nouvelles instructions concernant l’offensive du , instructions surprenantes qui annulent les précédentes : la devra attaquer non plus vers le nord-est mais vers le sud-est en direction d’Avricourt et donc parallèlement à la frontière. Seuls les et attaqueront sur de frontière de Pettoncourt à Moncourt (inclus) pendant que le progressera vers l'est comme pour porter secours à la de Dubail qui est encore très éloignée de la frontière.

Du 14 au inclus : l'offensive française en

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