, selon la mention de la table de Peutinger, est une agglomération secondaire antique située sur le territoire de la commune française de Sceaux-du-Gâtinais dans le département du Loiret (région Centre-Val de Loire). Dans les publications scientifiques récentes, le nom du site est souvent corrigé en , forme plus exacte sur le plan de l'orthographe et de la grammaire mais non attestée dans les sources antiques.
Le seul élément du site archéologique dont des vestiges soient visibles en élévation au est la partie méridionale d'un vaste sanctuaire de source du Haut-Empire romain développé à partir d'un possible lieu de culte gaulois préexistant ; il est constitué d'un nymphée enclos dans un péribole dont la galerie à péristyle abritait sans doute des entrepôts ou des locaux commerciaux. Outre ce sanctuaire, la parure monumentale de la cité comprend un théâtre, deux établissements thermaux et au moins un . Ces monuments voisinent avec des îlots résidentiels desservis par un réseau structuré de voirie, l'ensemble couvrant sans doute au moins .
L'agglomération, fondée au sur un site fréquenté depuis le Néolithique, connaît son « âge d'or » au . Elle décline ensuite mais reste active jusqu'à la fin du , après quoi elle est abandonnée au profit de l'agglomération gallo-romaine puis mérovingienne implantée au niveau du bourg moderne. La ville et son origine antique ne sont redécouvertes qu'au début du , alors que les ruines sont encore exploitées comme carrière de pierres. Jusqu'aux années 2020, les fouilles, partielles, ont surtout concerné la partie méridionale du sanctuaire et une zone résidentielle au nord-ouest, le portrait du reste de l'agglomération étant esquissé par l'archéologie aérienne et la prospection par radar à pénétration de sol.
La partie du site qui abrite les vestiges encore visibles est classée au titre des monuments historiques en 1986 puis aménagée pour la rendre, sous conditions, accessible au public. La construction d'un musée archéologique et de nouveaux aménagements doivent, d'ici la fin des années 2020, compléter la mise en valeur du site.
Géographie contemporaine et géologie vignette|gauche|alt=Carte en couleurs d'un site antique sur laquelle sont reportées les courbes de niveau.|Relief du site d'. Le site archéologique se trouve à au nord-est du bourg de Sceaux-du-Gâtinais, au lieu-dit « le Préau (ou Pré-Haut) du hameau de la Rivière », à l'extrême nord-est du département du Loiret. La commune de Sceaux est limitrophe du département de la Seine-et-Marne.
Il occupe le fond et les flancs d'un vallon sec orienté nord-sud, perpendiculaire à la vallée du Fusain vers laquelle il s'ouvre. L'ensemble cultuel et thermal occupe le talweg à une altitude allant de au niveau du temple à un peu moins de pour le nymphée et la source supposée l'alimenter. Le théâtre est adossé au flanc oriental, abrupt, du vallon ; les quartiers résidentiels occupent le plateau prolongeant le versant occidental par une pente plus douce. L'altitude des plateaux de part et d'autre du vallon avoisine .
Le substrat géologique consiste en sables et grès de Fontainebleau rupéliens, recouverts de calcaire du Gâtinais du Chattien sur une épaisseur de ... Le fond de la vallée sèche qui accueille le sanctuaire est composé d'alluvions récentes. L'exploitation antique des ressources géologiques locales est attestée par l'utilisation, pour les monuments du site (dallage des galeries, aqueduc), de moellons et de plaques calcaires de nature identique à celle du substrat (pierre de Souppes ou de Château-Landon)..
L'alimentation en eau du sanctuaire est assurée, selon Michel Roncin, par une source issue d'une boutonnière ouverte dans le substrat, libérant la nappe phréatique sous-jacente ; cette source a été comblée au par le propriétaire du terrain pour couper court aux dégâts causés par de trop nombreux visiteurs. En l'absence de sondage, cette hypothèse ne peut être pleinement confirmée ; il peut également s'agir d'un point bas recueillant des eaux de ruissellement.
Contextes géographique et historique antiques Agglomération en territoire sénon
vignette|alt=Reproduction en couleurs d'un extrait d'une carte antique.|Fragment de la table de Peutinger montrant l'établissement thermal d' sur l'itinéraire reliant (Orléans) à (Sens). se trouve dans le territoire des Sénons mais non loin de la limite, assez imprécise, avec celui des Carnutes (puis de la avant la fin du .) à l'ouest, où elle fait partie d'une constellation de complexes similaires comme Montbouy, Triguères, Bonnée ou Bouzy-la-Forêt. Cette agglomération secondaire est en outre une des cinquante-deux villes d'eau de l'Empire romain mentionnées sur la table de Peutinger.. Plusieurs d'entre elles sont, comme , installées en bordure ou à proximité de voies importantes, ce qui favorise à coup sûr leur développement. Sur le plan administratif, l'agglomération est rattachée à la province romaine de Gaule lyonnaise.
Accès routiers et fluvial privilégiés vignette|gauche|alt=Carte en couleurs représentant l'environnement d'un site antique.|Géographie antique d' et de son environnement. À quelque au sud du site passe l'ancienne voie romaine d' (Sens) à (Orléans), localement appelée « chemin de César ». Cette voie d'orientation générale est-ouest reste un élément structurant du paysage contemporain car son tracé subsiste sur de longues sections sous forme de routes, chemins, limites parcellaires ou communales..
Contournant le site par le nord, un itinéraire sans doute antique relie directement Sceaux-du-Gâtinais à Château-Landon.
Une autre voie, venant de Montargis, rejoint sans doute l'itinéraire Orléans - Sens au sud du site d' au niveau du Gué de la Ville, dont le toponyme évoque peut-être un franchissement du Fusain donnant accès à l'agglomération antique ; elle est recouverte dans sa traversée du site d' par le chemin de la Ruelle qui longe le sanctuaire à l'ouest puis se dirige ensuite vers Briarres-sur-Essonne où elle franchit l'Essonne.. C'est l'un des tronçons de l'itinéraire reliant Paris () à Autun ()..
Le rôle des cours d'eau comme mode de transport ne doit pas être négligé ; à Sceaux-du-Gâtinais, le Fusain qui coule à proximité de la voie Sens-Orléans est un affluent du Loing, cette dernière rivière constituant dans l'Antiquité un important axe nord-sud de navigation fluviale. En outre, le site se trouve à distance presque égale de la Loire et de la Seine, là où les cours de ces fleuves sont les plus proches..
Toponymie Sources écrites Le toponyme moderne, « le Préau », parfois orthographié « le Pré-Haut », est une déformation du mot du patois local « perriau » (lieu où l'on trouve des pierres affleurantes, terrain pierreux)..
Le site apparaît sous le nom d' sur la table de Peutinger. Selon Jacques Soyer, archiviste du département du Loiret, qui rectifie en , le « s » médian de est une erreur de copiste ; les terminaisons des deux mots et s'expliquent par l'emploi d'un datif-ablatif dans le premier cas et la contraction de la terminaison « ae » en « e », usuelle sur les manuscrits médiévaux, dans le second. L'agglomération est également connue sous le nom reconstitué d' ; cette forme, qui est envisagée par Jacques Soyer en 1917 et reprise dans les publications récentes, n'est pas attestée dans les sources antiques.
Inscriptions lapidaires En 1973, l'ancien nom de la cité est assuré par la découverte de l'ex-voto dédié par un citoyen romain à Segeta, divinité incontestablement gauloise.. La source thermale est bien vouée à la déesse Segeta, déesse de la Loire et déesse du peuple ségusiave, probablement également déesse guérisseuse du fait de son association avec les eaux thermales, à ne pas confondre avec la divinité romaine mineure agricole Segetia (ou Segeste).. Le nom de Segeta est à rapprocher du celtique sego- évoquant la « victoire » ou la « force ».. Localement, ce toponyme évolue en Seda et Seia qui désignent le bourg au pour aboutir à Sceaux (parfois prononcé « Siaux ».) à l'époque contemporaine...
vignette|alt=Photographie en couleurs d'une plaque de marbre circulaire gravée d'une inscription en latin.|Marbre trouvé sur le site et portant l'inscription à la déesse Segeta. La plaque circulaire en marbre rose (peut-être en provenance de Châtelperron dans l'Allier) d'un diamètre de et d'une masse de ., dont les fragments sont retrouvés sur le site en 1972 et 1973 dans les décombres remplissant le nymphée désaffecté, était sans doute destinée, à l'origine, à un autre usage que celui d'ex-voto. ; des encoches suggèrent que cette plaque était scellée dans un mur. Datable du , elle a pu être reconstituée presque intégralement et porte l'inscription suivante. :
AVG•DEAE SEGETAE T MARIVS PRISCINVS V•S•L•M EFFICIENDVM CVRAVT MARIA SACRA FIL L'inscription est ainsi complétée : , ce qui peut être traduit par : « À la déesse Segeta, auguste : Titus Marius Priscinus s’est acquitté de son vœu bien volontiers ; sa fille Maria Sacra a pris soin de le faire achever ». Cette dédicace . Le donateur porte les trois noms (tria nomina) des citoyens romains, et sa fille porte des noms latins, signe de la romanisation complète de cette famille..
D'autres inscriptions dédiées à Segeta ont été trouvées à Bussy-Albieux., Feurs. et à Moingt.(commune de Montbrison-Moingt dans la Loire), où un ancien site thermal porte le même nom. d' (noté sur la table de Peutinger) depuis au moins le ..
Histoire Il semble qu'à Sceaux-du-Gâtinais, ce soit le culte rendu localement à Segeta et à des eaux considérées comme guérisseuses qui conditionne la fondation du sanctuaire, puis l'aménagement des établissements thermaux ainsi que de l'agglomération et des monuments dont elle est parée.
De la fondation à l'oubli
Période pré-romaine Des haches néolithiques et des éclats de silex découverts dans le nymphée parmi d'autres offrandes que les pèlerins y ont déposées dans les premiers siècles de notre ère (des oursins fossiles notamment) indiquent peut-être une présence humaine très précoce, si ces artefacts ont bien été ramassés sur place. Le mobilier retrouvé à la faveur de fouilles (tessons de céramique) montre que, sur une partie du site au moins, l'occupation humaine se poursuit à la protohistoire.
Un peuplement stable s'établit peut-être à l'époque laténienne avec, déjà, un culte lié à l'eau guérisseuse ; en 1977 Michel Roncin n'exclut pas cette hypothèse même si les profonds bouleversements ultérieurs du site en ont probablement détruits les premiers témoignages architecturaux. Segeta est d'ailleurs une déesse celtique et des pièces de mobilier (fibule, stèle miniature) retrouvées lors des fouilles semblent bien antérieures à l'époque romaine.
Fondation et essor (phases 1 à 3) Le développement de l'agglomération est manifestement lié à la présence antérieure d'un sanctuaire et au pèlerinage qui s'y exerce, mais son essor véritable se fait sous le règne des Flaviens (69 à 96) et notamment de Domitien, le dernier d'entre eux, qui règne de 81 à 96. Les premiers bâtiments sont construits, et un premier aménagement de la source est réalisé.
L'apogée est atteint au (modifications monumentales du sanctuaire pourvu d'un portique aménagé en salles et en boutiques, construction du nymphée polylobé, reconstruction des thermes curatifs et refonte du réseau hydraulique) jusqu'à la fin du règne de Marc Aurèle ; c'est à cette période que la plaque de dédicace à Segeta a pu être réalisée. L'histoire du site est cependant complexe et semble différente d'un secteur à l'autre. Ainsi, les fouilles de 2023 montrent que des habitations, au nord, sont victimes d'un incendie dans la première moitié du avant d'être reconstruites dans une zone profondément remaniée.. Les thermes curatifs et le portique du sanctuaire sont également très affectés par un violent incendie, mais cet événement semble se produire à la fin du .
Déclin et abandon (phases 4 et 5)