Les accords de Paris sur le Cambodge de 1991, signés le , visent à mettre fin à la guerre civile entre, d'une part, l'État du Cambodge, incarné par le Parti révolutionnaire du peuple du Kampuchéa (PRPK), et, d'autre part, une coalition regroupant les forces khmères rouges (Kampuchéa démocratique) et celles du FUNCINPEC (royalistes) et du FNLPK (républicains).
Historique Prélude du long chemin vers la paix
Le , lorsqu’après plusieurs années d’incidents frontaliers, l’armée vietnamienne décide d’une offensive générale au Cambodge qui va provoquer la chute du régime khmer rouge, elle ouvre un nouvel avatar de ces entre grandes puissances qui ont émaillé la seconde moitié du . En trois semaines, les troupes mal équipées et mal entraînées du Kampuchéa démocratique sont repoussées dans des portions de jungle à la frontière thaïlandaise d’où il sera difficile de les déloger. Sur le terrain, le conflit se limitera pendant plusieurs années à des offensives de l’armée vietnamienne en saison sèche afin de réduire les positions de ses adversaires, puis d’un retrait dès les premières pluies, avant que les moussons ne rendent les voies d’accès impraticables, laissant leurs ennemis reprendre le terrain perdu.
Course à l'influence diplomatique À l'instar d'autres conflits de la guerre froide, l'issue du conflit cambodgien se joue aussi sur le plan diplomatique où chaque camp fait jouer ses alliances. Dès le 11 janvier, le Viêt Nam met en place un nouveau gouvernement à Phnom Penh, composé essentiellement de Khmers Việt Minh, communistes cambodgiens réfugiés à Hanoï depuis les années 1950, et d'anciens cadres khmers rouges ayant fui les purges de Pol Pot. Les responsables khmers rouges peuvent pour leur part continuer à compter sur le soutien de la Chine populaire qui en représailles envahi les provinces septentrionales du Viêt Nam. La Thaïlande, quant à elle, ne voit pas d’un bon œil ces Bộ đội à ses frontières et craint que par un effet domino, elle soit la prochaine cible d’une soif d’expansion du régime de Hanoï. Elle donne donc une réponse favorable à la demande de tractations de Pékin qui va aboutir à l’arrêt du soutien chinois à la rébellion maoïste thaïlandaise en échange de l’appui de Bangkok à la guérilla khmère rouge. Elle entraîne dans son sillage les autres pays de l’ASEAN qui vont s’impliquer avec une diligence variée suivant les pays. Singapour, qui a tissé des relations de longue date avec la Chine lui emboîte rapidement le pas, mais l’Indonésie, où Soeharto avait éliminé quinze ans plus tôt les partisans et sympathisants communiste pour prendre le pouvoir, se montre plus réticente à coopérer avec Pékin. Les États-Unis, pour leur part, ne peuvent manquer d’assimiler l’intervention vietnamienne à un nouvel avatar de l’expansion soviétique dans le monde qui sera l’un des principaux thèmes de la campagne qui permettra à Ronald Reagan de se faire élire président. Ils ne seront donc pas long à se ranger derrière un camp qui comprend déjà leurs fidèles alliés de l’ASEAN et n’ont pas trop de mal à entraîner derrière eux les autres pays occidentaux qui sont peu enclins à se fâcher avec la Chine au moment où elle leur ouvre son immense marché. L’assemblée générale des Nations unies pour sa part, , refuse de reconnaître le gouvernement installé à Phnom Penh par les troupes de Hanoï et garde aux partisans de Pol Pot le droit de représenter leur pays devant les instances internationales alors qu’ils ne règnent plus que sur quelques parcelles de jungle. Le Viêt Nam doit pour sa part compenser la perte de revenus en provenance de l’occident par un rapprochement avec les pays du COMECON et accroît sa dépendance à l’aide soviétique.
Réorganisation de la scène politique khmère En , Son Sann, un ancien Premier ministre du Sangkum, fonde le Front national de libération du peuple khmer (FLNPK), une autre force de résistance contre la république populaire du Kampuchéa, par contre ouvertement anti-communiste, ce qui lui vaut le soutien rapide des États-Unis et d’anciens républicains khmers réfugiés à l'étranger. En , c'est au tour du prince Norodom Sihanouk de créer sa propre formation, le Front uni national pour un Cambodge indépendant, neutre, pacifique et coopératif (FUNCINPEC).
Pour leur part, les partisans de Pol Pot se retrouvent rapidement au cœur d'un problème qui durera une décennie, entre une armée vietnamienne qui légitime son maintien pour empêcher le retour au pouvoir des dirigeants khmers rouges et une alliance sino-occidentale qui pour donner plus de poids à ses récriminations n’hésite pas à minimiser la portée des exactions commises dans le Kampuchéa démocratique et donne aux composantes non communistes de la résistance une importance qu’elles n’auront jamais sur le terrain.
Dans le même temps, les Nations unies avait adopté le la résolution 35/6 quant à la convocation d’une conférence sur le Kampuchéa qui aura lieu à New York en . 79 pays et 13 observateurs sont présents, mais ni l’URSS, ni le Viêt Nam, encore moins la république populaire du Kampuchéa, n’y participent, ce qui limite d’autant la portée des décisions qui pourraient être prises.
Enlisement sur le plan militaire Sur place, le conflit cambodgien est toujours dans l’impasse : les groupes de résistance ne parviennent pas à reprendre pied au Cambodge, pas plus que les Vietnamiens et le gouvernement de la république populaire du Kampuchéa ne parviennent à les éliminer. Le Viêt Nam comme l'URSS subissent le poids financier du conflit. En , en Union soviétique, l'accession au pouvoir de Mikhaïl Gorbatchev change la donne : le nouveau secrétaire général du PCUS exprime dès 1986 le souhait de se rapprocher de la république populaire de Chine et le Viêt Nam se voit en conséquence conseiller de régler ses différends avec Pékin. Cause ou non de cette annonce, les nouveaux responsables vietnamiens semblent plus enclins que leurs prédécesseurs à laisser le Cambodge aux mains de dirigeants plus indépendants à leur égard, tant qu'ils ne permettent pas pour autant un retour du régime khmer rouge ni ne remettent en cause la sécurité au sud du Viêt Nam. Envisageant dès lors de retirer ses troupes du Cambodge, le Viêt Nam entreprend de faire reconnaître la république populaire du Kampuchéa sur le plan international. Pour cela, des négociations sont nécessaires avec le Gouvernement de coalition du Kampuchéa démocratique formé par les groupes de résistance : ne souhaitant pas les mener lui-même, le gouvernement vietnamien encourage la RPK à dialoguer directement avec ses adversaires. La Chine se montrant hostile, le Viêt Nam annonce le retrait de ses troupes du Laos et du Cambodge. Du côté khmer rouge, Pol Pot démissionne en 1986 de son poste de chef des armées au profit de Son Sen. Ce changement est présenté comme une volonté de se conformer à une des conditions posée par le pouvoir de Phnom Penh pour ouvrir des pourparlers. Toutefois, peu d’observateurs sont dupes du stratagème ; en fait il semble que ce changement est surtout dicté par les problèmes de santé de l’ancien Premier ministre du Kampuchéa démocratique qui se fera hospitaliser pendant un an à Pékin. En mars de la même année, les pays de l’ASEAN évoquent quant à eux pour la première fois leur volonté d’incorporer la république populaire du Kampuchéa dans des pourparlers.
Voie vers les négociations En , le gouvernement de Phnom Penh propose d’inclure les membres de la résistance dans un gouvernement d’union nationale. La voie vers des négociations est ouverte et le 3 décembre, une rencontre entre Hun Sen et l’ancien monarque a lieu en France, à la Fère-en-Tardenois, puis une seconde à Saint-Germain-en-Laye les 20 et . Si ces entrevues ne débouchent sur aucun résultat probant, elles permettent néanmoins aux deux protagonistes de se rencontrer et d’échanger leurs points de vue.
Afin de faciliter ces négociations de paix, le Viêt Nam annonce, le , que toutes ses forces auront quitté le Cambodge en . Pékin accepte dès lors de ne plus soutenir la résistance cambodgienne en échange d'un calendrier de retrait précis. Le Viêt Nam concède de se retirer dès : le , le retrait unilatéral et sans conditions de l'armée vietnamienne sera confirmé. Les opposants au régime de Phnom Penh en profitent pour améliorer leurs positions à l’ouest du pays. Les forces khmères rouges mettent ainsi la main sur les pierres précieuses et le bois exotique de la région de Pailin et donnent un moment l’impression de pouvoir prendre Battambang.
De nouvelles conversations sont alors organisées à l’initiative des pays de l’Association des nations de l'Asie du Sud-Est ; il s’agira des (JIM) qui ont lieu près de la capitale indonésienne en et et qui réunissent des représentants des autorités de Phnom Penh et des trois mouvements de résistance. Si là aussi, les conversations ne débouchent sur aucun accord, elles démontrent qu’une solution négociée est possible.
Au même moment, Chatichai Choonhavan, le nouveau Premier ministre thaïlandais, évoque la possibilité de normaliser les relations de son pays avec le Viêt Nam ; cela débouche, le , sur la visite officielle à Hanoï de , le ministre thaïlandais des affaires étrangères, suivie, le , par celle du président indonésien Soeharto.
En , la Chine accepte de laisser les du conflit cambodgien aux parties concernées, signalant que pour elle, l'affaire redevient d'intérêt strictement local, et conseille aux parties cambodgiennes, y compris la de se réconcilier.
De la tutelle vietnamienne Désormais reconnu comme interlocuteur par toutes les parties en présence, le gouvernement cambodgien entreprend de se défaire de son image de vassal du Viêt Nam. Les 29 et , l'Assemblée nationale entretient une révision constitutionnelle importante : la république populaire du Kampuchéa adopte le nouveau nom officiel d'État du Cambodge, modifie son drapeau et son hymne national ; le nouveau régime se proclame ; le bouddhisme est déclaré religion nationale et la constitution inclut des garanties quant à la propriété privée et aux droits de l'homme.
Coup de pouce indonésien, une tentative précoce En , , le ministre des affaires étrangères indonésien est reçu à Paris par son homologue français, Roland Dumas. La question cambodgienne est naturellement évoquée durant les entretiens et les deux interlocuteurs conviennent de coordonner leurs actions respectives et d’organiser conjointement une conférence de paix qu’ils espèrent tenir à Paris le 30 juillet. Une entrevue préparatoire se tient à la Celle-Saint-Cloud le 24 juillet entre Hun Sen et Sihanouk, mais elle se solde par un échec. Le Premier ministre de l’État du Cambodge reproche à l’ancien monarque de s'abriter derrière le gouvernement de coalition pour revenir sur ses engagements alors que ce dernier, dans le style imagé qui le caractérise, déclare aux journalistes qu’ils ne se sont entendus sur rien, . Le lendemain, les deux autres formations cambodgiennes se joignent aux discussions mais rien ne permet de régler les différends apparus la veille. La conférence se tient néanmoins comme prévu une semaine plus tard avec les représentants de 19 pays et organisations dont James Baker, Edouard Chevardnadze, Geoffrey Howe, Qian Qichen ou Javier Pérez de Cuéllar. Comme les discussions préliminaires l’ont laissé présager, aucun accord n'est trouvé, mais les acteurs régionaux et internationaux peuvent néanmoins s’accorder sur les moyens de trouver une issue à la crise. Plusieurs commissions sont créées ; celle chargée du mécanisme international de contrôle et du cessez-le-feu sera présidée par le Canada et l’Inde, celle pour garantir la paix et la neutralité au Cambodge par le Laos et la Malaisie, celle sur la question des réfugiés et de la reconstruction par l’Australie et le Japon ; enfin, Norodom Sihanouk sera chargé d’un comité œuvrant pour la réconciliation nationale et la mise en place d’une instance devant représenter le Cambodge dans les futures tractations.
À la chute du mur de Berlin