Francesco Fortugno, né à Brancaleone (Province de Reggio de Calabre) le , mort assassiné à Locri le , est un homme politique italien.

Il est cice-président de l'Assemblée régionale de Calabre, élu de La Marguerite (centre-gauche), jusqu'à son assassinat en 2005 par la 'Ndrangheta. Son meurtre a suscité la création du mouvement anti-mafia Ammazzateci tutti (« Et maintenant tuez-nous tous! »). Sa veuve, Maria Grazia Laganà, est élue l'année suivante députée et s'implique dans la lutte anti-mafia. Quatre membres de la 'Ndrangheta sont condamnés à la perpétuité en 2009, deux d'entre eux étant des employés de l'hôpital de Locri : le meurtre avait pour mobile la prise de contrôle de l'administration sanitaire par la mafia locale.

Biographie

Ancien médecin diplômé en 1975, Fortugno se spécialisa en chirurgie et en médecine légale, travaillant à Reggio de Calabre. En 1986, il est élu conseiller municipal sur les listes de la Démocratie chrétienne (DC), devenant en 1992 vice-secrétaire de sa section locale. Proche du courant social-chrétien du sénateur et ex-ministre , il adhéra au Parti populaire italien créé par ce dernier lors de l'effondrement de la DC.

Nommé professeur à l'université Magna Græcia de Catanzaro, il fut également nommé vice-président de l', organisme régional chargé de la santé publique, à Melito di Porto Salvo. Il fut aussi secrétaire régional de la Confédération italienne des syndicats de travailleurs (CISL, social-chrétienne) puis nommé à son bureau national.

Travaillant pour la région du Reggio de Calabre de 1996 à 1999, il fut élu adjoint au maire de Locri (1999-2001), puis devint vice-président du conseil régional après la victoire de Agazio Loiero, élu comme lui sur les listes de La Marguerite (centre-gauche). Il se fit alors une réputation d'intégrité dans sa lutte contre la corruption et sa dénonciation de la 'Ndrangheta.

Assassinat et protestations populaires

Fortugno fut assassiné à Locri le , jour des primaires pour L'Union, coalition de centre-gauche à laquelle il appartenait. Un tireur de la 'Ndrangheta lui tira cinq balles devant des dizaines de passants alors qu'il était en train de voter, avant de s'éloigner calmement vers la sortie du bureau de vote pour monter dans une voitureDeath Comes To Locri, Time, 23 octobre 2005.

Ce meurtre mafieux, du genre dans la région de Locride en John Hopper, Move over, Cosa Nostra, The Guardian, 8 juin 2006, suscita une vague de protestations populaires, des étudiants manifestant le lendemain en solidarité avec Fortugno. Certaines bannières portaient de façon provocante l'inscription E adesso Ammazzateci tutti (« Et maintenant tuez-nous tous »), protestant contre la loi de l'omertà Italian Students March Against Mafia After Official's Killing, Bloomberg, 4 novembre 2005. Le , assistèrent aux funérailles. Le mouvement Ammazzateci tutti fut ainsi créé, avec une manifestation de à Locri le . Il proposa l'année suivante une loi visant à interdire aux politiques soutenus par des mafieux avérés le droit de se présenter aux élections.

Le ministre de l'Intérieur Giuseppe Pisanu (Forza Italia) se rendit après le meurtre dans la région, l'attribuant à la 'Ndrangheta qu'il qualifia d'« organisation criminelle la plus profondément enracinée, la plus puissante et la plus agressive » d'Italie .

Par ailleurs, la veuve de Fortugno, Maria Grazia Laganà, fille de l'ancien député démocrate-chrétien , se présenta aux législatives de 2006 sur les listes de L'Olivier. Élue députée du Parti démocrate, elle devint membre de la Commission de lutte contre la criminalité organisée et la mafia et fut réélue en 2008.

Enquête

Son assassinat a sans doute été lié à la tentative de la 'Ndrangheta de pénétrer les autorités sanitaires locales. Fortugno était en effet en train d'enquêter sur les contrats publics concernant les hôpitaux dans la région calabraisePatients die as Sicilian mafia buys into the hospital service, The Guardian, janvier 2007 , La Repubblica, 18 décembre 2006.

Plusieurs personnes soupçonnées d’être membres de la , un clan majeur de la 'Ndrangheta, furent arrêtées en , dont le parrain Vincenzo Cordì et Salvatore Ritorto, accusé d'être l'auteur matériel du meurtreMafia turncoat found hanged in Italy, DPA, 16 octobre 2007 Nove arresti per il delitto Fortugno, Rai News, 21 mars 2006.

L'enquête s'appuya sur les informations de Bruno Piccolo, propriétaire d'un bar de Locri et membre de la 'Ndrangheta, qui aida à identifier le commanditaire et l'exécuteur du meurtre. Le pentito, protégé par la police, fut surnommé par les siens l'Indegno (« l'Indigne »), et se serait ensuite suicidé. On découvrit son cadavre la veille du second anniversaire de l'assassinat de FortugnoMafia murder witness found dead, BBC News, 16 octobre 2007.. En , Enzo Cotreneo, joueur de l'équipe de football locale, fut assassiné, le jour où il devait rencontrer les enquêteurs au sujet du meurtre de Fortugno.

Procès

Neuf personnes soupçonnées d’être membres de la 'Ndrangheta furent arrêtées le Philippe Broussard, La Mafia fait trembler la Calabre, L'Express, 6 avril 2006, tous de Locri, suivis de deux autres arrestations le . Le mouvement Ammazzateci tutti se porta partie civile aux côtés de la région et de la municipalité.

Quatre d'entre eux furent condamnés à perpétuité le pour l'assassinat. Alessandro Marcianò et son fils Giuseppe, employés par l'hôpital de Locri, furent jugés coupable d'avoir commandité le meurtre, et Salvatore Ritorto de l'avoir exécuté, avec Domenico Audino comme compliceFour get life for 'mafia' killing, BBC News, 2 février 2009 Delitto Fortugno, quattro ergastoli, Corriere della Sera, 2 février 2009.

L'enquête démontra que Fortugno fut tué afin que le conseiller-régional démocrate-chrétien Domenico Crea puisse prendre sa place. Toutefois, ce dernier ne fut pas inculpé pour meurtre, aucune preuve n'ayant montré qu'il avait quelque connaissance que ce soit de cet appui, bien qu'il fût fortement soupçonné d'être lié de près à la 'Ndrangheta Giovanni Bianconi et Fiorenza Sarzanini, «Tra le mie braccia anche il più fesso è miliardario», Corriere della Sera, 29 janvier 2008. Il fut cependant arrêté en 2008 par la Direzione Distrettuale Antimafia lors d'enquêtes concernant l'administration sanitaire Gli intrecci e i favori «Adesso la sfida è svelare il terzo livello», Corriere della Sera, 3 février 2009, au cours desquelles au moins furent inculpéesCalabria: indagini sulla Sanità, 18 arresti. C'è anche il consigliere regionale Crea, Corriere della Sera, 28 janvier 2008.

Notes et références

Sources de la traduction

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