Selon Israel Epstein, la notion des droits de l'homme était inconnue dans l'ancienne société tibétaine Israel Epstein, My China Eye: memoirs of a Jew and a journalist, Long River Press, 2005, 358 p., p. 277 : .. Celle-ci connaissait le servage et une forme d’esclavage : . Selon Melvyn Goldstein, il y avait divers sous-statuts : les serfs qui louaient des terres à un domaine moyennant redevances et avaient de lourdes obligations, ceux qui étaient attachés à un domaine mais ne détenaient pas de terres et avaient donc moins d'obligations, et les serviteurs attachés de façon héréditaire à la maisonnée d'un seigneur Melvyn Goldstein, Serfdom and Mobility: An Examination of the Institution of "Human Lease" in Traditional Tibetan Society, in The Journal of Asian Studies, 1971, vol. 30, issue 3, pp. 521-534.. Heidi Fjeld voit plutôt une hiérarchie sociale analogue au système de castes en Inde Heidi Fjeld, Commoners and Nobles: Hereditary Divisions in Tibet, Nordic Institute of Asian Studies, 2003, p. X (préface) et p. 5 : . Le Tibet n’avait pas, selon Heinrich Harrer, de système judiciaire organisé avec des tribunaux Heinrich Harrer, Seven Years in Tibet, with a new epilogue by the author. Translated from the German by Richard Graves. With an introduction by Peter Fleming, Tarcher/Putnam, 1996, p. 190 : et la loi tibétaine comprenait parmi ses peines, des mutilations et la peine capitale. Cependant, selon Dawa Norbu, la peine capitale et les mutilations diminuèrent considérablement et finalement, le dalaï-lama interdit officiellement ces peines contraires au bouddhisme Dawa Norbu, Red star over Tibet, Envoy Press, 1987, p. 77 : en 1898 et en 1913. À la fin des années 1950, Fosco Maraini affirme que « les Tibétains [lui] ont paru un peuple véritablement heureux. Le bonheur ne dépend pas aussi nécessairement de la structure sociale ou du système de gouvernement… »Fosco Maraini, Tibet secret (Segreto Tibet), préface de Bernard Berenson, traduction de Juliette Bertrand (ouvrage orné de 68 héliogravures d’après les photographies de l’auteur), Arthaud, Grenoble, 1954 (parution initiale en 1952)., et Robert W. Ford, qui vécut cinq ans au Tibet à la fin des années 1940, précise que si les gens étaient pauvres, la nourriture ne manquait pas et le bonheur régnaitRobert W. Ford, Tibet rouge : capturé par l'armée chinoise au Kham, p. 288..
Selon le ministère américain des Affaires étrangères, les violations des droits de l'homme après 1950 au Tibet concernent la liberté de religion, de croyance et d'association. Au nombre de ces violations, les arrestations arbitraires et les mauvais traitements en prison, dont la torture. La liberté de la presse en PRC fait encore défaut, rendant difficile de déterminer précisément l'étendue des violations des droits de l'homme US State Department, Bureau of Democracy, Human Rights, and Labor, 2008 Human Rights Report: China (includes Tibet, Hong Kong, and Macau), February 25, 2009. Une série de rapports publiés dans les dernières années 1980 indique que la Chine forçait les Tibétains à participer aux programmes de contrôle de naissance stricts qui imposaient avortements et stérilisations forcées, et même l'infanticide https://www.jstor.org/pss/2645246. Selon un rapport d'Amnesty International de 1992, les normes juridiques en Chine ne satisfont pas aux « normes internationales ». Le rapport accuse le gouvernement Amnesty International, Amnesty International: "China - Amnesty International's concerns in Tibet", Secretary-General's Report: Situation in Tibet, E/CN.4/1992/37 de conserver l'internement des prisonniers politiques et la peine de mort dans son code pénal, et de ne pas réagir face aux mauvais traitements, y compris la torture et parfois la mort.. Le statut de la religion, principalement quand il est en relation avec des chefs à la fois religieux et politiques, comme le dalaï-lama, fait l'objet de critiques US State Department, Bureau of Democracy, Human Rights, and Labor, 2009 Human Rights Report: China (includes Tibet, Hong Kong, and Macau), March 11, 2010..
Droits de l'homme avant 1951 Pour Israel Epstein, un journaliste et écrivain naturalisé chinois, l'ancienne société n'avait rien qui ressemblât même de loin aux droits de l'homme Israel Epstein, My China Eye: memoirs of a Jew and a journalist, Long River Press, 2005, 358 p., p. 277 : .. En haut comme en bas de la société, des siècles durant on avait imprimé, dans la conscience des Tibétains, que le statut de chacun était la récompense de ses vertus ou la punition de ses fautes lors des réincarnations passées. Il était de ce fait absurde pour les riches d'avoir des scrupules à être sur le dos des pauvres, et il était à la fois criminel et blasphématoire pour les pauvres de ne pas subir patiemment le joug. Le vieux Tibet était tout sauf Shangri-la : : . Cette affirmation a été publiée dans Tibet Transformed en 1983, un ouvrage qualifié de « honteux tellement il est mensonger » par Patrick FrenchPatrick French, Tibet, Tibet Une histoire personnelle d'un pays perdu, traduit de l'anglais par William Oliver Desmond, Albin Michel, 2005, page 294 : (traduit prudemment (mais non moins ridiculement) en français par Lhassa étoile-fleur)., ex-directeur de la « Free Tibet Campaign » Michael Rank, compte rendu de Tibet, Tibet, A Personal History of a Lost Land, HarperCollins, 2003 , sur le site Enlightened Heart, 17 novembre 2008 : ..
Cependant, le et actuel dalaï-lama déclara dans un entretien avec Gilles Van Grasdorff qu'au , le roi Songtsen Gampo promulgua un code général d'éthique, aussi appelé code légal des 16 vertus morales, inspiré par la sagesse des règles de conduites bouddhistes. Dès cette époque, la peine de mort avait été interditeDalaï-lama, Gilles Van Grasdorff, Terre des dieux, malheur des hommes : "Sauver le Tibet", pp. 27-29, Jean-Claude Lattès, 1995, ..
Théocratie
Pour Fabienne Jagou, de 1643 à 1959, le gouvernement du Tibet est de nature théocratiqueFabienne Jagou, Les marges culturelles du territoire chinois, in Géographie et cultures, No 34, été 2000, p. 6 : . De même, Samten G. Karmay qualifie le Ganden Potrang (ou Gaden Phodrang) de « gouvernement théocratique » Samten G. Karmay, Religion and Politics: commentary, septembre 2008 : . Stéphane Guillaume voit dans la dalaï-lama « le chef théocratique du gouvernement tibétain »Stéphane Guillaume, La Question du Tibet en droit international, coll. « Recherches asiatiques », éditions L'Harmattan, 2009, 308 p., : ..
Dans un livre publié en 1946, le tibétologue indo-britannique Charles Bell, qui fut l'ami et le confident du dalaï-lama, le qualifie d'« autocrate absolu » tant dans le domaine de la religion que dans celui du gouvernement séculier du Tibet (publié initialement sous le titre de Portrait of the Dalai Lama, London, Collins, 1946) : , . Il ajoute que le fait qu'il soit considéré comme une divinité (il est l'incarnation de Cherenzig, le Bouddha de la compassion), vaut au dalaï-lama une position de domination absolue au Tibet : . Bell va jusqu'à écrire qu'il « était un dictateur, et cela encore plus vis-à-vis du pays qui était le sien que Herr Hitler et Signor Mussolini vis-à-vis du leur » : Pour le tibétologue Alex McKay, Charles Bell fait référence ici à l'étendue de son pouvoir, et non à son usage Alex McKay, The History of Tibet: The modern period : 1895-1959, p. 33 : . Charles Bell ajoute que, s'il ne disposait pas des moyens de diffusion de ces deux personnages pour se faire entendre, il avait le pouvoir de récompenser aussi bien que de punir les Tibétains dans leur vie présente comme dans leur vie à venir, de faire en sorte qu'ils renaissent sous la forme d'un être humain plutôt que sous celle d'un animal, et que cet être humain soit dans une position sociale élevée ou, mieux encore, qu'il soit moine ou nonne : . Toutefois, selon Catriona Bass, au début du , le gouvernement tibétain lui-même, sous la direction du dalaï-lama, a fait un certain nombre de tentatives éphémères de mettre sur pied un système d'éducation séculier moderne au Tibet, en envoyant 4 jeunes Tibétains en Angleterre en 1912 et en ouvrant une école anglaise en 1923 Catriona Bass, Education in Tibet: policy and practice since 1950, Zed Books, 1998, p. 2 : [...] .
Ce régime a pris fin en 1959 avec le départ en exil, du 17 au , du dalaï-lama et la dissolution, par le décret du , des instances gouvernementales théocratiques Ernst Steinkelner, A Tale of Leaves. On Sanskrit Manuscripts in Tibet, their Past and their Future, Royal Netherlands Academy of Arts and Sciences, Amsterdam, 2004 : . Melvyn Goldstein, The Snow Lion and the Dragon: China, Tibet and the Dalai Lama, University of California Press, 1997, , 152 p., en part. : ..
Servage
Des observateurs occidentaux comme le journaliste militaire britannique Edmund Candler, qui séjourna dans la capitale tibétaine en 1904 Edmund Candler, The Unveiling of Lhasa, Pentagon, London, 2007 : ., l'Indo-britannique David Macdonald, qui fut agent commercial à Yatoung et Gyantsé de 1909 à 1924 David Macdonald, The land of the lama: a description of a country of contrasts & of its cheerful, happy-go-lucky people of hardy nature & curious customs; their religion, ways of living, trade & social life, Seeley, Service & co., limited, 1929, 283 pages, p. 123 : , l'alpiniste autrichien Heinrich Harrer qui vécut à Lhassa dans la deuxième moitié des années 1940 Heinrich Harrer, Seven Years in Tibet, E. P. Dutton, 1954 : ., Robert W. Ford, un Britannique employé par le gouvernement tibétain comme opérateur radio dans la ville de Chamdo, dans le Kham, à la fin des années 1940Robert W. Ford, Tibet Rouge. Capturé par l’armée chinoise au Kham, Olizane, 1999 , p. 20 : ., témoignent dans leurs écrits de l'existence au Tibet d'un système féodal fondé sur le servage : « Le pays est régi par le système féodal. Les moines sont les seigneurs et les paysans leurs serfs » (Edmund Candler), (David Macdonald), « De nombreux serfs sont attachés à chaque domaine, on leur attribue quelques champs à cultiver pour eux-mêmes, mais ils sont contraints de passer un certain temps à travailler pour leur seigneur » (Heinrich Harrer), « au Tibet, un propriétaire dispose de ceux qui sont sur ses terres comme de serfs » (Robert W. Ford).
Le système de servage en vigueur avant 1959 a été étudié par Melvyn C. Goldstein à partir de 1965. Selon lui, l'organisation sociale traditionnelle du Tibet était une variante du servage (serfdom en anglais), comportant divers sous-statuts : les serfs qui louaient des terres à un domaine moyennant redevances et avaient de lourdes obligations (les khral-pa), ceux qui étaient attachés à un domaine mais ne détenaient pas de terres (les dud chung) et avaient donc moins d'obligations, et les serviteurs attachés de façon héréditaire à la maisonnée d'un seigneur (les nangsen) Melvyn C. Goldstein, Goldstein’s Response to M. Akester’s “Review of A History of Modern Tibet, Volume 2: The Calm before the Storm, 1951-55, by Melvyn C. Goldstein”, in Journal of the International Association of Tibetan Studies (JIATS), no. 5 (December 2009), 12 p..
Selon Karam Tej Singh Sarao, citant Tsering Shakya, certains des visiteurs du Tibet d'avant 1950 disent que les monastères et la classe des prêtres possédaient la majeure partie des sources de production, les lamas (abbés) étant de « riches personnages, qui possédaient des yaks, des milliers de moutons et exerçaient le commerce lucratif de la laine ». Il ajoute, citant Charles A. Sherring, que les villageois cultivaient la terre des lamas et des jongpen (préfets) sans rémunération, et toute terre abandonnée ou cédée était, dans la mesure du possible, ajoutée aux domaines existants de ces dignitaires, si bien que d'année en année la charge de travail agricole fournie gratuitement augmentait K.T.S. Sarao, A pilgrim's impressions about life in Western Tibet : .