Catherine Coquery-Vidrovitch, née le à Paris, est une historienne française, spécialiste de l'Afrique et professeure émérite de l'université Paris Diderot.
Formation et carrière universitaire Catherine Coquery-Vidrovitch est ancienne élève de l'École normale supérieure de Sèvres (1956L) et agrégée d'histoire (1959). Elle soutient en 1966 une thèse de intitulée Brazza et la prise de possession du Congo. La mission de l'ouest africain, 1883-1885Thèse de , notice Sudoc., sous la direction d'Henri Brunschwig, à l'École pratique des hautes études, puis elle réalise en 1970 une thèse d'État, intitulée Le Congo au temps des grandes compagnies concessionnaires : 1898-1930Thèse d'État, 1970, notice Sudoc, consultée en ligne le 15.06.15., en 1970. Elle a été élue en 1975 professeure à l'UFR Géographie, histoire et sciences de la société (GHSS) de l'Université Paris-DiderotFiche BNF, consultée en ligne, 16.06.15..
Elle a bénéficié d'une réelle reconnaissance internationale. Elle ainsi effectué divers séjours aux Etats-Unis, au (1987), au de l'Université de Princeton (1992) ainsi qu'au de l'Université de Canberra (1995),
Elle a fondé et dirigé, à la fin des années 1970, le laboratoire Connaissance du Tiers-Monde/Afrique, devenu d'abord SEDET, Sociétés en développement : études transdisciplinairesLaboratoire SEDET, page consultée en ligne le 16.06.16. puis, en 2014, composante du Centre d’études en sciences sociales sur les mondes africains, américains et asiatiques (CESSMA UMR 245)Site du laboratoire universitaire CESSMA, page consultée en ligne le 15.06.15.. Elle a pris sa retraite en 2001 et a été nommée professeure émérite.
Elle est devenue membre du Comité de vigilance face aux usages publics de l'histoire, dont elle est élue présidente en 2009Compte rendu de l'AG du 17 janvier 2009 ..
Elle a dirigé environ 175 thèses d'histoire, dont celles de nombreux universitaires et personnalités politiques, africains et françaisPierre Boilley, Achille Mbembe, Laurent Gbagbo, Ferdinand Nahimana, Facinet Béavogui, Jean-Louis Triaud, Jean-Jacques Vigoureux, Sumda Nurukyor, Muya Bia-Lushiku-Lumana, Mohamed Mbodj, Idrissa Kimba, Pierre Boussoukou-Boumba, Monique Lakroum, Jean-Didier Alavo, Serge Nédelec, Bernard Salvaing, Odile Goerg, Ibrahima Thioub…Liste des directions de thèses, notice Sudoc..
Recherches scientifiques Ses travaux portent sur l'Afrique, notamment sur les enjeux politiques de la colonisation ainsi que sur le concept d'impérialisme et de capitalisme en AfriqueBiographie de Catherine Coquery-Vidrovitch, Société française d'histoire d'outre-mer, consulté sur sfhom.free.fr, le 15 juillet 2010.
Sa thèse d'État (1970) étudie la mise en place d'une Le Congo au temps des grandes compagnies concessionnaires, 1898-1930, par la France en Afrique équatoriale entre 1898 et 1930. Elle considère que, durant ces trois décennies, une transition s'est opérée, d'une activité de traite exclusivement commerciale, qui s'accompagnait d'une occupation territoriale discontinue, essentiellement autour de postes côtiers (Libreville et Loango), ou situés le long des fleuves (Brazzaville, Ouesso), à une activité tournée vers les cultures de plantation, l'exploitation de ressources forestières, des gisements miniers, qui s'accompagnait de l'établissement d'une . Elle s'intéresse à l'étude des modalités politiques de cette transformation, à son impact sur les populations, notamment en termes de mobilité géographique, de la mise en place de qui ont, selon elle, configuré l'économie de l'Afrique contemporaineLe Congo au temps des grandes compagnies concessionnaires, 1898-1930, ..
Elle s'intéresse également aux femmes dans le contexte colonialFemmes et genre en contexte colonial, colloque Centre d’histoire de Sciences Po, comité scientifique, 2012, page consultée en ligne le 16.06.15., essayant de mettre en valeur leur rôle et leur fonction dans la société<ref>Les Africaines. Histoire des femmes d'Afrique noire du , Paris Desjonquères, 1994.</ref>. La perspective de Catherine Coquery-Vidrovitch est double : à la fois chronologique, elle étudie la situation des femmes en Afrique précoloniale, à la campagne et à la ville, puis coloniale et postcoloniale, avec la transition urbaine, et thématique, elle étudie des questions liées à l'éducation des filles, la place des femmes en politique, le rapport à la sexualité et leur place dans les mouvements d'émancipation.
Activités en lien avec l'histoire de l'Afrique Catherine Coquery-Vidrovitch est membre du bureau du CISH (Comité international des sciences historiques) de 2000 à 2005Liste des membres du bureau du CISH 1926-2010, consultée en ligne le 15.06.15..
Elle fait partie du conseil historique qui supervise la série documentaire Les Routes de l'esclavage, réalisée par Daniel Cattier, Juan Gélas et Fanny Glissant, en 2018.
Vie privée Elle a été l'épouse de Michel Coquery (1931-2011), géographe et ancien directeur de l'ENS Fontenay-Saint-CloudArmand Frémont, Michel Coquery, géographe, ancien directeur de l'ENS de Fontenay-Saint-Cloud, Le Monde, 29.11.11.. Elle a quatre enfants. Sa fille Natacha Coquery est enseignante-chercheuse, notamment à l'Université de Lyon, et est spécialiste d'histoire urbaine, de la consommation et du luxe au . Sa fille Marina Coquery est quant à elle directrice de recherche à l'Institut national de recherche en sciences et technologies pour l'environnement et l'agriculture.
Controverses Différends historiographiques En 2009, après un article dans la revue Afrique & histoire consacré à l'histoire coloniale en France au cours de la période des années 1960-1980, elle est accusée par Daniel Rivet d'y avoir sous-estimé à l'époqueDaniel Rivet, Post-scriptum aux souvenirs des années 1960-1980 de Catherine Coquery-Vidrovitch, Afrique & histoire, 2009/1 (vol. 7), p. 321 - 330, . En 2012, Guy Pervillé, qu'elle venait de décrire comme comptant des auteurs rassemblés dans l'ouvrage collectif Histoire de la colonisation, l'accuse à son tour, en réponse, d'avoir participé aux deux tomes d'un livre publié à la même époque, au début des années 1990, L'Histoire de la France coloniale, dont les auteurs, pour , selon Guy Pervillé, même si le livre revendiquait une pluralité de sensibilitésGuy Pervillé, Réponse au livre de Catherine Coquery-Vidrovitch : Enjeux politiques de l’histoire coloniale (2012), guy.perville.free.fr, 6 septembre 2012.. Un autre historien, Daniel Lefeuvre, a contesté quant à lui les données sur les échanges économiques entre la métropole et ses colonies africainesDaniel Lefeuvre, Pour en finir avec la repentance coloniale, 2006.C. Coquery-Vidrovitch, «Vendre : le mythe économique colonial», dans P. Blanchard et al., Culture coloniale, 1871-1931, Paris, Autrement, 2003, . En fait, après avoir en effet suivi une orientation engagée au sein des courants qui remettaient en cause une conception de "l'histoire nationale" trop fidèle aux héritages de l'impérialisme colonialiste, elle a réorienté sa trajectoire intellectuelle et scientifique en contribuant à l'approfondissement des réflexions sur les valeurs et les modes d'action de l'empire colonial et en insistant sur les dérives antihumanistes, comme à propos de l'esclavage ou des inégalités sociales au sein des communautés de l'Afrique coloniale. Elle aura incarné une vision de l'histoire dite "progressiste" qui aura équilibré l'histoire dite "nationale" et l'histoire critique des cheminements d'une colonisation dominatrice. Cela justifiait qu'elle devienne la conseillère scientifique de l'exposition organisée en 2017 au musée Quai-Branly-Jacques Chirac - d'où le livre: L’Afrique des routes : histoire de la circulation des hommes, des richesses et des idées à travers le continent africain . Et elle a fait partie du conseil historique qui a supervisé la série documentaire Les Routes de l'esclavage, réalisée par Daniel Cattier, Juan Gélas et Fanny Glissant, en 2018.
Distinctions En 1999, elle reçoit le Distinguished Africanist Award décerné par l'association nord-américaine Liste du prix, consultée en ligne le 16.06.15
Décorations , 2008Réception de la Légion d'honneur, 14.04.2008, discours de C. Coquery-Vidrovitch, consulté en ligne le 16.06.15. , 2014http://www.legiondhonneur.fr/sites/default/files/onm_20140515.pdf Décret 14 mai 2014 Grand officier de l'Ordre du Mérite]..
Publications Ouvrages Le Congo au temps des grandes compagnies concessionnaires, 1898-1930, Paris, Éditions de l´EHESS, 2001 (rééd. de 1972) , en ligne Tome 1 et Tome 2, thèse d'État. Afrique noire : permanences et ruptures, Éditions Payot, 1985. Afrique noire. Permanences et ruptures (Payot 1985) éd. révisée, L´Harmattan 1992 Histoire des villes d´Afrique noire : Des origines à la colonisation, Albin Michel, 1993 Les Africaines. Histoire des femmes d'Afrique du , Paris, Desjonquères, 1994 L'Afrique et les Africains au , Paris, Colin, 1999 « Le postulat de la supériorité blanche et de l’infériorité noire », in Marc Ferro (dir.), Le livre noir du colonialisme. : de l’extermination à la repentance, Paris, Robert Laffont, 2003, Des victimes oubliées du nazisme : les Noirs et l'Allemagne dans la première moitié du , Le Cherche-Midi, 2007 . Enjeux politiques de l'histoire coloniale, Marseille, Agone, 2009 Petite Histoire de l'Afrique : l'Afrique au sud du Sahara de la préhistoire à nos jours, La Découverte, 2010 . Mission Pierre Savorgnan de Brazza / Commission Lanessan (préface), Le Rapport Brazza, Mission d'enquête du Congo, Rapport et documents (1905-1907), Paris, Le Passager clandestin, 2014 . « Afrique : une histoire universelle. », Projet 2/2016 (), Les Routes de l'esclavage. Histoire des traites africaines , Paris, Albin Michel, 2018, 288 p. .
Direction et co-direction d'ouvrages L’Afrique noire, de 1800 à nos jours, avec Henri Moniot, Paris, PUF, coll. « Nouvelle Clio », 2005 ( éd. 1974) L'Afrique et la crise de 1930 (1924-1938), Paris, Revue française d'histoire d'outre-mer, tome LXIII, , 1976, . Avec Charles-André Julien et Magali Morsy (éd.) Les Africains, Paris, [Jeune Afrique], 1977. Sociétés paysannes du Tiers-Monde, Lille, Presses universitaires de Lille, 1981 (rééd. L'Harmattan, 1991). Avec Odile Goerg, L´Afrique occidentale au temps des Français, colonisateurs et colonisés, c. 1860-1960, Paris, La Découverte, 1992 La Découverte de l'Afrique : l'Afrique noire atlantique, des origines au , L´Harmattan, collection Archives, 2003 (dir.) L’Afrique des routes : histoire de la circulation des hommes, des richesses et des idées à travers le continent africain'', Paris, Musée du quai Branly — Jacques Chirac, 255 p.
Notes et références
Voir aussi Bibliographie (compte rendu de lecture).
. . Mélanges. Chantal Chanson-Jabeur, Odile Goerg (dir.) « Mama Africa », mélanges en hommage à Catherine Coquery-Vidrovitch, Paris, L'Harmattan, 2005 , 482 p. . . .
Articles connexes Histoire de l'Afrique Colonisation
Liens externes
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