vignette|redresse|L’Écho de la Lice, première année, , 1845. La Lice chansonnière est une des plus célèbres goguettes parisiennes. Ses membres portent le nom de licéens ou lycéens. Créée en , son existence dure 136 ans. Elle disparaît en 1967. Dans son héritage sont toujours connues deux célèbres chansons française : Ma Normandie de Frédéric Bérat et L'Internationale d'Eugène Pottier.

Histoire vignette|Le marteau du président de la goguette de la Lice chansonnière. Au départ, la Lice chansonnière devait être fondée par deux goguettiers : Charles Le Page et Émile Debraux. La mort prématurée de ce dernier, le dans sa Un oublié : le chansonnier Émile Debraux, roi de la goguette (1796-1831), par Albert Cim, in Le Ménestrel, page 284, 4 septembre 1909. Cet hebdomadaire a publié du 3 juillet au 9 octobre 1909 une biographie d'Émile Debraux en 13 épisodes, tous disponibles sur Gallica., modifie le projet. La Lice chansonnière est fondée en 1831 par Charles Le Page seul.

Au nombre de ceux qui se groupent avec lui à cette occasion, se trouve Louis Festeau, qui, dès cette année, remporte un premier prix dans cette société avec la chanson Le Défi, musique de l'auteurBiographie de Louis Festeau, par Henri Avenel, dans Chansons et chansonniers, C. Marpon et E. Flammarion éditeurs, Paris 1890, pages 185-194..

En 1832, le poète et chansonnier Édouard Hachin devient membre de la Lice chansonnière. Avec le temps, il en deviendra le plus ancien membre. Président d'honneur en 1878Louis-Henry Lecomte, Galerie de chansonniers, Édouard Hachin, Président d'honneur de la Lice chansonnière, La Chanson, , juin 1878, pp. 19-20-21., il est toujours alerte et actif une dizaine d'années après. Et, octogénaire, il chante une chanson nouvelle à chaque banquet mensuelHenri Avenel, Chansons et chansonniers, éditeur : C. Marpon et E. Flammarion, Paris 1890, page 242.. Il meurt en après 59 ans de participation à la Lice chansonnièreLa nouvelle de la disparition de Édouard Hachin est annoncée dans la rubrique Tablettes théâtrales, Le Matin, 21 mai 1891, page 3, ..

De 1832 à 1856, les tracasseries policières conduisent la Lice chansonnière à de nombreux déménagements forcés de son lieu de réunion. Ces déménagements inspirent en 1881 à Édouard Hachin une chanson comique : Voyages de la LiceHenri Avenel Chansons et chansonniers, pages 233 à 235..

Le règlement de la Lice chansonnière est édité en 1833. Le premier volume de ses chansons paraît en 1834Le Passe-temps et Le Parterre réunis journal paraissant tous les dimanches, nº 22, 3 juin 1900, Causerie, La Lice chansonnière.. Ce qui explique qu'il est souvent écrit que la Lice chansonnière a été fondée « vers 1834 ».

La Lice chansonnière refuse l'adhésion des femmes, excepté en 1834 où elle intègre dans ses membres la poétesse Élisa Fleury. Eugène Baillet dans une biographie de la poétesse publiée en 1898 a fait le récit de son admissionDe quelques ouvriers-poètes, biographies et souvenirs par Eugène Baillet, Labbé éditeur, Paris 1898, pages 74-75. :

...En 1834 elle (Élisa Fleury) se présenta à la Lice chansonnière, une société littéraire et chantante qui venait de se formerLa Lice chansonnière fut fondée en 1831. L'année de sortie de son premier recueil de poèmes est 1834, date souvent prise par erreur comme celle de la fondation de la société. et comptait parmi ses membres les plus joyeux et les meilleurs chansonniers de ce temps.

Mais une femme, une seule, dans une société d'hommes ! Les sociétaires étaient fort embarrassés. Le règlement n'avait pas prévu ce cas. Fleury vint un soir à une réunion et dit : « Messieurs, acceptez-moi, je suis un bon garçon et il n'y aura quun camarade de plus parmi vous. »

En est écrit et adopté le Chœur d'ouverture de la Lice chansonnière appelé couramment le Chant de la Lice, paroles de Blondel et Germain, musique de Blondel seul.

En au sein de la goguette est lancée la chanson Ma Normandie souvent évoquée aujourd'hui en France sous le nom de J'irai revoir ma Normandie. Elle est écrite et mise en musique par Frédéric Bérat. Laurent Quevilly écrit à propos de lui : « Il est un pur produit de la Lice chansonnière, fondée en 1834 par Charles Le Page, sorte d'académie populaire se réunissant chaque jeudi pour chanter en public. Sa devise : « Fumer, boire et chanter ». »

En 1842 la Lice chansonnière accueille dans ses membres le fameux goguettier lyonnais puis parisien François Barrillot.

En 1845 paraît une publication : L'Écho de la liceConsultable sur la base Gallica : L'Écho de la Lice..

En 1846 la société lyrique des Templiers publie une chanson de Charles Gille et Christian Sailer : Nos démissions à la Lyce Chansonnière où les deux goguettiers rejettent la Lice chansonnière, l'accusant de manquer de générosité, sincérité et refuser l'adhésion des femmes.

En 1849, la Lice chansonnière reçoit la visite de Gustave CourbetReflets poétiques et artistiques du ... (Gabriel de Gonet éditeur).

En 1856, la Lice chansonnière voit se clore son cycle de déménagements forcés. Elle établit ses réunions dans l'établissement nommé Aux Vendanges de Bourgogne, 14 rue de Jessaint et y restera au moins vingt-cinq années.

En 1863, La Muse gauloise. Journal de la chanson par tous et pour tous est fondée par Imbert et Marchal. Elle indique au nombre de ses collaborateurs l'ensemble des membres du Caveau et du Dîner des Vendanges, nom porté à l'époque par la Lice chansonnièreLa Muse gauloise. Journal de la chanson par tous et pour tous connaît juste 31 numéros, dont 10 sont consultable sur le site Gallica..-

La Lice chansonnière a donc changé de nom à cette époque. Par la suite elle a repris son nom d'origine, sous lequel on la retrouve à nouveau.

La goguette, à la suite de la mort d'Élisa Fleury survenue le 28 décembre 1862, annule son banquet de en signe de deuilLa Muse gauloise. Journal de la chanson par tous et pour tous., numéro 1, mars 1863, page 8..

Le les lycéens sont rassemblés à une soirée au bénéfice d'un des leurs : le poète, éditeur, chansonnier, goguettier et mécène des goguettes Charles Durand. Gravement malade, il meurt le lendemain. Il avait vécu et était mort pauvre, car il avait fait le choix de vendre ses éditions à des prix abordables pour les bourses modestesEugène Imbert, Nécrologie - Louis-Charles Durand, La Muse gauloise. Journal de la chanson par tous et pour tous., numéro 5, mai 1863, pages 38-39..

En février 1872 Henri Nadot crée à la Lice chansonnière sa chanson pacifiste Les canonsRobert Brécy Florilège de la Chanson Révolutionnaire, De 1789 au Front Populaire, Éditions Ouvrières, Paris 1990, page 113..

Le à la cérémonie d'inauguration du monument funéraire du chansonnier Desforges de Vassens au cimetière du Père-Lachaise à Paris sont représentées la Lice chansonnière, le Caveau et les Sociétés chorales de ParisLe Petit Journal, 17 novembre 1874, page 3, ..

Vers 1876 le poète et chansonnier montmartrois Jules Jouy fréquente la Lice chansonnièreSource : page Internet sur Jules Jouy. vignette|Ernest Chebroux : portrait-charge de Hippolyte Leboullenger, président de la Lice chansonnière en 1876Portrait-charge fait par Ernest Chebroux, extrait de : Les Fredaines de la chanson. Souvenir de Pomponne-les-Bois, 20 août 1876, éditeur : imp. de Vve Ethiou-Pérou et A. Klein, Paris 1877.. Le il inaugure sa propre goguette : Le Rire gaulois. Elle est essentiellement composée de membres de la Lice chansonnière dont il est à présent adhérentLa Chanson, Revue mensuelle, Archives de la chanson, Écho des sociétés lyriques, août 1878, numéro 4, page 52..

En mai 1880 survient la brouille entre la revue La Chanson et la Lice chansonnière. Cette revue fait part de l'événement à ses lecteursLa Chanson , numéro 6, page 47, 19 juin 1880..

Par la suite La Chanson ne rend plus compte des activités de la Lice chansonnière.

À l'époque de la rupture entre la revue et la Lice chansonnière, La Chanson mène campagne pour rassembler les goguettes en les fédérant sous la bannière politique de la République. Vouloir créer un syndicat des goguettes avec une direction, réduire les fiers licéens à ne plus être qu'une fraction d'un groupe de sociétés et introduire une orientation politique précise et générale pour toutes les goguettes adhérentes sont les raisons très vraisemblables de cette brouilleNote : La Lice chansonnière est neutre politiquement. Le lycéen modéré politiquement Gustave Nadaud en fera la démonstration trois années après en soutenant financièrement l'édition des chansons révolutionnaires du communard Eugène Pottier..

L'année suivante, le , la Lice chansonnière fête joyeusement son cinquantenaire avec un banquet de 143 couverts. Les convives sont tous masculins, chantent et improvisent des chansons. Eugène Baillet, qui préside, chante Le Rondeau de la Lice chansonnière qu'il a composé pour cette occasionEugène Baillet, Le Rondeau de la Lice chansonnière. La fête est clôturée par une tombolaLe compte-rendu de cet événement est fait par Alexandre Pothier dans la Chronique parisienne de La Presse, 7 mai 1881, page 1..

Un journaliste du journal Le Temps, dans son compte-rendu de la fête relève queRubrique Au jour le jour, La Lice Chansonnière, Le Temps, 8 avril 1881, page 2, et . : « Les braves gens réunis hier ne sont point des auteurs vivant de leurs productions, mais simplement des amateurs que rassemble le plaisir de chanter. Le président est horloger, tel autre marchand drapier, tel autre un ouvrier aisé qui a quelques loisirs. »

Parmi ces chansonniers amateurs il mentionne un homme politique : « Leconte, député de l'Indre, rimeur intarissable ».

Au nombre des distractions il y a ce soir-là le tour de marotte :

Pour faire honneur aux fondateurs de la Lice, on a chanté hier huit de leurs chansons. Puis a eu lieu ce qu'on appelle le tour de marotte. Un refrain est donné aux membres titulaires, et chacun d'eux, sans prévenir les autres, fait un couplet dessus.

En 1883 Eugène Pottier présente une chanson au concours de la Lice chansonnière et remporte la médaille d'argent.

Il retrouve à cette occasion le chansonnier Gustave Nadaud qui l'a croisé en 1848 et à qui il a alors fait une forte impression<ref>Octave Pradels, Trente ans de café-concert : souvenirs de Paulus (recueillis par ; 300 illustrations, 60 chansons), Paris, Société d'édition et de publications, , extrait du chapitre 5.</ref>.

Grâce à ces retrouvailles une cinquantaine de chansons de l'auteur de l'Internationale sont publiées pour la première fois en 1884 et sauvées de l'oubli par Nadaud qui admire beaucoup le talent poétique de Pottier tout en étant très loin de partager ses opinions politiques.

Nadaud qui a financé l'impression du recueil de Pottier termine sa préface élogieuse par un distique :

La politique nous sépare Et la chanson nous réunit. vignette|redresse|Le Rappel, 17 août 1885Le Rappel, 17 août 1885, page 4, .. L'initiative de Nadaud en faveur de Pottier incite ses amis politiques à publier en 1887 ses Chants révolutionnaires avec une préface de Henri RochefortRobert Brécy Florilège de la Chanson Révolutionnaire, De 1789 au Front Populaire, Éditions Ouvrières, Paris 1990, page 136..

Sans Nadaud et la Lice chansonnière, ni l'Internationale ni les autres œuvres de Pottier ne seraient connues.

La Lice chansonnière est elle-même l'objet d'une chanson du licéen Charles Vincent intitulée Ma rentrée à la LiceCharles Vincent Ma rentrée à la Lice. vignette|redresse|La Presse, 6 juin 1905Nos Échos, Informations, La Presse, 6 juin 1905, page 3, .. vignette|redresse|Le Petit Parisien, dimanche 7 février 1909Rubrique Petites informations, Le Petit Parisien, 7 février 1909, page 4, .. Durant l'année 1893 la Lice chansonnière édite son propre périodique. Il est exclusivement réservé à ses membres et aux Visiteurs et porte le nom de La Lice chansonnière, sous-titré Société littéraire fondée en 1831..