Labbaye Notre-Dame de Bellevaux est une abbaye de l'ordre cistercien qui se situe en France à Cirey dans la Haute-Saône. Elle fut fondée en 1119.
Histoire Bellevaux, en latin Bella Vallis, fut fondée par Pons de La Roche et Étienne de Traves en 1119. Il s'agit de la première fille de l'abbaye de Morimond et aussi de la première abbaye cistercienne en Franche-ComtéRené Locatelli (dir.), Bellevaux, de l'abbaye au château, Centre d'animation régional de Bellevaux, 1987, 19 p. , et René Locatelli, Sur les chemins de la perfection : moines et chanoines dans le diocèse de Besançon vers 1060-1220, Saint-Étienne, 1992, p. 205..
La naissance de l'abbaye de Bellevaux coïncide avec l'apparition de la lignée des seigneurs de La Roche-sur-Ognon apparentés aux seigneurs de Scey ; un domaine foncier lui est constitué avec l'aide des seigneurs de Cirey et de Chambornay. L'église est consacrée en 1143 et dédiée à Notre-Dame.
Bellevaux participe à l'essaimage des abbayes à la suite de sa mère Morimond : dès 1124, elle concourt à la fondation de l'abbaye de Lucelle au diocèse de Bâle puis, au diocèse de Lausanne, à celle de Montheron (vers 1130). Dans sa proximité immédiate, elle fonde les établissements de Rosières (1132) et la Charité (1133) ; puis, les sires de La Roche étant devenus seigneurs en Attique à la suite de la quatrième croisade, l'abbaye de Daphni (parfois appelée « abbaye de Laurum » dans certains actes)Jean Richard, « Laurum », une abbaye cistercienne fantôme, Bibliothèque de l'École des chartes, 1971, 129-2, p. 409-410., en Grèce actuelle.
À la fin du , l'abbaye a la chance d'obtenir des reliques de Pierre II de Tarentaise. Ancien moine devenu archevêque de Tarentaise (1141-1174), il parcourt la Bourgogne pour obtenir au pape des soutiens dans sa lutte contre l'empereur quand la mort le surprend. Malgré les vœux des chanoines de Tarentaise, il est enterré à Bellevaux et, fort de sa réputation de saint homme et de thaumaturge, il est canonisé dès 1191.
Bellevaux devient dès lors un important centre de pèlerinage, tandis que de nombreux nobles des alentours (au premier rang desquels les sires de La Roche) et même trois archevêques de Besançon (Gérard, Nicolas et Eudes de Rougemont se font enterrer dans l'abbatiale. Après la Révolution française, les reliques sont transférées dans l'église de Cirey.
À partir du , les granges sont affermées et l'abbaye investit dans les salines de Lons-le-Saunier et de Salins-les-Bains. Ils font construire un hôtel particulier à Besançon. Les effectifs baissent pour atteindre une vingtaine de moines (18 en 1352 lors de la visite de l'abbé de Morimond).
La situation est de plus en plus difficile : l'abbaye ne compte plus que six moines en 1497 et on en vient à exposer exceptionnellement les reliques de Pierre de Tarentaise pour attirer les aumônes afin de réparer l'église.
La commende s'impose peu à peu : Jean Rolin, fils du chancelier Rolin devient abbé commendataire en 1455. Elle est définitive à partir de 1551 et l'abbatiat de Pierre d'Andelot.
La guerre de Dix Ans frappe l'abbaye de plein fouet : en 1650, le prieur dit n'avoir plus de nappe pour l'autel ni de livre pour dire la messe. Il est le seul occupant. Au la situation s'améliora considérablement: Les revenus des nombreuses possessions étaient abondantes, les quatre ou cinq moines avec une douzaine d'employés menaient une vie confortable, et des bâtiments somptueux furent érigés sous le dernier abbé commendataire, par ailleurs évêque d'Évreux, Louis-Albert de Lezay-Marnésia.
L'abbaye est vendue comme bien national en 1791 à Thomas de Vesoul, qui les revend en 1795 au général Pichegru. En 1817, Eugène Huvelin, ancien moine de l'abbaye de Sept-Fons (et oncle de l'abbé Huvelin), et deux convers du même monastère rachètent les bâtiments des héritiers du général Pichegru et y installent une nouvelle communauté de vingt-cinq moines, sous l'observance de Sept-Fons. Dom Huvelin fait revenir des reliques de Pierre de Tarentaise et les installe dans une chapelle aménagée dans une prolongation du bâtiment avec les écuries en dehors de la clôture.
En 1830, après la mort de dom Huvelin, l'abbaye est rattachée à La Trappe. Cependant, devant l'hostilité des villageois à l'occasion de la Révolution de 1830, les religieux préfèrent se retirer d'abord en Suisse. Leur situation impose la vente de Bellevaux, et après l'échec des tentatives de racheter leur ancien monastère franc-comtois au Val-Sainte-Marie (Doubs) et puis dans les abbayes de la Grâce-Dieu (Doubs) et de Tamié (Savoie) Patrick Braun, « Bellevaux – Ein Trappistenkonvent im Freiburger und Walliser Exil (1830–1834) », in Freiburger Geschichtsblätter, 64, 1985/1986, p. 203–225..
L'abbaye repasse en main privée en 1837. Trois générations de la famille de Ganay utilisèrent Bellevaux comme résidence estivale, dont Ernest de Ganay (né à Bellevaux en 1880, mort en 1963), historien des jardins français et poète, était le personnage le plus profilé. Après la vente en 1957, Bellevaux servit pour des colonies de vacances. Après la faillite de cette organisation, Bellevaux est - depuis 1994 - de nouveau une habitation privée.
L'abbaye a été inscrite aux Monuments historiques par arrêté du et son site, classé par arrêté du pour son caractère pittoresque.. Elle est aujourd'hui propriété privéeSite des propriétaires, avec infos et références historiques.
Topographie, bâtiments, réseau hydraulique L’abbaye fut construite au fond d’un petit vallon, qui s’ouvre vers la vallée de l'Ognon. Les bâtiments se trouvent au milieu d’un terrain à peu près rectangulaire d’environ huit hectares entouré par un mur d’enceinte. La fondation ne fut point situé dans un « désert », mais sur un terrain cultivé dans la voisinage de deux villages (Cirey et Chambornay). L’orientation des bâtiments suivait la topographie du vallon : le chœur de l’église ne fut donc pas orienté vers l’est, mais vers le sud-ouest.
Dans les bâtiments actuels on ne peut observer que des restes de l’abbaye médiévale. L’église abbatiale romane, dédiée en 1143, est très mal documentée. Des sources du parlent de trois nefs voûtées, trois autels dans le chœur et deux chapelles latérales qui donnent sur le bas-côté gaucheArchives départementales de la Haute-Saône, H 51.. Des visites de la fin du et de la première moitié du Ces sources furent transcrites et analysées dans l'ouvrage suivant: Angélique Henriot [Boillot]: Notre-Dame de Bellevaux: une abbaye cistercienne franc-comtoise. Mémoire de maîtrise de l'histoire du Moyen Âge, Université de Franche-Comté. Besançon 2003. lire en ligne. pourtant mentionnent au moins six chapelles latérales; l'église avec une longueur d'au moins fut probablement raccourcie avec la démolition d'une partie de la nef pendant une rénovation de la deuxième moitié du . Plusieurs éléments de la décoration sont conservés (clé de voûte, chapiteaux, ogives). Ils démontrent que l’édifice n’était pas tout à fait un exemple de la simplicité cistercienne, alors que l'église est à peu près contemporaine de l’abbaye de Fontenay.
Sur la façade sud-est de l’actuel bâtiment conventuel, on voit un pilastre (in situ) avec un chapiteau (décor végétal, y inséré au ) et une console avec ogives (probablement in situ), ainsi que trois portes qui donnaient sur le transept / le chœur : la porte de la sacristie avec jambage médiéval (au moins en partie pas in situ), la porte à l’escalier du dortoir et la porte au cloître (1786–1788). Un sondage archéologique en 1986Marcel Petitjean, L'Abbaye de Bellevaux, Haute-Saône. Sondage archéologique. Août 1986. Association du centre de Beaumotte, Rioz, 1986. a mis au jour une petite partie du sol de l’église (post-médiéval) peu sous la surface actuelle. Les mêmes sondages ont démontré que le cloître était un carré exact (surface intérieure 43,5 x ). Pendant des travaux en 2012 un reste du jambage d’une porte était visible devant la façade nord-est – avec le seuil à sous le niveau actuel.
Au plus tard au l’aile nord-ouest du complexe – au Moyen Âge l’aile des frères convers – fut transformée en logis abbatial ; l’abbé César de Marnais de La Bastie y ajoute un pavillon. Un projet détaillé de 1741 pour la construction d’un nouveau logis abbatial indépendantArchives départementales de la Haute-Saône, H 51 : « devis constructif et estimatif ». (probablement sur la surface au sud-ouest du bâtiment conventuel) n’aboutit jamais. Plusieurs travaux d’entretien sous la direction de l’architecte Claude Pierrot de Besançon sont documentés pour les années 1740 et 1750Archives départementales de la Haute-Saône, H 51 : projet de 1741 ; description / procès-verbal de 1760 après la mort de l’entrepreneur Claude Pierre Brun de Besançon.. Le logis abbatial fut rénové. Deux chapelles latérales au bas-nef droite (au sud-est) de l’église furent démolies pour permettre la réparation du mur extérieur. Le niveau du pavé de l’église fut levé (). Le clocher fut reconstruit. Quatre ogives du cloître furent reconstruites pour mieux soutenir les voûtes de l’église. Le grand bâtiment avec écuries et grainiers est daté 1762, le porche 1764. Probablement aussi dans les années 1760 le mur d’enceinte fut reconstruit. En 1777 on prolongeait le bâtiment avec les écuries et on commençait à reconstruire et voûter les canaux, qui étaient jusqu’ici seulement couverts par des planchesArchives départementales de la Haute-Saône, H 60, fol. 85r..
La plus grande entreprise de reconstruction se déroula entre 1786 et 1788 : le bâtiment conventuel (« notre maison »), l’aile sud-est et une partie de l’aile nord-est, fut reconstruit sous la direction de l’architecte Joseph Cuchot de BesançonLes comptes sont conservés aux archives départementales de la Haute-Saône, H 60, foll. 248r ss, 263v ss, 281r ss. Plusieurs artisans y sont mentionnés avec leurs noms.. Un souci permanent était le niveau des bâtiments, qui était plus bas que les alentours, et l’état précaire de plusieurs conduits d’eau. Pour le nouveau bâtiment on y porta remède avec le renouvellement intégral du réseau hydraulique et un rehaussement considérable du niveau du rez-de-chaussée. Seulement autour du cloître et vers l’église des anciens murs furent intégrés dans la nouvelle bâtisse.
Les inventaires révolutionnaires mentionnent le mauvais état des bâtiments qui n’étaient pas reconstruits. Probablement peu après la vente aux enchères de 1791 la démolition de l’église et l’exploitation de ses matériaux commencèrent. En 1830 encore les « tristes ruines » de l’église furent mentionnéesJérôme Verniolle, Histoire des trappistes du Val-Sainte-Marie, diocèse de Besançon, avec des notices intéressantes sur les autres monastères de la Trappe en France, revue avec soin. Waille, Paris 1843, p. 50. .. C’était donc la famille de Ganay qui faisait raser les derniers restes des bâtiments autour du cloître qui précédaient celui de 1786–1788, y inclus le logis abbatial.
vignette|Ancienne abbaye Notre-Dame de Bellevaux, vers 1900.