La Fête-Dieu, dite aussi Corpus Domini ou Corpus Christi, aujourd'hui appelée par l'Église catholique romaine Solennité du Saint-Sacrement du Corps et du Sang du ChristDom Robert Le Gall, Dictionnaire de liturgie (en latin : Sollemnitas Sanctissimi Corporis et Sanguinis Christi), est une fête religieuse essentiellement catholique romaine et parfois anglicaneLa Fête-Dieu a été abolie par l’Église anglicane en 1548, mais le mouvement anglo-catholique l'a rétablie dans certaines paroisses à partir du milieu du . célébrée le jeudi qui suit la fête de la Sainte Trinité, c'est-à-dire soixante jours après Pâques, ou le dimanche d'après dans certains pays comme la France (en vertu d'un indult papal). Cette fête célèbre la présence réelle de Jésus-Christ dans le sacrement de l'Eucharistie, c'est-à-dire sous les espèces (apparences sensibles) du pain et du vin consacrés au cours du sacrifice eucharistique (messe).

Les origines de la fête du Corps et du Sang du Christ remontent au . L'élévation de l'hostie, lors de la messe, manifestait déjà le désir de contempler le Saint-Sacrement. Mais l'impulsion décisive en vue d'une fête particulière fut donnée par sainte Julienne de Cornillon et la bienheureuse Ève de Liège. D'abord instituée en 1246 et célébrée dans le diocèse de Liège (principauté de Liège), cette fête fut universalisée le par le pape Urbain IV avec sa bulle Transiturus de hoc mundo donnée à Orvieto, alors siège apostolique.

La fête du Saint-Sacrement est un jour férié dans certains pays de tradition catholique (Portugal, Monaco, Croatie, Pologne, Brésil, Colombie, Autriche, Saint-Marin, länder catholiques d'AllemagneBade-Wurtemberg, Bavière, Hesse, Rhénanie-Westphalie, Rhénanie-Palatinat et Sarre ainsi que certaines communes à majorité catholique en Saxe et en Thuringe., cantons suisses catholiques, par exemple). En vertu d'une dérogation prévue par les livres liturgiques dont l'application relève de l'autorité des évêques et des conférences épiscopales des pays concernés, elle est reportée au dimanche qui suit la fête de la Trinité dans les pays où elle n'est pas inscrite au nombre des jours fériés (Belgique, France, Italie - depuis 1977, etc.).

Pendant la procession, l'officiant (prêtre ou évêque) porte l’Eucharistie dans un ostensoir au milieu des rues et des places qui sont souvent richement pavoisées de draperies et de guirlandes et d'autels personnels, familiaux, devant l'entrée des maisons. Le Saint-Sacrement et l'officiant qui le porte sont abrités sous un dais porté par quatre à huit notables ou clercs. On marche habituellement sur des tapis de pétales de roses parsemant l'itinéraire, aux chants des cantiques et des fanfares.

Origine vignette|Maître de Jacques IV d'Écosse, Procession for Corpus Christi, enluminure v. 1515, Getty Center.L'histoire de la solennité s'inscrit dans le sillage du débat théologique suscité par la polémique de Bérenger de Tours, qui niait la présence réelle du Christ dans l'Eucharistie. Dans la bulle Transiturus qui institua la Fête-Dieu, le pape Urbain IV écrit : « Il est juste, pour confondre la folie de certains hérétiques, qu'on rappelle la Présence du Christ dans le très Saint-Sacrement ».

L'évolution de la théologie sacramentelle et son développement dans les écoles des fut décisive. Le facteur déterminant qui a permis la solennité de la Fête-Dieu a surtout été l'évolution de la religiosité populaire, grâce au développement de la prédication. Ce réveil s'accompagnait d'un désir de contempler l'hostie consacrée pendant la messe : c'est à Paris, vers 1200, que l'existence de ce rite de l'« élévation », au moment de la consécration, est attestée pour la première fois.

Personnalités du en lien avec l'Eucharistie Le est une période féconde pour l'Église avec les figures de Julienne de Cornillon, de François d'Assise et Claire d'Assise et de Thomas d'Aquin. François d'Assise La foi de François d'Assise dans le Corps et le Sang du Seigneur apparaît dans sa Lettre aux fidèles. François rappelle, en une sorte de credo, l’essentiel du mystère de Jésus : la place centrale et récapitulative de l’Eucharistie : « Cette Parole du Père, si digne, si sainte et si glorieuse, le Père très haut l’envoya du ciel […] Lui qui fut riche par-dessus tout, il voulut lui-même dans le monde, avec la très bienheureuse Vierge, sa mère, choisir la pauvreté. Et près de la passion, il célébra la Pâque avec ses disciples et, prenant le pain, il rendit grâces et le bénit et le rompit en disant : Prenez et mangez, ceci est mon corps (Math. 26, 26). » Ici, l’Eucharistie se situe à la charnière entre les deux temps forts du mystère du Christ : sa venue dans le dépouillement de l’incarnation et son chemin pascal de remise totale entre les mains du Père. Pour François, incarnation rédemptrice, conversion de vie et réception de l’Eucharistie sont trois réalités imbriquées. Claire d'Assise Claire d'Assise († 1253), dans une iconographie répandue à partir du , est souvent représentée, l'ostensoir à la main, par allusion au fait que, déjà très malade, elle se prosternait, soutenue par deux sœurs, devant le ciboire d'argent contenant l'hostie, placé devant la porte du réfectoire, face aux troupes sarrazines. Thomas d'Aquin Thomas d'Aquin († 1274) se distingua par son amour de l’Eucharistie, qu'il célébrait chaque jour après avoir servi la messe d'un de ses confrères. Quand il célébrait l’Eucharistie, des larmes coulaient sur ses joues. Il fut chargé par le pape Urbain IV de rédiger le texte de l'office et de la messe de la solennité promulguée en 1264 par la bulle Transiturus. Les manuscrits autographes font défaut, et le texte de la première composition réalisée en 1264 a disparu. Son office, qui est actuellement en usage, fut peut-être élaboré tardivement, et il semble que la version définitive ait été fixée après le concile de Trente.

Prémices à Liège 290px|vignette|Gravure d'un cortège de Fête-Dieu imprimé à Metz en 1858, musée du Grand Curtius, Liège.C'est en grande partie à Julienne de Cornillon que l'on doit la Fête-Dieu : à partir de 1209, elle eut de fréquentes visions mystiques. Une vision revint à plusieurs reprises, dans laquelle elle disait voir une lune échancrée, c'est-à-dire rayonnante mais incomplète, une bande noire la divisant en deux parties égales. À partir de cette période, elle œuvra pour l'établissement d'une fête solennelle en l'honneur du Saint Sacrement. Elle fut aidée pour cela par la bienheureuse Ève de Liège, recluse.vignette|gauche|Certificat d'institution de la Fête-Dieu. Document sur parchemin, . Musée du Grand Curtius, Liège.En 1222, Julienne fut élue prieure du Mont-Cornillon et continua les démarches pour l'instauration de la Fête-Dieu, demandant conseil à plusieurs personnalités de l'époque, tels que Jean de Lausanne, chanoine de Saint Martin, Jacques Pantaléon, archidiacre de Liège et futur pape Urbain IV, Gui, évêque de Cambrai, et aussi des théologiens dominicains, dont Hugues de Saint-Cher.

La fête fut célébrée pour la première fois par le prince-évêque Robert de Thourotte. Tombé malade à Fosses, craignant de n'avoir pas le temps de confirmer la fête à sa principauté, il recommanda l'institution de la fête au clergé qui l'entourait et en fit célébrer l'office en sa présence, à Fosses même. Il y mourut le sans avoir pu tenir un synode général et y publier son mandement. Cependant, à partir de 1246, la Fête-Dieu fut célébrée dans le diocèse de Liège à la basilique Saint-Martin avant d'être instituée en 1252 par le légat pontifical Hugues de Saint-Cher et confirmé en 1254 par Pierre Caputius autre cardinal-légat du Saint-Siège.

Les bourgeois de Liège s'opposaient à la fête car cela signifiait un jour de jeûne en plus et certains religieux considéraient que telle fête ne méritait pas pareil budget. L'opposition à la fête devenant plus forte après 1246, Julienne dut quitter son couvent et passa de monastère en monastère. Elle trouva refuge dans plusieurs abbayes cisterciennes. Elle mourut le à Fosses-la-Ville, entre Sambre et Meuse, et fut inhumée dans l'abbaye cistercienne de Villers-La-Ville.

Instauration de la Fête-Dieu Miracle de Bolsena 180px|vignette|Dalle de marbre avec le sang du miracle, conservée dans la basilique Sainte-Christine de Bolsena. L'approbation papale de la Fête-Dieu aurait largement été liée à un miracle eucharistique survenu à Bolsena au .

Cette tradition est relatée par les fresques de la cathédrale d'Orvieto. En 1263, un prêtre de Bohême, Pierre de Prague, aurait fait un pèlerinage et éprouvé de grands doutes spirituels notamment sur la Présence réelle du Christ dans l’Eucharistie. Au cours d’une messe célébrée par ce prêtre, lors de la consécration, l’hostie aurait pris une couleur rosée et des gouttes de sang en tombèrent sur le corporalUne partie des reliques est encore conservée à la cathédrale d'Orvieto, ainsi que dans la basilique Saint-Christine où l’on peut voir l’autel du miracle et quatre pierres tachées de sang.. Le prêtre interrompit la messe pour porter à la sacristie les saintes espèces. Le pape Urbain IV serait alors venu constater ce qui était survenu et aurait participé lui-même au transfert de l'hostie et du corporal de Bolsena jusqu'à la cathédrale d'Orvieto.

Institution de la Fête-Dieu Porté par la tradition de Liège et impressionné par le miracle eucharistique de Bolsena (1263), le pape Urbain IV, universalisa alors la fête du Corpus Christi, par la seconde édition, le , de la bulle Transiturus (dont la première version datée du est destinée au patriarcat de Jérusalem).

Il la fixa au jeudi après l’octave de la Pentecôte et confia la rédaction des textes liturgiques à St. Thomas d'Aquin, lui aussi à Orvieto à St. Domenico.

La Fête-Dieu ne fut reçue dans toutes les églises latines qu'au temps de Clément V, à l'époque du concile de Vienne (1311-1312), où il renouvela la constitution d'Urbain IV.

Développement et coutumes de la Fête-Dieu

270px|vignette|Procession de la Fête-Dieu à Baden-Baden, Allemagne Allemagne La procession du Saint-Sacrement est attestée pour la première fois à Cologne, entre 1274 et 1279 : appelée Mülheimer Gottestracht, en tant que procession navale se produisant sur le Rhin. Cette dévotion se développa jusqu'au et continue encore aujourd’hui.

Belgique En faveur du célébré en 1846 à Liège, les autorités avaient demandé à Felix Mendelssohn de composer une cantate en polyphonie de la séquence Lauda Sion, qui fut jouée le jour de la Fête-Dieu à la basilique Saint-Martin.

Dix ans plus tard, le diocèse de Liège organisa diverses manifestations, dont un défilé de chars dans le quartier Saint-Laurent près de la basilique, puis un cortège fluvial sur la Meuse.

France

270px|vignette|Procession de la Fête-Dieu à Saint-Paul-en-Jarez (Loire) au début du .Cette fête était autrefois accompagnée en France de processions publiques où l'hostie était portée en grande pompe à travers les rues. Elles étaient entrecoupées de stations et de prières à des autels provisoires décorés, appelés reposoirs, disposés le long du parcours. À Angers, la procession qui s’appelait « sacre » comportait de grands théâtres portatifs en bois du nom de « torches » pour chaque corps de métier importantProcessions de la Fête-Dieu à Angers. Ailleurs, les hommes constituent une où se mélangent sapeurs, tambour-majors et autres soldats en armes. Les costumes, fabriqués par les couturières du village, sont éclatants de couleurs. La troupe défile en musique (alternativement chants des hommes, chants des femmes puis la batterie fanfare) jusqu'à l'église dans un ordre imposé. Dans le diocèse de Metz, les premières communiantes de l'année précédaient le cortège en lançant des pétales de fleurs; dans les Vosges, il était interdit de travailler dans les champs ce jour-là, dans le pays du Donon, les gens affluaient au Lac de la Maix ou une procession eucharistique faisait le tour du Lac.