Voici une liste des plans-séquences célèbres ou remarquables au cinéma.
Ordre chronologique
Années 1900 La Boucle de Georgetown, Colorado sorti en 1903 comporte deux plans-séquences.
Années 1920
Dans L'Aurore (1927, Murnau), lorsque le mari s'avance à la rencontre de la femme de la nuit. Il s'agit là d'un des tout premiers plans-séquences du cinéma..
Années 1930
Dans Scarface (1932, Howard Hawks), le plan d'ouverture dure plus de deux minutes, partant d'un panneau de signalisation de carrefour en forme de croix et se terminant par le meurtre d'un baron de la pègre, au terme d'un long travelling à travers un night-club. « L’utilisation dramatique du plan-séquence est magistralement illustrée dès 1930 dans M le maudit, de Fritz Lang, où l’on voit les activités interlopes auxquelles se livrent les membres de la pègre au siège de leur amicale ou syndicat. La caméra, étonnamment véloce pour l'époque et curieuse, aligne l’un derrière l’autre deux plans-séquences, l’un d’une minute quarante et l’autre de quarante secondes. » Ninotchka (1939, Ernst Lubitsch), envoyée à Paris par le gouvernement soviétique pour superviser la vente de bijoux saisis pendant la révolution russe, rencontre le comte Léon d'Algout qui, lui, est chargé de les récupérer par leur ancienne propriétaire. Il essaie tout son charme sur la glaciale Ninotchka et réussit à rompre la glace au cours d'un long plan-séquence (coupé en deux) où il tente de la dérider en lui racontant une blague. La chute n'est pas celle attendue, le comte s'effondre de sa chaise alors que Ninotchka part d'un énorme fou-rire. Emploi du plan séquence par Sacha Guitry dans Faisons un rêve (1936) notamment avec une scène de monologue ininterrompue de 8 minutes.
Années 1940 Dans Citizen Kane, réalisé par Orson Welles en 1940, nous pouvons voir un plan-séquence au moment où la transaction pour que Kane soit mis sous la garde de Thatcher a lieu.. Dans Banana Split, comédie musicale de Busby Berkeley de 1943, le film qui s'ouvre sur une scène portuaire, où un navire nommé « Brazil » débarque des produits exotiques, est le prétexte à deux plan-séquences d'une durée respectivement de quatre et deux minutes au cours desquels une unique caméra va et vient entre plusieurs groupes d'interprètes dont Carmen Miranda entourée de centaines de figurants et de trois orchestres. Dans Macbeth (1948, Orson Welles), toute la scène du meurtre est tournée en un plan unique de plus de dix minutes, avec de nombreux changements d'angles et de cadres, d'entrées et sorties de personnagesPlan réalisé le premier jour du tournage, 23 juin 1947. André Bazin, Orson Welles, coll. Art, Cerf, Paris 1972, .. La Corde (Rope, 1948, Alfred Hitchcock) se déroule quasiment sans interruption, avec cependant un trucage pour passer d'une bobine à l'autre.. Hitchcock avait fait fabriquer des bobines spéciales pour pouvoir filmer les scènes, celles de l'époque ne permettaient de filmer qu'une dizaine de minutes. Dans Les Amants du Capricorne (Under Capricorn, 1949, Alfred Hitchcock).
Années 1950
Dans Comment l'esprit vient aux femmes, (1950, George Cukor), mémorable partie de cartes entre Harry Brock, homme d'affaires un peu crapuleux monté à Washington pour tenter de corrompre un sénateur, et sa petite amie Billie, durant laquelle le couple joue, coupe et recoupe, et se chamaille. Dans Othello (The Tragedy of Othello: The Moor of Venice, 1952, Orson Welles), un plan-séquence tourné sur une plage avec simplement une jeep comme tout accessoire (pour porter la caméra). Dans La Prisonnière du désert de John Ford (1956): la scène d'introduction (un plan-séquence relativement court de 20s avec l'ouverture de la porte) et la scène de fin sont des plans-séquences. Au début de Les Sentiers de la gloire (Paths of glory, 1957, Stanley Kubrick) un travelling arrière montre un officier (George Macready) qui avance dans la tranchée et passe ses soldats en revue avant l'attaque. Dans Quand passent les cigognes (1957, Mikhaïl Kalatozov) il y a de nombreux plans-séquences notamment un au moment où l'héroïne (Tatiana Samoïlova) fend la foule pour essayer de retrouver son promis (Alexeï Batalov). Dans le film Douze Hommes en colère de Sidney Lumet (1957), lorsque le générique commence et tous les jurés arrivent dans la salle, et discutent de l'affaire, du temps qu'il fait, de ce qu'ils font dans leurs vies, etc. Le plan-séquence dure pratiquement sept minutes. Le début de La Soif du mal (Touch of Evil, 1958, Orson Welles), avec notamment son mouvement de grue (la caméra passe au-dessus du poste frontière de Tijuana pour suivre le trajet de la voiture), interrompu soudainement par l'explosion d'une bombe.. Le début de The Player (1992, Robert Altman) est un clin d'œil et une référence directe à La Soif du mal. Dans Les Quatre Cents coups, de François Truffaut (1959), on remarque la présence de plusieurs plans séquence, notamment un plan aérien montrant une séance de gymnastique, mais c’est surtout un travelling de plus d’une minute filmant la course d’Antoine Doinel à travers la campagne (souvent présenté comme le morceau de bravoure cinématographique du film), ainsi que le plan séquence finale montrant la fin de la course d’Antoine et son arrivée sur la plage, avec sa conclusion par un gros plan sur son visage, regard face caméra, qui marqueront les esprits.
Années 1960
Exodus d'Otto Preminger (1960) présente un court plan-séquence lors de la signature des papiers de l'évacuation et de l'annonce de l'évacuation des passagers du Star-David. Tempête à Washington d'Otto Preminger (1962) présente un plan-séquence durant l'un des débats. Le plan dure un peu plus d'une minute. Le Mépris, film de Jean-Luc Godard en 1963, présente deux plans-séquences : Juste après le générique, où durant cinq minutes, Brigitte Bardot, nue de dos, parle de son corps avec Michel Piccoli, qui est lui aussi dans le lit. A 1h25 minutes, un plan-séquence 4 minutes 31 secondes, dans lequel les invités, attendant de manger, comprennent que Paul Javal n'était motivé par le scénario que pour l'argent. Fritz Lang et Jack Prokosch (Jack Palance) partent pour parler du film, la traductrice les suit, Camille part faire un tour, et Paul reste tout seul.. Gertrud (1964), Carl Theodor Dreyer) est composé de nombreux plans-séquences (ou « plans coulés », selon l'expression du réalisateur, du fait des mouvements de caméra). Dans une scène, un personnage officiel (le poète) rejoint l'héroïne dans un salon à l'écart de la brillante soirée où il vient d'être fêté. Dans un même plan de près de dix minutes, l'acteur doit se présenter de manière avantageuse, évoquer ses succès, puis s'épancher sur des souvenirs plus mélancoliques (sa relation manquée avec Gertrud) et tomber en larmes, soudain, pour se relever ensuite. Dans Soy Cuba (1964, Mikhaïl Kalatozov), qui raconte la révolution castriste à Cuba dans les années 1960, des plans-séquences sont filmés dans un grand souci d'esthétique, en particulier la scène du groupe de jazz sur l'immeuble, que la caméra quitte pour aller se noyer plus bas dans l'eau agitée d'une piscine. On notera également dans Soy Cuba la présence d’un plan séquence virtuose, lors d’une scène d’enterrement, ou la caméra suit une jeune femme, puis le cercueil, avant de décoller, jusqu’à se trouver à plusieurs étages eu dessus de la rue, d’exécuter un travelling latéral qui la mène dans une pièce à la fenêtre de laquelle on fait pendre le drapeau cubain. Toujours sans coupure la caméra passe alors à travers la fenêtre et survole la rue où passe le cortège funèbre. Les deux premiers film du polonais Jerzy Skolimowski sont essentiellement composés de plans-séquences. 39 plans au total pour Signe particulier : néant (1964) et pour Walkover (1965) 28 plans seulement dont plus d'une dizaine sont un tour de force de mise en scène de par leur longueur.. Dans ces deux films, Skolimowski joue lui-même le rôle principal. Les plans-séquences sont une manière d'économiser de la pellicule (en ne tournant que peu de prises, le budget étant limité) ainsi que de contrôler mise en scène sans pour autant être derrière la caméra. Lors qu'il tourne ces deux films, il sort tout juste de l'école de cinéma de Łódź et n'a pas 30 ans. Week-end de Jean-Luc Godard (1967) utilise un plan-séquence au moment où la voiture traverse une route de campagne où se sont déroulés de nombreux accidents. Le travelling dure 9 minutes, et l'accroche du film était justement que le plan-séquence était le plus long jamais réalisé. Le réalisateur décidera néanmoins de couper en deux le plan-séquence. Il était une fois dans l'Ouest, de Sergio Leone, sorti en 1968: l'arrivée de Jill dans la ville fait l'objet d'un plan-séquence d'un peu plus d'une minute ( du film). Peu avant, il y en a un autre d'une minute et sept secondes, montrant Jill en train de rechercher son fils sur le quai, car il devait aller la chercher. le plan s'arrête au moment où elle regarde l'horloge. One + One de Jean-Luc Godard est composé d'une série de plans-séquence sur les répétitions des Rolling Stones lors de la composition de Sympathy for the Devil ainsi que sur des saynètes fictives où des activistes des droits civiques préparent, dans une décharge, la révolution. Dans La reprise du travail aux usines Wonder (1968, Jacques Willemont). Une ouvrière crie : « Je ne rentrerai pas, non je ne rentrerai pas », « Je ne veux plus refoutre les pieds dans cette taule dégueulasse» . Autour d'elle des ouvriers s'attroupent. Les délégués syndicaux, artisans de la reprise, s'approchent et tentent de la calmer. Un étudiant de passage met de l'huile sur le feu. Il n'en fallait pas plus pour que ce plan-séquence devienne un des classiques du cinéma direct.
Années 1970
Dans le téléfilm Duel de Steven Spielberg (1971), lorsque le personnage principal rentre dans un bar, va aux toilettes, et ressort. Orange mécanique de Stanley Kubrick (1971): la scène d'introduction. La Chambre de Chantal Akerman (1972) contient un panoramique de 10 minutes et 22 secondes qui ne coupe pas. Le meurtre de David Locke (interprété par Jack Nicholson) dans Profession : reporter (Professione: reporter, 1974, Michelangelo Antonioni) : dans la dernière séquence du film, on voit David Locke allongé sur son lit, vivant ; la caméra se tourne vers la fenêtre grillagée, la traverse pour suivre une auto-école dans une cour, puis on entend un bruit de détonation, et on suit la voiture pour contourner la maison et retourner, par la porte, dans la pièce où l'on redécouvre Locke sur le même lit, désormais mort. Dans Phantom of the Paradise (1974, Brian De Palma) rend hommage au plan-séquence d'ouverture de La Soif du mal (1958, Orson Welles) en utilisant la technique du split-screen , et en montrant le protagoniste en train de saboter une répétition en installant un explosif sur le décor. Dans Les Dents de la mer de Steven Spielberg (1975): le moment où le maire tente de convaincre Brody d’abandonner l’idée d’un requin mangeur d’hommes, pour ne pas freiner l’argent gagné grâce à la journée du . Affreux, sales et méchants (1976, Ettore Scola) présente en plan-séquence un dialogue familial belliqueux montrant la cohabitation des nombreux habitants de la demeure. En route pour la gloire d'Hal Ashby (1976) contient un plan-séquence de deux minutes et quelques. Halloween: La Nuit des masques de John Carpenter (1978) présente un plan-séquence de quatre minutes en vue subjective (du point de vue de Michael Myers enfant): il s'approche de sa maison, voit un homme entrer; Michael regarde à travers une fenêtre et voit sa sœur avec le même homme, il les voit monter à l'étage, puis la lumière s'éteindre dans la chambre de sa sœur. Il décide de passer par une porte de derrière, prend un couteau dans la cuisine, voit le petit ami de sa sœur descendre, monte dans la chambre, prend un masque, tue sa sœur, redescend, ressort, et voit ses parents arriver. son père lui retire alors son masque.