L'Idée d'université, () est un ensemble de conférences données par John Henry Newman entre 1852 et 1858 dans lesquelles il défend sa conception de l'éducation et de l'université qu'il va fonder à la demande des évêques irlandais.
Cet essai permet de développer la conception de John Henry Newman, tant sur le rôle de l'Église au sein de l'Université que sur la conception du savoir humain, ainsi que la façon dont il conçoit les différentes sciences dans leurs rapports au savoir.
Les dernières conférences portent plutôt sur l'intérêt de l'université pour l'étudiant. John Henry Newman s'oppose à la conception de l'université comme lieu de formation des hommes vertueux ou chrétiens. Selon lui, le savoir ne peut pas se confondre avec la vertu ; l'université ne pouvant pas former le chrétien, mais seulement le gentleman. Sa description des gentlemen est rentrée dans la postérité, au point qu'elle est souvent présente dans les anthologies littéraires sur le sujet.
Histoire de l'ouvrage thumb|right|Photo de John Henry Newman à la fin de sa vie
Étudiant puis Tuteur à l'Université d'Oxford, John Henry Newman a eu un rôle important dans le domaine de l'éducation, qui plus est dans le cadre prestigieux d'Oxford. Il tenta d'y pratiquer ce qu'il considère comme la véritable éducation, mais se trouva vite en désaccord avec son directeur au sein d'Oxford, Richard Whately. Il démissionna donc de l'Université. En 1843 il se convertit au catholicisme, et en 1850 les évêques d'Irlande lui demandent de fonder une Université catholique à Dublin, la Catholic University of Ireland. Avant de fonder l'université, il lui fut demandé de prêcher des conférences sur sa conception de l'éducation et de l'Université. Ces conférences données entre 1852 et 1858 sont à l'origine de L'idée d'université, livre dans lequel il développe sa conception de la culture, de l'éducation et de la place de la foi chrétienne au sein de celle-ci.
Contenu des conférences
Préliminaires Lors de sa première conférence, John Henry Newman présente sa méthode de travail et les présupposés de sa réflexions qui le conduisent à promouvoir l'idée d'université. Il affirme fonder sa conception non pas sur des dogmes mais sur sa propre expérience personnelle. Sa principale volonté est de fonder une éducation libérale pour les étudiants. Il affirme dès le début l'importance de savoir regarder chez les autres, et non pas seulement chez les catholiques, les vérités, prenant l'exemple des Pères de l'Église qui étudiaient volontiers avec les profanes. L'université doit donc rechercher les idées vraies et justes en soi.
John Henry Newman pose ensuite deux questions : celle de savoir quelle est la place de la théologie dans l'université, et de savoir si l'université peut se réduire à la seule étude dite scientifique. Se fondant sur l'autorité de l'Église, reprenant alors l'histoire de l'Église dont il montre la fidélité au Christ, il affirme que la demande de fondation d'une université, par l'Église locale, devient alors une source légitime pour commencer sa fondation.
La théologie, branche du savoir Reprenant la problématique sur la place de la théologie au sein de l'Université, John Henry Newman affirme qu'exclure la théologie de l'Université signifie s'opposer à la nature même de l'Université, celle-ci ayant pour vocation d'enseigner un savoir universel. Mais c'est aussi exclure les étudiants qui voudraient se consacrer à l'étude de la théologie.
Dans un deuxième temps, John Henry Newman reprendra toutes les objections faites contre la présence de la théologie au sein de l'université.
Prenant l'hypothèse que la théologie puisse conduire à la compréhension de la vérité, Newman explique que l'exclure de l'université est absurde, ou revient à affirmer que la religion ne peut conduire à aucune vérité. John Henry Newman critique aussi la position des universités qui refusent l'enseignement de la théologie, alors même que les professeurs et le directeur de l'université font une prière en début d'année. Ainsi, il critique vivement les philosophes croyants, qui refusent de parler de Dieu mais prétendent pourtant professer un enseignement portant sur toute la connaissance.
John Henry Newman dénonce dans un deuxième temps la conception de la foi des évangéliques et des luthériens. Les évangéliques développent une conception dans laquelle . La conception des luthériens réduit, pour John Henry Newman, la foi à une émotion, à un attachement, alors qu'il est principalement pour les catholiques un . Cette conception protestante conduit donc à nier les connexions qui existent entre la foi, la vérité et la connaissance. Tout devient alors subjectif. Cette conception conduit donc à reléguer la religion à un simple objet social : .
John Henry Newman développe alors la conception d'Henry Peter et de Lord Henry Brougham qui tentent de placer la religion dans le domaine des arts et des sentiments. Cette classification est contraire à la conception que se fait John Henry Newman, pour qui la religion a pour objet la recherche de la vérité et n'a rien à voir avec les sentiments.La philosophie défendue par Lord Henry Brougham conduit à exclure Dieu du domaine de la connaissance, alors même que Lord Henry Brougham affirme que la science provient et conduit à Dieu. Il critique alors la suffisances des prétendus scientifiques modernes .
John Henry Newman continue sa conférence en critiquant les conceptions d'un Dieu architecte, dans laquelle Dieu interviendrait par la présence des lois de la nature. Pour Newman, . Il dénonce alors les nouvelles conceptions de la théologie de la nature : .
John Henry Newman critique la conception de la connaissance de David Hume pour qui seuls les phénomènes comptent dans la connaissance de Dieu. Pour John Henry Newman la connaissance ne se réduit pas aux seuls phénomènes, et il conclut en affirmant que la doctrine religieuse est un savoir, et qu'en tant que savoir il doit être enseigné au sein de l'université.
Influence de la théologie sur les autres branches du savoir Au cours de la troisième conférence consacré à l'Idée d'université, John Henry Newman tente de montrer en quoi l'exclusion de la théologie du cursus universitaire est préjudiciable à l'Université.
Dans un premier temps, il prend acte du fait que chaque discipline cherche à développer un aspect très précis d'étude sur un sujet. Les scientifiques cherchent donc à exclure les autres disciplines de leur objet de recherche. Or ces études, restent cependant partielles et disparates. En effet l'homme par exemple est un sujet d'étude, mais une science ne peut prétendre avoir l'intégralité du savoir, l'homme étant étudié sous différents aspects: physique, biologique, anatomique, historique, philosophique... Ainsi les sciences sont reliées les unes aux autres, et se complètent les unes les autres, et toute science qui ne prend pas en compte les autres sciences ne peut être qu'incomplète et peut se tromper. La connaissance du savoir est un tout pour John Henry Newman, dans la même mesure que l'univers est un. La science qui étudie les rapports des sciences entre elles est la philosophie pour Newman.
thumb|left|L'école d'Aristote Or si l'on veut exclure un domaine du savoir, comme la théologie, c'est exclure du savoir universel un ensemble de richesse qu'elle apporte aux autres. Ainsi la théologie, comme toute science doit prendre des vérités sans altérer les autres sciences : .
La tentative de certains physiciens de nier au nom de leur science la théologie est absurde pour John Henry Newman dans la mesure où prétendre qu'une science a toutes les clés de compréhension du monde est une erreur. Ainsi se priver d'une science, la théologie, c'est priver toutes les autres du soutien qu'elle peut apporter.
John Henry Newman définie alors la théologie comme la science de Dieu, et la systématisation des vérités que nous possédons sur Dieu. Dieu est un Être suprême coupé du monde qu'il a créé. John Henry Newman donne alors une longue définition de Dieu. Il est impossible à l'imagination de pouvoir se le figurer ce que la raison démontre. Dieu étant la source de toute la création, il est présent dans tout, John Henry Newman affirme alors .
La théologie croise alors toutes les sciences en quelques endroits pour John Henry Newman. Se basant sur l'histoire de l'humanité, John Henry Newman montre qu'il a toujours existé une science de Dieu dans toutes les civilisations. C'est la recherche de la vérité la plus élevée, elle est donc pour John Henry Newman : une condition indispensable à l'existence du savoir en général.
Influence des autres branches du savoir sur la théologie thumb|Allégorie de la Science par Jules Blanchard. John Henry Newman dans la quatrième conférence nie l'opposition qu'il y aurait entre la foi et la science. Pour lui il ne peut pas y avoir d'opposition entre la science et la religion, même si elle se fonde sur la révélation, mais pointe au contraire une difficulté qu'il voit naître dans l'évolution des sciences, celle que certaines sciences s'érigent en interprète unique de la réalité.
Il considère ainsi que certaines personnes spécialisés imposent à tous des généralités qui dépassent le simple cadre de leur science. La science prend alors la place de la théologie qu'elle dénigre. Newman critique alors la tendance àl' autonomie des sciences, qui suivent leurs propres lignes de pensées et s'écartent alors de la vraie connaissance. Il prend alors différents exemples, tout d'abord celle d'un médecin qui affirme que l'homme n'a pas d'immortalité de l'âme, puisqu'il ne peut le vérifier. Pour Newman cette affirmation est l'exemple même du fait que la science peut prendre la place de la théologie en s'autonomisant, voulant imposer sa vision aux autres sciences : le médecin en affirmant la non-existence de l'âme outrepasse sa propre discipline. De même il critique certains penseurs économiques, qui prétendent dicter ce qui est bien ou mal dans les comportements économiques, en parlant de comportements vertueux de l'épargne ou du travail. Pour Newman, la science économique a pour objet de connaître les mécanismes économiques, mais en aucun cas de dicter ce qui est bien ou pas. Quand l'économiste dicte une conduite morale, il s'écarte de sa discipline ou plutôt il prétend prendre la place de la théologie. De même certains historiens, comme Edward Gibbon, nient la réalité de l'Évangile dans la mesure où ils ne peuvent trouver des preuves historiques, présentées par d'autres personnes que les chrétiens pour justifier certains passages décrits dans l'Évangile. Or là encore pour Newman l'historien dépasse son rôle de science quand il prétend affirmer ce qui a existé ou pas dans la connaissance historique : même s'il ne nie pas l'importance de l'évidence historique, il critique les affirmations d'historiens qui, parce qu'ils n'ont pas d'évidence historique, nient la réalité de l'Évangile. Ces mêmes historiens pourraient selon Newman même nier l'existence du christianisme dans les premiers siècles n'ayant aucune évidence pour le prouver. Or cette déduction est là encore une limite de l'esprit scientifique de ces sciences pour Newman.
Ainsi Newman affirme que l'hostilité des sciences envers la religion provient du fait que les sciences sortent de leurs cadres naturels d'étude pour occuper la place de la théologie. De là découle la nécessité pour John Henry Newman de la présence d'une chaire de théologie au sein des universités qui permettrait de dialoguer avec les autres sciences et éviteraient que celles-ci outrepassent leurs sujets d'études.
Le savoir qui est sa propre fin
Au cours de la cinquième conférence John Henry Newman continue sa réflexion, non plus en se plaçant sur l'importance et le rapport des sciences entre elle, mais il pose la question du rôle de l'enseignement de l'université pour l'étudiantp.211.