Claude-Marie Le Laé, né le à Lannilis (Finistère) et mort le à Landerneau (Finistère), est un avocat et magistrat français, doublé d'un écrivain en breton et en français. Avocat, puis juge rallié à la Révolution, il est connu pour son œuvre en breton et en français, qui n'a circulé de son vivant que sous forme manuscrite. Il y montre des qualités d'érudition et un sens du burlesque indiscutables.
Vie et formation
Ses parents, Olivier Le Lae, ménager, et Jeanne Le Roy, habitaient un village dominant l'estuaire de l'Aber-Benoît, appelé Gorrekear-ar-C'houm. Claude-Marie, neuvième de dix enfants, n'entre qu'à à 19 ans au collège de Léon, à Saint-Pol-de-Léon (Finistère). Il est en rhétorique (première) au début de 1766 et va ensuite à Brest pour la dernière classe (les classes de Saint-Pol n'étaient ouvertes qu'une année sur deux), puis à Rennes pour étudier le droit. Il devient avocat en 1773 et exerce à Rennes jusqu'en 1789. Il accueille bien la Révolution et accepte la charge de juge au tribunal du District de Landerneau en 1790. Il décède l'année suivante, peut-être de la tuberculose.
L'œuvre littéraire
Avec celle de Pascal de Keranveyer, l'œuvre littéraire de Claude-Marie Le Laé, composée d'environ 200 pièces de vers, est un témoignage important de la littérature en breton non religieuse du , dont une bonne part a circulé sous forme manuscrite et sous forme orale, sans avoir été imprimée. Elle témoigne du fait que l'esprit des Lumières pouvait s'exprimer en breton avant que les élites de la Bretagne Occidentale n'abandonnent l'usage écrit de cette langue après la Révolution. Seul, le sermon burlesque du recteur (curé) de Beuzit sur la mort de son sacristain, Michel Morin, trouva un imprimeur en 1766 avec une réédition posthume quarante ans plus tard.Les œuvres manuscrites ont dû circuler passablement, puisque Jacques Cambry en fait une appréciation plutôt élogieuse sous le Directoire :
Au début du , Gaston Esnault trouvera des gens capables de lui réciter l'intégralité d'ar Chy qui comporte 560 vers, car ce type de comique resta longtemps apprécié des gens du peuple. Le sermon burlesque en breton sur Michel Morin a été mémorisé par plusieurs générationsGaston Esnault. La vie et les œuvres comiques de CM Le Laé..., p. 31. Émile Souvestre, Daniel Miorcec de Kerdanet et Théodore Hersart de la Villemarqué se montreront plus critiques et trouveront Claude-Marie Le Laé trop homme de son temps et trop mondain, c'est-à-dire adaptant en breton des œuvres venues de Paris. Le dernier l'accuse d'avoir été anticlérical, ce qui n'est nullement attesté, et d'avoir « dépouillé les prêtres », allusion au fait qu'il était juge au moment de l'aliénation des biens de l'Église en 1791. Pourtant, son breton, bien que mâtiné de quelques mots de français est d'une grande qualité et ses pièces en français, de facture moyenne, sont à mi-chemin entre Rabelais et La Fontaine. Selon Gaston Esnault, toutes ces œuvres sont des amusements de fin d'étude et, donc d'un homme encore jeuneGaston Esnault, "La vie et les œuvres comiques de Claude-Marie Le Lae", Paris, 1921 ; compte-rendu dans "Revue critique d'histoire et de littérature", n° du 15 avril 1923, consultable https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5707602r/f19.image.r=Lannilis. Ar c'hy C'est un poème burlesque de 70 strophes de 8 vers (560 vers) qui relate les procédures juridiques qui auraient suivi la mort accidentelle du chien du recteur (curé) de Lannilis. Ar c’hy est l’amusement d’un étudiant en Droit de 27 ans qui teste ses capacités assez étonnantes à satiriser à force d’allusions plus ou moins décelables et à citer les auteurs latins, les théologiens et les juristes renommés.
De nombreuses personnes de Lannilis et du Bas-Léon sont nommées, particulièrement les prêtres, ainsi que les acteurs judiciaires (juges, notaires, avocats, juristes, huissiers), dont la plupart ne se sont probablement pas formalisés d’être gentiment satirisés, sachant apprécier l’autodérision collective.
Dans les variantes qui sont 5 couplets que Le Lae a mis à part, le couplet XLIII fait allusion à l’interdiction des livres de Jean-Jacques Rousseau par l’archevêque de Paris, Beaumont. La note associée parodie Voltaire pour railler Jean-Jacques ! Les références à l’actualité ont été datées de 1772. Gaston Esnault pense que la pièce a été composée ou réécrite au presbytère de PloudalmézeauLa vie et les œuvres comiques de C…-M… Le Laé, p. 83, car l’auteur semble avoir eu l’amitié constante du recteur Le Floc’h, peut-être un parent.
Bibliographie Claude-Marie Le Laé. Ar C'hy. In : Annales de Bretagne, T. LXXV, , , . Études, transcription et notes de Gaston Esnault. Claude-Marie Le Laé. Sermon Dom Per Yann ar C'hauzeur person Beuzit, e kichen Landerné war maro truezus e gloc'her keaz Mikeal Morin, kenta eus an hano. 1766 Gaston Esnault. La vie et les œuvres comiques de Claude-Marie Le Laé (1745-1791). Paris : Édouard Champion, 1921. Contient deux poèmes en français (Les trois Bretons et L'Ouessantide) et le Sarmoun great war ar maro a Vikael Morin... = Sermon sur la Mort de Mikael Morin, 1500 vers. Jacques Cambry. Voyage dans le Finistère, ou État de ce département en 1794 et 1795, librairie du Cercle social, Paris, 1798
Notes et références
Catégorie:Naissance en avril 1745 Catégorie:Naissance à Lannilis Catégorie:Décès en novembre 1791 Catégorie:Décès à Landerneau Catégorie:Décès à 46 ans Catégorie:Avocat français du XVIIIe siècle Catégorie:Naissance dans la province de Bretagne