thumb|upright|Une rue de Dhaka avec des enseignes en bengali. L’alphasyllabaire bengali (en bengali বাংলা লিপি bangla lipi) est le système d’écriture employé pour écrire certaines langues du Bangladesh et de l’Est de l’Inde, dont le bengali, l’assamais et le meitei. Il ressemble à la devanagari et au gurmukhī (notamment à cause de la barre horizontale continue sous laquelle sont attachés les caractères), mais son tracé est plus sinueux. Comme eux, il s’écrit de gauche à droite.

Tout comme les autres écritures indiennes, c’est un alphasyllabaire (ou abugida) : les voyelles sont représentées soit par un caractère propre, soit par un diacritique qui modifie la voyelle qui suit la consonne précédente.

L’alphasyllabaire bengali n’est pas entièrement phonétique : certains sons peuvent être écrits de plusieurs façons différentes et certaines lettres peuvent avoir plusieurs prononciations.

Histoire Tout comme les autres écritures indiennes, l’alphasyllabaire bengali descend de la brāhmī, plus précisément des écritures gupta puis nāgarī. À l’origine, elle n’était pas associée à une langue en particulier. Elle a également servi (et sert parfois toujours) à écrire le sanskrit.

L’alphasyllabaire bengali est apparenté à la devanagari, qui est la forme moderne de l’écriture nāgarī. L’écriture bengali commence à diverger de la nāgarī au . Cette forme ancienne de l’écriture bengali est appelée protobengali par J. G. Février ; elle est attestée en Inde orientale et se manifeste sous la forme de petits triangles ou crochets accolés à gauche de plusieurs lettres. L’écriture continue ensuite à évoluer mais sans beaucoup s’éloigner de la nāgarī.

La filiation serait la suivante, selon Louis-Jean CalvetLouis-Jean Calvet, Histoire de l'écriture, Plon, 1996 174. :

La forme moderne de l’écriture bengali date de 1778, époque où Charles Wilkins met au point l’imprimerie en bengali.

De nos jours, l’alphasyllabaire est utilisé principalement pour écrire, comme son nom l’indique, le bengali, mais également d’autres langues moins répandues : l’assamais, le meitei, le garo, le mundari, le bishnupriya manipuri et le sylheti.

Caractéristiques générales L’alphasyllabaire bengali s’écrit horizontalement de gauche à droite et est monocaméral (il ne fait pas de distinction entre majuscules et minuscules). Il est reconnaissable à la barre horizontale continue appelée matraNe pas confondre le terme bengali matra (মাত্রা) avec le mot hindî mātrā (मात्रा) qui désigne la forme dépendante des voyelles en dévanagari. (মাত্রা) sous laquelle sont attachés les caractères ; il partage ainsi cette caractéristique avec la dévanagari et le gurmukhī). Cette barre s’interrompt brièvement pour certains caractères ouverts en haut (par exemple গ gô et খ khô).

Les syllabes sont constituées : soit d’une voyelle seule, soit d’une consonne (ou une ligature de plusieurs consonnes) à laquelle est éventuellement attaché un signe diacritique pour indiquer la voyelle qui la suit.

L’orthographe du bengali n’est pas toujours très simple : l’écriture a retenu des graphèmes qui servaient à noter des sons différents en sanskrit mais qui se prononcent de la même façon en bengali, ce qui fait qu’il y a parfois plusieurs manières de représenter le même son.

Description des graphèmes Voyelles thumb|upright=1.3|La lettre ক (k) accompagnée de la forme diacritique des voyelles অ, আ, ই, ঈ, উ, ঊ, ঋ, এ, ঐ, ও et ঔ. Le bengali a 11 voyelles écrites appelées স্বরবর্ণ shôrobôrnoSauf mention contraire, les transcriptions données dans cet article sont faites selon la méthode intitulée « wiki » dans la section « romanisation ».. Ces voyelles représentent six des sept voyelles du bengali ainsi que deux diphtongues. Il n’y a pas de caractère standard pour représenter le son // et les différences de longueur représentées dans l’écriture (par exemple hrôshsho i et dirgho i) ne sont pas présentes dans la langue parlée. Le caractère appelé ri ne représente pas vraiment une voyelle, mais le son // ; il est cependant traité comme une voyelle à l’écrit.

Chaque voyelle (sauf une) a deux formes écrites différentes : quand elle est en début de mot ou suit une autre voyelle, on utilise sa forme pleine (ou indépendante) ; quand elle suit une consonne, la voyelle est réduite à une forme diacritique (ou dépendante) qui apparaît, en fonction de la voyelle, avant, après, au-dessus ou sous la consonne. Cette forme ne peut pas apparaître sans consonne.

Une exception à ce système est le graphème de la voyelle //. Elle n’a pas de forme diacritique, mais est considérée comme inhérente aux consonnes. Pour noter spécifiquement l’absence de cette voyelle inhérente, on peut écrire un diacritique appelé hôshonto (্) sous la consonne.

Bien qu’il n’y ait que deux diphtongues dans l’écriture, le système phonologique bengali en a en fait plus. Elles sont pour la plupart écrites en juxtaposant les graphèmes des voyelles qui les composent, comme dans কেউ keu.

Le tableau ci-dessous montre les graphèmes vocaliques présents dans l’inventaire moderne de l’écriture bengali, qui a abandonné les graphèmes de trois voyelles historiques, rri, li et lli, traditionnellement placées entre ri et e.

+ Voyelles écrites du bengali (স্বরবর্ণ shôrobôrno) Forme indépendante Nom de la forme indépendante API Forme diacritique avec la consonne (ক) Nom de la forme diacritique Transcription API অ shôro ô (shôre ô) voyelle ô et ক (aucune) (aucune) kô et ko আ shôro a (shôre a) voyelle a কা akar ka ই hrôshsho i i court কি hrôshsho ikar (roshshikar) ki ঈ dirgho i i long কী dirgho ikar (dirghikar) ki উ hrôshsho u u court কু hrôshsho ukar (roshshukar) ku ঊ dirgho u u long কূ dirgho ukar (dirghukar) ku ঋ ri কৃ rikar/rifôla kri এ e কে ekar ke et kê ঐ oi কৈ oikar koi ও o কো okar ko ঔ ou কৌ oukar kou

Cas particuliers Les voyelles উ u, ঊ ū, et ঋ ṛ, sous leur forme dépendante, ont une forme différente après certaines consonnes — souvent après র rô, que ce soit sous sa forme complète ou à la fin d’une combinaison de consonnes (cf. la section à ce sujet). (ঊ est ici transcrite ū et ঋ ṛ, afin de respecter l’orthographe.)

+ Combinaisons consonne-voyelle irrégulières Consonne(s) Voyelle Résultat গ gô উ u গু gu শ shô উ u শু shu ন্ত ntô উ u ন্তু ntu র rô উ u রু ru ত্র trô উ u ত্রু tru হ hô উ u হু hu র rô ঊ ū রূ rū ভ্র bhrô ঊ ū ভ্রূ bhrū হ hô ঋ ṛ হৃ hṛ

Consonnes

Les consonnes sont appelées en bengali ব্যঞ্জনবর্ণ bênjonbôrno. Le nom d’une consonne est généralement sa prononciation suivie de la voyelle inhérente ô. Comme la voyelle inhérente n’est pas écrite, le nom de la plupart des graphèmes est identique au graphème lui-même (par exemple, le nom du caractère ঘ est lui-même ঘ ghô). Certains graphèmes qui ont perdu leur prononciation distincte en bengali ont un nom plus compliqué. Par exemple, comme le son // peut être écrit ন, ণ, ou ঞ (selon l’orthographe du mot), ils ne sont pas appelés simplement nô ; à la place, ils sont appelés দন্ত্য ন donto nô (« N dental »), মূর্ধন্য ণ murdhonno nô (« N cérébral ») et ঞীয়/ইঙ niô/ingô (N palatal). De même, le phonème // peut être écrit শ talobbo shô (« S palatal »), ষ murdhonno shô (« S cérébral ») ou স donto shô (« S dental »), selon le mot. Puisque la consonne ঙ // ne peut pas être en début de mot en bengali, son nom n’est pas ঙ *ngô mais উঙ ungô (prononcés par certains উম umô ou উঁঅ ũô). De même, comme les semi-voyelles (, , , ) ne peuvent pas être en début de mot en bengali, le nom pour la « semi-voyelle E » য় n’est pas অন্তঃস্থ য় *ôntostho e̯ô mais অন্তঃস্থ অ ôntostho ô.

Le tableau ci-dessous représente les consonnes du bengali dans leur ordre traditionnel.

+ Consonnes écrites du bengali (ব্যঞ্জনবর্ণ bênjonbôrno) Consonne Nom de la consonne Transcription API ক kô k খ khô kh গ gô g ঘ ghô gh ঙ ungô, umô ņ চ chô ch ছ chhô chh জ borgio jô (burgijjô) j ঝ jhô jh ঞ ingô, niô n ট ṭô ṭ ঠ ṭhô ṭh ড ḍô ḍ ঢ ḍhô ḍh ণ murdhonno nô (moddhennô) n ত tô t থ thô th দ dô d ধ dhô dh ন donto nô (dontennô) n প pô p ফ phô ph ব bô b ভ bhô bh ম mô m য ôntostho jô (ontostejô) j র (bôe shunno/bindu rô) rô r ল lô l শ talobbo shô (taleboshshô) sh et s / ষ murdhonno shô (muddhennoshshô) (peṭ kaṭa shô) sh স donto shô (donteshshô) sh et s / হ hô h য় ôntostho ô (ontosteô) e et - /- ড় ḍôe shunno/bindu ŗô ŗ ঢ় ḍhôe shunno/bindu ŗô ŗh

Combinaisons de consonnes thumb|upright|Ligature ndrô : ন en gris, দ en bleu et র en rouge. Plusieurs consonnes consécutives (jusqu’à quatre) qui ne sont pas séparées par des voyelles sont combinées en une ligature appelée consonne conjointe (যুক্তাক্ষর juktakkhor ou যুক্তবর্ণ juktobôrno). Généralement, la première consonne est à gauche ou au-dessus des autres. Beaucoup de consonnes apparaissent dans les combinaisons sous une forme réduite ou abrégée. Certaines combinaisons ont une forme exceptionnelle qui ressemble peu aux consonnes qui les composent. Dans quelques cas, la manière dont sont liées les consonnes dépend de la police utilisée.

Il arrive souvent qu’une combinaison de consonnes ne se prononce pas comme la suite des consonnes qui la composent. Par exemple, ajouter ল lô en dessous de শ shô crée la consonne conjointe শ্ল, qui ne se prononce pas shlô mais slô. Beaucoup de combinaisons représentent des sons du sanskrit qui ont été perdus, comme dans জ্ঞ, qui est une combinaison de জ jô et ঞ niô mais se prononce ggõ, et pas jnô. Comme les combinaisons de consonnes représentent souvent des sons qui ne peuvent pas être facilement déduits de leurs composants, les descriptions suivantes concernent la construction des combinaisons, et pas la prononciation résultante. C’est pourquoi une variante de la méthode de translittération IAST est utilisée au lieu de la transcription phonémique (voir le paragraphe sur la romanisation).

Fusion Certaines consonnes fusionnent, par exemple en partageant leur ligne verticale ou en étant écrites l’une près de l’autre. + Exemples de fusions Ligature ক kô ক kô ক্ক kkô ল lô ল lô ল্ল llô গ gô ৱ wôLa lettre ৱ wô est utilisée en assamais et en bishnupriya manipuri, où elle est l’équivalent de ব bô en bengali. গ্ব gwô ব bô ব bô ব্ব bbô ন nô দ dô ন্দ ndô

Réduction Certaines consonnes prennent une forme compressée (par exemple, réduction d’un trait) ou abrégée (elles perdent une partie de leur forme). + Exemples de consonnes réduites Ligature ত tô ম mô ত্ম tmô ষ ṣô ট ṭô ষ্ট ṣṭô জ jô ঞ ñô জ্ঞ jñô স sô থ thô স্থ sthô ক kô স sô ক্স ksô

Changement de forme Certaines consonnes ont une forme différente lorsqu’elles apparaissent dans une combinaison de consonnes. C’est notamment le cas de র rô et য yô : en début de combinaison, র rô apparaît sous la forme d’un trait diagonal (appelé রেফ ref) au-dessus de la consonne suivante ; en fin de combinaison, র rô prend la forme d’une ligne horizontale ondulée (appelée রফলা rôfôla) sous la consonne précédente ; en fin de combinaison, য yô est une ligne verticale ondulée (appelée যফলা jôfôla) à droite de la consonne précédente.

+ Exemples de changements de forme Ligature র rô ক kô র্ক rkô প pô র rô প্র prô ঙ uŋô গ gô ঙ্গ ŋgô দ dô ধ dhô দ্ধ ddhô

Exceptions

Il existe quelques ligatures exceptionnelles qui doivent être apprises par cœur. + Exceptions Ligature ক kô র rô ক্র krô ঞ ñô চ cô ঞ্চ ñcô ট ṭô ট ṭô ট্ট ṭṭô ষ ṣô ণ ṇô ষ্ণ ṣṇô হ hô ন nô হ্ন hnô হ hô ম mô হ্ম hmô ক kô ষ ṣô ক্ষ kṣô

Des combinaisons de trois consonnes existent également et s’écrivent selon les mêmes règles, par exemple : স্ত্র strô, ম্প্র mprô, ঙ্ক্ষ ŋkṣô, জ্জ্ব jjwô, ক্ষ্ম kṣmô. On peut théoriquement combiner quatre consonnes (par exemple র্স্ট্র rsṭrô), mais de telles combinaisons ne se rencontrent pas.

Autres signes + Modificateurs et autres signes en bengali Symbole avec (ক) Nom Fonction Translittération API ক্ hôshonto Supprime la voyelle inhérente k কৎ khônḍo tô final (ত) kôt কং ônushshôr Vélaire nasale finale kôņ কঃ bishôrgo Prononcé comme une fricative glottale sourde en fin de syllabe, comme dans উঃ Pas prononcé, mais gémine la consonne suivante, comme dans দুঃসময়