Jacques Aubin Gaudin de La Bérillais, né à Nantes le , guillotiné à Nantes le , appelé aussi La Bérillais, Laberillais ou Gaudin-Bérillais, est un officier de l'Ancien Régime, élu chef royaliste et médiateur pendant la guerre de Vendée.
La Bérillais, officier d'infanterie, combat en Europe lors de la Guerre de Sept Ans, puis prend part à la guerre d'indépendance des États-Unis. Il devient major, puis lieutenant-colonel.
Au début de la Révolution française, il se retire sur ses terres près de Nantes. Il invite des prêtres réfractaires à célébrer dans sa chapelle des messes clandestines. Il est secrètement l'un des deux chefs nantais d'une vaste conjuration royaliste, l'Association bretonne créée par La Rouërie.
Quand la guerre de Vendée éclate en mars 1793, il désapprouve ce soulèvement paysan. C'est contre son gré qu'il est élu chef par vingt et une paroisses de la région.
La Bérillais accepte alors le commandement, mais refuse d'attaquer Nantes à la tête de ses troupes royalistes et impose sa volonté de rechercher la paix par la négociation, en tant que conciliateur. Il rédige un manifeste présentant les principales revendications populaires, le transmet aux autorités, entreprend sur cette base des démarches de négociation et fait temporiser ses troupes, mais il est arrêté par les républicains.
Malgré les témoignages attestant son désir de paix et les négociations en cours, il est condamné à mort le comme général des insurgés et guillotiné le même jour.
Biographie Origines thumb|upright=0.7|Armes des Gaudin de La Bérillais Jacques-Aubin Gaudin de La Bérillais (ou La Bérillaye) est né en 1733 d'une famille bretonne de noblesse peu ancienne, du , déboutée en 1668 de la reconnaissance de noblesse d'extraction.. Les armes de famille portent de gueules au croissant d'argent accompagné de 3 roses du mêmeHenri Jougla de Morenas, Grand armorial de France, tome IV, Paris, 1949, n° 17.007. Kerviler lui attribue, à tort semble-t-il, les armes d'une autre famille Gaudin (d'or au daim saillant de sable et une fasce en devise de même, brochant), originaire du Poitou selon Potier de Courcy..
Son père, Jacques Gaudin de la Bérillais, fils de Jacques Gaudin, sieur de Prévault, et de Julienne Gaillard, est noble mais déroge à sa condition en étant marchand et fermier de biens abbatiaux, après avoir été garde du corps du Régent. La mère de Jacques-Aubin, Anne-Marie Luzeau, fille d'Antoine Luzeau, sieur de La Touchelais, et d'Anne-Marie Butet, est veuve de Michel Le Houx de Saint-Thomas, conseiller du Roi et contrôleur des guerres au Gardes suisses, lorsqu'elle épouse Jacques Gaudin de La Bérillais en 1732. Ils possèdent une maison à Nantes, une maison noble ou manoir à L'Angle près de Saint-Étienne-de-Montluc, et plusieurs terres et métairies parmi lesquelles celle de la Bérillais dont ils portent le nom...
Jeunesse Le jeune Jacques-Aubin a onze ans à la mort de son père en 1744. Aîné de quatre enfants, il a deux frères et une sœur : Michel, dix ans ; Guyonne-Marie, huit ans, et Louis-Antoine, six ans ; un autre frère, Michel-Anne, et une sœur, Anne, sont morts en bas âge. Leur mère est désignée tutrice, avec l'accord du parrain de Jacques Aubin, François-Pierre de Saint-Aubin..
La Bérillais thumb|upright=1.2|Emplacement de Cordemais et de Langle où sont les principales possessions de La Bérillais Chacun des trois fils Gaudin prend le nom d'une des terres de la famille ; en tant qu'aîné, Jacques prend le nom de La Bérillais comme son père et l'ajoute à son patronyme. ; le domaine de la Bérillais dont il hérite et dont il porte désormais le nom est situé à Cordemais près de Saint-Étienne-de-Montluc, c'est un héritage provenant des parents de sa grand-mère paternelle.. Le nom de La Bérillais est encore conservé en toponymie locale.
Jacques Gaudin de La Bérillais hérite aussi du manoir familial de L'Angle (ou de Langle)..
Carrière militaire Jeune officier La carrière des armes est toute indiquée pour un jeune noble, qui est généralement nommé officier sur simple recommandation. Jean-Baptiste de Chevigné, un parent de la famille, est capitaine général du bataillon de la milice garde-côtes de Saint-Nazaire.. Jacques de La Bérillais a 17 ans en 1750 lorsqu'il entre dans ce bataillon comme enseigne, le premier grade d'officier, au sein d'une compagnie détachée à Escoublac. À l'époque, les garde-côtes ont pour mission principale la surveillance et la défense des côtes contre une éventuelle invasion étrangère, notamment anglaise. La Bérillais devient lieutenant en 1755 ; il est chargé de commander la compagnie en 1756, en remplacement du capitaine.
Le duc d'Aiguillon, commandant en chef en Bretagne, réorganise les garde-côtes en 1756. La Bérillais est proposé comme capitaine, la commission en est signée par le roi le et enregistrée par l'amirauté de Nantes en 1758. Il est aussi, depuis 1755, officier surnuméraire dans l'artillerie pour assurer le service des batteries d'artillerie du littoral..
Guerre de Sept Ans La France alliée à l'Autriche était entrée en guerre en 1756 contre l'Angleterre alliée à la Prusse, sur fond de rivalité coloniale. Ce conflit sera appelé la guerre de Sept Ans. En 1757, l'armée française occupe le Hanovre.
La Bérillais quitte la milice de garde-côtes pour l'armée régulière, et devient lieutenantIl avait un grade supérieur, celui de capitaine, mais c'était dans une milice ; incorporer l'armée régulière comme officier représente une ascension sociale, même en recevant un grade inférieur à celui qu'il avait dans la milice. en dans le prestigieux régiment de la Marine, alors en garnison à Clèves.. Lorsqu'il rejoint le régiment, les adversaires hanovriens et prussiens lancent une contre-offensive dirigée par Ferdinand de Brunswick-Lunebourg ; La Bérillais est volontaire en première ligne lorsqu'il est atteint par un coup de carabine qui casse son fusil et le blesse à la cuisse..
Ferdinand de Brunswick attaque de nouveau le , à la bataille de Krefeld. Le régiment de la Marine est fortement exposé et résiste trois quarts d'heure avant de devoir se retirer sous le nombre des assaillants. La Bérillais est blessé au ventre. L'armée française est vaincue ; le comte de Clermont qui commande les Français disposait pourtant de forces supérieures, qu'il a insuffisamment engagées. Il est remplacé par le maréchal de Contades.
thumb|upright=0.9|La bataille de Lutzelberg Le lieutenant de La Bérillais participe à la bataille de Lutzelberg ou Lutterberg en Hesse, le , qui se termine cette fois par un succès français. Après un hiver inactif à Clèves, le régiment de la Marine revient en France en , puis est envoyé au Havre pour un projet de descente en Angleterre. Le régiment campe sur la côte le pour parer à une attaque anglaise, puis revient au Havre où il subit les bombardements anglais du 4 au , souvenir mémorable pour La Bérillais.. Le régiment passe ensuite l'hiver dans le Cotentin, va ensuite à Dunkerque puis à Brest en . Un détachement s'embarque pour Terre-Neuve, sans La Bérillais. Le traité de Paris de 1763 met fin à la guerre de Sept Ans.
Entre deux conflits La Bérillais passe ses congés dans la maison de l'Angle dont il a hérité, gère ses propriétés, veille à la mise en valeur de ses terres et étend son domaine, profitant des opportunités qui se présentent ; il obtient aussi divers afféagements.. Il doit par ailleurs s'occuper d'affaires de famille, sa sœur Guyonne-Marie s'estimant lésée par le partage des biens paternels ; un accord est trouvé entre les frères et sœurs en 1764..
Au cours de manœuvres à Compiègne en , le régiment de la Marine fait bonne impression sur Louis XV qui en récompense les officiers ; le régiment est ensuite en garnison à Sarrelouis puis se porte à Landau en . En 1766, La Bérillais y est qualifié de capitaine lieutenant.. Son régiment quitte Landau pour Toulon en , dans l'objectif de la question de la Corse..
La Bérillais devient capitaine en . En 1776 il intègre le régiment d'AuxerroisFrédéric Augris, Vendéens et Républicains dans la guerre de Vendée: 1793-1796, éditions du Choletais, 1993. qui vient d'être formé à partir des et du régiment de la Marine.
Guerre d'indépendance américaine
thumb|upright=0.9|La Bérillais prend part à la bataille de la Grenade, 6 juillet 1779 À partir de 1779, Jacques de La Bérillais est du nombre des officiers français qui combattent pour la guerre d'Indépendance des États-Unis. Il est officier des troupes embarquées envoyées pour aider les Américains contre les Anglais..
D'abord dans l'escadre de l'amiral d'Estaing, il participe à la victoire de la Grenade le , puis au siège de Savannah. Passé ensuite dans l'escadre de l'amiral de Guichen, il prend part en avril-mai 1780 à la bataille de la Dominique et aux batailles de Sainte-Lucie, de Tobago et de Saint-ChristopheÉtienne Taillemite, Dictionnaire des marins français, Paris, Tallandier, 2002 , 172-173 (d'Estaing), et 230 (Guichen)..
Il est nommé le major du régiment de Viennois, et reçoit la croix de chevalier de Saint-Louis avant 1784Comte de Waroquier, Tableau historique de la noblesse, tome 1, Paris, Royer, 1784, 180 .. Le , il passe au régiment de Royal-Auvergne.. Il est ensuite lieutenant-colonel..
Retraite La Bérillais prend sa retraite en avril 1791. Il n'émigre pas, et se retire dans sa maison de L'Angle près de Saint-Étienne-de-Montluc, en Loire-Inférieure. Cela fait deux ans que la Révolution a commencé.
La Révolution Contexte La Révolution française débute en 1789 dans les grandes villes ; elle trouve un soutien mitigé dans les campagnes qui se méfient de la ville. La suppression des privilèges, des particularismes locaux et des protectionnismes régionaux fragilisent les économies rurales, notamment dans l'ouest de la France. Les métayers, moins avantagés que les fermiers, sont majoritaires dans la région de Nantes et la Vendée ; ils ne peuvent pas retirer de bénéfice de l’abolition des droits féodaux, seuls les plus aisés pouvant racheter ces droits ou acquérir des biens nationaux. Les mécontentements augmentent avec les persécutions religieuses, l'exécution de Louis XVI, et surtout avec la levée en masse décrétée en , qui est le facteur déclencheur de l'insurrection dans la région.
Opposant religieux La Bérillais s'est tenu d'abord à l'écart des événements, dans sa maison de L'Angle près de Saint-Étienne-de-Montluc. Il sort de sa réserve en pour des motifs religieux. Les prêtres de la paroisse, qui étaient d'abord favorables à la Révolution, ne veulent pas prêter le serment constitutionnel, ils deviennent « réfractaires » et doivent quitter le presbytère à l'été 1791. Un prêtre constitutionnel arrive le , mal accepté par la population ; lorsqu'il est installé solennellement à Saint-Étienne le , l'assistance est très faible. La Bérillais a réuni autour de lui, le même jour, la plupart de la communauté paroissiale, qu'il invite ouvertement dans sa chapelle privée ; il manifeste ainsi son opposition, en faisant célébrer la messe dans sa chapelle par des prêtres insermentés. Il envoie même au district un projet de Code des libertés religieuses et le publie, sans effet.
Informée des messes clandestines, la municipalité de Saint-Étienne envoie un avertissement à La Bérillais, qui répond qu'il est . La participation à la messe dans la chapelle augmente. Un procès-verbal de cette assemblée illégale est envoyé à Savenay, chef-lieu du district.. Le maire et le procureur de Saint-Étienne, favorables au clergé réfractaire et à La Bérillais, démissionnent. Le , les autorités décident d'agir. La garde nationale locale étant peu sûre, c'est la troupe qui intervient, le dimanche , devant la chapelle ; La Bérillais et les paroissiens résistent, armés de bâtons, de pierres et d'armes à feu ; les militaires ont plusieurs blessés et battent en retraite..
thumb|right|upright=0.7|La Rouërie choisit La Bérillais parmi les commandants de sa conspiration.