Sayd Bahodine Majrouh (en ), né le à Kaboul (Afghanistan) et mort le à Peshawar (Pakistan), est un écrivain, poète, philosophe, folkloriste, homme politique et militant afghan d'ethnie pashtouneJade Lindgaard et Xavier de La Porte, Le B.A.-BA du B-HL. Enquête sur le plus grand intellectuel français, p. 175.

Biographie Sayd Bahodine Majrouh, docteur en philosophie de l'Université de Montpellier, a été doyen de la Faculté des lettres de Kaboul et gouverneur de la province de Kâpîssâ. Il est le fils de Sayd Shamsoudine MajrouhGilles Dorronsoro, Revolution Unending. Afghanistan: 1979 to the Present, p. 171, qui a été membre du Parlement afghan, ministre de la Justice, ministre des Affaires tribales, sénateur et ambassadeur en Égypte (entre 1950 et 1973)Ramazan Bachardoust, Afghanistan. Droit constitutionnel, histoire, régimes politiques et relations diplomatiques depuis 1747, p. 80Sayed Bahaouddin Majrooh et Sayed Mohammad Yusuf Elmi (éds.), The Sovietization of Afghanistan, p. 24.

Auteur dEgo-Monstre Son œuvre majeure en tant qu'écrivain est Ego-Monstre, un vaste conte philosophique à teneur militante et prophétique, mariant poésie, philosophie et fiction, dans lequel il attaque et déplore la tyrannie (dont le Monstre titulaire constitue l'incarnation) sous toutes ses formes. Ayant lui-même connu plus d'un visage de la tyrannie dans son propre pays, Majrouh y exprime et décrit la souffrance des individus et des peuples en proie au Monstre, ses diverses manifestations ou ses continuateurs. Par le truchement de paraboles, d'archétypes et de personnages symboliques, il exalte avec des accents soufis et plaide pour l'amour, la liberté et la beauté contre les affres de la cruauté, de la mégalomanie, de l'égoïsme et du nihilisme.

Au fil des années, Majrouh s'est livré à un important travail d'écriture, de réécriture, d'adaptation et d'édition d'Ego-Monstre : une première version rédigée en persan dari paraît en 1973, une seconde version rédigée en pashto en 1977, une traduction anglaise partielle de l'original dari révisé en 1984, puis la version française finale (quoique inachevée) à la fois réécriture et traduction, par les soins de Serge Sautreau, du texte dari révisé. Le texte français fut publié à titre posthume en deux tomes – Le Voyageur de Minuit en 1989 et Le Rire des Amants en 1991 – et a servi de base aux traductions en d'autres langues, dont l'arabe, l'italien et le danoisAmir Moghani, « Copie d'acte de dissidence », dans Marc Kober (dir.), Poésies des Suds et des Orients, p. 219.

Folkloriste En tant que folkloriste, Majrouh s'est tôt intéressé à la culture populaire et à sa préservation. C'est ainsi que, avec l'aide de sa belle-sœurÅsne Seierstad, The Bookseller of Kabul, p. 38, il a récolté chansons et témoignages auprès de femmes pashtounes pour ensuite rédiger ce qui deviendra Le suicide et le chant, une anthologie de distiques poétiques d'origine populaire précédés d'une étude, édité en 1988 avec la collaboration d'André Velter. De plus, il s'est chargé d'enregistrer des chansons populaires, avec ou sans musique, à fin de conservation du patrimoine afghan menacé pendant la guerre.

Directeur du Centre Afghan d'Information Majrouh fonda en 1981Rosanne Klass, « Genocide in Afghanistan 1978-1992 », dans Israel W. Charny (éd.), The Widening Gyre of Genocide. Volume 3: "Genocide: A Critical Bibliographic Review", p. 159 et dirigea jusqu'à sa mort en 1988 le Centre Afghan d'Information (Afghan Information Centre) qu'il établit à Peshawar, son lieu d'exil tout près de la frontière afghano-pakistanaise, dans la province de Khyber Pakhtunkhwa au Pakistan. Le Centre se veut une organisation à but non lucratif, indépendante et non-partisane. En 1989, les objectifs du Centre étaient de reporter la situation exacte à l'intérieur de l'Afghanistan en se basant sur des informations exactes et fiables obtenues de l'intérieur même du pays, et de rendre ces informations disponibles sous la forme d'articles, de bulletins de nouvelles, d'enregistrements, de photographies et de films aux médias internationaux ainsi qu'aux individus et organisations privées et publiques internationales intéressées par ce qui se passe en AfghanistanAfghan Information Centre, Monthly Bulletin, 104.

Durant la guerre, le Centre, son directeur et leurs publications étaient reconnus internationalement comme la source d'information et d'analyse afghane la plus fiable, indépendante, complète et objective concernant plusieurs aspects de la guerre et de la Résistance. Les journalistes s'y appuyaient largement et Majrouh donnait de nombreuses conférences en Europe et aux États-UnisRosanne Klass, « Genocide in Afghanistan 1978-1992 », dans Israel W. Charny (éd.), The Widening Gyre of Genocide. Volume 3: "Genocide: A Critical Bibliographic Review", p. 159. Traduction approximative de l'original anglais : « Not affiliated with any party, this center, its director and its publications were internationally recognized as the most reliable, independent, comprehensive and objective Afghan source of information and analysis on many aspects of the war and the Resistance. Journalists relied heavily on this source and Majrooh lectured widely in Europe and the U.S. ». Un de ses fils, Naïm Majrouh, a succédé à la direction du Centre par la suite et est éditeur en chef du Afghanistan Quarterly, poursuivant ainsi l’œuvre de son pèreNaïm Majrouh, « The talibans have banned all music ».

Décès La veille de son soixantième anniversaire, Majrouh fut la victime d'un assassinat de nature politique et partisane l'après-midi du à sa résidence de PeshawarSayd Bahodine Majrouh, Le suicide et le chant, 1988, p. 7. Les sources divergent quant aux motifs exacts derrière le crime : on blâme des agents du KGB ou du KHAD (alliés pendant la guerre) ainsi que des supporteurs du Hezb-e-Islami GulbuddinGérard Chaliand, Chaliand, un itinéraire combattant. Afrique, Asie, Amérique latine : 30 ans d'enquêtes de terrain, p. 375 enragés par la prise de position ouvertement monarchiste de Majrouh qui préférait, à l'instar d'une large part de la population afghane, la réinstallation de Mohammed Zaher Chah au pouvoir plutôt que n'importe quel autre leader tribal ou parti politiqueSteve Coll, Ghost Wars: The Secret History of the CIA, Afghanistan, and bin Laden, from the Soviet Invasion to September 10, 2001, pp. 181-2. Selon le journaliste Steve Coll, cet attentat a été interprété comme une attaque d'intimidation et de prévention de la part de Gulbuddin Hekmatyar contre ceux favorisant Zaher Chah une fois l'Afghanistan libérée de la présence soviétique.

Œuvres En français Sayd Bahodine Majrouh, « Petite anthologie de la poésie féminine », Pashto Quarterly, vol. 1, 3, Spring 1978 Sayd Bahodine Majrouh (traduit du pashtou et adapté par André Velter et l'auteur), Le suicide et le chant. Poésie populaire des femmes pashtounes, Les Cahiers des Brisants, 1988 Réédition : Gallimard, coll. « Connaissance de l'Orient », Série Asie centrale, 1994 Sayd Bahodine Majrouh (traduit du persan dari par Serge Sautreau et l'auteur), Chants de l'errance, Éditions de la Différence, coll. « Orphée », 1989 Sayd Bahodine Majrouh (texte français par Serge Sautreau), Le Voyageur de Minuit (Ego-Monstre I), Phébus, coll. « Domaine persan », 1989, 204 p. Rééditions : Éditions de l'Aube, coll. « Aube Poche », 1997 et 2000 Sayd Bahodine Majrouh (texte français par Serge Sautreau), Le Rire des Amants (Ego-Monstre II), Phébus, coll. « Domaine persan », 1991, 309 p. Sayd Bahodine Majrouh (texte français par Serge Sautreau), Rire avec Dieu. Aphorismes et contes soufis, Albin Michel, coll. « Spiritualités vivantes » (130), 1995, 197 p.

Quelques-uns de ses textes sont parus dans un livre de photos : Chris Steele-Perkins (textes de André Velter, Sayd Bahodine Majrouh et Chris Steele-Perkins), Afghanistan, Marval Éditions, 2000

En d'autres langues Majrouh a également publié plusieurs ouvrages dans les deux langues officielles de l'Afghanistan – soit le pashto et le persan dari – qui n'ont pas été traduits en langues européennes, ce qui explique leur absence de cette liste incomplète.

Alfred Brauner, Dr. Françoise Erna Brauner & Sayed Bahaouddin Majrooh, Children in War: Drawings from the Afghan Refugee Camps, Society for Central Asian Studies, « Central Asian Survey Incidental Paper No. 5 », 1988 Sayd Bahauddin Majrooh, Sufism and the Modern World Sayed Bahuddin Majrouh, « Sair-ul 'Ibad Ilal Ma'ad de Sanai de Ghazna » [« L'acheminement des créatures vers le lieu suprême du retour : sa signification et son intention »], Afghanistan, vol. 30, 2, 1977, Ramin Khanbagi (comp.), Persian Classical and Modern Poetry: A Bibliography, p. 78

Références

Bibliographie Afghan Information Centre, Monthly Bulletin, Peshawar, 104, Neuvième année, (Disponible en document PDF.) Ramazan Bachardoust, Afghanistan. Droit constitutionnel, histoire, régimes politiques et relations diplomatiques depuis 1747, L'Harmattan, 2003 Gérard Chaliand, Chaliand, un itinéraire combattant. Afrique, Asie, Amérique latine : 30 ans d'enquêtes de terrain, Karthala, coll. « Hommes et Sociétés », 1997 (Aperçu disponible sur Google Books.) Steve Coll, Ghost Wars: The Secret History of the CIA, Afghanistan, and bin Laden, from the Soviet Invasion to September 10, 2001, Penguin Books, 2004 (Aperçu disponible sur Google Books.) Gilles Dorronsoro, Revolution Unending. Afghanistan: 1979 to the Present, Hurst & Company/CERI, 2005 Ramin Khanbagi (comp.), Persian Classical and Modern Poetry: A Bibliography, Global Scholarly Publications, 2004 (Aperçu disponible sur Google Books.) Rosanne Klass, « Genocide in Afghanistan 1978-1992 », dans Israel W. Charny (éd.), The Widening Gyre of Genocide. Volume 3: "Genocide: A Critical Bibliographic Review", Institute on the Holocaust and Genocide, 1994 (Aperçu disponible sur Google Books.) Jade Lindgaard et Xavier de La Porte, Le B.A.-BA du B-HL. Enquête sur le plus grand intellectuel français, La Découverte, coll. « Cahiers libres », 2004 Sayed Bahaouddin Majrooh et Sayed Mohammad Yusuf Elmi (éds.), The Sovietization of Afghanistan, Afghan Information Centre/Afghan Jehad Works Translation Centre, 1986 (Aperçu disponible sur Google Books.) Naïm Majrouh, « The talibans have banned all music », 1988. Allocution dans le cadre de la « 1st Freemuse World Conference on Music and Censorship ». Amir Moghani, « Copie d'acte de dissidence », dans Marc Kober (dir.), Poésies des Suds et des Orients, Itinéraires et Contacts des Cultures, vol. 42, L'Harmattan, 2008 , , , (Une analyse traductologique du recueil poétique Chants de l'errance.) Åsne Seierstad, The Bookseller of Kabul, Back Bay Books, 2004 (Aperçu disponible sur Google Books.)

Voir aussi

Liens externes « Majrouh, voie magnétique », un texte d'Atiq Rahimi (2008). Poèmes de Majrouh dans leur langue originale.

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