La bataille de Phalère (parfois bataille d'Analatos) est une bataille de la guerre d'indépendance grecque qui se déroula le ( julien) à Phalère dans le cadre des combats pour Athènes. L'initiative du combat revint aux forces grecques commandées par les philhellènes engagés par l'État grec, Richard Church et Thomas Cochrane, dans le but de contraindre les troupes ottomanes de Mehmet Rechid Pacha (dit Kütaşı) à lever le siège qu'elles imposaient aux troupes grecques réfugiées dans l'Acropole d'Athènes. En effet, si la ville en tant que telle n'avait aucune importance politique, sa forteresse, l'Acropole, était en revanche un enjeu stratégique. Cependant, Thomas Cochrane et Yeóryios Karaïskákis s'opposèrent, jusqu'à la mort de ce dernier, quant à la tactique à adopter.

Les Grecs, qui avaient installé une tête de pont au Pirée, divisèrent leurs troupes en deux colonnes, l'une attaquant depuis le Pirée et l'autre depuis Phalère où elle fut transportée par les navires de Cochrane dans la nuit du 5 au . L'opération de débarquement se fit dans le désordre. Le manque de coordination rendit les troupes vulnérables au matin du : l'avant-garde atteignit Athènes alors que le débarquement n'était pas fini. Les Grecs furent repoussés par la cavalerie ottomane et subirent de lourdes pertes, principalement quand ils tentèrent, sous le feu ottoman, de fuir vers la mer.

Contexte Guerre d'indépendance grecque

thumb|upright|left|Le Serment à Aghia Lavra.Ce tableau de Theodoros P. Vryzakis (1865) commémore le soulèvement du 25 mars 1821. huile sur toile, National Art Gallery and Alexandros Soutzos Museum, Athènes. La bataille de Phalère se situe dans le contexte de la guerre d’indépendance grecque contre l’occupation ottomane. Les affrontements principaux eurent lieu dans le Péloponnèse, en Épire et autour d’Athènes.

En 1821, les Grecs s’étaient révoltés contre l’occupation ottomane. Ils avaient d’abord remporté de nombreuses victoires et proclamé leur indépendance en , mais les victoires grecques avaient été de courte durée, notamment parce que les insurgés s'étaient rapidement déchirés entre factions rivales au cours de deux guerres civiles. Le sultan Mahmoud II avait appelé à l’aide son vassal égyptien Mehemet Ali qui, en 1824, avait dépêché en Grèce son fils Ibrahim Pacha avec une flotte de d'abord puis . L’intervention d’Ibrahim fut décisive : le Péloponnèse fut reconquis en 1825 et le verrou de Missolonghi tomba en 1826.

Sièges d'Athènes thumb|Athènes en 1821. Athènes était une petite ville au début du sans importance autre que locale. Cependant, sa forteresse, installée sur l'Acropole contrôlait la plaine de l'Attique, ce qui en fit un enjeu du conflit. Lorsque les insurgés grecs s'emparèrent d'Athènes, le (julien), la garnison ottomane et la population musulmane s'enfermèrent dans la forteresse de l'Acropole. Un premier siège commença alors. Il fut brisé par l'arrivée d'une colonne de secours commandée par Omer Vryonis le (julien), mais cette armée ottomane quitta l'Attique à l'automne et le (julien) suivant, un millier de Grecs commandés par Ktenas rétablirent le siège. Le millier de défenseurs finit par se rendre le (julien).

Après une période d'anarchie, la forteresse et la région furent occupées par Odysséas Androutsos et son lieutenant Yannis Gouras, qui en fit sa base principale. Des travaux de fortification supplémentaires furent effectués, afin notamment de protéger l'un des deux seuls points d'eau de l'Acropole, la source Clepsydre qui venait d'être redécouverte (l'autre point d'eau étant un puits situé dans l'enceinte basse, appelée Serpentze, bâtie sur l'odéon d'Hérode Atticus et le portique d'Eumène). La ville ne subit pas d'autre siège jusqu'en 1826, l'armée de Dramali Pacha qui avait envahi la région au cours de l'été 1822 s'étant dirigée vers le Péloponnèse sans s'arrêter.

Après avoir réussi à s'emparer de Missolonghi en et reconquis la Grèce centrale, Mehmet Rechid Pacha se tourna vers Athènes où il arriva début juillet avec et vingt-six canons. L'assaut eut lieu le (julien) : ottomans prirent la ville et forcèrent les 800 défenseurs grecs à se réfugier sur l'Acropole. Le (julien), le commandant de la garnison grecque de l'Acropole, Yannis Gouras fut tué par un tir turc.

Bataille Secours aux assiégés Le (julien), une colonne de secours de commandés par Nikolaos Kriezotis réussit à pénétrer dans la forteresse pour y renforcer les défenseurs, après plusieurs échecs. Le (julien), une nouvelle colonne de réguliers menés par Charles Fabvier, dont une quarantaine de philhellènes, pénétra à son tour dans l'Acropole avec un mois de provisions et de poudre.

thumb|Combats autour du Pirée, par Zografos et Makriyannis

On se fixa alors pour objectif non seulement de briser le blocus mais aussi d'obliger les Ottomans à lever le siège et à quitter l'Attique. Une attaque sur deux points fut décidée : par l'ouest de l'Attique et par un débarquement au Pirée. Le (julien), une troupe de Grecs commandés par le philhellène Thomas Gordon et par Ioannis Notaras, Dimitrios Kallergis et Yánnis Makriyánnis débarqua au Pirée, sous la protection de l'escadre de Frank Abney Hastings, dont la Kartería, et réussit à y établir et y fortifier une tête de pont sur la colline de Kastella, située entre le port principal et la baie de Phalère. Le lendemain, l'attaque de Notaras sur le monastère fortifié de Saint-Spyridon, tenu par 200 Ottomans, échoua. Le monastère contrôlait la route d'Athènes. Le (julien), Mehmet Rechid Pacha parvint à renforcer la garnison de Saint-Spyridon. Le lendemain, les troupes ottomanes réussirent à chasser la deuxième division des Grecs installée à Kamateró, au nord-ouest d'Athènes ; après ce succès Kioutachis tenta de déloger les Grecs de Kastella mais ses assauts répétés à la fin du mois de janvier échouèrent. Début février, après avoir réussi à briser le siège de Dístomo et reconquis la majeure partie de la Grèce centrale, Yeóryios Karaïskákis se tourna vers l'Attique où il arriva en mars. Il installa son camp le à Keratsini, à l'ouest du Pirée, séparé de l'autre camp grec de Kastella par les positions ottomanes. Son camp fut attaqué par les troupes ottomanes le lendemain mais résista.

Le (julien), la cavalerie de Karaïskákis affronta les Ottomans sans qu'aucun côté triomphât près du monastère de Daphni.

Commandants en chef philhellènes thumb|upright|Thomas Cochrane, comte de Dundonald En , Thomas Cochrane fut nommé officiellement commandant en chef de la flotte grecque par l'Assemblée nationale de Trézène, tandis que Richard Church devenait commandant en chef des forces terrestres. Dès son arrivée sur le sol grec, dans un discours lyrique, Thomas Cochrane annonça qu'il avait hâte de dîner sur l'Acropole d'Athènes. Il brandit un étendard qu'il avait fait préparer, avec la chouette d'Athéna sur fond bleu et blanc. Il promit une récompense de dollars au premier qui ferait flotter ce drapeau sur l'Acropole. Il promit aussi de faire très vite flotter le drapeau grec sur Sainte-Sophie et donc de libérer Constantinople.

thumb|left|Le camp de Karaïskakis à Castella par Theodoros P. Vryzakis. Au loin, de droite à gauche, les collines de Philopappos, de l'Acropole et du Lycabette.

Le (julien), une attaque combinée des troupes grecques de Keratsini et de Munichie, et un débarquement de Spetsiotes, réussit à s'emparer des alentours du monastère de Saint-Spyridon, dans laquelle une garnison albanaise s'enferma, permettant la jonction des deux camps grecs et ouvrant la route d'Athènes. Thomas Cochrane dans ses Mémoires raconte qu'il aurait participé à cette action, chargeant une sortie ottomane armé de sa seule longue-vue et entraînant ainsi une contre-attaque grecque. Cela aurait été sa première action en Grèce. Pour Cochrane, la prochaine étape devait être une attaque contre les troupes ottomanes assiégeant Athènes ; cependant Karaïskakis refusait d'aller plus avant tant que le monastère resterait aux mains de l'ennemi. Cochrane était donc partisan d'un assaut du monastère, tandis que les Grecs préféraient obtenir une reddition négociée. Les hostilités reprirent donc les jours suivants : le monastère fut bombardé depuis le port par le navire-amiral grec, la frégate Hellas (commandée par Miaoulis) et depuis les batteries de Kastella, mais les Albanais tinrent bon dans ses ruines. Une trentaine de soldats chrétiens originaires d'Himarë en profita cependant pour rejoindre le camp grecGordon, History of the Greek Revolution, T2 .

Privée de ravitaillement, la garnison finit par capituler quelques jours plus tard, obtenant la possibilité de rejoindre le gros des forces ottomanes avec ses armes. Malgré les précautions de Karaïskakis qui se plaça au milieu de leur colonne, une dispute entre les soldats ottomans et les Grecs les entourant dégénéra et 200 Ottomans furent massacrés ; cette nouvelle rupture de traité de la part des GrecsPlusieurs fois au cours de la guerre, des massacres avaient ainsi eu lieu en violation des traités de capitulation, notamment à Navarin en août 1821, et à Athènes en 1822. choqua les philhellènes présents.

Tactiques divergentes thumb|Plan de la bataille, par Gordon Thomas Cochrane exigea dès son arrivée que les forces grecques marchent directement sur l'Acropole, séparée de la tête du pont du Pirée par une rase campagne et une vaste oliveraie ; il se justifie dans ses Mémoires en affirmant que la garnison de l'Acropole prétendait être sur le point de capituler, faute de provisions. Il souhaitait donc prendre de force le monastère de Saint-Spyridon, tandis que Gordon et Karaïskákis suggéraient de négocier. Lorsque le monastère fut investi, Cochrane recommença à réclamer une attaque frontale du type de celles qu'il avait réalisé lors des guerres d'indépendance en Amérique du Sud : un débarquement de nuit d'une troupe qui profiterait de l'obscurité pour atteindre les petites collines derrière le temple de Zeus. De cette position fortifiée, il serait, selon lui possible de secourir la garnison de l'Acropole. Il alla jusqu'à accuser les Grecs de lâcheté ainsi qu'à mettre sa démission dans la balance.

Cette stratégie s'opposait à celle généralement suivie par les irréguliers grecs, consistant en une guerre de positions utilisant des retranchements de fortune (tambouria) afin d'obliger l'ennemi à attaquer en coupant ses communications et son ravitaillement, et évitant les confrontations en terrain découvert ou à l'arme blanche. Karaïskákis s'opposait donc au plan de Cochrane, arguant que les troupes seraient à la merci de la cavalerie ottomane dans la plaine entre la mer et l'Acropole. Cochrane, fort de sa réputation et de son expérience, insista : « Là où je commande, toute autre autorité cesse« Where I command, all other authority ceases. » ». Il ne cessait de réclamer des troupes à Church.

Il fallut céder à Cochrane. Une partie des troupes ( à , selon les sources, tous des fantassins, comprenant environ réguliers et des troupes irrégulières ainsi que des philhellènesLe bataillon régulier était commandé par le colonel Inglesi et des philhellènes ; les irréguliers comprenaient environ 200 Crétois commandés par Kallergis, des Souliotes sous divers chefs dont Kóstas Bótsaris, et des Roméliotes sous divers chefs dont , Makriyannis, , Panayotis Notaras) serait transportée du Pirée à la baie de Phalère, tandis que le gros de la troupe resterait en soutien sur le flanc ouest de la colonne qui marcherait sur Athènes. Karaïskákis continuait malgré tout à contester ce plan. Sa mort (touché au ventre le , il mourut le lendemain) mit fin à toute opposition.

Débarquement et déroute