vignette|300 px|La façade du palais du Gouvernement général à Alger, avec son balcon où de Gaulle a dit cette phrase.

est la phrase-clé du discours du de Charles de Gaulle à Alger, depuis le balcon du Gouvernement général, devant une foule de à réunies sur la place du Forum.

Ce discours ne fut pas écrit par Charles de Gaulle lui-même, mais par l'équipe de ses conseillers : le véritable auteur est donc anonyme.

Contexte

vignette|Charles de Gaulle en 1963.

En 1958 en Algérie, les troubles intérieurs se sont transformés en guerre dès 1954 même si, à l'époque, la France refusait de les qualifier ainsi.

Au début de l'année 1958, au moment où la décolonisation est partout en marche, même au sein de l'Union françaiseEn , la France a dû accorder l'indépendance au Maroc, le , et à la Tunisie, le ., les positions colonialistes et l'entêtement du gouvernement français à n'envisager pour l'Algérie que des solutions de force sont de plus en plus critiqués, autant sur le plan international auprès de l'ONU que par les États-Unis et les pays du tiers monde.

Même en métropole, avec le retour des appelés et à la suite de différentes affaires de tortures ou de « corvées de bois » (exécutions extrajudiciaires), la dure réalité des combats transparaît de plus en plus dans les médias, si bien que cette guerre est désormais décriée par l'opinion publique. Sans compter que son coût humain (plusieurs milliers de soldats français tués) est exorbitant pour des « opérations de maintien de l'ordre » et que, malgré une économie florissante, elle met les fragiles finances françaises au bord de la faillite.

En réalité, aux yeux du citoyen métropolitain, l'Algérie apparaît comme une terre de plus en plus étrangère. Par ailleurs, les échecs retentissants de l'armée française à Diên Biên Phu le , puis à Suez en , en plus des indépendances marocaine et tunisienne arrachées en , ont fortement encouragé le nationalisme arabe au Maghreb.

Le , le gouvernement Gaillard est renversé et dès lors s'ouvre une nouvelle vacance du pouvoir.

En Algérie, le , à la suite de l'annonce de l'exécution de trois soldats français par le Front de libération national algérien (FLN) en représailles à celle d'Abderrahmane Taleb par la France, le général Raoul Salan, commandant en chef, décide d'organiser le dans tout le pays des manifestations d'hommage en leur honneur, mais le même jour Alger apprend que le président de la République, René Coty, a pressenti comme président du Conseil le président du Mouvement républicain populaire, Pierre Pflimlin, un homme dont les colons sont persuadés qu'il envisage de négocier avec le FLN.

Cette désignation provoque un branle-bas de combat chez les activistes de l'Algérie française, qui aussitôt forment des comités de vigilance, décident d'une grève générale et appellent au coup de force insurrectionnel pour le .

Le , le ministre résidant en Algérie démissionnaire, Robert Lacoste, qui sympathisait avec les agitateurs mais refusait de se laisser instrumentaliser, rentre discrètement en métropole avant les événements et donc « sans assurer les affaires courantes ». Le , devant le conseil général de Dordogne réuni à Périgueux, il s'inquiète d'un possible « Dien-Bien-Phu » diplomatique. Dès ce moment, le pouvoir républicain est vacant en Algérie.

Pour les activistes, il s'agit d'en profiter pour s'emparer de son symbole, le Gouvernement général (GG), et de mettre l'armée au pied du mur afin de la contraindre à choisir clairement son camp : soit les combattre pour soutenir Paris, soit fraterniser avec eux afin d'empêcher l'investiture de ce candidat honni. Comme il fallait s'y attendre, ils connaissent dans cette première phase un plein succès avec la mise à sac du bâtiment, l'absence de toute réaction militaire et le ralliement des généraux à leurs thèses. Cependant, ceux-ci, surpris par ce mouvement, décident d'en prendre la tête pour le canaliser : dans toute l'Algérie se forment alors des Comités de salut public (CSP) exigeant la création à Paris d'un « gouvernement de salut public » capable d'assurer le maintien de l'Algérie dans le giron français. C'est le général Jacques Massu qui s'impose à la tête de celui d'Alger. Quant au général Salan, après avoir laissé faire, il prend ensuite nettement position en leur faveur en réclamant publiquement au nom de l'armée le retour au pouvoir du général de Gaulle. C'est ainsi qu'à l'instigation de Léon Delbecque, il lance à la foule dès le un depuis le balcon du Gouvernement général.

L'élimination du pouvoir civil a d'autant mieux réussi localement que, dès le au soir, Paris confie au général Salan les pleins pouvoirs en Algérie.

Malgré tout, le , Pflimlin est bel et bien investi par l'Assemblée nationale ; cependant, son gouvernement étant incapable de trouver une solution à la crise et constatant sa totale impuissance, il démissionne le . Entretemps, entre le et le , le parachutiste de choc a engagé l'opération Résurrection, qui consiste à s'emparer du pouvoir civil et militaire en Corse afin d'en faire une tête de pont pour la prise de pouvoir sur le continent. Cependant, après la démission de Pfimlin, celle-ci n'est plus jugée utile.

À son tour, le général de Gaulle est investi par l'Assemblée nationale le . Il entre à Matignon le lendemain, et c'est dans ce contexte qu'il se rend quelques jours plus tard en Algérie.

Discours À la fin de la guerre d'Algérie, les Français d'Algérie se sont sentis trompés par les intentions et les propos du général de Gaulle en 1958. Le texte exact du discours tenu par de Gaulle le à Alger est donc important :

Interprétations Sur le moment, le discours donne un fort sentiment de soutien à tous ses auditeurs musulmans, européens et juifs qui ont fraternisé, et provoque une explosion de joie. Les « pieds-noirs » (les Français vivant en Algérie) prennent le mot pour eux et pensent avoir le soutien du nouveau président du Conseil.

Plus tard, certains historiens soulignent le caractère ambigu de la phrase : il s'agirait d'une phrase qui typiquement vise à rassurer tout le monde.. Selon de Gaulle lui-même, elle avait pour but de avant un discours qui, selon lui, ne laissait guère de doute sur sa volonté de laisser l'Algérie s'autodéterminer :

Cependant, à la date du discours, c'est bien l'interprétation de soutien à l'Algérie française qui domine les esprits, en particulier à cause du « Vive l'Algérie française ! » du même de Gaulle deux jours plus tard à Mostaganem.

Pour sa part, Jacques Lenoir, directeur des Affaires personnelles et administratives à la Délégation générale du gouvernement en Algérie de 1958 à 1960, donne un sens beaucoup plus trivial à la phrase :

Élections législatives de 1958

Les législatives qui ont lieu les et sont précédées par un référendum constitutionnel, au cours duquel 96 % des électeurs qui se sont exprimés en Algérie approuvent la nouvelle constitution française.

Ressentiment « Je vous ai compris » est resté un souvenir au moins aussi marquant que le « Vive l'Algérie française ! » pour la majorité des « pieds-noirs » favorable à l'Algérie française. À la suite de ces phrases, l'acceptation par de Gaulle de l'autodétermination algérienne leur a donné un sentiment de trahison.

De Gaulle fut ainsi détesté par la majorité des « pieds-noirs » partisans de l'Algérie française. Parmi cette majorité, une infime minorité, la plus violente, forma avec une infime minorité des militaires l'organisation terroriste OAS, qui organisa l'attentat du Petit-Clamart le contre lui.

Le décalage entre la phrase du général de Gaulle prononcée en 1958 et la conclusion du conflit algérien en 1962 fit dire à l'humoriste Pierre Desproges que le texte réel aux « pieds-noirs » était : « Je vous hais ! Compris ? »Pierre Desproges, Dictionnaire superflu à l’usage de l’élite et des bien nantis, Éditions du Seuil, février 1985.. À partir de 2018, cette version modifiée est parfois utilisée, par dérision, par les opposants à la politique du président français Emmanuel Macron pour qualifier sa relation aux mouvements sociaux français.

Notes et références Note

Références

Voir aussi Bibliographie

Cette citation est également évoquée dans l'album de bande dessinée Un général, des généraux, scénarisé par Nicolas Juncker et dessiné par François Boucq.

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