Patrick Cordier, né le à Besançon, mort le aux Pennes-Mirabeau, est un grimpeur, alpiniste et chercheur français.

Alpiniste rochassier, guide de haute montagne, spécialiste de l’escalade solitaire, Patrick Cordier est l’auteur de nombreuses ascensions de grande envergure, sur les parois calcaires du Sud-Est de la France, en Amérique du Nord, dans les aiguilles de Chamonix (massif du Mont-Blanc) et au Karakoram ; il est l’une des figures de l’alpinisme moderne des années 1970Philippe Brass, Les plus belles voies de Presles, éditions Oros, 2005 en France. Patrick Cordier est également chercheur en neurosciences.

Biographie Né à Besançon le Etat civil sur le fichier des personnes décédées en France depuis 1970 1946Grande encyclopédie de la montagne, t. 3, éditions Atlas, Paris, 1977, (article « Patrick Cordier ») de parents professeurs à Paris, Patrick Cordier pratique la montagne à Chamonix où ses parents possèdent un chalet et s’initie à l’escalade à Fontainebleau et dans le Saussois. Il devient vite l’un des meilleurs grimpeurs de sa génération et est, en 1967, le plus jeuneBernard Vaucher, Les fous du Verdon, Guérin, Chamonix, 2008 , pages 48 et 49 des cinq alpinistes qui ouvrent en Norvège la directissime française dans la paroi du Trollryggen.

De 1968 à 1970, Patrick Cordier réalise d’importantes premières ascensions sur les parois calcaires du Sud-Est de la France (paroi du Duc au Verdon et paroi des Voûtes dans le Dévoluy) et dans le massif du Mont-Blanc. Sa façon de grimper est alors engagée, il réduit au minimum le nombre de pitons utilisésGilles Modica, « Patrick Cordier Un grimpeur libertaire », Montagnes Magazine, , mai 2000.

En 1972, Patrick Cordier voyage en Amérique du Nord (Alaska, Territoires du Nord-Ouest au Canada, Californie) et réalise des premières ou de prestigieuses répétitions ; il accomplit sa première ascension solitaire d’envergure, le Nose au Capitan. Il découvre les techniques d’escalade développées par les grimpeurs californiens et les introduit en France à son retour. Il promeut alors l'utilisation de ces techniquesPatrick Cordier, avec la participation de Bernard Amy et Yves Laulan, « Assurage et écologie », publié dans La montagne et alpinisme (revue du Club alpin français et du Groupe de haute montagne), 2/1974, à 298 et devient pionnier dans le massif du Mont-Blanc de l’escalade « propre » (sans piton, avec coinceurs) : en 1975, dans les aiguilles de Chamonix, en compagnie de Jacques RamouilletDans le Guide Vallot (La chaîne du Mont-Blanc t. 1, Arthaud, Paris, 1987 ) François Labande précise à propos du pilier sud de l’aiguille de Roc : « C’est la première grande voie du massif du Mont-Blanc à avoir été réalisée uniquement avec des coinceurs. Aujourd’hui encore la voie est très peu pitonnée et il est souhaitable que cela reste ainsi. », il réalise l'ascension du pilier ouest de la pointe Lépiney et du pilier sud (pilier Cordier) à l’aiguille de Roc, sans utiliser de pitons.

Patrick Cordier et Jean Afanassieff sont les premiers alpinistes à atteindre le dernier sommet vierge en territoire français : ils réalisent en la première ascension du Mont Ross aux îles Kerguelen. Cette même année, avec Jean Afanassieff ainsi qu’avec les frères Patrice et Gilles Bodin, Patrick Cordier crée la Compagnie indépendante des guides de Chamonix.

Patrick Cordier prépare ensuite une nouvelle première : l’ascension en solitaire de la face sud du Fou dans le massif du Mont-Blanc, l’escalade libre la plus dure des Alpes à l’époque. Pour cela, sur les falaises de Presles, au-dessus desquelles il habite une maison isolée dans la forêt, Patrick Cordier s’entraîne en réalisant des solos difficiles : le pilier du Souvenir, le Nid d’Aigle et le pilier de Choranche. En , il réussit sa première au cours de laquelle il est filmé depuis une arête voisine par Jacques Ramouillet ; il en fera un film, Voyage en face sud. Pour cette ascension filmée, à la tenue traditionnelle de l’alpiniste, il préfère le code vestimentaire de son époque, des vêtements blancs, un pantalon à pattes d’éléphant et un bandeau retenant ses cheveux. Une dizaine d’années plus tard, Patrick Cordier sera avec Patrick Berhault l’un des deux protagonistes du film documentaire Les piliers du rêve de Guy Meauxsoone consacré à leur escalade des pitons rocheux des Météores en GrèceLes piliers du rêve sur vodeo.tv.

Guide de haute montagne depuis 1974, Patrick Cordier devient professeur titulaire à l’ENSA quatre ans plus tard. Puis il publie son premier livre, un ouvrage consacré aux Préalpes du Sud dans la collection Les 100 plus belles courses dirigée par Gaston Rébuffat. Au-delà du cadre codifié de la collection, Patrick Cordier y manifeste sa fantaisie et son impertinenceBernard Amy, La Montagne et Alpinisme (revue du Club alpin français et du Groupe de haute montagne), 127, 1982 (lire en ligne). Parallèlement à son activité de professeur, il découvre l’himalayisme et fréquente les montagnes du Karakoram où il réalise des premières au début des années 1980 ; de son expédition aux tours de Trango, il tire son second livre, largement illustré par ses propres photographies en noir et blanc : Cathédrales de Trango.

À partir de la fin des années 1980, une vingtaine d’années après sa maîtrise de biophysique, Patrick Cordier entreprend des travaux de recherche sur le comportement du grimpeur et l’apprentissage moteur. Il réalise ses recherches d’abord avec l’université d’Annecy Ski et alpinisme (revue annuelle de l’ENSA) 1991, puis à l'École pratique des hautes études, section Sciences de la vie et de la terre, à Marseille. En , il soutient sa thèse de neurosciences à École pratique des hautes études dont le sujet est « Statique et dynamique d’un apprentissage moteur : analyse des trajectoires en escalade ».

Alpiniste et chercheur, Patrick Cordier est aussi dessinateur, peintre et photographe, il joue de plusieurs instruments de musique, du oud et de la quena notammentJean-Michel Asselin, Les années montagne - une histoire de l'alpinisme du , Glénat, 2011 . Personnage contrasté, Patrick Cordier est à la fois secret et séducteur, pince-sans-rire et provocateur ; malgré sa « marginalité goguenarde », il ne dédaigne pas la notoriété.

Patrick Cordier est mort le Notice d’autorité de patrick Cordier dans le catalogue de la bibliothèque nationale de France (consulté le 19 novembre 2012) victime d’un accident de moto sur l’autoroute Aix-MarseilleRené Desmaison, Les Forces de la montagne (mémoires), Hoëbeke, Paris, 2005 , page 176, près des Pennes-Mirabeau.

Principales ascensions 1967 : première ascension de la directissime du Trollryggen (Norvège) avec Yves Boussard, Jérôme Brunet, Claude Deck et Jean Fréhel 1968 : gorges du Verdon, paroi du Duc, ouverture de la voie Les enragés avec Patrice Bodin, Lothar Mauch, Patrice Richard, du 16 au Verdon - le Duc : Les enragés, camptocamp.org 1969 : massif du Dévoluy, paroi des Voûtes, ouverture du pilier ouest avec Sylvain Jouty 1969 : massif du Mont-Blanc, aiguilles de Chamonix, première ascension et première hivernale de la face nord directe du col du Plan avec Sylvain Jouty, du 27 au Sylvain Jouty : biographie 1970 : massif du Dévoluy, paroi des Voûtes, ouverture de la voie de la Toussaint avec Jean Afanassieff 1970 : massif du Mont-Blanc, aiguilles de Chamonix, Grands Charmoz, ouverture du pilier nord-ouest (pilier Cordier) avec Gary Addison, Thierry Fagart et Sylvain Jouty, le Guide Vallot La Chaîne du Mont-Blanc t. 1 Sélection de voies présentées par François Labande, GHM, Arthaud, Paris, 1987 1972 : monts Logan, seconde ascension de la Tour de la fleur de lotus avec Joël Coqueugniot et Bernard Amy 1972 : massif du McKinley, première ascension du Rooster Comb (crête du Coq) avec Joël CoqueugniotGrande encyclopédie de la montagne, t. 3, éditions Atlas, Paris, 1977, (article « Joël Coqueugniot ») 1972 : vallée de Yosemite, El Capitan, première ascension française du Salathé Wall avec Joël Coqueugniot (en ) 1972 : vallée de Yosemite, El Capitan troisième solitaire du Nose, du au 1975 : îles Kerguelen, première ascension du mont Ross avec Jean Afanassieff, dernier sommet vierge en territoire français, mois de janvier 1975 : massif du Mont-Blanc, aiguilles de Chamonix, première ascension du pilier sud (pilier Cordier) de l’aiguille de Roc avec Jacques Ramouillet, les 13 et (première voie ouverte en France sur coinceurs, sans usage de piton)Aiguille de Roc : Pilier Cordier, camptocamp.org 1975 : massif du Mont-Blanc, aiguilles de Chamonix, ouverture d’une voie sur le pilier sud-est de la pointe Lépiney avec Jacques Ramouillet et Jacques Collaer (sans usage de piton), le Yves Ballu, Les alpinistes, Glénat, 1997 1976 : massif du Mont-Blanc, aiguilles de Chamonix, première ascension solitaire de la face sud du Fou, au mois de juin, filmée depuis une arête voisine par Jacques Ramouillet qui réalise alors le film Voyage en face sud 1979 : Karakoram, participationPatrick Cordier, Cathédrales de Trango, Arthaud, 1985 , de couverture à l’expédition de la Fédération française de la montagne au K2 avec notamment Bernard Mellet (chef d’expédition), Pierre Beghin, Jean-Marc Boivin, Ivano Ghirardini, Daniel Monaci, Thierry Leroy, Yannick Seigneur (échec de l’expédition) 1981 : massif du Mont-Blanc, aiguilles de Chamonix, ouverture de la voie Cordier sur le versant ouest de l’aiguille du Grépon, avec Michaud, en juilletYves Ballu, op. cit. 1981 : massif du Mont-Blanc, aiguilles de Chamonix, ouverture de la voie Sécurité et liberté sur la face est de la pointe de Lépiney, avec Érik Decamp, le 1982 : Karakoram, première ascension du Bubuli-Mo-Tin avec Jacques Maurin, le Patrick Cordier, « Asia, Pakistan, Bubuli-Mo-Tin, Ultar Group », American Alpine Journal, 1983, . 1984 : Karakoram, ouverture d’une nouvelle voie sur la deuxième tour de Trango (groupe du « château ») avec Érik Decamp et Robert WainerPatrick Cordier, Cathédrales de Trango, Arthaud, 1985 à 100 Patrick Cordier, « Asia, Pakistan, Trango Towers, South Face of the Chateau », American Alpine Journal, 1984

Œuvres Livres de montagne Les Préalpes du Sud - Vercors, Verdon, Dévoluy - Les 100 plus belles courses et randonnées, Denoël, 1981 Cathédrales de Trango, Arthaud, 1985

Film d’alpinisme Voyage en face sud, film réalisé avec Jacques Ramouillet, 1976

Publications scientifiques avec la participation de Christina Eichhorn, La signature du grimpeur, revue Ski et alpinisme (revue annuelle de l’École nationale de ski et d'alpinisme), France, 1989, Étude thermodynamique de la trajectoire du grimpeur, revue Ski et alpinisme, France, 1991, avec Michel Mendès France, Philippe Bolon et Jean Pailhous, Entropy Degrees of Freedom and Free Climbing, revue International Journal of Sport Psychology, 1993 avec Michel Mendès France, Jean Pailhous et Philippe Bolon, Thermodynamic study of motor behaviour optimization, revue Acta Biotheoritica, 1994 avec Michel Mendès France, Jean Pailhous et Philippe Bolon, Entropy as a global variable of the learning process (), revue Human movement science, Amsterdam, Pays-Bas, 1994, vol. 13, , L’harmonicité du comportement chez le grimpeur, revue Ski et alpinisme, France, 1995, avec Gilles Dietrich et Jean Pailhous, Harmonic analysis of a complex motor behavior, revue Human movement science, Amsterdam, Pays-Bas, 1996, vol. 15, , Contrainte, information et couplage préception-action, Science et sports, France, 1997, t.12 (suppl 1)

Notes et références

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