La (BLA, « Armée noire de libération » ou « Armée de libération des Noirs ») est un groupe marxiste appartenant au black nationalism, qui s'engage aux États-Unis dans la « lutte armée » de 1970 à 1981. Composé en majorité d'ex-membres des Black Panthers, la BLA prend les armes au nom de la « libération et de l'auto-détermination du peuple noir aux États-Unis »Notice du MIPT Terrorism Knowledge Base.. Elle organise notamment des attentats, des « expropriations révolutionnaires » (en termes prosaïques, des braquages) pour financer ses actions, ainsi que des évasions, notamment celle d'Assata Shakur en 1979, réfugiée à Cuba jusqu'à son décès en .
Formation et programme vignette|Ashanti Alston en 2005. Membre de la Black Liberation Army et incarcéré en 1974. Bien qu'il continuât à exister de façon organisée jusqu'en 1982, dès 1970 et plus encore l'année suivante, le Black Panther Party (BPP) avait sombré sous le coup de la répression (prison, assassinats, par exemple de Fred Hampton, etc.), mais aussi des erreurs et dissensions internes du groupe, certaines délibérément fomentées par le FBI dans le cadre du programme COINTELPROMarie-Agnès Combesque, Comment le FBI a liquidé les Panthères noires, Le Monde diplomatique, août 1995.. Nombre d'historiens considèrent qu'à partir de 1971, les Black Panthers avaient abandonné la voie révolutionnaire pour le réformismeAkinyele Omowale Umoja, « Repression Breeds Resistance. The Black Liberation Army and the Legacy of the Black Panther Party », in Liberation, imagination, and the Black Panther Party: a new look at the Panthers and their legacy, éd. Kathleen Cleaver, George N. Katsiaficas, Routledge, 2001, 3-20 ., et attribuent à la répression menée dans le cadre de COINTELPRO un rôle central dans la création de la BLA.
La BLA serait ainsi née à peu près au même moment que le Weather Underground, groupe blanc luttant aux côtés du Black Power et des mouvements de libération nationale du Tiers-monde contre l'« impérialisme ». Comme lui, il est composé de militants ayant pensé que, face à la répression croissante du mouvement des droits civiques et autres groupes associés (Black Panthers, American Indian Movement, Chicano movement, etc.), en particulier par le FBI, la clandestinité s'imposait - pas seulement pour mener des actions armées.
Cependant, on ne connaît pas exactement les circonstances de la formation de la BLA. Selon la militante de la Ligue des droits de l'homme M.-A. Combesque (1995), elle aurait été formée par des partisans d'Eldridge Cleaver, le « ministre de l'Information » du Black Panther Party (BPP), exilé à Alger et chargé des affaires internationales du groupe, après son différend avec le « ministre de la Défense » Huey Newton qui obtint son expulsion du BPP.
Si cette interprétation est l'une des plus répandues, certaines sources la contestent partiellement : Geronimo Pratt, ex-cadre des Black Panthers (et parrain du rappeur Tupac Shakur), incarcéré en 1972, affirme que la BLA en tant que « concept d'un mouvement pré-existait et était plus large que le BPP » (Akinyele Omowale Umoja, 2001). Pratt maintient ainsi que la BLA a été composé par différentes organisations noires qui ont formé ensemble ce collectif. Cette perspective est renforcée par les assertions d'Assata Shakur, l'une des dirigeantes de la BLA, qui affirme dans son autobiographie que « la BLA n'était pas un groupe organisé et centralisé », avec une chaîne de commandement unifiée, mais un réseau de différents collectifs, situés dans différentes villes voire parfois dans la même ville, mais « travaillant ensemble ».
L'historien Akinyele Omowale Umoja a montré qu'un groupe des années 1960, le Revolutionary Action Movement (RAM), avait déjà évoqué une Black Liberation Army, et surtout que le BPP avait mis sur place une organisation clandestine et décentralisée, composée de petites cellules, collectivement appelées Black Liberation Army, au cas où la répression forcerait les Black Panthers à poursuivre la lutte dans la clandestinité. En 1968, le BPP interdisait même à ses membres de rejoindre toute « force armée » autre que celle de la BLA. Si Umoja insiste sur le rôle central dans l'émergence de la BLA des dissensions favorisées par COINTELPRO et de la scission des Black Panthers en 1971, elle montre ainsi qu'un réseau clandestin décentralisé pré-existait à cette scission. Le même point de vue était rapporté par le militant de la BLA dans On the Black Liberation Army ()Jalil Abdul Muntaqim, "On the Black Liberation Army" () in Joy James, Imprisoned intellectuals: America's political prisoners write on life, liberation, and rebellion, Rowman & Littlefield, 2003, 104-114 ..
Activités et revendications
La BLA, qui critiquait l'orientation dite « réformiste » du BPP lequel abandonnait la résistance armée pour soutenir des candidats démocrates, se présentait comme groupe anti-capitaliste, anti-impérialiste, anti-raciste et anti-sexiste, luttant pour « l'institution de relations socialistes dans lesquelles le peuple noir aurait un contrôle total et absolu sur son propre destin en tant que peuple », et qu'à cette fin il devait « développer la science de la lutte de classes dans ses rapports avec notre condition nationale unique » et singulièreThe BLA Coordinating Committee, Message to the Black Movement: A Political Statement from the Black Underground..
Elle s'engagea aussi dans le maintien de l'ordre interne aux communautés noires, en réprimant notamment les voleurs et les trafiquants de drogue , la BLA considérant les stupéfiants comme une forme de « guerre chimique » menée contre les ghettos. Ils s'impliquèrent aussi dans une campagne défensive et offensive contre les violences policières comme l'avaient fait les Black Panthers (entre 1971 et 1973, près de furent tués par la police américaine). Ces membres ont vu le film La Bataille d'Alger et le mode opératoire pour les assassinats en était directement inspiré..
Le département de la Justice la soupçonne et l'accuse d'avoir participé à plus de 60 actes de violence entre 1970 et 1976. Le syndicat de police Fraternal Order of Police (droite) l'accuse du meurtre de 13 policiers New York State FOP, "New York State Fraternal Order of Police Criticizes Judge's Decision on the release of Kathy Boudin"..
On l'accuse notamment d'avoir organisé un attentat devant l'église St Brendan à San Francisco, le , lors de l'enterrement du policier Harold Hamilton, tué dans l'exercice de ses fonctions lors d'un braquage. La bombe ne causa aucune victimeJaxon Van Derbeken et Marisa Lagos, Ex-militants charged in S.F. police officer's '71 slaying at station, San Francisco Chronicle, 23 janvier 2007..
Le , quelques jours après l'acquittement des 13 Panthères noires faisant partie des Panther 21, la BLA revendiqua la tentative d'assassinat contre deux policiers (Nicholas Binetti et Thomas Curry) qui gardaient le domicile de , le juge chargé du « procès des 21 ». Ce meurtre eut lieu le jour de l'anniversaire de Malcolm X. Le , , l'un des 21, et d'autres Black Panthers furent arrêtés lors du vol à main armée d'un club du Bronx, le Triple O, accusé par le BPP d'être un repaire de trafiquants de drogue. La police déclara que l'arme de Bin Wahad était la même que celle utilisée pour l'attaque des deux policiers, et ce dernier fut ainsi inculpé et jugé coupable, en 1973, de tentative de meurtre Winston A. Grady-Willis, "The Black Panther Party: State Repression and Political Prisoners", in Charles Earl Jones (dir.), The Black Panther party (reconsidered), 1998, , 363-390 (en part. ).. Bin Wahad verra finalement la sentence annulée en , ayant été détenu à l'isolement et dans des conditions de privation sensorielle pendant près de vingt ans.
Le , deux policiers de New York, Joseph Piagentini et Waverly Jones, furent tués dans une embuscade par des membres de la BLA. Plusieurs d'entre eux furent arrêtés, dont Albert Washington, Francisco Torres, Gabriel Torres et Herman Bell. Les frères Torres, immigrés porto-ricains auparavant membres des Young Lords, furent acquittés : lors de leur premier procès, le jury ne parvint pas à se mettre d'accord (hung jury) et lors du second, le juge les acquitta pour manque de preuvesTimothy Williams et Ann Farmer, Arrest Revives Memories of a Violent Era, New York Times, 29 janvier 2007.. Deux autres inculpés furent condamnés en 1974 à « 25 ans à vie » (c'est-à-dire 25 ans incompressible avec ensuite une libération conditionnelle possible mais non assurée) et sont aujourd'hui encore derrière les barreaux.
Par ailleurs, deux membres de la BLA, Twymon Meyers, tué lors d'une fusillade avec la police en 1973, et Freddie Hilton, arrêté en 2002, ont été accusés d'avoir tué le policier James R. Greene du Atlanta Police Department le Fulton Co. District Attorney Report..
Les « huit de San Francisco »
Le , huit jours après l'assassinat de George Jackson, trois hommes armés assassinèrent le policier John Victor Young à son bureau du commissariat (près de Balboa Park), alors presque vide en raison d'un attentat commis contre une banque peu de temps auparavant. Deux jours plus tard, le San Francisco Chronicle reçu une revendication de l'attaque de la BLA.
En 1975, le juge acquitta les prévenus en raison de l'usage de la torture par les policiers à plusieurs reprises lors de l'enquêteJohn M. Glionna, 8 arrested in 1971 cop-killing tied to Black Panthers, Los Angeles Times, 23 janvier 2007 (copie ici).Ron Jacobs, The Case of the San Francisco 8, CounterPunch, 8 février 2007., y compris en plaçant des électrodes sur les parties génitales.
Près de quarante ans plus tard, en , huit hommes, appelé les et accusés pour la plupart d'être des ex-membres de la BLABlack Liberation Army tied to 1971 slaying, USA Today, janvier 2007., furent inculpés pour ce meurtre, après la réouverture de l'enquête en 1999Ex-militants charged in S.F. police officer's '71 slaying at station, SFGate, 24 janvier 2007.. Parmi eux, deux membres supposés de la BLA déjà incarcérés depuis près de , Herman Bell et Anthony Jalil Muntaquin Bottom, ainsi que Francesco Torres, acquitté dans l'affaire de New York mais qui purgea plus tard une peine de prison pour le braquage d'une banque.
La police n'a évoqué aucune nouvelle preuve qui aurait été issue des progrès de la police scientifique pour justifier les nouvelles inculpations, ce qui faisait dire aux critiques que les mêmes pièces, refusées en 1975 en raison des circonstances d'obtention, étaient utilisées pour ce nouveau procès. Pour cette raison, le conseil municipal de Berkeley demanda l'abandon des poursuites Berkeley resolution calls on dropping of all charges against the SF8, Calling ON THE Attorney General of the State of California to dismiss ALL charges against the San Francisco, sur le site de soutien aux 8 de SF., suivis de plusieurs prix Nobel de la paix, dont Desmond Tutu, Mairead Corrigan Maguire et Betty Williams Appel international en faveur des 8 de SF.. Des cautions de plusieurs millions de dollars étaient exigées.
Herman Bell a plaidé coupable pour homicide contre Young le , tandis que les chefs d'accusation contre quatre autres inculpés étaient abandonnés en . Le même mois, Jalil Muntaquim fut le deuxième à être condamné pour cet homicide2nd guilty plea in 1971 killing of S.F. officer, SFGate, 7 juillet 2009.. Ils n'ont cependant pas reçu de peine de prison supplémentaire; selon leur défense, ce serait parce qu'ils auraient montré les faiblesses des chefs d'accusation Free the SF8..
La fusillade de New Jersey et l'évasion d'Assata Shakur
L'un des actes les plus célèbres fut la fusillade de New Jersey en , au cours de laquelle le membre de la BLA Zayd Shakur et le policier Werner Foerster trouvèrent la mort sur l'autoroute Turnpike.