vignette|La première illustration du premier parchemin du Rôle d'Anthony, représentant le Henri Grâce à Dieu, le plus large bateau de la marine anglaise durant le règne d'Henri VIII. Le rôleLe mot rôle désigne ici un catalogue ou registre officiel contenant, dans un certain ordre, une liste. Voir la définition en ligne. d'Anthony (Anthony Roll) est un registre manuscrit des années 1540 répertoriant les navires de la marine du royaume d'Angleterre, alors dirigé par la maison Tudor. Il porte le nom de son créateur Anthony Anthony. Il se compose au départ de trois parchemins, représentant 58 navires de guerre avec des renseignements sur leur taille, équipage, armement et équipement de base. Le registre a été présenté au roi Henri VIII en 1546, et ont été conservés à la Bibliothèque royale. En 1680, Charles II d'Angleterre donne les premier et deuxième parchemins à Samuel Pepys qui les découpe et les relie en un seul volume conservé à la bibliothèque Pepys du Magdalene College de Cambridge. Le troisième parchemin reste quant à lui dans les collections royales jusqu'à ce qu'il soit donné par Guillaume IV du Royaume-Uni à sa fille illégitime, Mary Fox, qui le vend au British Museum en 1858. Elle est maintenant la propriété de la British Library.

Le Rôle d'Anthony est le seul inventaire connu entièrement illustré de navires de la marine anglaise sous la période Tudor. Les illustrations du rouleau d'Anthony ont été décrites comme en un « style naïf en conformité avec un modèle » quoique ses aspects artistiques montrent « la poigne amatrice convenable de forme et de couleur » compatible avec les compétences d'un fonctionnairecitation originale : « striking and boldly executed, but [...] have few claims to be fine works of art; naive draughtsmanship and conformity to a pattern [...] consistent with the abilities of a government official with a decent amateur grasp of form and colour »,. Si dans le texte les inventaires sont précis et sont un réel apport historique, la majorité des illustrations sont rudimentaires et fait selon une formule établie. En effet, le niveau de détails de la conception des bateaux, de l'armement et particulièrement du gréement sont très approximatifs. Néanmoins, par leur description de l'ornementation cérémonielle, les illustrations de ce registre ont fourni des informations pertinentes quant à l'étude d'héraldiques de la période Tudor, de drapeaux et d'ornementation navale.

Les seules descriptions contemporaines connues de navires de la période Tudor, comme le Henri Grâce à Dieu et la Mary Rose, sont dans le rôle d'Anthony. Comme l'épave de la Mary Rose a été repêchée avec succès en 1982, la comparaison des informations contenues dans les parchemins à l'épave a fourni de nouvelles connaissances dans l'étude de l'histoire navale de la période.

Auteur et artiste Anthony Anthony a été identifié comme étant le compilateur des informations contenues dans le registre et comme étant l'artiste derrière les illustrations à la suite de la comparaison de sa signature avec des lettres holographiques contenues dans des documents officiels. Le père d'Anthony Anthony était William Anthony (mort en 1535) un Flamand de Middelbourg en Zélande qui migre en Angleterre en 1503. William et Anthony sont des fournisseurs de bière auprès de l'armée anglaise. William s'est tourné vers l'exportation de bière dans les années 1530 et est devenu un fournisseur de la marine. En 1533, Anthony Anthony est nommé mitrailleur à la tour de Londres, un poste qu'il conserve nommément jusqu'à sa mort. Il est promu au rang de surveillant de l'Ordnance Office, l'organe du gouvernement responsable de l'armement de l'armée et de la marine, et c'est à ce poste qu'il compile ses parchemins. En 1549, il devient surveillant en chef de l'artillerie à la tour de Londres, puis il exerce à Calais et Boulogne, et en d'autres lieux tout au long de sa vie. Il poursuit son travail au sein des forces anglaises, et participe le dernier mois de sa vie à l'approvisionnement d'armes dans le cadre d'une attaque contre Le Havre.

En 1939, l'historien néerlandais Nicholas Beets a émis l'hypothèse que l'artiste et cartographe flamand Cornelis Anthonisz était le frère d'Anthony Anthony. Toutefois cette suggestion d'une parenté entre les deux hommes n'est qu'une hypothèse et n'est fondée sur aucune preuve directe. Cette hypothèse a été reprise par Geoffrey Callander dans Mariner's Mirror en 1963 et a été relayée à plusieurs reprises par plusieurs auteursUne référence récente peut être trouvée dans Rodger (1997), , note 35. Le testament de William Anthony ne fait aucune mention d'un autre fils qu'Anthony et Anthonisz semble davantage être le fils Jacob Cornelisz van Oostsanen. Selon Ann Payne, cette correspondance entre Cornelis et Anthony n'est "pas vraisemblablement impossible, mais il y a peu de preuve qu'ils aient eu un lien".

Histoire du manuscrit vignette|The Embarkation of Henry VIII at Dover, une peinture contemporaine qui, comme le rôle d'Anthony, a été conçue pour représenter l'autorité royal et la puissance militaire des Tudor. Les portraits de bateau ont une longue histoire dans l'art maritime, des sceaux et pièces médiévaux aux gravures du . Le caractère simple d'une vue avec un bateau sous sa voile, souvent sans que l'équipage ne soit montré, est la façon la plus efficace de rendre compte de la structure des naviresRussel, chapitre III. À cet égard, le Rôle d'Anthony appartient à un genre d'œuvres qui est destiné à servir un rôle double pour le roi et la direction militaire. Il sert tout à la fois de vue d'ensemble informative décrivant avec détails les bateaux ainsi que les zones stratégiques des littoraux, et peuvent permettre de déterminer les forces et faiblesses de la marine anglaise. De plus, les descriptions vantardes et vives de la puissance militaire des Tudor sont utiles pour flatter le roi, impressionner les courtisans et imposer aux ambassadeurs étrangers son autorité martiale. Les cartes contemporaines sont décorées avec des images de bateaux détaillées pour marquer des plans d'eau autant que pour égayer des scènes. De telles cartes étaient courantes à l'époque et ont même été embellies par des artistes considérés comme simples ou ternes. La marine anglaise s'est considérablement étendue pendant le règne d'Henri VIII qui se prend d'intérêt pour les navires de guerre, comme on peut le voir avec The Embarkation of Henry VIII at Dover, qui représente les bateaux qui l'ont accompagné à 29 ans lors d'une rencontre avec au camp du Drap d'Or en 1520. Cette peinture, récemment datée vers 1545, est considérée comme une source d'inspiration d'Anthony Anthony pour ses illustrations.

Il y a trois plans qui représentent des actions et expéditions navales qui sont attribuées à Anthony : la route d'Anne de Clèves des Pays-Bas vers l'Angleterre (1539), une attaque française sur un fort côtier (date inconnue) et un raid français à Brighton (). La conception des bateaux dans ces peintures, spécialement celle du raid de Brighton, correspond à ceux dans le registre. On ne sait pas exactement quand le travail sur le registre a commencé, ni quand il a été achevé, mais il est pour autant certain qu'il a été présenté au roi l'année où il a été daté, en 1546. L'inclusion de la Mary Rose à la bataille du Solent le ne signifie pas que le l'élaboration du Rôle d'Anthony a été entrepris avant cette date. Les galéasses, l'Antelope, le Hart, le Bull et le Tiger, toutes présentes dans le second parchemin, sont toujours en construction en , et le Hart n'était pas en mer on octobre de cette année. Au même moment, le Galley Blanchard, capturé par les Français le n'est pas représenté dans le manuscrit. gauche|vignette|Samuel Pepys, en 1666, le propriétaire de deux des trois parchemins, les acquiert séparément et les réunit dans un seul et même volume.Après que le registre a été présenté à Henri VIII, il est archivé dans les collections royales. En 1680, Charles II en donne deux à Samuel Pepys, un administrateur de la marine anglaise, collectionneur passionné de livres. Samuel Pepys n'a pas donné les raisons pour lesquelles les deux parchemins lui ont été offerts. Pour autant, considère que ce cadeau est issu d'une rencontre avec le roi durant laquelle Samuel Pepys a recueilli l'histoire de l'échappatoire du souverain lors de la bataille de Worcester (1651). En effet, Samuel Pepys prévoit alors d'écrire et de publier cette histoire déjà célèbre, mais il ne le fait jamais. On sait également que Samuel Pepys projette d'écrire une histoire de la marine et qu'il cherche à collecter de la matière à cette fin. Néanmoins, ce projet aussi n'aboutit pas. Il est probable que Charles II était conscient du projet de Samuel Pepy et il lui aurait alors offert les deux parchemins comme présent — ou comme paiement — pour la publication de son récit. Le deuxième parchemin ne peut être localisé à cette époque, et il ne l'est pas avant 1690 lorsqu'il est découvert par Henry Thynne, conservateur de la bibliothèque royale entre 1677 et 1689 et ami proche de Samuel Pepys. Henry Thynne organise pour Samuel Pepys la confection de copies de plusieurs des illustrations du parchemin, mais en 1690 Charles II est mort depuis 5 ans et Jacques II, nouveau roi, est en exil. De plus, cette même année, Samuel Pepys démissionne de son poste de Secrétaire de l'amirauté (Secretary of the Admiralty) car il refuse de reconnaître la co-régence de Guillaume III d'Orange-Nassau et Marie II, ce qui rend l'acquisition du deuxième parchemin impossible. La reliure des premier et troisième parchemins est donc supposée avoir été achevée peu après ces événements. Après la mort de Samuel Pepys en 1703, sa bibliothèque est léguée à son neveu John Jackson. À la mort de ce dernier en 1724, la bibliothèque, comprenant le manuscrit relié, a été léguée au Magdalene College où il est conservé jusqu'aujourd'hui.

Le deuxième parchemin est présumé perdu dans les années 1780, mais il est en fait resté entre les mains de la famille royale. le donne à Mary FitzClarence, l'une de ses filles illégitimes qu'il a eue avec la courtisane Dorothea Jordan, au début du . En 1824, Mary FitzClarence se marie à Charles Robert Fox, major-général et surveillant du Ordnance Office de 1832 à 1835, poste qu'a occupé trois siècles auparavant Anthony Anthony. Charles Robert Fox était un bibliophile, et l'historien Charles Knighton suppose qu'il connaissait la valeur du parchemin, mais sa localisation est restée inconnue pour les plus érudits. En 1857, Sir Frederic Madden, conservateur de manuscrits au British Museum, est présenté au deuxième parchemin et apprend que Mary Fox compte le vendre. Après négociations, le deuxième parchemin est vendu pour 15 livres au British Museum et numéroté « Additional manuscripts 22047 ». Il est conservé dans son format original comme un parchemin unique et est stocké dans la collection de manuscrits de la British Library depuis 1999.

Le Rôle d'Anthony est fréquemment utilisé comme une source primaire à l'histoire de la marine anglaise du mais le texte complet et les illustrations n'ont pas été rassemblés dans un même volume avant 2000.

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