Labbatiale Saint-Pierre de Corbie est un édifice religieux catholique de style gothique, sis dans le centre-ville de Corbie, dans le département de la Somme, en France. Ancienne église de l'abbaye royale Saint-Pierre de Corbie cette abbatiale est protégée en tant que monument historique : classement par arrêté du .
Encore imposante aujourd'hui avec ses deux tours massives s'élevant à , et ses voûtes de de hauteur, elle est pourtant trois fois moins grande qu'au XVIIIe siècle. Sa longueur fut réduite après 1816 de 117 à .
Histoire du monument Construction et reconstruction Église principale de l'abbaye royale Saint-Pierre de Corbie fondée au par la reine Bathilde, l'abbatiale actuelle n'offre qu'une vision très partielle de ce qu'elle fut du temps de sa splendeur.
L'église abbatiale primitive, dédiée, en 670, aux saints Apôtres Pierre et Paul, par Bertefride, évêque d'Amiens, fut détruite par les flammes en 1021-1022. Elle fut reconstruite une trentaine d'années plus tard. Un incendie détruisit à nouveau l'abbatiale le , un autre la ravagea, une quinzaine d'années plus tard. vignette|gauche|150px|L'Abbatiale dans l'Abbaye en 1677
L'édifice fut reconstruit. L'église possédait huit chapelles dont la chapelle de Soyécourt construite, en 1297, grâce au financement de la famille de Soyécourt qui en fit sa nécropole..
Une troisième église fut édifiée au même emplacement. La reconstruction de l'abbatiale actuelle débuta en 1501 sous l'abbatiat de Pierre d'Ostrel ou "Dostrel" ou encore "Dottrel", comte-abbé de Corbie. En 1507 à la mort Pierre d'Ostrel seuls le chœur et le transept avec la tour lanterne avec sa flèche étaient achevés.
Les travaux reprirent seulement au . On choisit de reconstruire la nef dans le style gothique flamboyant. La nef étant achevée, on célébra la messe pour la première fois dans l'église reconstruite entièrement, le .. La façade occidentale était surmontée de deux tours jumelles, la croisée du transept était coiffée d'une tour-lanterne de de haut. L'édifice dans son entier s'étendait alors sur plus de de long..
À l'intérieur de l'édifice on pouvait voir un mobilier somptueux : des stalles réalisées par Charles Cressent, des orgues par Charles Dallery (1736), un baldaquin en ferronnerie pour le chœur de Jean Veyren (1764).
Abandon et destruction
De l'église abbatiale à l'église paroissiale
Le sort de l'abbatiale bascula pendant la Révolution française. La Constitution civile du clergé adoptée par l'Assemblée constituante, le , décidait, dans son article 20, que : « les abbayes et prieurés en règle ou en commende, de l'un et de l'autre sexe, [...] sont, à compter du jour de la publication du présent décret, éteints et supprimés sans qu'il puisse jamais en être établi de semblables. » L'abbaye de Corbie, de ce fait, cessait d'exister et ses biens étaient déclarés biens nationaux. Le même décret prévoyait dans son article 15 que : « Dans toutes les villes et bourgs qui ne comprendront pas plus de six mille âmes, il n'y aura qu'une seule paroisse ; les autres paroisses seront supprimées et réunies à l'église principale. » Corbie étant dans ce cas, toutes les paroisses de la ville furent supprimées et réunies en une seule à laquelle fut dévolue l'ancienne église abbatiale Saint-Pierre qui fut sauvée provisoirement de la destruction en devenant église paroissiale.
Abandon et vandalisme
En 1793, pendant la Terreur, elle fut fermée du fait de la politique de déchristianisation. Après le Concordat de 1801, l'abbatiale continua d'être laissée à l'abandon. La chapelle de l'hôpital servit d'église paroissiale. Pendant ce temps, l'abbatiale était en butte aux déprédations et aux vols de matériaux. La municipalité elle-même vendit ses matériaux : en 1804 on signala la démolition de marches, en 1810 les murs et les voûtes s'écroulèrent. On envisagea la démolition de toute l'église et la construction d'une église neuve en 1807. L'architecte corbéen Sénéchal, mandaté par la Commune proposa de ne garder que les parties basses et le chœur. Le Ministère proposa la restauration complète de l'abbatiale selon les plans de l'architecte Jean-Baptiste Rondelet, ancien élève de Soufflot. La commune refusa en raison du coût trop élevé en 1810.
On continua à vendre les matériaux. Un autre architecte, Lefebvre, proposa avec la vente de reconstituer une partie de l'église. Il fit démolir le clocher central, le transept et la toiture du chœur. Un nouvel architecte Étienne-Hippolyte Godde proposa un nouveau projet d'église neuve, que la municipalité refusa à nouveau.
Une église paroissiale amputée vignette|200px
Enfin, en 1811, Hippolyte Godde proposa un nouveau projet qui prévoyait de ne garder que la nef et ses bas-côtés ainsi que les deux tours et la fermeture de la nef par une abside semi-circulaire. Le chœur et le transept devaient être démolis. Commencés en 1813, la démolition fut interrompue jusque 1816. Pour réduire le coût des travaux, on résolut de clore la nef par un mur en pierre plat à hauteur de l'ancienne croisée du transept. Ce qu'il restait du transept et du chœur fut démoli et l'église fut rendue au culte le 8 mars 1818. La chapelle absidiale des Corps-Saints où étaient conservées de nombreuses reliques fut démolie en 1822Pierre Héliot, L'abbaye de Corbie, ses églises et ses bâtiments p. 152 à 155.
De sa grandeur passée, ne subsistent aujourd'hui de l'abbatiale que ses deux tours massives s'élevant à , et la nef avec ses voûtes de de hauteur. La longueur de l'édifice passa de 117 à .
Destruction de l'église en 1918
Pendant la Première Guerre mondiale, en 1918, au cours de la Bataille du Kaiser, dernière grande offensive de l'ennemi, la ville de Corbie fut victime des bombardements de l'artillerie allemande. L'abbatiale subit d'importantes destructions, seuls les murs extérieurs et les tours tenaient encore debout. Depuis 1919, l’abbatiale est protégée au titre des monuments historiques et fut reconstruite durant l'entre-deux-guerres.
Chronologie
Fin du : Démolition de la deuxième abbatiale de style roman 1501 ou 1502 : Reconstruction, en style gothique, à l'emplacement de la deuxième abbatiale, de style roman 1503-1504 : Travaux contrariés par des famines 1506-1685 : Travaux ralentis, délaissées en raison du désintérêt des abbés commendataires 1507 : Mort de l'abbé Pierre d'Ostrel : chœur et transept nouveaux à peine achevés 1523 : L'abbaye tombe sous le régime de la commende 1685 : Reprise des travaux 1775 : Achèvement des travaux de reconstruction 1775 : Nef : , Voûtes : 22 ou , Tours-jumelles : , Transept : de large, Tour-lanterne-transept : 1790 : L'abbatiale devient église paroissiale 1793 : Fermeture de l'abbatiale 1802-1816 : Onze plans de restauration successifs sont discutés 1804 : Démolition de marches de pierre et de marbre, pourrissement des charpentes 1807 : Évocation de sa destruction totale 1810 : Écroulement de murs et de voûtes 1810 : Plan Rondelet de restauration complète refusé le par le conseil municipal car jugé trop onéreux 1810 : Plan Lefevre : démolition de la tour-lanterne, du transept et du chœur 1814-1817 : Interruption des travaux, projet Godde d'une église neuve refusé 1816 : Effondrement du chœur de l'Abbatiale 1811 : Plan Godde : fermeture de la nef à hauteur de l'ancienne croisée du transept 1817 : Achèvement en novembre des travaux de réduction-rénovation selon le plan Godde réalisés par l'entrepreneur parisien Bercioux. 1818 : Réouverture au culte le 1822 : Destruction de la chapelle absidiale des Corps-Saints où étaient conservées de nombreuses reliques - réédition sous le titre : . 1918 : Destruction de l'abbatiale, en grande partie, par les bombardements allemands 1919 : L'abbatiale est protégée au titre des monuments historiques années 1920 : restauration de l'abbatiale.
Architecture
L'église abbatiale actuelle dont la reconstruction débuta au tout début du est de style gothique. Le chœur était de style gothique flamboyant.
Le siège de Corbie de 1636 endommagea gravement l'édifice dont on reprit la construction à la fin du pour la terminer au en gardant - chose peu courante à l'époque - le style d'origineVisite guidée organisée par l'Office de tourisme de Corbie..
Extérieur
La façade occidentale, qui n'est pas sans noblesse, semble inspirée de celle de Notre-Dame de Paris avec ses deux tours jumelles renforcées par de puissants contreforts culminant à 45 m de haut. Elle est percée de trois portails monumentaux assez sobres quant à leur décoration où le gothique flamboyant voisine avec le style classique. Au niveau médiant, la rosace, la balustrade et les deux baies latérales obturées aux trois quarts sont de style gothique flamboyant tout comme la partie supérieure avec galerie et fines arcades masquant les comblesPierre Héliot, L'Abbaye de Corbie, ses églises et ses bâtiments, Louvain, 1957 p. 122. Les abat-sons des deux tours sont, depuis l'entre-deux-guerres, en béton. vignette|gauche|120px vignette|120px
Aucune statue ne vient décorer cette façade. Trois niches en arc brisé, aux parois incurvées et au fond plat sont percées de portails sans trumeaux. Les voussures sont garnies de décor en bas-relief méplat faits de treillis et de motifs floraux. La façade orientale de l'édifice est composée d'un mur plat construit au XIXe siècle. N'ont été conservés de l'ancienne croisée du transept que les deux piliers occidentaux à chaque coin du mur oriental.
Il ne reste plus, aujourd'hui, de l'ancien édifice, que les six travées de la nef dont la travée orientale sert de chœur. Ces travées sont séparées par des arcs-boutants dont les écoinçons sont ornés de décors sculptés. Quatre travées de la nef sont éclairées de chaque côté par une baie large et haute, en arc brisé. La première et la dernière travée sont aveugles. Les bas-côtés nord et sud, qui se terminent aujourd'hui à l'avant dernière travée orientale, sont éclairés par le même type de baies. L'ensemble est d'une grande sobriété.
Intérieur
Le vaisseau central comme les bas-côtés sont couverts de voûtes d'ogives quadripartites reposant sur des piliers au noyau cylindrique cantonné par quatre colonnesPierre Héliot, L'Abbaye de Corbie, ses églises et ses bâtiments, Louvain, 1957 p. 124. La hauteur des voûtes culmine à , la toiture de la nef à .
Les destructions de la Première Guerre mondiale ont contraint les reconstructeurs à modifier sensiblement les ouvertures de la nef et la rose de la façade occidentale n'éclaire plus la nef.
Reliques et œuvres d'art Reliques L'abbatiale conserve de nombreuses reliques de saints parmi lesquelles celles de :
Fonts baptismaux vignette|100px|alt=Fonts baptismaux.|Fonts baptismaux. L'abbatiale conserve deux fonts baptismaux :
Les fonts baptismaux composés de deux chapiteaux qui ornaient des colonnes soutenant les voûtes du réfectoire des moines au . Ces deux chapiteaux sont superposés, l'un renversé sert de base à celui qui creusé sert de cuve. .. Les fonts baptismaux en marbre veiné de rouge () ..
Œuvres d'art Une grande partie des objets d'art conservés dans l'abbatiale sont protégés en tant que monuments historiques, au titre d'objets.
Peinture vignette|220px|Nativité, anonyme du XVIe siècle Dans la sacristie : La Nativité, peinture sur bois (École flamande du ), 139 cm x 111 cm ; . ; La Sainte Face, peinture sur cuir rapportée des croisades par Robert de Clari, dans un cadre d'orfèvrerie du . .Cette œuvre a disparu de l'abbatiale victime d'un vol, en 1970, seul le cadre a été retrouvé. Elle a été, aujourd'hui, remplacé par une copie..
Dans la nef : Les Évangélistes, tableaux ovales, huiles sur toile Jean, Luc, Marc et Mathieu ()Ils proviennent du réfectoire de l'abbaye., . ; Sainte Colette priant pour la délivrance d'une âme du Purgatoire de Charles Crauk (1859) ..
Sculptures
Deux sculptures paléochrétiennes (): palme et plaque de marbre avec l'inscription Locus Martines, ..