vignette|Le bassin minier du Nord-Pas-de-Calais.

La grève des mineurs du Nord-Pas-de-Calais de mai-, appelée aussi grève patriotique des du Nord-Pas-de-Calais"MAI-JUIN 1941 : EN GRÈVE DANS LE NORD-PAS-DE-CALAIS CONFÉRENCE" Association des Professeurs d’Histoire et de Géographie (APHG), le "Croix de guerre pour une grève. Cent mille mineurs contre l'occupant - ", par Auguste Lecœur, aux Editions Plon en 1971 est la plus grande grève survenue dans l’Europe occupée par l'Allemagne nazie, ainsi que la plus longue, ayant duré du au dans le Nord-Pas-de-Calais et son bassin minier, le long de trois des 20 premières zones urbaines de France, totalisant 1,2 million d'habitants.

C'est aussi l'un des premiers actes de résistance collective à l'occupation nazie en France, le plus spectaculaire, et de loin le plus important par le nombre de participants, devant les grèves patriotiques d'octobre 1942 en France. Les femmes et filles de mineurs y ont joué un rôle primordial, de même que les mineurs polonais, qui représentaient la majorité de la population dans de nombreuses communes de l'ouest du bassin minier.

vignette|Le billet de 10 francs Mineur de 1941.

Selon les historiens, la machine de guerre allemande recherchait dans les mines de charbon dans une "La France ouvrière (2) : 1920-1968 Volume 2" par Claude Willard, aux Éditions de l'Atelier en 1995 , mais la grève l'a privée d'électricité, alors d'origine charbonnière, via la perte d'un demi-million de journées de travail, au fond et au jour, et d'un demi-million à un million et demi de tonnes de charbon, l'obligeant à en importer massivement de Belgique. Elle a mobilisé jusqu’à des , à son point culminant le , lendemain d'une marche de de Billy-Montigny. Le syndicat légal contrôlé par le régime de Pétain est, lui, resté passif"Les mineurs et la grève" par Achille Blondeau et Marie-Danielle Demélas aux Presses universitaires du Midi.

L'occupant nazi réagit par 400 à et la déportation de au camp de concentration de Sachsenhausen, où plus de la moitié meurent. Des dizaines d'autres grévistes doivent entrer dans la clandestinité, les mineurs de la région représentant la moitié des par les Allemands à la citadelle d'Arras.

Avant et après le conflit auquel ont fortement contribué les Polonais, majoritaires au fond, la grève du zèle, toutes sortes de sabotages et freins à la production , font chuter la production régionale de charbon de 30 % en six ans alors que les Allemands espéraient l'accroître de 35 %. Pour y parer, ils acheminent dès l' des milliers de prisonniers de guerre ukrainiens et soviétiques, installés dans des camps improvisés comme à Marles-les-MinesArticle de Nathan Jendryka, le dans L'Avenir de l'Artois .

Contexte Les réformes du Front populaire annulées Au début de la Seconde Guerre mondiale dans la région, le patronat minier . Les jours de congés sont supprimés et ne seront rétablis qu'au début de l'année 1945.

Les compagnies minières voulaient non seulement effacer le Front populaire. en remettant en place le système Bedaux de chronométrage et de paiement à la tâche individuel, abaissant le salaire de base, mais aussi augmenter leurs marges bénéficiaires.

De son côté, le Parti Communiste Français (PCF) s'est, dans la région, reconstruit sur un mode clandestin. Il ..

De premiers conflits contre les compagnies minières apparaissent avant la grève de mai-, .

Pacte germano-soviétique et internement des brigadistes thumb|left| Attestation des autorités allemandes d'occupation permettant à une personne de pénétrer en zone interdite (musée de la Résistance en Argoat, Saint-Connan). La grève démarre un mois avant la rupture du Pacte germano-soviétique par l'attaque de l'URSS par l'Allemagne nazie lancée à partir du .

Depuis son invasion en , le bassin minier du Nord-Pas-de-Calais et ses richesses en charbon sont comme en 1914-1918 une « zone interdite » rattachée à l'administration militaire allemande de Bruxelles. Celle-ci oppose d'abord un aux tentatives du régime du maréchal Pétain de les décrets de autorisant l'internement administratif des communistes, utilisé dans le sud de la France contre les combattants des brigades internationales fuyant l'Espagne, Philippe Pétain étant proche du général Franco.

Des militants PCF réclament la clandestinité , les Camphin pour une presse clandestine vignette|right|redresse=0.8|La fosse des mines de Marles, fermée .

Le numéro un du PCF dans le Pas-de-Calais avant la guerre est René Camphin. Il héberge à Arras des enfants de républicains espagnols après leur défaite de 1939 face à Franco... L'un d'eux, Alphonse Pelayo, est chargé le d'aller chercher à Paris le numéro un national du PCF Maurice Thorez et son épouse Jeannette Vermeersch pour les évacuer vers Bruxelles.. Jacques Duclos"Mounette Dutilleul, ou la mémoire effacée : comment appeler les choses par leur nom?" extrait des mémoires de la résistante communiste Mounette Dutilleul s'installe à Bruxelles, plaque tournante des liaisons avec le Komintern pour assurer l'intérim. En , Duclos, Alphonse Pelayo et Maurice Tréand. repassent dans le Nord de la France, le Komintern communiste leur ayant demandé d'aller obtenir des Allemands à Paris la réouverture de L'Humanité. Ils croisent cette fois Eugénie Camphin. Avec son fils, elle les accompagne vers le contact suivant, à Longueau, René Lamps, futur maire d'Amiens, ne le trouvant, ni lui, ni son frère, après de recherche. Tréand et son groupe continuent vers Paris et le transmettent au 12 Avenue de l'Opéra la consigne de tenter d'obtenir la reparution légale de L'Humanité, à des militants PCF qui rechignent. Eugénie Camphin s'étonne lors de ce passage qu'on lui demande aussi de faire reparaître la presse régionale du PCF, mais doit s'incliner elle aussiLes résistants : de la guerre de l'ombre aux allées du pouvoir 1944-1989 aux Éditions Fayard en 1989, par Rémi Kauffer et Roger Faligot.

Le journal clandestin communiste, L'Enchainé du Pas-de-Calais, est en effet suspect pour les Allemands. Les articles de René Camphin, (« Défendons la terre française ! ») y ont pris malgré le Pacte germano-soviétique"Les communistes du Nord et du Pas-de-Calais de l'agonie du Front Populaire à la guerre (1938-1939). Seconde partie : Forces et faiblesses du communisme du Nord à la veille de la guerre" par l'historien Yves Le Maner, dans la Revue du Nord en 1988 . Dès avril, Auguste Lecœur, l'autre dirigeant départemental du PCF, y appellera à faire du une « journée de lutte contre le double joug de la domination capitaliste et étrangère ». Ce journal clandestin sera le plus offensif dans la grève, alors que l'Enchaîné du Nord, édition de l'autre département, a, selon les historiens, un ton moins patriotique.

: Lecœur pour la création de CUSA clandestins Alors que de nombreux communistes sont prisonniers de guerre, le Pacte germano-soviétique a désemparé ceux du Pas-de-Calais. Auguste Lecœur s'en aperçoit lors d'une réunion à Grenay et oriente le PCF du Pas-de-Calais vers la clandestinité, via des "Comités d'union syndicale et d'action" (CUSA). À la direction nationale du PCF, la ligne légaliste de Jacques Duclos préconisait au contraire d'adhérer aux syndicats légaux que Philippe Pétain contrôle, et de ne pas de créer ces "CUSA" clandestins. Le premier naît ainsi à la Fosse du Dahomey, d'où partira plus tard la grève de 1941.

Selon Auguste Lecœur, l'action revendicative organisée fin pour des mineurs à Dechy, dans le Douaisis, sous forme d'impression d'un bulletin légal et d'un cahier de revendications, par la dirigeante PCF du département voisin, Martha Desrumeaux, membre du bureau politique du PCF. et amie de longue date de l'épouse de Maurice Thorez, était inappropriée car effectuée au grand jour et il le lui dit dès juin.

: un drapeau rouge sur un pylône électrique En , dans l'arrière salle d'un petit café de Dechy, au cœur du bassin minier, une douzaine de militants sont réunis. Le lendemain, ils perchent sur un pylône électrique, à Fenain, un drapeau rouge portant l'inscription : « Courage et Confiance ».. Parmi eux Eusebio Ferrari, son futur bras droit Félicien Joly, René Denys, de LilleLa VDN Patrick Frère le , et Jean Pawlowski de Thivencelle, deux lieutenants FTP qui tomberont dès , près du café Maka d'un coron de Bruay-sur-l'Escaut, où une "Commune libre" à leur mémoire sera fondée en 1944 par les commerçants.

Dans le Pas-de-Calais, la direction du PCF réunissait en plus des groupes polonais Maurice Deloison, Julien Hapiot, responsable des Jeunesses communistes, et Julien Lhommet, de Sallaumines, évadé en 1940 de la prison de Cuincy (Nord)., ensuite renforcés par Nestor Calonne et Gustave Lecointe. Il y a aussi des étudiants et instituteurs, les frères Martel et les trois frères Camphin, Donnisse, Bouillez, et Charles Debarge. Ils récupèrent du matériel de guerre allemand, font sauter un train allemand, et dynamitent la station électrique de Benory-Cumichy en . Durant l'-1941, leur mission est de protéger les grèves de mineurs, qui se multiplient en plusieurs endroits du Bassin minier« Les sondages clandestins de la Résistance en France occupée au début de l’année 1944 », par Jean-Paul Grémy..

Prémices Prémices de janvier et en France thumb|right|Le puits 7. Dès , mineur à la fosse 7 - 7 bis de la Compagnie des mines de Dourges, le jeune Michel Brulé a lancé une grève perlée contre la demi-heure supplémentaire, les conditions de travail et pour l'amélioration du ravitaillement, puis le , une autre, lorsque la compagnie tente de l’empêcher de descendre. Il est arrêté par les Allemands le jour même, après avoir pris une nouvelle fois la parole pour dénoncer les conditions de travail. Il est libéré le alors que la grève pour exiger sa libération commence à s'étendre.

M. Soulary, directeur de la Compagnie des mines de Dourges, où la grande grève a démarré le à la Fosse n° 7 - 7 bis des mines de Dourges, dite du "Dahomey", a décrit les circonstances des semaines précédentes : à partir du , la compagnie des mines de Dourges a réintroduit progressivement le paiement des ouvriers à l'abattage par équipes, mais observe que des meneurs s'y opposent, allant .

Au PCF, Gustave Lecointe, évadé de la forteresse de Sisteron, Auguste Lecœur, Julien Hapiot et Nestor Calonne, ex-combattants des Brigades internationales, et les trois frères Paul Camphin, Maurice Camphin et René Camphin, décident alors d’organiser des groupes armés pour protéger les futurs piquets de grève, confiés à Charles Debarge.

Prémices de en Belgique thumb|upright=1.5|Carte des zones minières en France, Belgique, Luxembourg et Allemagne.

Les mineurs français vont ensuite être mis au courant des .. La "grande grève des mineurs belges" s'est propagée en France, selon les travaux de l'historien José Gotovitch.

Le bassin minier de Wallonie est géologiquement le même que celui du Nord-Pas-de-Calais, à cheval sur la frontière entre les deux pays, tout en longueur, d'est en ouest. Côté belge, il s'étend le long des sites du Grand-Hornu, du Bois-du-Luc, du Bois du Cazier et de Blegny-Mine.

Début mai, même les pommes de terre commencent à manquer en Wallonie, dans la Belgique voisine, envahie par les troupes allemandes, où la question du ravitaillement s'aggrave, dans la commune de Seraing, ce qui déclenche une grève menée par Julien Lahaut, échevin communiste, qui sera victime une décennie plus tard, en 1950, du seul assassinat politique de l'histoire de Belgique. Après , le nombre de grévistes atteint et il est décidé de leur concéder une augmentation salariale de 8 %. Mais un mois après une vague d'arrestations vient sanctionner des grévistes, dont beaucoup sont emprisonnés à la forteresse de Huy, puis embarqués dans des trains pour les camps de concentration"Evocation : Julien Lahaut et la grève des 100 000" par la Rédaction de la RTBF le mardi .