Les reliques de la grotte du Lait de la Vierge, dites autrefois « reliques du saint Laict« Laict », ancienne orthographe pour lait. », abrégé de « reliques de la Grotte du Lait » (ex crypta B.M.V. lactis dicta, de lapide super quem sparsit Virgo Maria lac suum), furent importées durant des siècles dans toute l'Europe. Par leurs propriétés, elles correspondaient un peu à l'eau de la Grotte de Lourdes de nos jours, un « souvenir » ramené d'un lieu saint, aux vertus réputées curatives, d'une grotte autrefois universellement vénérée, avant celle de Lourdes. Un texte de Laurentius Surius témoigne de l'ancienneté de cette coutume concernant la grotte du lait, où venaient prier des femmes de toute confession, juives, chrétiennes et musulmanes, d'envoyer dans toute l'Europe des tablettes et des petits pains de cette craie, terre blanche et friable, pour guérir les malades, de même qu'on les rapportait en tant que souvenir, curiosité, ou objet de dévotion. Il ne faut donc point s' émerveiller, que les pèlerins de ce temps distribuent avec grande révérence des pierrettes et pièces de terre qu'ils apportent des Saints Lieux de la Palestine, comme témoignent saint Augustin et saint Grégoire, évêque de Tours, disant qu'en mêlant ces pierrettes ou terre avec de l'eau, on en soulait faire des tablettes, qu'on portait et envoyait par tout le monde pour la guérison des malades.
Les reliques de la grotte du lait jadis vendues sous le nom de « lait de la Vierge » ne doivent pas être confondue avec le « lait de la Vierge », une substance blanche et laiteuse utilisée par les alchimistes voici des siècles. (homonymie)
Récits de pèlerins Voici plusieurs siècles tout le monde ne pouvait aller en Terre Sainte, mais on connaissait des lieux par les récits de pèlerins et de voyageurs : le premier récit qui nous soit parvenu de la visite de la Grotte du Lait est celui de Philippe de Busseriis au . Le récit de François Quaresmius, gardien des lieux saints, est le plus connu, enfin on possède aussi celui de Marcel Ladoire, frère mineur de passage en Terre Sainte, ainsi que celui de très nombreux autres franciscains et pèlerins.
Vertu de cette grotte thumb|Grotte du Lait
La légende La légende rapporte que la roche de la grotte a contracté cette vertu, depuis que la Vierge Marie, s'y étant un jour retirée, donna le sein à l'Enfant Jésus, et laissa tomber quelques gouttes de son lait sur une anfractuosité de la grotte : une source en aurait aussitôt jailli, et la roche serait immédiatement devenue tendre et blanche comme une masse de lait. Les gouttes de lait de la Vierge Marie se seraient en outre mélangées à la poussière du sol. Depuis lors, la terre calcaire blanche de la Grotte du lait s'appela « lait de la Vierge ». Les reliques du saint lait étaient donc des morceaux de pierre de la grotte du lait appelée par extrapolation « reliques du saint lait de la Vierge ».
La roche calcaire La roche de cette grotte est très friable, une craie blanche (tuf) qu'on réduisait en poudre : on en faisait de petits pains qu'on envoyait dans tout le pays. Cette roche, serait du lait de lune ou de microcristaux, composée de minéraux, principalement de carbonates, tels que le soufre, le calcium, la silice, le carbone, la craie et qui, au contact avec de l'eau, forme une substance épaisse et crémeuse blanche ou sèche, une poudre blanche de poussière calcaire. Un phénomène tout à fait naturel, dans certaines conditions géologiques, en la présence de cours d'eau souterrains, créa çà et là un peu partout, de véritables « rivières de lait », de l'Italie à l'Espagne au Canada et, plus précisément au Moyen-Orient, ce qui pourrait expliquer les nombreuses reliques du Saint Lait dispersées dans toute l'Europe par les anciens combattants de retour des Croisades. En plus de cette craie, on recueillait dans des fioles la substance liquide dont les murs de la grotte suintaient durant les temps humides, sous le nom de lait de la Vierge.
Ses vertus curatives La « terra sigillata » de la grotte du lait fut donc employée pour ses vertus pharmaceutiques sans doute bien avant le Moyen Âge jusqu'au ,et aujourd'hui encore sans doute, par exemple comme complément nutritionnel, comprennent des oligo-éléments :potassium, zinc et magnesiumWhite chalky earth from Bethlehem, Palestine, 1920-1930, Science Museum London. La géophagie ou le fait de manger de la terre pour guérir, est une pratique courante dans le monde arabo-musulmanBerthold Laufer, GEOPHAGY in: Publications of the Field Museum of Natural History. Anthropological Series, Vol. 18, No. 2, (1930), , 101-198 - cf.« Persians and Arabs », page 150. grotte du lait pdf:http://www.rbedrosian.com. Berthold Laufer rapporte que Ibn-al-Baytar en décrivit cinq formes dans son traité pharmacologique : la terra sigillata, la terre égyptienne, la terre samienne, la terre de Chios, la terre « cimolite », l' « ampelitis » (Pline, XXXV, 56) ou pharmakitis de Séleucie en Syrie, la terre d'Arménie et la terre de Nishapur. Les Suisses connaissent le lait de lune, près du Lac de Pilate« Le haut de cette caverne distillée continuellement une certaine eau qui se convertit en une matière blanche comme le lait. Cette liqueur est légère et poreuse, mais elle se sèche et se durcit au grand air. Elle est propre à la guérison de diverses maladies et les gens du pays appellent le lait de la lune » (Jacques Auguste Simon Collin de Plancy , Dictionnaire critique des reliques et des images miraculeuses page 90. Quaresmius mentionne un miraclerapporté par Baronius, dans ses Annales (an 158 après que saint Paul a rejeté une vipère qui l'avait mordu à la main lorsqu'ils firent escale en l'île de Malte ( Actes des Apôtres. XXIX), il n'y avait plus sur l' île, ni serpents, ni animaux venimeux, et la terre de Malte elle-même, serait devenue un contre-poison ; puis remarque-t-il : « Si une telle vertu a été donnée à cette terre à cause de saint Paul, pourquoi refuserions-nous de croire que Dieu, pour honorer la Vierge mère, a communiqué une vertu semblable et encore plus grande de cette grotte, sanctifiée par la présence de Jésus et de Marie »Castro, dans la vie de Marie, Grotonus, dans la vie de saint Joseph, rapportent la même tradition d'après un vieil écrit arménien.Source citations : Catherine Emmerich, « Vie de Marie ». Chapitre 3. ! F. ; de Mély en 1880 assimile sans hésiter, cette pierre de la grotte du lait, aux pierres blanches réputées favoriser la lactation, ou de guérir les ophtalmies, en étudiant les anciens récits qui en font la description, et qui portaient différents noms selon les pays : Galactite en français, Lait de lune ou Milchstein en allemand, Lechar en espagnol, Zarocar en arabe, Lenelim et 'Azufaraquid en hébreuLES RELIQUES DU LAIT DE LA VIERGE ET LA GALACTITE, F. de Mély, Revue Archéologique , Troisième Série, T. 15 (Janvier-Juin 1890), pp. 103-116,Published by: Presses Universitaires de France Stable URL: https://www.jstor.org/stable/41729197 Page Count: 14.
thumb|Repas dans une habitation modeste Cette poudre aurait la vertu de favoriser la lactation, de rendre le lait aux femmes qui l'ont perdu par quelque maladie, ou de l'augmenter à celles qui en ont peu : selon la légende, grâce à la Vierge Marie qui retrouva là son lait. On la donnait à toutes les nourrices qui manquaient de lait et les témoignages de son efficacité étaient innombrables surtout chez les femmes et nourrices infidèles. Comme la poussière de cette roche empêchait les nourrices de perdre leur lait, mélangée la nourriture, ou bien dans la boisson, eau, bouillon ou vin blanc, les femmes et les pèlerins de toute religion et nationalité (grecques, arméniennes, russes, musulmanes, juives ou chrétiennes) venaient chaque jour en emporter un peu après avoir récité une prière dans la grotte, qui était continuellement creusée par les habitants et s'était agrandie au fil du temps.
Cette craie ressemblait mystérieusement à du lait coagulé et en certains endroits du monde comme Murcie ou Naples, se liquéfierait mystérieusement comme du vrai lait, les jours de fête. De plus tous les témoignages rapportent principalement, que ses propriétés de rendre de lait aux nourrices étaient réelles, et ces vertus continueraient peut-être dans les paroisses et cathédrales où ces reliques étaient rapportées, et là où on vénérait une statue : En France, à Nantes, la statue de la « Chapelle du Créé-Lait » (aujourd'hui Chapelle Notre-Dame-des-Champs) passait ainsi également pour avoir le pouvoir de favoriser une lactation abondante chez les nourrices et les femmes qui allaitent. On vénérait une fois par semaine solennellement cette relique dans la Chapelle du saint-Lait de Reims.
C'était une relique royale : tous les pèlerins, en particulier les franciscains, racontaient au retour leur voyage et décrivaient cette grotte « blanche comme la neige » et la merveilleuse propriété de sa roche, liqueur favorisant une abondante lactation à toutes les femmes, turques, arabes, maures, ou chrétiennes. En 1612 au William Lithgow visita lui aussi la grotte du Lait, acheta alors pour un pound de cette terre, et en offrit à la reine Anne d'Angleterre avec d'autres reliquesWilliam Lithgow, Totall Discourse of the Rare Adventures and Painefull Peregrinations, de l'édition de Glasgow, 1906 : « The earth of the cave is white as snow, and hath this miraculous operation, that a little of it drunke in any liquor, to a woman, that after her childbirth is barren of milke, shall forthwith give abundance: which is not onely availeable to Christians, but likewise to Turkish, Moorish, and Arabianish women, who will come from farre countries, to fetch of this earth. I have seene the nature of this dust practised, wherefore I may boldly affirme it, to have the force of a strange vertue: Of the which earth I brought with me a pound weight, and presented the halfe of it to our sometimes Gracious Queene Anne of blessed memory, with divers other rare relicts also, as a girdle, and a paire of garters of the Holy Grave, all richly wrought in silke and gold, hav? ing this inscription at every end of them in golden letters, Sancto Sepulchro, and the word Jerusalem, etc. ».
Au encore, les franciscains distribuaient des tablettes faites de terre de la grotte, moulées dans des petits moules et transformées en terra sigillata, en forme de pastilles de Vichy, demandant aux pèlerins auxquels ils les donnaient de la mélanger à de l'eau et de la boire, homme et femme ensemble et de réciter durant neuf jours le troisième mystère joyeux du rosaire, la Nativité : ces tablettes avec pilules de sainte Colette guérissant la stérilité, faisaient partie de la «pharmacie franciscaine ». Et de nos jours encore cette tradition se perpétue, mais les femmes viennent surtout chercher un bon remède à la stérilitéSera L. Young, Craving Earth: Understanding Pica, the Urge to Eat Clay, Starch, Ice, and Chalk, page 47. De nombreuses photos de nourrissons, nés après la consommation de terre de la grotte par leurs parents, après le pèlerinage, ornent désormais ce lieu.
Les reliques de la grotte auraient également été bonnes pour l'ophtalmie.
Ses vertus spirituelles Voir Symbolisme
Des reliques : authentiques ou fausses? C'étaient de « vraies » reliques de la terre de la grotte du lait, lieu de pèlerinage, mais, pas du lait de la Vierge... cependant les récits de miracles en quelques endroits, selon lesquels la relique se liquéfiait le jour des fêtes de la Madone, entretenait la confusion.