L'histoire de l'État australien de Tasmanie commence lorsque des Aborigènes s'installent il y a environ sur un territoire qui est séparé du continent australien il y a . Le premier Européen à apercevoir cette île est le Néerlandais Abel Tasman en 1642, qui la baptise Terre de Van Diemen. Il est suivi par les expéditions de Marion du Fresne, Furneaux, d'Entrecasteaux et Baudin.

Une colonie pénale britannique est établie en 1803 près de l'emplacement où se situe l'actuelle capitale, Hobart. Cinquante ans plus tard, au moment de l'arrêt du transport de bagnards, d'entre eux y auront été déportés, soit trois fois le nombre de colons libres qui se sont installés en Tasmanie.

Après de grandes difficultés les premières années, la colonie se développe en pratiquant la pêche à la baleine, l'exploitation du pin Huon, la construction navale et surtout l'élevage de bovins et de moutons mérinos. Cette utilisation des terres vient percuter les habitudes nomades des Aborigènes et conduit, de 1825 à 1832, à la Black War, conflit qui conduit à leur quasi disparition.

La colonie est dirigée par des gouverneurs nommés par Londres jusqu'en 1850, quand la reine Victoria institue des chambres élues dans chacune des colonies australiennes. En 1856, la colonie de la Terre de Van Diemen devient autonome et change son nom en Tasmanie. S'ensuit une longue période d'instabilité politique et de crise économique, jusqu'à la découverte à partir de 1870 d'importantes mines d'or, d'étain, de cuivre et d'argent.

La Tasmanie entre dans la Fédération australienne le janvier 1901 et institue en 1909 un système électoral particulier : la proportionnelle par vote unique transférable. La première guerre mondiale a d'importantes conséquences démographiques et économiques, avec la perte des marchés allemands, grands acheteurs de minerais. La crise de 1929, à laquelle s'ajoutent de grandes inondations, accentue la dépression économique et le chômage, généralisant la pauvreté. Les gouvernements travaillistes tentent d'y remédier en lançant des programmes de grands travaux, en développant la production hydro-électrique et des papeteries adossées à des concessions forestières.

La seconde guerre mondiale et les années qui suivent sont à l'inverse une période de forte expansion, assise sur l'hydro-électricité, la production d'aluminium et de manganèse. Le solde migratoire devient positif, l'île se modernise et sort de son isolement avec la création de lignes maritimes et aériennes.

En 1973 est créé le Tasmanian Aboriginal Centre (en), qui souhaite agir en faveur des droits fonciers des Aborigènes, de la définition d'une identité aborigène et du retour des artefacts se trouvant dans les musées. Il obtient le retour des restes de Truganini et, après d’innombrables péripéties juridiques et oppositions politiques, le transfert en 1995 de la propriété de certaines terres ancestrales.

La société tasmanienne se divise au début des années 1980 face à d'importants projets de barrages dans la zone des rivières Franklin et Gordon, finalement arrêtés par la Cour suprême fédérale.

Le voit la poursuite de l'alternance politique avec des gouvernements travaillistes jusqu'en 2014, libéraux ensuite. En 2011, le Musée d'Art ancien et nouveau (MONA), créé par le collectionneur David Walsh, ouvre avec grand succès à Hobart. En décembre 2025, après trois ans de débats passionnés, le Parlement tasmanien vote la construction d'un stade devant ouvrir en 2028 à Hobart, le Macquarie Point Stadium (en)

Avant l'arrivée des Européens alt=Nicolas-Martin Petit (peintre de l'Expédition Baudin), Femme aborigène avec son enfant dans une peau de Kangourou, 1802|gauche|vignette|Nicolas-Martin Petit (peintre de l'Expédition Baudin), Femme aborigène avec son enfant dans une peau de kangourou, 1802La présence d'Aborigènes en Tasmanie est attestée depuis près de . Ils sont séparés du reste du continent australien il y a lors d'une montée des eaux qui crée le détroit de Bass et isole l'île principale, qu'ils nomment Trouwunna. Leur système social est organisé autour de groupes familiaux regroupés en clans, eux-mêmes constitués en nations.

Au moment de l'arrivée des Européens en 1803, leur population est estimée à environ . Ils parlent des langues apparentées à celles du Victoria, sur le continent australien. Très peu de phrases et de chants ont été enregistrés, ce qui explique notre peu de connaissances sur leur structure grammaticale. L'habitat est variable selon les régions, depuis les abris temporaires ouverts, constitués de plusieurs plaques d'écorce à l'est, jusqu'aux huttes permanentes à toits en dôme, d'au moins 3 mètres de diamètre et de 1,8 mètre de haut construites derrière les dunes, dans l'ouest exposé aux vents des quarantièmes rugissants. Les clans sont nomades, à la recherche du kangourou, du wallaby, de l'opossum, du wombat et, en saison, de la chair et les œufs du puffin.

Découverte alt=Carte des zones explorées par Abel Tasman|vignette|gauche|Carte des zones explorées par Abel Tasman Le premier Européen à découvrir l'île est l'explorateur néerlandais Abel Tasman. Il aperçoit, le 24 novembre 1642, Point Hibbs, sur la côte Ouest. Il suit cette côte jusqu'à l'archipel Furneaux, puis revient le 3 décembre à la péninsule Tasman, où il fait planter un drapeau, après avoir constaté des signes de présence humaine :

Tasman donne à sa découverte le nom de Terre de Van Diemen, en l'honneur d'Antonio van Diemen, le gouverneur colonial des Indes néerlandaises, à l'origine de son expédition.

Le visiteur suivant est Marc Joseph Marion du Fresne, qui jette l'ancre le 4 mars 1772 au sud-est de ce qui est maintenant Hobart. Le premier contact avec les Aborigènes se solde par un affrontement faisant des blessés des deux côtés.

alt=Carte dressée par l'expédition D'Entrecasteaux|vignette|redresse=0.8|Carte dressée par l'expédition d'Entrecasteaux

En 1773, l' de Tobias Furneaux, séparé par le brouillard du de James Cook, atteint le cap sud-ouest de l'île le 9 mars. Il découvre Adventure Bay sur l'île Bruny, et effectue le relevé de la côte et des îlots alentours. Il longe la côte orientale jusqu'à la latitude de 40° 50', et observe que la terre s'incurve vers l'ouest. Il manque cependant de peu la découverte du détroit de Bass et met le cap sur la Nouvelle-Zélande, convaincu qu'il n'y a pas de détroit entre la Nouvelle-Hollande et la Terre de Van Diemen, mais une baie très profonde. En 1777, James Cook, lors de son troisième voyage, mouille à Adventure Bay du 26 au 30 janvier.

En juillet 1789, découvre Oyster Bay. En 1792, William Bligh, futur gouverneur de la Nouvelle-Galles du Sud, plante des arbres fruitiers à Adventure Bay et donne le nom de Table Hill au Mont WellingtonWellington Park, Historical Notes of Wellington Park.

La même année, Antoine Bruny d'Entrecasteaux, dans son expédition à la recherche de celle de La Pérouse, atteint la Baie de la Recherche et y passe 25 jours. Jacques-Julien Houtou de La Billardière mène des recherches botaniques et plante un potager devant servir au ravitaillement des futures expéditions. D'Entrecasteaux découvre également le chenal qui porte maintenant son nom entre l'île principale et l'île Bruny. De retour de Nouvelle-Calédonie, il revient en janvier 1793, continue ses observations de la côte, dresse des cartes précises, et nomme Rivière du Nord la Derwent. Celle-ci est explorée très en amont par en 1794.

En 1798, Matthew Flinders et George Bass quittent Port Jackson, l'actuelle Sydney, et font le tour de la Tasmanie, prouvant ainsi qu'il s'agit bien d'une île. Le gouverneur John Hunter donne le nom de Bass au détroit entre l'Australie et la Tasmanie et celui de Flinders à la plus grande île de l'archipel Furneaux, situé dans le même détroit.

Quatre ans plus tard, l'expédition française Baudin explore la terre orientale, l'île Schouten, le détroit qui la sépare de la péninsule Freycinet. Elle provoque la méfiance des Anglais, craignant que les Français ne s'y installent de la même manière qu'à Pondichéry.

1803-1855

1803-1824 Le système anglais de déportation pénale se met en place au début du quand les condamnés sont envoyés dans les Antilles et l'Amérique britanniques, jusqu'à son indépendance en 1776. Ils sont alors transportés en Australie, à Port Jackson, aujourd'hui Sydney. alt=Chaînes de bagnards|vignette|Chaînes de bagnards Outre le fait d'écarter les Français, l'établissement d'une colonie pénale en Terre de van Diemen est dû à la nécessité de soulager celle de Port Jackson, peuplée de .

En 1803 un camp militaire est établi par David Collins, le premier gouverneur, à , sur la rive orientale de la rivière Derwent, C'est là qu'a lieu le entre Aborigènes et colonisateurs anglais. En 1804, le camp est déplacé vers un emplacement plus favorable, à , sur le site actuel de Hobart.

La même année est établie par William Paterson une petite colonie à Port Dalrymple, aujourd'hui George Town, sur la rive nord de l'île, au débouché de la rivière Tamar, près de l'actuelle Launceston, un endroit remarqué par Flinders et Bass lors de leur exploration. Une première communication entre les deux endroits est établie en 1807, en neuf jours de cheval.

De 1805 à 1808 sont transférés à Hobart plusieurs centaines de détenus de l'Île Norfolk, que le gouvernement anglais a décidé de fermer, son entretien étant trop coûteux. Les condamnés qui ne sont pas incarcérés sont mis au service des colons, qui doivent les garder pendant un an.

La colonie connaît dans ses premières années de grandes difficultés, entre inondations et mauvaises récoltes, problème résolu par un changement de semences. Le gouverneur de la Nouvelle-Galles du Sud Lachlan Macquarie visite Hobart en 1811, et qualifie ce qui n'est encore qu'un ensemble désorganisé de huttes rudimentaires en torchis de « désordonnéM. Roe, The History of Tasmania to 1856, p.34 ». Il élabore un nouveau plan d'urbanisme et décide que la partie nord de l'île sera administrée depuis Hobart, au lieu de relever de Sydney.

Thomas Davey, le second lieutenant-gouverneur, prend ses fonctions en 1813. La colonie se développe peu à peu : des comptoirs commerciaux sont établis, qui s'approvisionnent en marchandises anglaises. La côte ouest est explorée, menant à la découverte de Macquarie Harbour et de . Le potentiel de l'exploitation du pin Huon est remarqué. La pêche à la baleine connait un grand essor, du blé est exporté, un moulin est construit et, en février 1817, la première pierre de l'église Saint-David est posée. Un service postal hebdomadaire est établi avec Launceston. Par contre, l'intensité du brigandage mené par des détenus évadés nécessite la proclamation de la loi martiale.

, qui prend ses fonctions de troisième lieutenant-gouverneur en avril 1817, mène une politique très dure, venant à bout du grand banditisme et créant la colonie pénale à régime sévère de dans la baie de Macquarie. Il multiplie les concessions gratuites de terres aux nouveaux immigrants libres ou aux prisonniers affranchis. Fin 1821, alors que viennent de s'installer le premier pasteur wesleyen et le premier prêtre catholique, la région compte habitants qui cultivent acres6060 hectares, élèvent bovins, moutons, 550 chevaux et porcs. En cinq ans, les exportations de blé vers Sydney passent de à et celles de viande salée de à . Le croisement de moutons du Bengale avec des mérinos importés du Cap permet la production d'une laine très fine d'une grande valeur marchande, exportée à partir de 1819. Cependant, à l'importation, sont prélevés des droits de douane de 5 %, supérieurs à ceux en vigueur en Nouvelle-Galles du Sud, ce qui crée un fort mécontentement. En 1823 est créée la Banque de la Terre de Van Diemen.

1824-1836