Le corps de cavalerie (CC) du général Sordet est, au début de la Première guerre mondiale, l'une des grandes unités de l'armée française. Comme le corps de cavalerie Bridoux, puis le corps de cavalerie Buisson, qui lui succéderont, il est couramment désigné comme constituant le « premier » corps de cavalerie. C'est la conséquence de la création, le , d'un autre corps, désigné comme corps de cavalerie, placé sous le commandement du général Conneau et bientôt rattaché à la armée du général de Curières de Castelnau.

Quant au Corps Sordet, initialement placé sous les ordres du général commandant en chef Joffre, il sera ensuite rattaché à la armée du général Lanrezac, puis à la armée du général Maunoury.

Il comportait trois divisions, renforcées par une brigade d'infanterie : la commandée par le général Buisson, la commandée par le général Dor de Lastours et la commandée par le général Bridoux, cette dernière étant la seule dotée d'une escadrille d'aviation. De ces trois divisions sera tirée, à partir du et jusqu'au , une division provisoire, commandée par le général de Cornulier-Lucinière.

Le général Sordet conservera le commandement de ce corps de cavalerie jusqu'au , date à laquelle il sera muté pour avoir opéré un repli le , et remplacé par le général Bridoux, qui en commandait jusqu'alors la division. Son commandement, durant le premier mois du conflit, est marqué par la participation des armées françaises à la bataille de Belgique, puis la retraite sur Paris et enfin la bataille de l'Ourcq.

Historique

La bataille des frontières L'Empire allemand déclare la guerre à la France le . La veille, ses troupes avaient pénétré au Luxembourg, et, le , elles pénètrent en Belgique. Le , le général Joffre prend le commandement en chef des armées françaises.

Le CC, dont les divisions s'étaient portées sur la rive droite de la Meuse, à l'est de Mézières, est d'abord autorisé à effectuer des reconnaissances en territoire belge, puis reçoit instruction de pénétrer, le , en Belgique et d'avancer vers l'est en direction de Neufchâteau. Cette progression va être réalisée le , jusqu'aux rivières Lesse et l'Homme, dont les passages vont ainsi pouvoir être tenus.

Sur la foi de renseignements incertains, le général Sordet s'attend à une action de la cavalerie allemande vers Namur et Dinant et, se porte, le , vers le nord, à l'est de Dinant, pour s'y opposer. Faute d'adversaire, il décide de poursuivre sa route en direction de Liège, qui résiste depuis plusieurs jours à une forte attaque ennemie, mais, il ne peut y parvenir le jour même et doit rassembler ses troupes à l'est de Namur

Le général Sordet exécute ainsi, certes, les ordres qui lui avaient été adressés le , mais il ne s'inscrit pas dans la stratégie nouvelle résultant des nouveaux ordres du général Joffre, du au matin : ceux-ci, qui ne lui sont pas parvenus, lui donnaient en effet pour mission générale de se porter à la gauche de la armée.

C'est donc dans l'ignorance de ces derniers ordres que le général Sordet décide de gagner, le , une position plus centrale, au sud de la Lesse. Il y mène, le 10, une mission de découverte au cours de laquelle est reconnu un mouvement ennemi qui lui paraît justifier une action, mais qui ne se confirmera ni le 11, ni le 12, les allemands semblant s'être dérobés vers le nord-ouest.

Le , la présence d'importantes forces de cavalerie allemande au nord de la Lesse ne laisse en tout cas plus d'autre choix que de passer sur la rive gauche de la Meuse, ce qui est fait le 15 et permet au général Sordet de se conformer finalement aux ordres qui lui ont été renouvelés le .

Ayant ainsi rejoint, au sud de la Sambre, la armée du général Lanrezac, sous les ordres duquel il est désormais placé, le CC se voit confier les missions d'en couvrir le flanc gauche, d'effectuer des reconnaissances et de retarder les colonnes ennemies. Il reçoit aussi l'ordre, le au soir, de rétablir la liaison avec l'armée belge, dont l'aile droite fait face à une masse importante de cavalerie ennemie. Le , le général Sordet repasse au nord de la Sambre, comme il l'avait prévu : ses reconnaissances ayant, seules, pris contact avec l'armée belge, il se voit rappeler l'urgence de sa mission de liaison.

Les 18 et , le CC, qui doit opérer au nord de Namur, tente d'attaquer, mais se heurte à de fortes positions ennemies et le général Sordet fait alors montre d'une prudence qui semble mal comprise par le haut commandement.

La mission du CC aurait dû se poursuivre le , mais le général Sordet, pour reposer ses troupes, obtient du commandement de la armée de pouvoir se porter sur la rive droite de la Sambre, à l'ouest du canal de Charleroi. Il est décidé qu'il y couvrira la gauche de la armée et protégera la concentration britannique au nord et à l'ouest de Charleroi.

Le , alors que la armée s'est fixé pour objectif d'agir contre le groupement ennemi du nord, accompagnée, à sa gauche, par les forces anglaises, l'ennemi attaque violemment Namur et atteint la Sambre où ses têtes de colonne entrent en contact avec les avant-postes français. Le CC subit aussi la pression ennemie : à l'ouest de Charleroi, sa division est débordée et contrainte de se porter encore plus à l'ouest, et la division, dès lors menacée sur son aile gauche, nécessite l'intervention de la armée ; dans la soirée, le CC peut se replier vers Merbes-le-Château, entre Charleroi et Maubeuge, où il pourra encore garder certains ponts sur la rive sud de la Sambre.vignette|Lors de la bataille de Charleroi entre le Bef et la Armée.Le , le général Lanrezac, incomplètement renseigné sur la situation d'ensemble, demande à la armée d'attendre l'ennemi sur ses positions de défense. Mais, les troupes allemandes franchissent la Sambre et mènent de violentes attaques contre son centre, provoquant le retrait de plusieurs unités, parmi lesquelles le CC, dont les et divisions se portent vers le sud, à la pointe extrême de la frontière franco-belge, cependant que la division du général Buisson continue de garder les passages de la Sambre. Le haut commandement doit alors admettre que la fatigue des hommes et des chevaux ne lui permet plus de poursuivre sa mission de couverture de la armée et qu'il devra se borner à assurer la liaison avec l'armée anglaise.

Le , la armée ne parvient pas à repousser les attaques ennemies. La division continue de tenir, une partie de la journée, les passages sur la Sambre, jusqu'à sa relève par une division de réserve. Le CC ayant reçu l'ordre de passer à la gauche de l'armée anglaise, l'ensemble du corps se replie dans l'après-midi en direction de Maubeuge, cependant que les forces anglaises, qui ont d'abord maintenu leurs positions à l'ouest de la Sambre, vont, elles aussi, se replier dans la nuit.

La retraite Les attaques ennemies semblent dessiner une manœuvre d'enveloppement sur le flanc droit de la armée, qui risquerait d'être prise à revers si elle tentait de se maintenir entre Sambre et Meuse. Le général Lanrezac lance donc un ordre de retraite générale pour le , avec l'objectif de prendre appui sur la place de Maubeuge. L'armée anglaise doit opérer le même mouvement.

Le CC, remis aux ordres directs du général Joffre, et maintenu dans sa mission de se tenir à gauche de l'armée anglaise, reçoit l'ordre, le au soir, de renseigner sur la marche de l'aile droite ennemie et d'en retarder la progression.

C'est ainsi qu'il se porte, le , à l'aile gauche de l'armée anglaise et livre, les 26, 27 et 28, de durs combats qui vont en protéger la retraite.

Notamment, le , le général Joffre demande au général Sordet d'intervenir énergiquement avec toutes ses forces disponibles, et les trois divisions, après avoir franchi l'Escaut, sont engagées contre des forces très supérieures, en particulier dans la région de Séranvillers où la division du général Bridoux lance une attaque. Ces efforts permettent à la gauche anglaise de se dégager et d'échapper à l'encerclement, suscitant les remerciements du maréchal French et faisant dire au général Smith Dorien, commandant le CA anglais, dans son ordre du jour du 29 : « Si nos pertes ne furent pas plus élevées le 26, au cours de la retraite, cela fut dû, en grande partie, à l'appui qui nous fut donné par les troupes françaises et en particulier par le corps de cavalerie du général Sordet, opérant sur le flanc ouest des troupes britanniques, et nous devons en être reconnaissant à nos braves frères d'armes ».

De même, le , le général Joffre ayant dit escompter « une coopération très effective du général Sordet, non seulement pour protéger les mouvements de l'armée anglaise, mais pour attaquer », une série d'engagements permettent au CC de ralentir la marche de l'ennemi : le général Bridoux mène, avec la division, de violents combats au nord d'Epehy, cependant que, plus à l'ouest, les et divisions s'engagent contre d'autres colonnes allemandes. Le maréchal French rendra hommage à l'appui que lui a ainsi apporté le général Sordet dans la journée du 27.

Enfin, le , le CC tente d'agir à l'est de la Somme, sans toutefois pouvoir se porter vers le nord, l'importance des forces ennemies interdisant toute action offensive : la division se maintient donc en couverture du flanc gauche de l'armée anglaise, dont elle favorise la retraite en retardant l'ennemi, cependant que les et divisions retiennent l'infanterie allemande au sud de Péronne. Dans l'après-midi, le général Sordet doit néanmoins donner un ordre de retraite et le CC abandonne la ligne de la Somme.

La retraite de l'armée anglaise a en tout cas été protégée et le maréchal French pourra écrire à son gouvernement, le : « J'ai contracté une grande dette de reconnaissance à l'égard du général Sordet et des divisions qu'il commandait pour l'aide qu'il m'a apportée durant ma retraite ».

Le CC comporte désormais une nouvelle division. Le général Sordet a en effet décidé, le , de former une division provisoire constituée par le prélèvement d'une brigade sur chacune des trois autres divisions. Placée sous le commandement du général de Cornulier-Lucinière, jusque là à la tête de la brigade légère au sein de la division, cette division provisoire devait permettre au général Maunoury de disposer d'une cavalerie qui couvre son flanc droit et assure la liaison avec l'armée anglaise, tout en ménageant le gros du corps.

Le général Joffre ordonne, le , la retraite vers Paris, dont le camp retranché doit être défendu par la armée, à laquelle ces unités appartiennent désormais, même si le CC doit, à terme, passer sous les ordres directs du général Galliéni et la division provisoire sous le commandement du général de Lamaze, à la tête du groupe des et divisions de réserve.

Depuis le , le CC est autour de Beauvais et la division provisoire au nord de Pont-Sainte Maxence. Le CC devait stationner sur la rive droite de l'Oise, pour prendre le temps de se reconstituer, mais il passe finalement l'Oise pour se maintenir au nord de Soissons. Et c'est la division provisoire du général de Cornulier-Lucinière, qui, le , va continuer de protéger le repli de l'armée anglaise, en livrant un violent combat dans la région de Verberie, puis en défendant l'Oise vers Pont-Sainte-Maxence, avec pour objectif de retarder par tous les moyens la marche de l'ennemi.

Conformément aux propositions que le général Maunoury adresse au général Joffre, le , prévoyant que le CC prenne pied sur la ligne des hauteurs s'étendant au sud-ouest de Méru, celui-ci effectue ce repli sans incident. Quant à la division provisoire, d'abord chargée de couvrir l'aile droite de la armée, elle restera en liaison avec l'armée anglaise, puis, après le repli de celle-ci à partir de Dammartin, couvrira le flanc droit de cette dernière position ; enfin, une fois relevée, elle couvrira le flanc droit de l'ensemble du dispositif de retraite.