vignette|354x354px|Les Ralliés, caricature satirique d'Édouard Pépin parue dans Le Grelot en octobre 1892. Le président français Sadi Carnot conduit le train, à sa gauche se trouve Charles de Freycinet ; juste derrière, Charles Lavigerie tente de l'attraper avec son crosier.Légende : « Nous montons dans le train, mais c’est pour nous emparer de la machine. », une citation du 19 juin 1892 du prêtre catholique Théodore Garnier

Le Ralliement, ou ralliement, est l'attitude d'une partie des catholiques de France qui, à la suite de l'encyclique Au milieu des sollicitudes du du pape , adhèrent à la Troisième République. Les tenants de cette position sont appelés les Ralliés ou ralliés.

Selon Bruno Dumons, à l'époque .

Cette politique de rapprochement avec les républicains laïques suscite une grande espérance dans les milieux ralliés – démocrates chrétiens et catholiques libéraux – mais se brise avec l'affaire Dreyfus à la fin du : .

Attitude de l'Église catholique auparavant

Contexte Le Ralliement intervient après l'échec du coup d'État de Boulanger en 1889. Cet échec avait prouvé la solidité des institutions républicaines françaises. Dès après les élections de 1889, le mouvement de Ralliement s'accélère. Albert de Mun adresse au prétendant royaliste une lettre de situation : il écrit que la restauration est impossible par le suffrage universel et que le boulangisme est vaincu, mais les causes existent toujours et que le royalisme doit être présent pour le moment où la crise reprendra, il prescrit donc de faire une politique plus conservatrice que royaliste avec une importance accrue donnée aux questions religieuses et sociales, 642-643. Il indique un mois plus tard publiquement que l'opposition à la République doit cesser. Le journal catholique La Croix soutient son initiative, avant de se rétracter l'année suivante. Dans le même temps, le cardinal Lavigerie, archevêque d'Alger, accepte les prêtres républicains.

Fin 1889, le cardinal Ferrata est commissionné par Léon XIII pour faire un rapport sur la situation délicate de l'Église catholique en France. Ferrata raconte dans ses mémoires qu'il avait donné pour solution dans ce rapport, afin de résoudre les problèmes de l'Église catholique en France, que le catholicisme devait cesser d'être associé avec l'opposition au régime républicain. Ferrata, toujours selon ses mémoires, dit avoir aussi donné dans son rapport les grandes lignes stratégiques de ce qui deviendra plus tard le Ralliement.

En , Jacques Piou créé le premier groupe parlementaire de droite rallié à la République, toutefois selon ses 40 membres, 648-649.

Toast d'Alger du cardinal Lavigerie vignette|Début d'un article de La Croix du 14 novembre 1890, qui commente et rapporte le discours du toast d'Alger|303x303px

Le , le cardinal Lavigerie, archevêque d'Alger, reçoit à sa table dans sa résidence archiépiscopale de saint-Eugène (commune de la wilaya d'Alger) les officiers supérieurs de l'escadre française de la Méditerranée. Lors de cette réception, le cardinal lève son verre (d'où le nom de « Toast d'Alger » donné à ces propos) devant le vice-amiral Duperré, commandant de la flotte, et tient un discours durant lequel il déclare haut et fort notamment : La déclaration à Alger du cardinal Lavigerie est une préparation à l'encyclique Au milieu des sollicitudes du pape Léon XIII. En effet, le pape avait chargé le cardinal d'amorcer le mariage de raison entre l'Église catholique avec les républicains modérés, avant lui-même d'officialiser cette politique du dit « Ralliement » dans son encyclique Au milieu des sollicitudes.

En amont de cette déclaration voulue par le cardinal Rampolla, Cardinal secrétaire d’Etat, c’est à un prélat de la métropole en la personne de Mgr Charles-Philippe Place, archevêque de Rennes, Dol et Saint-Malo, que le secrétaire d’Etat du pape s’adressa initialement. Cependant Place marque son refus, face au très autoritaire cardinal, d'assumer l'annonce de la politique de ralliement des catholiques à la Troisième République. Place ne manqua pas d’avancer avantageusement la personnalité du cardinal Lavigerie, archevêque d'Alger et de Carthage, primat d'Afrique et s'expliqua de ce choix en souhaitant que cette annonce soit portée par un prélat plus jeune que lui, dont le charisme naturel, habitué des prises de position bien tranchées, imposerait à tous ce changement politique. D'autre part, dans ses échanges avec le cardinal Rampolla, Place expose l'avantage d'une annonce de ralliement prononcée hors de la métropole, loin des soutiens monarchiques et surtout loin de la noblesse de son diocèse que le cardinal Place sait peu enclins à soutenir la République et qui ne manqua pas de voir dans le Toast d’Alger le refus du pape à soutenir le retour de la monarchie en France.

Encyclique Au milieu des sollicitudes

Le pape Léon XIII souhaite, dans son encyclique Au milieu des sollicitudes publiée le , en finir avec le conflit entre l'Église catholique et les dirigeants laïcs de la Troisième République, qui divise la France et empêche les catholiques de participer à la vie politique de leur pays. Il s'agit aussi pour le pape d'un enjeu ecclésiologique majeur : affirmer la monarchie pontificale et son pouvoir spirituel à travers l'instrumentalisation du discours officiel des autorités ecclésiastiques qui encourage le Ralliement des catholiques français à la Troisième République, et ainsi répondre à une logique de conciliation entre nationalisme et ultramontanisme après que le Saint-Siège a perdu en 1870 les États pontificaux et son pouvoir temporel. Le , l'encyclique est publiée dans les journaux français.

Dans l'encyclique, Léon XIII affirme clairement que les catholiques français doivent accepter les actuels types de gouvernements, au nom de la paix et du bien commun ; cependant, les catholiques ne doivent pas accepter toute législation. Dans cette encyclique comme dans toutes celles de Léon XIII, ce dernier défend l'opinion, selon Philippe Portier, que . Cette position de Léon XIII sera défendue par les papes jusqu'à Vatican II.

Dans une lettre envoyée par après aux cardinaux français en 1892, Léon XIII déclara, concernant son encyclique :

Conséquences Les catholiques ralliés fondent un parti politique en 1902, dix ans après l'encyclique pontificale : l'Action libérale populaire (ALP), dans le contexte du combat contre le Bloc des gauches.

Notes et références

Voir aussi Articles connexes Histoire de l'Église catholique en France Au milieu des sollicitudes Esprit nouveau Relations entre la France et le Vatican

Bibliographie complémentaire Ouvrages Bruno Dumons, Catholiques en politique. Un siècle de Ralliement, Paris, DDB, 1993. Martin Dumont, Le Saint-Siège et l'organisation politique des catholiques français aux lendemains du Ralliement. 1890-1902, Paris, Honoré Champion, 2012. Édouard Lecanuet, L'Église de France sous la IIIe République, vol. II, III, IV, Paris, 1930. Roberto de Mattei, Le ralliement de Léon XIII : l'échec d'un projet pastoral, Paris, Cerf, 2016. Jean-Marie Mayeur, Des partis catholiques à la démocratie chrétienne (s), Paris, Armand Colin, 1980. Jean-Marie Mayeur, Catholicisme social et démocratie chrétienne. Principes romains, expériences françaises, Paris, Éditions du Cerf, 1986. Xavier de Montclos, Le toast d'Alger, documents, 1890-1891, Paris, De Boccard, 1966. Fernand Mourret, Les Directives politiques, intellectuelles et sociales de Léon XIII, Paris, 1920. Philippe Prévost, L'Église et le ralliement. Histoire d'une crise (1892-2000), Paris, Centre d'études contemporaines, 2001.

Articles