La culture moche (API : )De même : /motchika/, en accentuant l'avant-dernière syllabe., parfois appelée culture mochica, est une culture précolombienne pré-incaïque qui s'est étendue tout au long de la côte nord péruvienne, à peu près entre l'an 100 et l'an Elle était contemporaine de la culture Nazca qui occupait la côte sud péruvienne, se situant chronologiquement entre l'ère Chavín (horizon ancien) et l'ère Chimú. La brillante culture des Mochicas est contemporaine des Mayas de la Mésoamérique et précède de plus de huit siècles le célèbre empire des Incas.

Histoire

Naissance d'un « royaume »

Au , différentes cultures se partageaient le littoral nord péruvien, toutes héritières des cultures Chavín et Cupisnique, les plus remarquables étant : les Vicús au nord, près de la frontière équatorienne ; les Salinars, situés principalement dans la vallée du Moche ; les Virú, établis dans la vallée du même nom, soit quelques kilomètres au sud des Salinars.

La culture moche apparaît comme une unification de ces différentes cultures : tout d'abord, deux foyers distincts semblent émerger presque simultanément, aux alentours de l'an 100 de notre ère : Moche et Sipán.

Foyer de Moche

Dans la vallée du Moche, (située dans l'actuelle région de La Libertad) au pied du Cerro Blanco, la culture Salinar laisse rapidement place aux Moches. La ville de Moche prend de l'importance avec le début de la construction de deux édifices, les Huaca de la Luna et Huaca del Sol. Ces bâtiments, qui n'ont alors qu'un seul étage, servent déjà respectivement de lieu de culte et de centre administratif. L'influence de ce foyer atteint la vallée du Virú aux dépens de la culture du même nom.

Foyer de Sipán

Plus ou moins parallèlement, dans la région de Lambayeque située plus au nord, le centre moche de Sipán se développe également, la ville prend de l'importance et de hauts dignitaires moches y sont enterrés dans un remarquable centre funéraire.

L'éloignement de ces deux centres implique déjà un bon contrôle du territoire et donc une organisation militaire élaborée de la part des Moches, à peine leur royaume formé.

Conquêtes militaires

On situe la majorité des conquêtes militaires moches durant les et . Les frontières se sont élargies le long de la côte, au sud en s'étendant aux vallées du Chicama et de Huarmey, et au nord jusqu'à Piura, empiétant largement sur le territoire Vicús, assimilant ce peuple au fur et à mesure des conquêtes. À leur apogée, les Moches contrôlent un territoire essentiellement côtier s'étendant sur plus de 600 kilomètres de long. En plus des centres historiques que sont Moche et Sipán, ils construisent d'importants bastions militaires pour maintenir les frontières : Pampagrande au nord et Pañamarca au sud. C'est au cours de cette période, vers l'an 300, que vécut le seigneur de Sipán.

À leur apogée, autour du , les Mochicas occupaient près de 500 kilomètres de littoral côtier péruvien, de la vallée de Piura au nord à la vallée de Huarmey au sud. Dans cette région, les fouilles ont mis au jour de vastes aires domestiques, des temples, des palais et des mausolées contenant des tombes spectaculaires. Les similitudes entre l’architecture et les objets trouvés sur les différents sites, comme celui de Huaca el Pueblo où la tombe du Seigneur d’Ucupe a été découverte, indiquent que les populations des différentes agglomérations mochica entretenaient des rapports assidus.

Déclin et fin du royaume

Beaucoup d'historiens situaient la fin des Moches aux alentours de l’an 600. Mais actuellement, grâce à des fouilles plus précises, on situe la fin des Moches aux alentours de l'an 700.

Cette première date, qui se révéla ensuite fausse, est due au fait qu’on a d’abord supposé que la situation s’était peu à peu dégradée dans le royaume, celui-ci devant faire face à des crues catastrophiques des principaux fleuves et notamment du río Moche à cause du phénomène El Niño. Cependant, cette hypothèse fut réfutée par l’archéologue Santiago Uceda Castillo. Ce phénomène eut bien lieu, la preuve étant de grandes fissures sur la Huaca del Sol. Mais, dans ses recherches, Uceda Castillo découvrit que ce n’était pas El Niño qui avait provoqué la fin des Mochicas, car des fouilles archéologiques ont permis de prouver qu’après celui-ci, datées de , la vie a continué chez les Mochicas. On constata en effet qu’au-dessus de la couche de terre correspondant à l’époque de cette catastrophe naturelle, s’élevaient bien d’autres constructions encore, bâties de la main des Moches. Il est toutefois avéré que ce phénomène a marqué de façon décisive la culture moche. On situe la fin des Moches aux alentours de l'an 700. On suppose que la situation s'est peu à peu dégradée dans le royaume, celui-ci devant faire face à des crues catastrophiques des principaux fleuves et notamment du río Moche à cause du phénomène El Niño, ainsi qu'à des tremblements de terre à répétition durant le . Peu après le déclin de la société moche, la culture Sican se développa sur les mêmes régions, puis plus tard encore ce fut le tour de la culture Chimú.

Organisation et société

thumb|Bouteille anthropomorphe - Dignitaire de haut rang, Musée des Amériques - Auch).

La civilisation mochica a développé une société hiérarchisée avec des dirigeants, des guerriers, des spécialistes du rituel, des artisans, des agriculteurs et des pêcheurs.

Il est probable qu’au moment de leur apogée, vers les -, les Mochicas ne connaissaient pas d'autres groupes socialement aussi élaborés. Cette société a manifesté sa puissance et son opulence par l'ampleur de ses temples, la luxuriance de ses palais de briques en terre crue, ornés de fresques murales polychromes, et par la grandeur de ses villes peuplées de tisserands, de céramistes, de métallurgistes et d’autres artisans.

La société moche était divisée en classes et hiérarchisée. Un puissant seigneur était à la tête du royaume, le pouvoir se transmettant probablement par hérédité. Les classes les plus importantes étaient celles des guerriers, des prêtres et des administrateurs. Venaient ensuite les commerçants, artisans et bâtisseurs, puis les pêcheurs, paysans Le schéma urbain de la ville de Moche, par exemple, est typique de cette organisation, répartissant les habitats par quartier en fonction des classes : de l'importance des classes dépendait la distance à la Huaca del Sol (les prêtres, guerriers et administrateurs étaient les plus proches de la huaca).

Durant toute l'existence de la ville de Moche, ses habitants n'ont cessé de construire les deux huacas. À peu près tous les cent ans, le plus haut étage de la Huaca de la Luna était condamné, les couloirs comblés et on élargissait la base, construisait un nouvel étage au-dessus du précédent, élevant la rampe d'accès, de façon que seul ce nouvel étage soit encore accessible. À la disparition des Moches, la pyramide comptait six degrés et environ 600 ans d'existence.

Du au , les Moches ou Mochicas ont développé un État, c’est-à-dire une organisation sociale, politique et économique centralisée et hiérarchisée, sans pourtant avoir connu les principales innovations techniques et intellectuelles que l’on associe souvent à l’émergence des « civilisations » et des États : pas de roue, ni monnaie ni écriture, ni économie de marché…

On suppose que le régime de l'État moche était théocratique, le seigneur étant également prêtre. La cohésion de la société, largement dépendante de la force militaire, devait reposer sur une puissante caste de guerriers au service de la théocratie.

Religion alt=|vignette|Le décapiteur sur une fresque murale de la Huaca de la Luna.

Le peuple des Mochicas était un peuple très religieux, leur gouvernement s'inscrivait dans un régime théocratique. Le centre religieux était la Huaca de la Luna, où les prêtres et le seigneur effectuaient toutes sortes de cérémonies. Le principal dieu se nommait Ai apaec, Créateur mais aussi « décapiteur » (El Degollador en espagnol), que l'on trouve représenté sur de nombreuses céramiques et fresques de temples. Il prend souvent la forme d'une araignée, ou encore d'une créature ailée ou d'un monstre marin. Lorsque le corps est entièrement représenté, on le voit toujours tenant dans une main un couteau et de l'autre une tête tenue par les cheveux. On pense qu'il s'agit d'allusions à des rituels de sacrifices humains pratiqués sur la Huaca de la Luna. La réalité de ces sacrifices ne fait pas de doute, de nombreux ossements humains, allant de 12 à 39 ans, ayant été découverts au sommet de la huaca. L'anthropologue Florencia Bracamonte a montré que ces personnes ne sont pas mortes d’une cause naturelle. Elle a constaté des marques sur les cervicales de squelettes moches et fait le lien entre ces marques et un couteau utilisé pour les sacrifices représentant justement le dieu Ai apaec, le même dieu représenté sur les peintures de sacrifices. Ceci, ainsi que l’angle de coupure avec lequel elle détermine une prise probable par les cheveux, comme sur la représentation, ne laisse aucun doute quant à la véracité de ces sacrifices.

Révolution contre la religion

En l’an 600, El Niño, qui faisait rage, devait être stoppé. Les sacrifices envers les dieux sont devenus beaucoup plus nombreux à cette époque. Le peuple, face à des rituels menés en vain, s’est rebellé contre la religion et a fermé le temple des sacrifices, celui de la Lune. C’est alors que la culture moche passa d’un pouvoir théocratique à un pouvoir plus séculier. La société en crise décida d'agrandir un maximum la Huaca del Sol pour y bâtir une société moins religieuse mais plus civile. Mais ce projet était démesuré pour le peu de moyens dont ils disposaient pendant cette période de crise. .

En définitive, comme le dit Peter Eeckhout dans l’émission Enquêtes archéologiques : « La dernière cause du déclin des Mochicas, celle qui va finir de faire basculer cette civilisation en déroute, Santiago l’avait sous les yeux depuis le début de l’enquête, c’est la gigantesque Huaca del sol. »

Technologies

Les Moches disposaient d'un haut niveau technologique dans différents domaines, notamment en matière d'irrigation et de métallurgie. Ils avaient réussi à maîtriser le désert grâce à un système d'irrigation ingénieux, en détournant les rivières et construisant des canaux. Ils ont exploité les abondantes ressources de l’océan Pacifique et ont conçu un système d'irrigation sophistiqué afin de pratiquer une agriculture basée sur les cultures du maïs, de la courge et des haricots. Ils pouvaient alors développer une agriculture excédentaire, et par-là même des liaisons commerciales avec les autres peuples environnants de la côte, des Andes et même d'Amazonie. Les Moches ont aussi développé des techniques de métallurgie élaborées par rapport aux autres civilisations andines. Ils travaillaient des alliages de cuivre et d'argent, de cuivre et d'or, ou encore du bronze pour fabriquer des objets de décoration, masques et bijoux mais aussi des outils agricoles et des armes. Ils avaient en particulier une technique de dorure du cuivre qui restera plus efficace que les techniques européennes jusqu'à la fin du .

Arts et céramiques thumb|Vase à anse en étrier représentant un crapaud-félin - Musée des Amériques – Auch