Amarcord est un film franco-italien, une comédie dramatique, de Federico Fellini sorti en 1973. Il reçoit l'Oscar du meilleur film en langue étrangère en 1975.

En romagnol, « Amarcord » signifie à peu près « je me souviens » (en italien, (io) mi ricordo). Le film est une chronique d'un adolescent turbulent et attachant, Titta, qui pourrait bien être Fellini lui-même. Il grandit entouré de personnages excentriques habitant le village de Borgo San Giulano (situé près des anciens murs de Rimini, à 50 km de Forlì, à l'époque la capitale de la province), au fil des saisons, sous le fascisme triomphant des années 1920-1930. Ainsi, la Romagne de Fellini rappelle celle d'Antonio Beltramelli, né à Forlì, comme on la trouve dans Gli uomini rossi ou Il Cavalier Mostardo.

Synopsis Titta, un gamin à l'œil vif, s'échappe souvent de la pétaudière familiale pour aller rôder dans les rues et découvrir le monde. Il rencontre de drôles de gens : un colporteur mythomane, un accordéoniste aveugle, une buraliste à la poitrine accueillante, une religieuse naine, etc.

La vie provinciale en ce temps-là, c'est également le péril montant d'une parade fasciste, le fascinant passage, au large, d'un mystérieux transatlantique, des séances de cinéma agitées. Mais tout n'est pas drôle dans cette vie : la mère de Titta meurt, mais il se consolera vite au son de l'accordéon d'une noce campagnarde.

La présence du fascisme n'est pas évidente au premier regard : les gens sont si débonnaires et si drôles. Le village prépare une fête, on s'assemble sur la place, on apporte des meubles pour le feu de joie, la fanfare joue, les hommes admirent La Gradisca, si belle dans son manteau rouge à col de fourrure noire. Elle, elle rêve à Hollywood et à Gary Cooper devant le cinéma dont le propriétaire se fait appeler « Ronald Colman ».

À l'école, les professeurs sont plus caricaturaux et ridicules les uns que les autres, avec une mention pour celui de grec ancien qui multiplie les grimaces à chacune de ses démonstrations de bonne prononciation. Les élèves, eux, semblent concourir à qui sera le plus cancre, visages ingrats, corps difformes. Ils passent leur temps en classe à se donner des coups, à péter, à uriner.

Mais, surtout, ils passent leur vie à fantasmer sur les femmes du village et même sur leur professeur de mathématiques. Tous les jours, même sous la pluie, ils rendent visite au « Monument de la Victoire », ange aux superbes fesses nues et rebondies. L'obsession sexuelle et la frustration qu'elle entraîne dominent leurs vies d'adolescents.

Dans l'observation acide de la province italienne, le dîner familial et la dispute qui l'émaille reste un moment d'anthologie : La mère, Miranda, qui se met à loucher lorsqu'elle crie , avant d'annoncer , tandis que le père, Aurelio, fait mine de vouloir se suicider en s'écartant les mâchoires des deux mains, tous deux incapables d'attirer l'attention de l'oncle ou des enfants qui, habitués à un tel « cinéma » continuent à manger, imperturbables, tandis que le grand-père choisit de sortir aérer ses sphincters.

Mais le ton devient plus amer à partir de la fête fasciste. Fellini tourne d'abord la manifestation en ridicule, avec les clones du Duce, le défilé au pas de course à la « bersaglieri », les discours enflammés et convenus. Le ton devient doux-amer lorsqu'est érigé l'immense visage du Duce composé de milliers de fleurs, mais dont les yeux, énormes et fixes, font penser au Big Brother de George Orwell. Et alors que la nuit est tombée et que les réjouissances fascistes se poursuivent, un violon se fait entendre, surgi de nulle part, et égrène les notes de l'Internationale. L'émotion et la poésie se rejoignent en cet instant avant que la comédie ne tourne à l'aigre, car la poésie et l'émotion n'ont pas droit de cité dans l'Italie mussolinienne. Un déluge de feu sur le clocher de l'église où se cache le gramophone sacrilège, puis l'interrogatoire musclé à coups d'huile de ricin du père de Titta, viennent soudain rappeler à la triste réalité historique.

Amarcord est une chronique de l'Italie campagnarde et fasciste. Une chronique tantôt hilarante, tantôt amère voire inquiétante lorsque les manifestations du fascisme au quotidien sont montrées dans toutes leur brutalité.

C'est aussi sans aucun doute le film le plus politique de Fellini, peut-être le seul. Mais, ici, le fascisme fait partie du décor, dans un village dont on dit que .

Fiche technique Titre original : Amarcord Titre français : Amarcord Réalisateur : Federico Fellini, assisté de Mario Garriba Scénario : Federico Fellini et Tonino Guerra Direction artistique : Giorgio Giovannini Décors et costumes : Danilo Donati Photographie : Giuseppe Rotunno Son : Oscar De Arcangelis Montage : Ruggero Mastroianni Musique : Nino Rota et Carlo Savina Production : Franco Cristaldi Sociétés de production : F.C. Produzioni, Productions et Éditions cinématographiques françaises Société de distribution : Warner Bros. Pays de production : , Langues originales : italien, romagnol Format : couleur (Technicolor) — 35 mm — 1,85:1 — son mono Genre : comédie dramatique Durée: 127 minutes Le DVD du film a une durée de 118 minutes Dates de sortie : Italie : France : Festival de Cannes (hors compétition) Classifications CNC : tous publics, Art et Essai (visa d'exploitation délivré le )

Distribution

Musique La musique d’Amarcord a été composée par Nino Rota, qui n'en était pas à sa première composition pour Fellini.

La musique se compose de deux thèmes Le thème principal, nommé Amarcord, lent et doux, il ouvre le film. Un thème secondaire, nommé Tutti I Vedere (qui vient de l'italien « tout voir » ou « tout pour voir »), lui plus vivace et rapide. Ces deux thèmes sont départagés en fonction des actions qui se déroulent.

Hal Willner rend hommage dans w:Amarcord Nino Rota en 1981, au compositeur italien Nino Rota interprétant sa musique de films de Federico Fellini par des musiciens de jazz dont : Wynton et Branford Marsalis ; Carla Bley ; Muhal Richard Abrams ; Bill Frisell ; Steve Lacy ; et Jaki Byard ; avec l'auteure-compositrice-interprète Deborah Harry"Hal Wilner". Issue Project Room at the Old American Can Factory. March 2009. Archived from the original on January 17, 2010..

Distinctions 1974 : Oscar du meilleur film en langue étrangère. 1974 : meilleur film étranger, The National Board of Review of Motion Pictures - New York. 1974 : meilleur film au New York Film Critics Circle Awards. 1974 : meilleur film, prix David di Donatello. 1975 : meilleur film étranger, Syndicat français de la critique de cinéma. 1975 : meilleur film européen au Bodil.

Accueil Les critiques lors de la sortie sont généralement positives.

Plus réservé, Jacques Lourcelles dans son Dictionnaire du cinéma note que le film « volontairement invertébré est parfois difficile à supporter », le spectateur devant endurer les déficiences du rythme. Pour lui, « chaque séquence prise isolément vaut mieux que l'ensemble du film »Jacques Lourcelles, Dictionnaire du cinéma, Robert Laffont, 1992.

Autour du film

Lors de sa sortie en Union soviétique, deux scènes furent censurées, au grand dam de Federico Fellini, invité officiellement, qui essaya de convaincre les autorités de revenir sur leur décision : la scène de masturbation dans la voiture et la scène chez la buraliste à l'imposante poitrine. Séquence fameuse : lorsque doit passer au large le paquebot, le Rex, qui fait la fierté de l'Italie, tous les habitants du village montent dans des barques pour approcher et admirer ce symbole du luxe qui sera à jamais hors de leur portée. Dans le film Le Péril jeune de Cédric Klapisch sorti en 1994, deux références sont faites au film. Tout d’abord Tomasi (Romain Duris) l'évoque lors d’une discussion avec un de ses camarades de classe en le qualifiant de . Ensuite, une référence est faite au film lorsque Tomasi grimpe sur un panier de basket situé dans la cour de récréation et s’ecrie ().L'influence du film et le rapport à la mémoire fellinienne

L'influence du film et le rapport à la mémoire fellinienne Considéré comme l'aboutissement de la période de maturité de Federico Fellini, Amarcord marque un tournant décisif dans la filmographie du cinéaste en s'imposant non seulement comme un sommet artistique, mais aussi comme le point de cristallisation de ses obsessions autobiographiques. Bien que des œuvres antérieures comme Les Vitelloni (1953) ou Huit et demi (1963) eussent déjà largement exploré ses souvenirs de jeunesse, Amarcord se distingue par le statut qu'il accorde à la mémoire elle-même, qui devient ici le sujet central du film plutôt qu'un simple ressort narratif.

Pour Fellini, ce long-métrage a fonctionné comme une démarche cathartique et définitive face à ses origines romagnoles. Le réalisateur a souvent affirmé que l'exercice de recréation plastique et onirique de son village natal de Rimini — entièrement reconstitué en studio à Cinecittà — avait fini par se substituer à la réalité de ses souvenirs : « La vie que j'ai racontée est devenue pour moi plus réelle que la vie que j'ai réellement vécue. » En fusionnant l'exactitude des souvenirs d'enfance, la fantasmagorie et la satire politique de l'Italie fasciste, Fellini a redéfini sa propre mythologie personnelle, influençant durablement la perception publique de sa biographie.

Sur le plan de l'histoire du cinéma, Amarcord a profondément marqué les mémoires collectives et institutionnelles. Récompensé par l'Oscar du meilleur film en langue étrangère en 1975, il s'est affirmé rétrospectivement comme le dernier grand succès commercial mondial de Fellini. Son esthétique baroque, oscillant entre tendresse nostalgique et grotesque carnavalesque, continue d'influencer de nombreux cinéastes contemporains dans leur manière de traiter le récit initiatique et la fresque historique intime, ancrant Amarcord parmi les chefs-d'œuvre absolus du septième art.

Notes et références

Liens externes

Les quatre femmes d’Amarcord Analyse du film par Anais Truant pour cinetudes.com Analyse par Sarah Fascetti pour Objectif-cinema.com : La musicalité filmique d’Amarcord de Fellini

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